Depuis 2001 • No 60 • Montréal • 15.08.2009
Août 2009

La chute de l’Empire aztèque et de l’Empire chinois

Felicia Mihali

Comment la conquête de l’Amérique fut-elle possible? Jusqu’à présent, toute sorte de réponses ont été données à cette question. Malgré la quantité d’hypothèses, aucune n’explique complètement le fait qu’une poignée d’hommes a réussi à anéantir une population entière. Les statistiques démographiques estiment qu’à la fin du XIV siècle, la population de la terre était de 400 millions d’habitants, desquels 80 millions habitaient le continent Américain. Un siècle plus tard, l’Amérique comptait uniquement 10 millions de gens. Le Mexique, par exemple, comptait au début 25 millions d’âmes, et un siècle plus tard il n’en restait qu’un million. Les conquistadors espagnols sont donc les auteurs du premier génocide à l’échelle mondiale, jamais égalé en volume. L’argument de la conquête le plus souvent invoqué est la supériorité technique des Espagnols, le fait qu’ils possédaient des cheveux, des canons et de la poudre à canon. Or les chevaux ne leur servaient que rarement, dans les conditions d’un terrain accidenté, les canons n’étaient pas nombreux, vu qu’un navire ne pouvait guère en transporter, alors que la poudre à canon était humide la plupart du temps.

Dans un livre publié en 1982, La Conquête de l’Amérique, Tzvetan Todorov émet l’hypothèse linguistique du phénomène. Le rôle de la langue, l’incompatibilité culturelle des pays et des continents, ainsi que la dénaturation créée par la traduction pourraient nous donner la clé du secret.

Cortes et Montezuma

     Dans son livre, Tzvetan Todorov analyse la conquête du Mexique, autour de l’an 1519, et du conflit entre Cortes et Montezuma. La prémisse de son livre est que la conquête de l’Amérique a été rendue possible par la différence des codes linguistiques, ainsi que de la manière distincte des deux camps de communiquer et d’interpréter les signes. Cortes part de Cuba à la conquête du Mexique, envoyé par le gouverneur espagnol de l’ile, à la tête de 300 personnes. Dès que les navires quittent la côte cubaine, son chef hiérarchique change d’avis et révoque l’ordre. Cortes refuse de lui obéir et entame, à son propre compte, une expédition dans l’empire aztèque, conduite par Montezuma II. À sa grande surprise, la capitale du Mexique capitule vite : il est même bien accueilli par les habitants. Malgré son attitude pacifiste, Montezuma se laisse prendre en otage et est incarcéré.  Ces temps-là, Cortes apprend que les rives ont été envahies par les troupes envoyées de Cuba à sa poursuite. Montezuma reste enfermé à Mexico,  surveillé par les Espagnols, alors que Cortes lutte contre ses propres Co nationaux, qu’il vaincra d’ailleurs. À son retour, il apprend que Montezuma a été assassiné par ses gardiens.

Todorov se demande quelle serait l’explication de ce comportement de la part d’un roi sur le courage duquel on dit les meilleures choses. Il est vrai que certaines chroniques le décrivent comme un type mélancolique et résigné. Mais à l’accusation d’incapacité politique, on peut répondre que Montezuma était le chef du plus grand empire, qu’il avait soumis toutes les tribus voisines, qu’il détenait une armée puissante et bien organisée. Les Espagnols voient en lui soit un fou, soit un sage. Ce que les autres considèrent comme de la naïveté politique, Todorov le conçoit comme un signe d’ambigüité culturelle, la seule explication possible du manque de résistance face à un si grand danger, l’envahissement de son pays. De son avis, de sa  rencontre avec un phénomène si nouveau, Montezuma est dérouté par la différence et vaincu par l’incapacité de communiquer. 

Langue et rite

Todorov parle de deux types de communication, en général. L’un est la communication interhumaine, fondée sur l’interaction entre individus utilisant un bagage commun d’informations : c’est le type utilisé par les Espagnols. Le deuxième est rituel, basé sur la communication de l’individu avec le monde, ou de l’individu avec les dieux, fortement codifié, ritualisé et ré réinterprété : c’est le type utilisé par les Aztèques.

Pour les Aztèques, c’est la société qui décide sur le destin de chaque individu. L’individu ne représente pas un tout complet en soi même, il n’est qu’un élément constitutif de la collectivité. Les Aztèques n’accordaient par d’importance à l’opinion personnelle, à l’initiative individuelle. Le social avait un rôle déterminant dans l’évolution de l’individu et décidait de la nature de ses actes. Dans cette société fortement structurée et hiérarchisée, un individu ne peut être l’égal de l’autre. La vie d’un être humain n’est pas un champ ouvert et non déterminé, mais la réalisation d’un ordre préétabli. Le futur de l’individu est réglé par le passé collectif. Le premier geste de Montezuma à l’arrivée des Espagnols est de constamment refuser de communiquer avec eux. Le seul message qu’il leur envoie est qu’il ne veut pas recevoir de messages. Son échec commence avec la manière de laquelle il utilise et valorise les informations reçues. Leur interprétation est faite dans le cadre de la communication avec le monde et non pas avec les individus. Au lieu de demander l’avis du conseil de guerre, il interroge les dieux. L’identité des Espagnols est si différente et imprévisible que les Aztèques échouent là où ils avaient excellé dans la guerre intertribale, c'est-à-dire dans la collecte des informations. Échouant dans l’intégration des nouveaux arrivants dans un système connu, ils renoncent à leur propre système d’interpréter les différences, livrant cet imprévu aux devins.

Deuxièmement, pour les Aztèques le discours a une fonction rituelle, réglementée en tant que forme et fonction. Les discours sont mémorisés et cités à l’émission de chaque nouveau discours, ce qui devient une répétition à ce qu’on a dit depuis des siècles. La production de ces discours est dominée par le passé et non pas par le présent. C’est dans ce monde dominé par la tradition que survient l’arrivée des Espagnols. 

Un événement unique, imprévisible, surprenant

La rencontre d’une société rituelle et un événement unique anéanti le brave Montezuma, extrêmement efficace dans la guerre entre les tribus locales. Son premier échec se traduit dans son incapacité de produire des messages appropriés et efficaces. Maitres dans l’art de produire des discours rituels, les Aztèques échouent dans une situation d’improvisation – l’arrivée des Espagnols. Leur paradigme verbal favorise le code au détriment du contexte, le respect de l’ordre au lieu de l’efficacité momentanée, le passé au lieu du présent. Les messages envoyés par les Aztèques aux Espagnols frappent par inadvertance. Par exemple, pour les convaincre de quitter le pays, ils leur donnent de l’or et des femmes, ce qui incite les envahisseurs à rester. Les Aztèques sont incapables de dissimuler la vérité, de concevoir une stratégie perverse. Les cris de guerre qu’ils poussent ne font que trahir leur présence et la prééminence d’une attaque alors que les parures des chefs les transforment en une cible facile pour les Espagnols. Les Espagnols ne respectent jamais leur parole, alors que les Aztèques ignorent le mensonge. En peu de temps, le mot chrétien devient pour les Aztèques synonyme de menteur. Un épisode postérieur à la conquête raconte qu’un prêtre demanda à un Indien s’il était chrétien et celui-ci lui répond : «  Oui, monsieur, je suis chrétien, car je sais mentir un peu. Un jour, je saurai mentir plus et je deviendrai un meilleur chrétien. » 

Conquérir c’est comprendre

Cortes gagne la guerre, car il excelle dans les relations interhumaines. Sa lutte se base d’abord sur la compréhension  de l’autre camp. Devant l’armée épatante de Montezuma, sa première tâche est de la connaître et surtout de connaître ses faiblesses. D’où la grande importance du traducteur. Le rôle le plus important dans la médiation entre Espagnols et Aztèques est joué par une femme, connue sous le nom de La Malinche, sans laquelle – dit-on – le Mexique n’aurait pas été conquis. Considérée comme le premier modèle de métissage culturel, elle connaissait trois langues, après la libération elle est regardée par les Mexicains comme une traitre.  Malinche est aztèque, mais elle est cédée à la population maya, d’où elle arrive dans le camp de Cortez. Peu après, elle devient l’amante de Cortez et son bras droit. Elle apparait dans toutes les peintures illustrant les rencontres entre Cortes et Montezuma, que Malinche hait. On croit que plusieurs fois, Malinche a pris le discours à son compte et qu’elle n’a traduit que partiellement ce que les deux chefs se disaient. Malgré son appui, lorsque l’Empire aztèque est détruit, Malinche sera cédée par Cortez à un de ses compagnons.
Le premier souci de Cortez est de contrôler l’information reçue de la part des Indiens, mais, en même temps, d’enquêter sur l’effet de son propre discours sur eux. Il fait attention non pas seulement à l’émission des messages, mais à leur réception aussi. Par exemple, il essaie toujours de faire croire aux autres qu’il est beaucoup plus fort qu’il est en réalité. Toute sa campagne est mise en scène autour des effets théâtraux. La poudre à canon est utilisée généralement comme feu d’artifice, pour impressionner les Aztèques. L’utilisation des armes dans cette guerre est plus symbolique que pratique. 

La conquête de l’Amérique coïncide en Espagne avec la parution de la première grammaire d’une langue européenne. Son auteur est Antonio de Nebrija. La connaissance théorique d’une langue est la preuve de la prise de conscience de son utilité pratique : elle marque une nouvelle attitude envers les outils de communication qui remplace la vénération avec l’analyse. Dans son introduction, Nebija écrit de manière prophétique : « La langue a été toujours la compagne de l’empire. »

L’Empire chinois

Si vous remplacez dans le livre de Todorov les Espagnols par les Occidentaux et les Aztèques par les Chinois, vous trouvez les deux termes de la nouvelle conquête visant un ancien empire par une nouvelle civilisation. Quoi qu’on dise, mille ans de civilisation occidentale  ne valent pas quatre mille ans de culture chinoise. Ceux qui connaissent la tradition éthique, morale et religieuse, qui ne fait qu’une en Chine, savent que ce que les Aztèques croyaient au XVI siècle, les Chinois le croient encore aujourd’hui. Mais si les Occidentaux s’imaginent qu’en appliquant la différence linguistique et les effets de parade ils peuvent anéantir l’Empire chinois, ils se trompent. Premièrement, les Chinois suivent chez eux le code aztèque et à l’extérieur le code espagnol. Deuxièmement, les Chinois connaissent la langue du conquérant et n’ont pas besoin de traducteurs; de l’autre côté, les Occidentaux ne connaissent pas la langue chinoise, préférant se fier aux mauvaises traductions. Troisièmement, les Chinois savent mentir aussi bien que les Chrétiens. En ce qui concerne la transgression de la parole donnée, surtout dans les relations d’affaires, ce sont eux les dignes héritiers de Cortez.
Quoi faire donc pour conquérir l’Empire de milieu? Premièrement, allez à la grammaire chinoise. Deuxièmement, allez aux Analectes, le code chinois établi il y a deux mille cinq cents ans par Kong Zi (autrement, Confucius). Le Ve siècle av. J.Ch. a été appelé en Chine le siècle des cinq cents écoles philosophiques. À part les plus connues, le confucianisme, le taoïsme, le légisme, il y avait aussi l’école linguistique (si ma mémoire est bonne, le courant s’appelait le moïsme), qui mettait de l’avant les secrets et le pouvoir de la langue. Les Chinois ont été les premiers à dire : « Un cheval blanc n’est pas un cheval. »  Un cheval, du point de vue de la grammaire, c’est un article et un nom, alors qu’Un cheval blanc représente un article, un adjectif, et un nom. La subtilité linguistique des Chinois explique peut-être pourquoi leur empire n’aura pas le même destin que celui  des Aztèques.

Si au cours des deux derniers éditoriaux, j’ai pu sembler à certains comme une défenseure de la Chine et une accusatrice de l’Occident, je ne le suis pas. J’ai plutôt exprimé mon étonnement  parce que les deux camps ne comprennent pas que l’impossibilité de leur coopération est due à un manque de communication et à une méconnaissance culturelle.

Août 2009

Le guide de l’enseignant sans patrie (2)

Felicia Mihali

Dans une nouvelle sur le msid, l’école coranique, le marocain Abdelfattah Kilito disait que la parole de Dieu « doit être apprise par cœur, conservée dans le cœur et constamment méditée ». Je crois que cela pourrait être vrai pour une bonne partie de ce qu’on enseigne aux enfants. L’apprentissage ne doit être saisi que partiellement et, parfois, de façon contradictoire. L’école devrait être le lieu où l’on cultive la mémoire. Tant que l’exercice de l’apprentissage ne s’arrête jamais, le processus de décoder les mystères encodés dans leurs jeunes cœurs doit continuer à tout jamais. La grande révélation de l’apprentissage doit arriver au moment où l’individu se détache de l’enfance pour s’attacher à la communauté.

            Dans les anciens msid, lorsque le père y conduisait son fils, il disait au maître : Toi, tu tues, moi j’enterre. Dans ces écoles religieuses, l’enseignement était basé sur la violence et l’humiliation, avec le consentement des parents. Cette société était forgée sur la conviction que l’homme doit tout d’abord enterrer son enfance afin de trouver l’âge mature. Cette mort était une mort symbolique, à la suite de laquelle, l’enfant se séparait de son innocence à travers des textes sacrés. La révolte naturelle contre ce qu’on ne comprend qu’à moitié était réprimée par des coups de bâton.

            Abdelfatah Kilito raconte un incident passé dans le msid, lorsqu’un jeune étudiant nommé Fa se révolte contre les coups infligés par leur maître. Et bizarrement, les enfants se placèrent du côté de leur enseignant. La revendication d’un enseignement sans violence, réclamé par Fa, menaçait dans le subconscient des élèves le pouvoir du maître, mais aussi celui du père et, de proche en proche, de tout le système éducatif et social par la suite.

            Pour être efficace, l’enseignement doit contenir une menace voilée, même si jamais mise en application. L’école ne doit être totalement dépourvue de l’insigne du pouvoir, de son sceptre qui lui donne autorité.

            De nos jours, on réduit trop le savoir, en le simplifiant, le rendant humble, dépourvu de mystère. Il est possible que le respect de l’élève pour son maitre fût dissout par cette libéralisation et simplification de l’enseignement. Les nouvelles réformes scolaires ont tout fait pour transformer l’école en un lieu où l’on s’amuse, où l’apprentissage doit être, obligatoirement, divertissant. Le maître ne mérite plus autant de respect tant les connaissances répandues par lui sont, apparemment, facilement accessibles. Par contre, lorsque les élèves ne comprennent pas ce qu’on leur enseigne, ils se révoltent contre le maître, la famille et la société. Ils projettent une faute généralisée contre ceux qui les obligent à des actions qui échappent à sa logique, et auxquelles ils refusent de se soumettre. La désobéissance devient ensuite du mépris et, finalement, une arme violente contre les adultes. On a interdit aux maîtres d’admonester et même de donner de mauvaises notes. Les parents, de leur côté, sont devenus des tyrans qui décident à la place des enseignants et qui n’acceptent aucune critique à l’adresse de leurs enfants.

            L’éducation des enfants devrait ressembler, au moins de temps en temps, à l’étude des écritures saintes. Peut-être que tout comme la Bible et le Coran, les connaissances dispensées aux enfants doivent être saisies à titre hypothétique et partiellement. Cet enseignement crypté deviendra transparent plus tard, lorsque le maître perdra ses attributs de Dieu.

                                                 ***

Ce que j’ai appris des mômes, auxquels j’ai enseigné le français pendant un an, fut leur pouvoir de rendre lisible l’illisible. Ce n’est que leur intelligence capable de rendre l’unité dans ce qui est difforme. Ils reconstituent un monde en trois dimensions là où il n’y a qu’une surface couverte de quelques morceaux de papier couleur. Ils n’ont besoin que de quelques morceaux pour refaire le tout. Nous devrions apprendre de leur peur devant la confusion, le désordre. Ce désir de mettre de l’ordre dans l’aléatoire est évident lorsque je leur demandais de ranger les objets sur la table, à la fin de la classe. Lorsqu’il y avait des morceaux de cartons, ils étaient toujours mis en rangées. Les carrés, les cercles, les triangles, les cubes en bois étaient faciles à aligner, et ils avaient même du plaisir à les ordonner. Par contre, tout ce qui était irrégulier, découpé, biscornu échappait à leur contrôle. Ne sachant pas comment les ranger, ils les abandonnaient au hasard.

            En les regardant, j’ai compris que mon échec pourrait venir du fait que j’organise encore ma vie à la manière d’agir de mes élèves. Je mets en ordre ce qui est à ma proximité et qui a une forme contrôlable : ranger les vêtements sur des cintres, arranger la vaisselle dans l’armoire, ramasser les verres et les petites assiettes, remettre les crayons dans leur pot sur le bureau, éteindre l’ordinateur pour la nuit. Ce qui n’a pas une forme concrète, ce qui a des contours flous, je le remets à plus tard. Les vagues à l’âme, avec leur haut et bas, je les laisse jusqu'à ce qu’un impératif arrive et décide pour moi.

 

            Toutefois, à la différence de mes élèves, qui réagissent à l'apprentissage avec humour, moi, je suis effrayée par le changement. Ce qui nous sépare, nous, est la conscience du temps, la distance qu’on prend face à l’avenir. Ce qui pour eux est indéfini, pour moi est déjà quantifiable. Ce qui bloque peut-être mon progrès c’est la proximité du temps futur. Il y a ensuite la conscience de mes propres limites, l'impossibilité de faire plus et la tristesse désarmante devant cette évidence. Mes faiblesses me découragent et me mettent dans l'impossibilité de me lancer dans d’autres projets. Mes élèves, eux, renoncent vite à ce qui les encombre pour courir vers ce qui leur donne moins de fils à retordre, ce qu'ils sont capables de faire sans effort.  Pour moi, les échecs m’affaiblissent, diminuent ma confiance en mes capacités. De leur côté, les élèves se nourrissent de leurs échecs, c’est la chair même de leurs futurs actes, plus forts et plus résolus.      

     J’ai essayé de me nourrir de leur insouciance, mais je suis de plus en plus coincée dans mes échecs, incapable de les dépasser et d’aller plus loin.

Août 2009

terranovamagazine.ca #60

fara multumiri si ferpar

Calinic Toropu

Desi terranovamagazine.ca este la un ultim numar nu caut sa fac un bilant. Bilanturile se fac la capatul unor proiecte ale caror rezultate sunt masurabile. De cele mai multe ori notiunea de bilant se asociaza unor proiecte in care aspectul financiar are o oarecare importanta. Ori, in terranovamagazine.ca acest aspect a fost ignorat atat de cei care au purtat grija revistei, cat si de cei care i-au dat substanta prin textele lor. Si atunci, cine ar putea cuantifica ce s-a intamplat aici de-a lungul a 60 de numere? Nici macar cei care au fost implicati, luna de luna, in aparitia revistei nu pot sa o faca. Ce poate sa insemne cantitatea de click-uri inregistrate pe numele revistei? Ce ar putea spune numarul celor care au publicat in revista? Cum ar putea fi masurate dorinta, pasiunea, entuziasmul, perseverenta care au nascut si mentinut terranovamagazine.ca? Si, la ce bun ar fi un bilant? La ce bun un ferpar…

Cu siguranta se va pune intrebarea : De ce terranovamagazine.ca se opreste aici? Nu exista un raspuns simplu care sa multumeasca. terranovamagazine.ca a fost un mod pasionat si extracotidian de trairi al celor care au realizat-o, tot asa cum a fost o iesire din cotidian a celor care au citit-o.

terranovamagazine.ca, ca si concept, nu a avut timp sa imbatraneasca si nici nu dispare. Va fi el (p)reluat (in aceleasi formule)? Va fi el transpus in altceva? Nu va mai fi continuat de loc? I se ofera doar o pauza? Cine ar putea sa prezica…

Acum insa, ma gandesc la trei (plus unu) dintre aceia care, in tot timpul asta, au trudit nestiut in afara reflectoarelor terranovamagazine.ca, care, precum cei ce au semnat in paginile revistei, au avut o contributie majora in aparitia acesteia.

Cristian Nistor este cel care i-a dat un aspect grafic profesional. A conceput site-ul si l-a realizat cu multe ore de munca, dar mai ales cu o extraordinara pasiune. Am admirat la el atasamentul fata de terranovamagazine.ca, chiar si atunci cand munca de web designer propriu zisa se terminase. De asemenea, multe din modificarile survenite pe parcurs sunt initiative care ii apartin. terranovamagazine.ca nu a fost niciodata pentru Cristi un proiect de domeniul trecutului.

Cel mai apropiat coechipier al sau a fost Bogdan Toropu-Malaelea.  Numar de numar Bogdan si-a asumat sarcina, poate cea mai solicitanta si de rutina: incarcarea textelor, alinierea lor, prelucrarea imaginilor, aranjarea in pagina… A fost „omul din Havana” pentru rezolvarea tuturor problemelor tehnice care au aparut si pe care le-a rezolvat cu brio de fiecare data. De asemenea, lui Bogdan i-a facut placere sa conceapa si sa ne surprinda ochiul cu multe din efectele grafice. Pentru toate acestea, terranovamagazine.ca a fost proiectul sau.

Uriasa contributie a lui Huguette Proulx este greu de descris in cateva randuri. Cu pasiune pentru cultura si limba franceza a fost cea care a asigurat claritatea textelor scrise de cei care nu s-au nascut in spatiul acesteia. Toti cei carora Huguette le-a citit si corectat materialele ii datoreaza enorm in ceea ce priveste evolutia cunoasterii si utlizarii limbii franceze. Despre ei se poate spune ca au scris mai degraba in limba lui Hugette, decat in limba lui Moliere. terranovamagazine.ca poarta indeniabil amprenta lui Huguette.

Felicia Mihali e stiuta prin textele sale. Dar, oare, asta este tot ce a adus la terranovamagazine.ca? Nicidecum. Felicia a fost cea careia se datoreaza terranovamagazine.ca in formula aceasta. Atunci cand s-a alaturat proiectului a facut-o conditionat de profesionalism, care a devenit cuvantul de ordine. Cu o determinare extraordinara a cerut si a obtinut profesionalism din parte tuturor. A citit, corectat, modificat, editat absolut toate articolele aparute in toate cele 60 de numere cu o auto-disciplina si seriozitate rar intalnite. A initiat colaborari care s-au dovedit de lunga durata. A refuzat materiale cu riscul de a pierde amicitii… Dar, mai cu seama, a creat o relatie de mentorat cu cei care au i-au cautat sprijinul. terranovamagazine.ca este  realizarea Feliciei pentru ca ea a fost mai mult decat sufletul ei, i-a fost coloana vertebrala.

Nici unul dintre cei de mai inainte nu trebuie sa astepte multumiri pentru eforturile depuse pe parcursul a 60 de numere. Motivul este ca, de fapt, terranovamagazine.ca li se datoreaza si le apartine.

Août 2009

Hommage à Felicia Mihali, écrivaine et éditrice

Luz Garcia de Zielinski

J’ai appris avec tristesse que ce numéro sera le dernier de TERRA NOVA. J’aimerais, à travers cet article, rendre hommage à Felicia Mihali, son éditrice et sa conceptrice, pour son talent, son initiative, sa créativité, sa passion et sa force!

      Je veux parler de l’écrivaine, de l’éditrice et de la femme, toute simplement!  J’ai la chance de la connaître depuis quelques années et même si je ne la vois pas souvent, je suis très fière d’avoir partagé une passion avec elle : l’écriture!

Écrivaine déjà dans son pays natal, la Roumanie, elle a su nous émouvoir avec ses livres, ses écrits et ses éditoriaux qu’elle écrivait chaque mois depuis le tout premier numéro de la revue.

      Pour ceux et celles qui ne la connaissent pas, voici un bref rappel de sa trajectoire littéraire : elle a publié en juin 1999 à Bucarest son premier livre et est devenue très connue et adulée, aussi bien par la critique littéraire que par le public roumain.

La parution de ce premier roman, Le Pays du Fromage, s’est avéré un triomphe. Tout suite après on l’a encouragé à publier deux autres romans : La Petite Histoire et Moi, Luc et le Chinois dans un délai de seulement huit mois! La critique n’a pas hésité à la reconnaître comme : « l’écrivaine pour le troisième millénaire » ou « un talent de 24 carats », entre autres.

      Suite à son succès, elle a décidé de s’établir au Canada, tout en sachant qu’il lui faudra changer de langue, de vivre et de s’adapter à une autre culture.  Ainsi notre écrivaine a commencé à traduire en français ses romans. Finalement, ses écrits ont paru à la très prestigieuse maison d’édition XYZ.

      Au Canada, elle avait débuté premièrement comme journaliste, chez elle, et malgré la difficulté que cela implique, elle n’a pas reculé devant rien et a lancé la revue Terra Nova en 2001, afin de rendre hommage  aux écrivains, aux artistes, aux arts et aux lettres.  Elle et son équipe ont donné la chance à plusieurs passionné(e)s de l’écriture de partager avec leur public des opinions sur différents spectacles à Montréal, au Canada et dans le monde entier. Felicia nous a offert l’opportunité de nous réaliser comme journalistes, écrivain(e )s ou simplement comme des grand(e)s amateurs et passionnés de l’écriture, que ça soit dans le domaine de la littérature, du théâtre et des arts en général.  Dès le début, elle a encouragé le multilinguisme enfin de faire des rapprochements entre différentes cultures.  J’ai été l’une de celles qui ont pu écrire et partager avec le public de Terra Nova des réflexions sur l’art en général.

      La gloire qu’elle a connue dans son pays ne l’a pas impressionnée trop et comme elle le dit si bien : « je suis sensible au succès, cela signifie que je suis lue et que, finalement, le public aime mes livres. Le succès pour autant est assez dangereux pour notre esprit. Le fait d’être connu et adulé, cela court le risque de ne plus évoluer, de rester figé dans une formule établie une fois pour toute. J’ai pris la décision de tout changer juste pour évoluer : prendre ma vie et mon expérience dès le début, apprendre des choses nouvelles, connaître des gens et des endroits, cela me semble nécessaire pour la condition d’un créateur. Je veux même connaître des situations limites, qui côtoient l’humilité, la pauvreté. Pour un écrivain le plus grand péril est l’orgueil, la superbe. L’homme doit recevoir périodiquement des leçons d’humilité. On a besoin, de temps à l’autre, d’être montré du bout du doigt ». 

J’admire en elle son avant-gardisme, sa confiance et sa force de ne pas avoir peur de tout recommencer à zéro.  Elle reste très modeste malgré son succès et ses publications, elle est convaincue que même si elle n'est pas encore une grande écrivaine, elle peut la devenir. Elle est d’une nature très perspicace et elle croit que la vie est une école d’apprentissage. 

      Chère Felicia, merci pour l’opportunité que tu m’as donnée d’écrire et de partager avec ton public.  Je te souhaite beaucoup de bonheur dans tes nouveaux défis.  J’en suis certaine que les chemins que tu vas prendre seront aussi magnifiques et  beaux que ceux du projet Terra Nova.  À travers cet article, au nom de mes collègues aussi, je te remercie encore une fois. Félicitation à nouveau et continue ta belle route!

Août 2009

Semnal

SpectActorul craiovean

Par Florin Oncescu

Au ajuns la redactia noastră ultimele două numere ale excelentei reviste SpectActor, publicatie a Teatrului National “Marin Sorescu”, de la Craiova.

SpectActor este, în primul rând, rodul eforturilor jurnalistice ale poetului Nicolae Coande, care este unul din secretarii literari ai Teatrului. El este secondat, în munca de redactie, de prozatorul Cornel Mihai Ungureanu. Amândoi au stagii lungi în jurnalism, marcate prin publicarea de volume proprii de publicistică (1). Revista apare într-o prezentare artistică de exceptie, asigurată de graficianul Viorel Pîrligras.

SpectActor nr. 4 (9), octombrie-decembrie 2008
Retinem dosarul dedicat montării piesei “Omul din La Mancha”, musical de Dale Wasserman, în regia lui Cezar Ghioca. Cuprinde cronici de Cornel Mihai Ungureanu si Marius Dobrin, un interviu cu Tudor Gheorghe, interpretul lui Don Quijote, realizat de acelasi Cornel Mihai Ungureanu, un interviu cu regizorul Cezar Ghioca, luat de Nicolae Coande. Surprinde plăcut opozitia verdictelor generale ale celor două cronici (prima, pro, a doua, total contra). Tudor Gheroghe, mândru si sfătos cum îl stim, nu-si mestecă vorbele: “Astăzi a apărut o pseudo-elită de intelectuali fără operă care sunt modele si ni se arată mereu: Liiceanu, Patapievici (Plesu e din altă categorie. El chiar e un boier si un spirit. Ăstia, nu. Păi, Costică Barbu al meu le dă clasă la amândoi. Dar el trăieste aici, în Craiova, iar ei se învârt prin Bucuresti, cu functii).” (2)

Mai retinem monologul pentru scenă semnat de Mihai Ignat si fragmentul de jurnal al poetului Vasile Baghiu.
Studiul lui Basarab Nicolescu, “fizician cuantic” de la Paris, despre omul de teatru Peter Brook, ar fi putut să lipsească (când colo, OMG, este întins pe ambele numere de revistă prezentate). Prea multe citate, prea mult limbaj stiintific placat pe viul artei scenei. Traducerea corectă a lui Petrisor Militaru n-are nici o vină.

SpectActor nr. 1 (10), ianuarie-martie 2009
Dosarul numărului este dedicat montării piesei Scaunele, de Eugen Ionescu, în regia lui Kincses Elemér (3), cu actorii Ilie Gheorghe si Tamara Popescu. Cronicile semnate de Ioan Lascu, Horia Dulvac, Geo Constantinescu si Petrisor Militaru, ale căror concluzii nu diferă, se completează una pe alta. Interviul dat de regizorul Kincses Elemér lui Cornel Mihai Ungureanu este onest si interesant (“[Scrieti] în limba maghiară?” “Da. Eu sunt maghiar. Un regizor maghiar din România. N-am plecat, desi as fi putut, de mai multe ori. Dar asa am fost crescut: că locul meu e aici.”). Interesant si emotionant este si interviul cu actrita Tamara Popescu, realizat de Corina Bărbuică (“Când am iesit prima dată din tară după 1989, la Edinburgh... Îmi amintesc cum am deschis un plic de cafea, mirosul acela nu îl voi uita niciodată.” – este vorba de participarea de mare succes a Teatrului National din Craiova la Festivalul International de la Edinburgh, din 1991).

De semnalat textul lui Ion D. Sîrbu, “Despre cele trei boli endemice ale actorilor de pretutindeni” (nomadismul, criza de ratare, febra de genialitate – prima si ultima maladie le-am găsit si-n lumea colegilor mei ingineri, nu însă si sentimentul ratării), reprodus cu ocazia împlinirii a 90 de ani de la nasterea scriitorului si 20 de ani de la moartea sa.

De retinu interviul cu actorul Adrian Andone, luat de Lia-Elena Boangiu. Cu rolul de debut, direct pe scena teatrului craiovean, în 1992, el si-a câstigat un statut de prim plan printre actorii craioveni.

Ambele numere din SpectActor cuprind cronici de carte interesante si multe alte articole bune, necuprinse în această succintă prezentare.

(1) Nicolae Coande, “Revansa chipurilor”, Ed. Măiastra, Târgu-Jiu, 2009. Cornel Mihai Ungureanu, “Recreaţii cu Babi”, Ed. Brumar, Timişoara, 2008 (carte prezentată în Terra Nova nr. 57).
(2) În două din cele trei zile petrecute de subsemnatul la Craiova, la începutul lunii august, de la terasa unde sedeam la o bere, am remarcat silueta sveltă, la costum negru, a filozofului Constantin Barbu, deambulând prin forfota din centru.
(3) În regia aceluiasi, la Montréal, în luna iunie, în cadrul Festivalului de Teatru Idis, am văzut cu plăcere montarea piesei “Mirele Efros”, de Jacob Gordin.

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