Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 8 • Montréal • 15.04.2005

 

ARCHIVE


 

le 29 avril

au Cinéma AMC

PRIX DU JEUNE PUBLIC
au festival international Visions du réel en Suisse

JIMMYWORK

Premier long métrage du réalisateur québécois Simon Sauvé

 Jimmywork, le premier long-métrage du réalisateur québécois Simon Sauvé, a remporté récemment le Prix du jeune public au festival international Visions du réel en Suisse. Le film est également le gagnant du grand prix CHUM Television Award for Best Canadian First Feature lors de la 11-e édition du Victoria Independent Film & Video Festival et a été présenté en sélection officielle au Toronto International Film Festival et au Festival du Nouveau cinéma de Montréal, en 2004.

Jimmywork raconte l’histoire de Jimmy, un chômeur montréalais dans la cinquantaine, personnage débonnaire et ivrogne qui décide de changer sa vie en élaborant une campagne publicitaire pour le festival rodéo de Saint-Tite, entreprise qui finalement tournera mal. Inspiré par un personnage réel, le voisin quinquagénaire de Sauvé (James G. Weber) qui joue son propre rôle, interrogé et suivi partout par le caméraman (Simon Sauvé), Jimmywork est un amalgame de fiction, de documentaire et de film noir, un film-expérience qui échappe aux normes habituelles.

sortie: 22 avril 2005

Le Survenant


Le dilemme du choix

Sortie : 22 avril 2005
Durée : 2h13
Distribution : Jean-Nicolas Verreault, Gilles Renaud, Anick Lemay, François Chénier, Catherine Trudeau
Réalisateur : Erick Canuel
Scénario : Diane Cailhier, d’après le roman de Germaine Guèvremont
Chanson -thème : Sylvain Cossette, Comme une plume au vent

par Tina Amaselu


La sortie du film d’Erick Canuel au printemps 2005 est tout d’abord un hommage au roman le Survenant de Germaine Guèvremont, paru en 1945. L’œuvre, considérée un classique de la littérature québécoise et un des derniers romans du terroir, a connu un grand succès à l’époque, en valant à son auteure le prix Duvernay et David au Québec et Sully-Olivier de Serres en France. Une suite du roman, Marie-Didace, paraît deux ans plus tard. Après la publication des deux ouvrages à New York et à Londres, Germaine Guèvremont reçoit au Canada plusieurs distinctions littéraires dont le prix du gouverneur général, en 1951. Le Survenant est également adapté à la radio et puis diffusé sur les ondes de Radio-Canada comme téléroman, de 1954 à 1960.


Un soir d’automne, au début du XX-e siècle, un étranger (Jean-Nicolas Verreault) frappe à la porte d’une famille de cultivateurs du Chenal du Moine, un petit village dans la région Sorel Tracy de Québec. Séduit par l’air franc et assuré de l’étranger, le maître de la maison, Didace Beauchemin (Gilles Renaud), décide de le garder comme aide aux travaux de la ferme, et l’appelle Le Survenant. L’inconnu, qui s’avère un bon ouvrier mais en même temps un bon conteur et chanteur à l’auberge du village, produit un véritable bouleversement dans la vie de la petite communauté bâtie sur le respect des traditions et sur la possession de la terre. Cet homme qui n’appartient à aucun lieu mais qui semble avoir beaucoup voyagé dans le monde provoque des sentiments contradictoires chez les habitants du village, l’affection presque paternelle de Didace, l’envie et la colère d’Amable (François Chénier) le fils de Didace, la sensualité aux accents maternes d’Alphonsine (Catherine Trudeau) la femme d’Amable, l’amour inconditionné d’Angélina Desmarais (Anick Lemay) une fille infirme mais sensible et altière. La personnalité complexe du Survenant, partagé entre le désir de liberté et le besoin d’affection, l’honnêteté et la tricherie, la sagesse et le vice, la sensibilité et l’indifférence devient peu à peu le centre du petit univers, fermé sur lui-même, du Chenal du Moine. Le charme du lieu, l’attachement de Didace, l’amour d’Angélina suffiront-ils pour retenir Le Survenant voué jusque-là au plaisir de l’errance et à la découverte de la beauté et du mystère du monde ?


Le destin de l’aventurier est un des thèmes qui a toujours fasciné les artistes et les gens ordinaires, dès le temps d’Ulysse, des contes de chevaliers errants ou des grands romans picaresques, jusqu’au roman moderne du genre Sur la route de Jack Kerouac ou au mouvement hippy des années soixante. Ce que le film nous propose est alors le dilemme universel opposant les valeurs sûres d’une société basée sur la stabilité matérielle et affective à la liberté insouciante de l’aventurier, défiant les normes et les conventions sociales. Mais le film ne se réduit pas à une représentation schématique de cette opposition. Chenal du Moine est un monde en miniature mais un monde authentique. La vie simple des paysans, menée au rythme des saisons et des travaux de la terre, n’exclut pas la complexité des sentiments profondément humains. L’attachement, l’amour, la jalousie, la colère, la joie ou le désespoir prennent des accents parfois dramatiques, parfois humoristique, comme dans la vraie vie, en se chargeant en même temps à nos yeux d’un certain lyrisme, propre au début du siècle. C’est un univers dont le charme ne laisse pas indifférent l’aventurier qui commence à s’attacher inévitablement aux lieux et aux gens. Le dilemme du rester ou du partir n’est pas ainsi un simple jeu de mots mais implique nécessairement un choix qui n’exclut pas le sacrifice.


La question qui s’y pose est alors celle du choix, une question qui peut interpeller chacun d’entre nous à un moment ou à un autre de la vie.


Sortie : 8 avril 2005

Coproduction Canada - France - Suisse, 1h 30

Albert au pays des merveilles


Réalisation : André Forcier
Scénario : André Forcier, Linda Pinet
Avec : Éric Bruneau, Andréa Ferréol, Émilie Duquenne, Roy Dupuis, Céline Bonnier, Marc Labrèche.
Production : Coproduction Canada-France-Suisse, 1h30

Par Julie Beaulieu

 

Aux États-Unis d’Albert, les Américains parlent français, ou plutôt l’accent français, pour ne pas confondre avec celui du cheik montréalais, Albert Renaud (Éric Bruneau), jeune héro du dernier film d’André Forcier (Le vent du Wyoming, La Comtesse de Bâton Rouge). Et pourquoi pas ?

Les États-Unis d’Albert est un film qui s’inscrit dans la suite logique des productions surréalistes du réalisateur. Une fois de plus, Forcier nous raconte à sa manière – fantaisiste et ludique – une histoire d’amour peu ordinaire. En 1926, Albert, élève de Jane Pickford (Andréa Ferréol), la grande tante de la célèbre actrice hollywoodienne Mary Pickford, prend le train pour conquérir Hollywood qui a désormais perdu son enfant chéri : Rudolph Valentino. Dans le train, il rencontre la femme de sa vie, une ravissante activiste (Émilie Dequenne) se rendant à un congrès de femmes. Leurs chemins se sépareront, et ce à notre plus grand plaisir, le temps de faire vivre au chiek une aventure américaine hors du commun, totalement loufoque et imprévisible.

Forcier plonge efficacement le spectateur dans un univers singulier qui est le sien, et dans lequel l’irréel côtoie, voire même dépasse la réalité. Cette irruption fréquente de l’imaginaire est une pratique chère à Forcier, qu’il maîtrise parfaitement pour l’avoir exploitée à maintes reprises dans ses films précédents. Nous retrouvons avec un plaisir certain des personnages colorés et extraordinaires, dont la mormone féministe, amoureuse d’Albert, le chorégraphe (Marc Labrèche) et le golfeur du désert (Roy Dupuis), coureur de jupons. Forcier met en scène des femmes irrésistibles mais inaccessibles, qui rappellent la fantaisie des personnages de la sirène (Kalamazoo) et de la femme à barbe (La Comtesse de Bâton Rouge). On retrouve aussi avec bonheur la poésie et l’emploi ludique de la langue et des accents, qui ajoutent à cet univers unique. Bien que leurs plumes inventives traduisent un imaginaire différent, on peut comparer le ludisme et la poésie de Forcier à celle de Réjean Ducharme, dans laquelle l’inespéré et l’inattendu servent à souhait la trame principale du récit.

Imaginatif, le film de Forcier renoue avec les qualités et la singularité qu’on lui connaît. Forcier signe ici un film surprenant mais achevé, qui met en scène deux événements caractéristiques du XXe siècle, les heures de gloire d’Hollywood et la naissance des regroupements des femmes aux États-Unis, autour desquels se tisse une histoire d’amour comme au cinéma, happy ending inclus.


Sortie : 8 avril 2005

Saint Ralph
Le retour à l’innocence


Durée : 1h38
Distribution : Adam Butcher, Campbell Scott, Gordon Pinsent, Jenifer Tilly
Scénario/Réalisation : Michael McGowan

 

Par Tina Armaselu


Croyez-vous aux miracles ? Ralph Walker (Adam Butcher), un collégien des années 50 à l’Ecole catholique St. Magnus de Hamilton, il y croit. Orphelin de père, Ralph habite seul depuis la maladie de sa mère internée à l’hôpital et tombée dans le coma. Ralph, jusque-là un élève indocile qui aime fumer à l’école, déguster les boissons fortes et épier les filles au vestiaire de la piscine, veut devenir un saint et produire des miracles. La remarque de l’infirmière Alice (Jenifer Tilly) que seulement un miracle peut sauver sa mère et l’observation du père Hibbert (Campbell Scott), un des professeurs de l’école, que gagner le marathon de Boston serait un véritable miracle, suffisent pour déterminer la décision de Ralph. Il doit gagner le marathon de Boston pour guérir sa mère.


Le film, mis en scène par le cinéaste canadien Michael McGowan, n’est pas l’histoire sentimentale d’un enfant d’allure chétive, décidé à tout prix de devenir champion de marathon pour sauver sa mère. Il s’agit plutôt d’un fin mélange de sympathie, d’ironie et de scepticisme qui conduit le déroulement des événements et le développement des personnages. Ralph est un garçon de quatorze ans qui se comporte le plus souvent comme un vrai garçon de son âge. L’engagement de Ralph, bien que sincère et louable, est basé d’abord sur une association fortuite des remarques d’Alice et du père Hibbert et sur une compréhension presque mathématique du terme « miracle » appris à l’école, « foi + prière + pureté », qu’il essaye de mettre en pratique, pas toujours sans difficulté. Les visions qu’il a de Dieu, dans son imagination, vêtu en Père Noël, ne représente qu’une autre preuve de son caractère enfantin, ayant besoin d’encouragements et marqué par le doute. Car, dans son innocence, Ralph n’exclut pas pourtant la possibilité d’un échec.


Ralph change sous l’impulse de sa propre initiative et d’autres personnages sont graduellement emportés avec lui. Père Hibbert, un ancien coureur de marathon, d’une nature un peu rebelle et qui enseigne à ses élèves la philosophie de Nietzsche, voit dans l’acharnement de Ralph le courage de s’assumer à tout prix soit l’échec, soit la réussite et y retrouve une partie de sa propre jeunesse. Mais, en même temps, Hibbert est conscient qu’accepter d’entraîner Ralph pour le marathon de Boston est un défi à l’adresse du père Fitzpatrick (Gordon Pinsent), le directeur de St. Magnus, et de l’institution qu’il représente. Fitzpatrick, le symbole de l’autorité, considère la démarche « miraculeuse » envisagée par Ralph comme blasphématoire, car seulement Dieu peut produire de miracles, et en contradiction avec le rôle de guide assumé par son institution. Selon Fitzpatrick, le rôle de son école n’est pas d’encourager le culte du miracle mais d’aider les jeunes à trouver une place dans le monde.


McGowan semble alors jouer sur plusieurs registres. L’histoire de Ralph déployée au rythme des fêtes du calendrier des saints et marquée par les accords de Hallelujah de Leonard Cohen prend la dimension d’une charade terminée en queue de poisson, le jour du saint patron des innocents. Il s’agit, certes, de l’histoire dramatique et parfois hilarante d’un adolescent juste sorti de l’enfance et à la recherche de soi-même mais d’autres questions semblent interpeller néanmoins l’adulte, les institutions destinées à sa formation et évidemment le spectateur.
C’est seulement à l’âge de l’innocence qu’on croit à l’accomplissement des miracles ?

 

création et réalisation par Cristian Nistor

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