François Désalliers signe avec Les géants anonymes un « American Beauty » québécois. Bien écrit, la lecture de ce roman tient en haleine. L’auteur y met en scène Francis et Léopold, deux hommes, deux pères, qui à leur manière se cherchent, la vie devant eux n’étant plus que synonyme d’ennui, de monotonie et de perte de désir. Comme le souligne l’auteur à propos de Francis : « Déjà qu’il a toutes les peines du monde à trouver le moindre intérêt à ce qu’il fabrique. À trouver du goût à sa vie. La vie est un enfer, pas de doute. Je sais ce que je dois faire, se dit-il. C’est le goût de le faire que je n’ai plus. Et c’est dangereux. Ce serait peut-être moins dangereux si je n’avais pas d’enfants. Mais j’ai des enfants. »
Au fil de leur quotidien, on suit les deux personnages dans leur mise en abîme. Pour l’un, Francis, tout semble monotone. Même l’écriture, lui dont l’œuvre reçoit son lot de mauvaises critiques – ce qui n’est pas sans le décourager –, ne le passionne plus : « Il n’écrit plus. Parce qu’il n’a plus rien à dire ou parce que plus personne ne l’écoute ». Il est en panne. Jusqu’au jour où il rencontre cette voisine, Carole, une jeune femme monoparentale de 29 ans qui travaille comme dans un restaurant de leur quartier. Francis en tombe amoureux et a une aventure avec cette dernière, « une histoire de cul » comme lui dira sa femme. Auprès de Carole, Francis retrouve le goût d’aimer, de désirer et de vivre. Il se surprend même à rêver et à faire des projets de voyage. Grâce à sa voisine, il tente en fait de reprendre sa vie en main. En ce sens, il met fin à son mariage et s’octroie la chance d’être finalement heureux.
Léopold, de son côté, est un poseur de clôtures qui a érigé des murs entre lui et ceux qui l’entourent. Tout le long du roman, le lecteur l’observe s’enivrer de bières et s’effondrer jusqu’à devenir une loque complètement perdue qui n’arrive pas à guérir les blessures de son passé et à affronter son présent. Son futur n’est bientôt qu’un cercle infernal dont il ne peut plus sortir.
L’auteur de ce roman urbain, où les personnages carburent à la bière et au café, parle avec justesse d’une certaine crise de la cinquantaine, d’une lassitude face à la vie où les jours ne sont plus qu’une succession d’heures vécues dans l’ennui et la monotonie. Il importe d’ailleurs de souligner que malgré la lourdeur du propos, cet ouvrage se lit d’un souffle. Désalliers parvient en effet à traiter avec légèreté d’un monde triste, peuplé de géants anonymes.
François Désalliers, Les Géants anonymes, Montréal, Québec/Amérique, 2009, 262 p.



















