Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 9 • Montréal • 15.05.2005

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Sortie : 22 avril 2005

Old Boy

La vengeance d’Œdipe

par Tina Armaselu

Durée: 2h

Distribution: Min-sik Choi, Ji-tae Yoo,
Hye-jung Gang, Jin-seo Yoon

Réalisation: Park Chanwook

Gagnant du Grand prix du jury au festival de Cannes 2004, Old Boy est le film du réalisateur sud-coréen Park Chanwook. Dae-su (Min-sik Choi), un homme ordinaire, marié et père de famille, est kidnappé le jour de l’anniversaire de sa fille et ensuite emprisonné sans savoir pourquoi dans une cellule ressemblant à une chambre d’hôtel. Son seul moyen de contact avec le monde est la télé par l’intermédiaire de laquelle Dae-su apprend qu’il est accusé de la mort de sa femme. Après 15 ans il est soudainement relâché, sans savoir plus sur la cause de son emprisonnement, et la seule chose qui compte pour lui est la vengeance : trouver l’homme qu l’avait emprisonné et se venger.

L’histoire de Dae-su n’est pas pourtant une simple reprise du thème classique de la vengeance du Comte de Monte-Cristo auquel le film fait explicitement référence. La trame, qui entraîne plusieurs personnages, Mido (Hye-jung Gang), une jeune et jolie serveuse de restaurant amoureuse de Dae-su, Woo-jin (Ji-Tae Yoo) un ancien camarade d’école de Dae-su et Soo-ah (Jin-seo Yoon) la sœur suicidaire de Woo-jin, ressemble plutôt à un entrelacement compliqué de tragédie oedipienne, d’absurde, d’humour noir et de vengeance au style asiatique. Les scènes violentes (dents arrachées sans anesthésique, membres coupés) ou de combat (Dae-su lutte seul contre une dizaine d’ennemis) rappellent les films du genre Kill Bill ou les jeux vidéo.

Mais le film de Chanwook ne ce réduit pas à cela. Le réalisateur aime jouer sur la psychologie des personnages et du spectateur qui découvre la vérité terrible graduellement, en même temps que le protagoniste, avec tout l’impact psychologique y impliqué. L’hypnose, le mot clé du puzzle proposé par Chanwook, semble ainsi exercer son effet non seulement sur les personnages mais aussi sur l’audience. Puni de n’avoir pas su tenir sa langue, Dae-su choisit sous l’hypnose l’identité qu’il portera pour le reste de sa vie : le monstre sans passé ni conscience ou l’homme revenu à la normalité mais pas délivré de son passé. C’est avec lui que le spectateur perplexe choisit son interprétation de ce film qui ne propose pas de conclusion unique.

Sortie : 6 mai

ENRON : The Smartest Guys in the Room
Demande pourquoi

par Tina Armaselu

Durée : 1h49
Scénario et réalisation : Alex Gibney, d’après le best-seller The Smartest Guys in the Room des journalistes Bethany McLean et Peter Elkind

Le documentaire du réalisateur américain Alex Gibney met en premier plan le bien connu syntagme « la réalité surpasse la fiction » que le film semble confirmer avec éloquence. Basé sur le livre des journalistes Bethany McLean et Peter Elkind, le film porte sur l’histoire de la faillite du géant de l’énergie Enron, une des sept plus grandes compagnies américaines. L’affaire, pas encore conclue, ne soulève pas seulement le problème de la corruption d’un groupe restreint de personnes supposées avoir empoché plus d’un milliard de dollars, mais questionne le cœur même d’un système ayant permis des excès personnels d’une telle envergure. Dans un monde où les lois du marché semblent favoriser le plus puissant, même si cette puissance est parfois bâtie sur des châteaux de sable, rien ne garantit que l’histoire ne se répétera pas à nouveau.

Gibney n’offre pas de solution à l’énigme d’Enron mais lance plutôt une invitation à la réflexion et au questionnement. L’ancien slogan publicitaire de la compagnie, « demande pourquoi », en d’autres mots « demande pourquoi nous avons tant de succès », révèle après coup, avec une ironie amère, son caractère sous-entendu d’avertissement : « ne prenez rien pour garanti ». C’est une leçon que le film nous apprend sans se faire l’écho d’une voix unique ou d’une conclusion. Il s’agit plutôt des pièces d’un puzzle que le spectateur doit reconstruire à partir d’un ensemble bien orchestré de témoignages, d’enregistrements audio et vidéo d’archive, de fragments d’enquête et d’images où la forme imposante de l’ancien bâtiment d’Enron à Houston se superpose au défilement débridé des chiffres d’affaire, aux tours de roulette de casino, à une Californie en flammes, au tintamarre des campagnes électorales et au « Manège des rêves brisés » d’Homer Simpson.
Le tout sous le signe d’un leitmotiv : « demande pourquoi ».

Sortie : 13 mai

Monster In Law

Les tourmentes de la triade

par Tina Armaselu

Durée: 1h35
Distribution: Jennifer Lopez, Jane Fonda, Michael Vartan, Wanda Sykes
Réalisateur: Robert Luketic
Scénario: Anya Kochoff

Comme le titre le suggère, Monster in Law est un film qui parle de l’opposition ancienne entre la belle-fille et la belle-mère. Charlie (Lopez), une fille qui partage son temps entre des boulots occasionnels et la peinture, tombe amoureuse de Kevin (Vartan), un jeune chirurgien bien placé dans le monde. Les deux décident de se marier mais la mère de Kevin, l’impétueuse Viola (Fonda), une célébrité de la télé tourmentée par l’idée de la vieillisse et qui vient de perdre son emploi, essaie tout pour empêcher cette union, à ses yeux inopportune. Les deux femmes entrent dans un jeu de chat et de souris, changeant parfois de rôles, et qui reste, comme dans la vraie vie, pour la plupart du temps méconnu par Kevin.

Bien que l’histoire tente de surprendre certains aspects d’ordre psychologique de la triade mère – fils – future épouse, le film ne va pas beaucoup dans cette direction. L’intrigue et les personnages sont plutôt schématiquement développés. L’objectif visé par le réalisateur semble être un autre : la drôlerie des machinations qui entraînent les deux femmes, tout en restant cachées pour la troisième partie de la triade. Entre une mère au caractère capricieux et imprévisible et une femme à l’allure câline mais qui sait utiliser au besoin « ses griffes », l’homme n’a que le choix de se tenir à l’écart et d’attendre que les choses se normalisent. Une histoire qui se répète d’une génération à l’autre et que Luketic transforme en une suite de situations cocasses, parfois invraisemblables, mais qui ne manquent pas d’un certain sens de l’humour exprimé le plus souvent par la voix de Ruby (Sykes), l’assistante de Viola.

création et réalisation par Cristian Nistor

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