Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 8 • Montréal • 15.04.2005

 

ARCHIVE

19 avril

Ottawa

Et in Ottawa ego

You did it well!

par Felicia Mihali

 Au mois d’avril j’ai été invitée au Festival International des Ecrivains d’Ottawa : une expérience qui m’a fait terriblement peur et qui, jusqu'à la fin, m’a procuré beaucoup de plaisir. J’ai partagé la soirée avec Patrick Watson, écrivain et vedette de la télévision canadienne, et Ludwig Laher, écrivain autrichien et président du Conseil Européen des Artistes. Quant à moi, il m’est encore difficile de répondre quel pays et quelle identité représentais-je pour de bon. Née en Roumanie, où j’ai publié deux romans, je me suis établie depuis l’an 2000 au Québec. Jusqu’à date, mes deux romans publiés chez XYZ Editeur sont des traductions de deux livres publiés en roumain. Qui suis-je donc ?

Selon le nombre des questions qui m’ont été adressées, je pense que le public aussi en était très intéressé. Mon affirmation que j’ai choisi le français comme langue d’écriture et que mes sujets dorénavant n’ont pas beaucoup à faire avec la Roumanie a été plutôt mal reçu. A la fin, une jeune femme est venue même me lancer un message : - Do not abandon your language. Je me demande encore pourquoi le changement de langue est vu comme une grave trahison, tant que la langue de l’écriture n’est jamais notre langue maternelle. Elle est plutôt un code secret qui ouvre la porte vers un royaume parallèle à notre vie réelle.

Malheureusement, mon anglais précaire faisait que je sois incapable de bien me défendre ; j’avais même l’impression que j’ai l’air d’un enfant stupide qui bégaie encore. Mettre les verbes à leur bonne place était si accablante que je perdais le fil des idées et j’arrivais quelque part d’autre. Je ne doute que j’ai dit des choses qu’autrement je n’aurais pas dit. C’était pour la première fois que je sortais dans le milieu anglophone et pour la première fois que je prenais le courage de tenir plus de deux phrases en anglais. Les gens étaient si émus par mon effort que même le barman m’a dit à la fin : - You did it well ! De plus, j’étais dans une mauvaise position, tant que mes livres n’ont pas été traduits en anglais, et donc personne n’avait jamais entendu parler de moi. En parlant de mes livres, j’ai même eu l’impression de dépasser les normes de la modestie. Alors que Patrick et Ludwig lisaient des fragments de leurs œuvres, moi je parlais du long processus de traduction.

Malgré tout, par le coté féminin et par mon expérience tourmentée, je me suis sentie plus au centre de l’attention que si j’avais parlé parfaitement anglais. Les gens parlaient même de l’exotisme, ce qui dans ce cas-ci n’est pas un compliment enviable pour un écrivain.

Au-delà du coté linguistique, on se demande quelle est la place des gens comme moi.
Si l’on attend de nous de faire le lien entre les deux solitudes, on oublie la solitude qui nous caractérise. On oublie notre mal de nous retrouver en terre étrangère, le mal d’enfoncer ses racines et de bâtir son identité. On oublie la solitude dans lequel nous enferme notre accent.

Le festival a eu une double importance pour moi : sortir de la solitude humaine et linguistique. Cette première rencontre avec un autre publique et une autre sensibilité a été un premier pas vers l’acceptation de mon identité telle qu’elle est : en cours de travail. Je commence à vivre avec mes complexes, avec mes imperfections, mais avec mes achèvements aussi. Les gens sont des juges moins sévères qu’on ne le pense. Ils ont accepté même de me voir demander de l’aide à mon voisin Patrick Watson, qui parle très bien français.
A la fin, je vais lui mettre encore une question :
- Monsieur Watson, comment dites-vous en anglais : A la prochaine ?

15 avril 2005

Méfiez-vous des livres « qu’il faut absolument lire »

Da Vinci Code – les mythes urbains du XXIe siècle

de Felicia Mihali


Ces derniers jours, Da Vinci Code a suscité encore une fois l’attention des médias. Cette fois-ci, la cause est l’attaque du Vatican au sujet du roman. Bizarrement, au moment de son apparition en 2003, la haute institution religieuse s’est tue. Le sujet, si farfelu qu’il soit, touche l’essence même de la foi chrétienne : l’intrique se tisse autour des présumés liens charnels de Jésus avec Marie Madeleine. Après les vingt millions d’exemplaires vendus dans le monde entier, l’église a cependant trouvé bon de réagir contre cette hérésie (selon Dan Brown, son livre n’est qu’un roman et donc personne ne fallait prendre au pied de la lettre ses présumées découvertes).Comme je me méfie des têtes de gondole, je n’ai jamais cru ce livre indispensable à mon bagage littéraire. Toutefois, incitée par cette mise en discussion, je me suis dit qu’il en valait peut-être la peine.

 

Sous ce dernier titre de Dan Brown, la critique titre : un livre qu’il faut absolument lire. Sur la quatrième couverture, on lit : « c’est un livre envoûtant, idéal pour les passionnés d’histoires, les mordus du mystère.. ». Je me suis reconnue tout de suite dans ce genre de lecteur, et je me suis mis, enthousiaste, à sa lecture, même si son épaisseur ne me disait rien de bon. J’ai dédié deux jours entiers à sa lecture, en m’attirant l’admiration de quelques proches : je l’ai même affiché ostensiblement dans le métro. En tant qu’écrivain, moi aussi, je suis intéressée par les recettes qui mènent directement au succès. Dans le cas d’un roman qui fait appel à l’histoire, un livre a dès le début ma sympathie rien que pour le volume de travail déposé à la fouille du passé.

 

La lecture a été épuisante : toutefois, je me suis jurée de finir ce livre, coûte que coûte. Jusqu’à la fin, j’ai nourri la conviction secrète que cela ne peut pas être si facile que ça, qu’il doit exister une justification pour les vingt millions d’exemplaires vendus, que ce gros chiffre ne peut pas rassembler seulement des gens qui se leurrent avec des formules faciles. Jusqu’à la fin, je me suis trompée.

 

En grandes lignes, le sujet du livre tourne autour de la recherche du Graal, qui cette fois-ci est la femme, le calice mystique, là où se fond le sang de Christ. Une aventure rocambolesque afin que l’Ordre des Templiers cache encore une vérité enterrée depuis longtemps : le fait que Jésus Christ, descendant royal, ait épousé Marie Madeleine, une autre lignée royale. Après sa crucifixion, Marie Madeleine s’est réfugiée en France avec Sarah, le nouveau-né, au sein de la communauté juive, qui les a mis à l’abri. Par la suite, la descendance de cette aventure christique, que l’église chrétienne a toujours niée, est arrivée jusqu’à l’époque moderne : la dernière héritière de Christ s’appelle Sophie Neveu et vit à Paris sous une fausse identité. Son grande-père, Grande Maître des Templiers, vient d’être assassiné, mais pas avant de révéler une petite partie du secret à sa petite-fille et à un professeur américain, mordu des symboles. Par la suite, ils se retrouvent chassés entre Paris et Londres, par deux grands pouvoirs, Vatican et l’Opus Dei, un ordre chrétien conservateur. Les deux fugitifs échappent à la poursuite grâce à un aristocrate anglais qui avait dédié sa vie à la recherche du Graal. Rien de plus simple qu’un riche excentrique qui détient des châteaux partout, des limousines et des avions privés, des gens qui ne dorment ni mangent à l’attente de ses ordres. Les fugitifs sont toujours à un pas d’être arrêtés par la police, stupide comme dans tout roman de genre, et par les ennemis secrets du Graal. Mais, il y a toujours une solution rocambolesque qui les sauve. L’objet convoité par tous est connu sous le nom de la clé de voûte, et il est censé donner accès aux documents faisant preuve du mariage de Christ et de sa descendance humaine. Les enjeux sont grands, car cela aurait ruiné le fondement de toute l’église chrétienne. Comme dans tout bon roman policier, il ne faut pas se donner la peine de deviner qui est le fugitif et qui le chasseur car, à la fin, le plus innocent s’avérera le pire. Cela est bien notre cas, car le noble anglais n’est que le Maître du pire absolu : heureusement, le Vatican et l’Opus Dei, cette secte conservatrice qui réduit la femme au stade de bête, n’y sont pour rien. Le méchant n’est que cet excentrique chercheur qui a tout mis en branle pour s’emparer de la clé de voûte afin d’acquérir rien d’autre que la célébrité. Les détails sur la construction des châteaux, le fonctionnement du Louvre, les mises en scène puériles pour dévoiler le mystère des cultes païens anciens sont d’une simplicité désarmante. N’en parlons de la fin, lorsque Sophie retrouve sa grand-mère et son frère, qu’elle croyait morts depuis longtemps.

 

Le succès de ce roman de si bas niveau littéraire a eu pour moi l’effet d’une douche froide. L’écart entre la valeur d’un livre et son succès est encore si grand qu’on doute de tout progrès en matière de goût littéraire. J’avais pensé que depuis le Nom de la rose ou le Pendule de Foucault le public avait rassasié son goût de devinettes médiévales : dans ce cas-là, l’auteur avait mis un art plus raffiné à la rescousse du passé. Ce qui m’étonne est que la critique se penche toujours sur les prétendues vérités du livre, mais elle ne dit mot sur sa valeur littéraire.

 

Que se passe-t-il du lecteur du XXIe siècle ? Pourquoi ce revirement de l’art gothique dans son affection ? En quoi une société si avancée que la notre cultive son amour pour des châteaux médiévaux, pourquoi l’on est encore si fondu des glaives, des hommes vêtus de robes, des longs cheveux tressés en queue, des chevaliers éperonnant des étalons? Pourquoi ce contraste entre la vie qu’on mène et les idéaux qu’on cultive ?

 

En ce début de siècle, on hérite les goûts vicieux du dernier siècle, là où l’Alchimiste gagnait un succès incroyable avec une fable bâtie sur l’imaginaire du désert, de l’Arabe sage, des initiations sous la tente d’un Bédouin, du voyage initiatique à travers un monde de sable. Bizarrement, les mythes urbains du XXIe siècle se fondent aussi sur des contes de fée.

 

Après ce goût baroque du mélange, pratiqué par tous les médias, quel avenir pour la littérature ? Sur quoi fonder la sagesse d’une époque et ses modèles tant que les critiques les plus réputés se penchent sur la nature de la corne de l’unicorne ? De toute façon, ce à quoi je suis arrivée est de continuer à me méfier des livres qu’il faut absolument lire, des spectacles qu’il faut impérieusement voir, et des films à quatre étoiles.



Metropolis Blue – les notes d’un festivalier pressé

Dinosaures et Diplomates au festival Metropolis Bleu.

par Felicia Mihali


La septième édition du festival Metropolis Bleu a eu comme thème le Dialogue sans frontières : en anglais on achoisi la variante interrogative Can we talk? La directrice du festival Linda Leith, l’initiatrice de cette manifestation de plus en plus importante pour le paysage littéraire montréalais, dit oui. Quant à nous, le public, on est sûr et certain qu’on peut écouter et apprendre des choses. Ce festival est un bon et efficace cours de littérature contemporaine, d’ici et d’ailleurs.

 

Malheureusement, il est impossible d’assister à toutes les manifestations proposées par le festival. Faire une sélection est encore plus difficile et frustrant ; qui choisir parmi les nombreux écrivains de toute origine, nationalité et orientation ? Aller voir une grande personnalité ou un débutant?

 

Pour le chroniquer de ces lignes, le choix a été plutôt dicté par la disponibilité chronologique, ce qui n’est ni une excuse ni une consolation pour ce que j’ai manqué. Pourtant, pour les trois séances, dont je vais vous parler ci-dessous, ce festival restera pour moi le grand événement littéraire de l’année.

Dans mon premier choix, j’ai été en quelque sorte aidée par les organisateurs, qui ont eu la géniale idée de placer le même jour, l’un à la suite de l’autre, deux des plus importants invités du festival : Alain Robbe-Grillet et Carlos Fuentes.

 

Je ne vous cache pas que je suis allée voir les écrivains : un peu moins pour les écouter et d’autant moins pour dialoguer avec. J’ai besoin de voir les écrivains, surtout ceux que j’admire : quand ils parlent, je me réveille analysant plutôt leurs gestes ou leurs chaussettes, la chaleur de leur voix ou la dureté de leur regard : dans le cas des stars, j’aime surtout chasser leur orgueil qui est si difficile à dissimuler parfois. Ce que vous lisez sont des histoires d’êtres humains et non pas d’écrivains.

 

J’ai finalement vu Robbe-Grillet. Je ne savais pas qu’il vit encore. Si l’on croyait l’écrivain, à son arrivée à Montréal, un douanier a été tout aussi étonné.

« C’est bizarre que vous vous appeliez comme ça », aurait-il dit,

« car il y avait une fois un écrivain qui s’appelait aussi Robbe-Grillet. »

Je ne vous embarrasse pas avec des explications savantes sur le Nouveau Roman et ce que cela a signifié pour le paradigme littéraire du XXe siècle. Je vais vous citer uniquement quelques-unes des répliques d’Alain Robbe-Grillet, avec le regret de ne pas avoir eu le temps de les noter toutes.

Demandé qu’est-ce qu’il a représenté pour le Nouveau Roman, ARG répond :

« J’ai été son commis voyageur, car j’ai beaucoup voyagé pour expliquer qu’est-ce que c’est le Nouveau Roman. Je le suis encore. »

« La littérature a besoin de subversion pour changer. Le Nouveau Roman a joué ce rôle. Je ne suis pas meilleur que lorsque j’ai publié mon premier roman, qui se vendait à 400 exemplaires dans tout le monde de la francophonie. Le monde est meilleur qu’avant. Moi, j’ai changé le monde.»

« Le bonheur d’un éditeur est de publier des livres que le public ne veut pas. Son véritable rôle est celui de sortir des auteurs qu’on ne lit pas. »

« Je suis un monument historique. Le manteau que je porte ne m’appartient pas. L’État a tout acheté, et il m’a acheté avec.»

« Je suis un dinosaure. Tout le monde me regarde et s’étonne que je bouge encore. »

Je vous épargne les émotions éprouvées devant toutes ces remarques. Dans son cas, l’orgueil le plus grand a le ton d’une très bonne blague. Rien n’est de plus chez lui, même pas la qualité des Français de toujours citer les grands classiques, comme preuve à l’appui. Comment douter que Proust a dit cela, et que Flaubert a dit l’autre ? On risque de paraître bien stupide, même s’il est assez rare de tomber sur la même citation qui fait plaisir aux autres, à moins que la citation n’ait pas déjà été reprise mille fois. J’ai même été étonnée de voir la révérence qu’Alain Robbe- Grillet tire devant ses prédécesseurs. Il le fait plus maintenant que dans ses livres, où il les a totalement minés. A la fin de sa carrière (je m’excuse pour dire cela) Alain Robbe-Grillet appartient lui aussi à la France confucianiste, celle où l’originalité réside dans l’analyse ou la prise à rebours de ce que les autres ont dit.

Alain Robbe-Grillet est âgé de quatre-vingt-quatre ans : il faut le noter, car on ne sait jamais pour les vingt prochaines éditions du festival.

 

Tout de suite après, la salle a été submergée sous le raz-de-marée d’un public enthousiaste qui venait écouter, voir, et toucher Carlos Fuentes, le lauréat du Grand Prix de cette édition ( voici les autres noms : 2000 - Marie-Claire Blais : 2001 – Norman Mailer : 2002 – Mavis Gallant : 2003 – Maryse Condé : 2004 - Paul Auster)

Avant de commencer, Carlos Fuentes a interdit aux gens de le prendre en photo : il a accusé les flashs des cameras de l’aveugler. Un indiscipliné, ou quelqu’un qui n’avait tout simplement pas entendu, a continué son travail ce qui a fait l’écrivain s’emporter. - Don’t do this again, a-t-il crié de la tribune.

 

Mon rapport d’amour avec Fuentes s’est définitivement effondré. J’ai rit à ses blagues, et j’ai admiré ses diatribes, bien calculées, contre les États-Unis. J’ai bien apprécié le fait que, petit, Fuentes faisait l’école aux États-Unis pendant l’hiver, et au Mexique pendant les étés. - C’est pour cela que je suis arrivé ici. Cela, je l’ai moins apprécié.

 

Avec Fuentes on n’a pas devant soi un écrivain, mais une star des fois, un politicien d’autres. J’aime, évidement, les bons parleurs : concis, précis, et intelligents. Je n’aime pas, cependant, les rhéteurs qui cachent à peine l’orgueil de se placer si haute sur la tribune. Je ne sympathise pas avec les discours des anciens diplomates, aussi secs qu’une paire de chaussures bien cirée. Fuentes est un politicien gentil jusqu’à un certain point. Il n’accepte pas de réplique que si cela vient à la continuité de ce qu’il a dit.

 

La-dessus, j’ai pris aussi des notes:

Il sait faire rire et assume faussement la modestie d’être si bon.

Il ne donne pas d’entrevues mais des cours magistraux sur la tragédie grecque ou la technique du contrepoint en musique.

J’ai retenu ce qu’il a dit de plus modeste ce soir-là : un livre est langue et imagination.

 

In a different language
Vendredi, j’ai assisté à un entretien collectif avec quatre auteurs que je vois pour la première fois, et que je ne connaissais pas d’avance : Mickail Iossel, Josip Novakovich, David Albahari et Badia Kashari.

Le thème du rencontre était : que se passe-t-il de l’œuvre d’un écrivain qui commence à écrire dans une autre langue?

Pour introduire les écrivains :

Mickail Iossel vient de Russie et vit aux États-Unis depuis presque vingt ans. Il parle parfaitement anglais et écrit en anglais. Il écrit occasionnellement des articles en russe.

Josip Novakovich est originaire de Croatie et vit en Pennsylvanie. Il parle couramment anglais mais avec un fort accent : ses phrases sont correctes mais gardent encore la dureté des discours construits avec beaucoup de soins. Il écrit en anglais.

David Albahani vient de Serbie et vit à Calgary. Dans son pays, il était un écrivain bien connu. Il a choisi de continuer en serbe sur des sujets serbes, bien qu’il parle couramment anglais : parfois, il éprouve des difficultés à trouver le mot juste.

Badia Kashari est née en Arabie Saoudite et vit à Ottawa. Elle parle depuis longtemps anglais, car elle avait fait des études anglaises et avait travaillé pour des compagnies américaines même dans son pays. Elle continue à écrire en arabe.

 

Je n’ai choisi que deux des questions posées par l’excellent Bill Richardson, de Radio-Canada:

 

1. Écrire dans une autre langue: comment a été le début de cette démarche?

MI : - Au début c’est un processus mécanique, dépourvu de toute émotion. Ce n’est que l’exercice qui améliore cela. Mais le chois de l’anglais a été aussi une façon de me séparer de mon passé.

JN : - Écrire dans une autre langue devient un processus beaucoup plus conscient que lorsqu’on écrit dans ta langue. La recherche dans le nouveau vocabulaire aide le créateur. Mon écriture est plus artful depuis que je fais attention à ce que je mets sur la feuille, de point de vue grammatical. La langue où tu vis est la langue dans laquelle tu écris, cela est indéniable pour moi.

DA : Écrire des histoires serbes en anglais cela ne marchait pas. Pour moi, c’était trop tard pour changer. Je ne vois pas la raison pour laquelle j’aurais changé. Les écrivains qui ont la capacité de se réinventer totalement dans une autre langue sont assez rares. Il me vient à l’esprit uniquement Nabokov.

BK : - Je n’ai pas la même intimité avec l’anglais qu’avec l’arabe. Écrire signifie pour moi une relation d’affection avec la langue, ce qui me manque en anglais. Je sens que je perdrais si je commençais à écrire poésie en anglais directement. Je préfère me traduire moi-même après. J’ai beaucoup de liberté en anglais, mais en matière de style, je ne peux pas atteindre la même profondeur.

 

Comment votre écriture a changé depuis ce changement ?

MI : L’expérience est enrichissante pour mon expérience d’écrivain.

JN : Mes phrases sont plus courtes, mais le vocabulaire est plus riche. Mes textes se déploient avec plus de vitesse. J’ai même retrouvé mon humour en anglais. Quand je ne peux pas raconter certaines blagues croates en anglais, je préfère les laisser de côté.

DA : J’utilise l’anglais chaque jour, l’anglais existe dans ma vie tout le temps. Mais lorsque j’écris, je ne supporte pas me demander à chaque pas si cela se dit ou pas en anglais.

BK ; L’anglais m’a beaucoup enrichi. C’est une langue qui donne plus de liberté à la pensée. J’apprécie son côté précis, rigoureux, businesslike. Mais pour l’intimité de l’écriture, je garde l’arabe.

 

création et réalisation par Cristian Nistor

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés