Depuis 2001 • No 60 • Montréal • 15.08.2009
Sortie : 7 août 2009

Les grandes chaleurs

Tulpan

Durée : 1h39

Distribution : Marie-Thérèse Fortin, François Arnaud, Marie Brassard, Yvan Benoît

Réalisation : Sophie Lorain

Scénario : Michel Marc Bouchard, d’après sa pièce de théâtre éponyme

Production : Canada

Photo : www.sevillepictures.com

Par Tina Armaselu

 

Gisèle Cloutier (Fortin), une travailleuse sociale dans un Centre de jeunesse de Québec, âgée d’une cinquantaine d’années, vient d’apprendre, à la mort de son mari, qu’il avait entretenu une relation avec une autre femme. Affligée par cette découverte et irrésistiblement attirée par le jeu de séduction d’un ex-client, Yannick Ménard (Arnaud), un jeune cleptomane suicidaire, amoureux d’elle, Gisèle se laisse entraîner, malgré ses soucis sur la différence d’âge, dans une relation torride et imprévisible, parsemée de révélations insolites sur soi-même et les autres membres de sa famille.

Premier long métrage de l’actrice et réalisatrice québécoise Sophie Lorain, « Les grandes chaleurs » est une comédie bien ficelée jouant sur plusieurs registres, du comique aux accents un peu macabres à celui de caractères et de dialogues. Portant sur ce que la société regarde encore comme une sorte de tabou, la liaison d’une femme avec un homme beaucoup plus jeune qu’elle, l’adaptation de la pièce de Michel Marc Bouchard se penche avec humour sur des questions délicates telles que la sexualité féminine et l’écart d’âge entre les partenaires d’un couple, ainsi que sur les diverses réactions et implications sociales provoquées par ce genre de relation. D’autres thèmes sont également touchés, adultère, brièveté de la vie, homosexualité, relations de travail versus vie intime. A l’exception de quelques scènes qui peuvent paraître moins adroites ou un peu puériles, comme la séquence entre les deux amants homosexuels où survient l’aveu de la sœur de Gisèle, ou le comportement un peu infantilisé des deux jumeaux, le film garde pour la plupart un ton agréablement accordé, mi-dramatique, mi-moqueur, appuyé par la trame sonore de Dazmo. L’alchimie entre les deux protagonistes semble convaincante et bien crayonnée sur l’image de fond d’un Québec en pleine saison chaude …

Sortie : 7 août 2009

Tokyo Sonata

Chéri

Durée : 1h59

Distribution : Teruyuki Kagawa, Kyoko Koizumi, Yu Koyanagi, Kai Inowaki

Réalisation : Kiyoshi Kurosawa

Scénario : Kiyoshi Kurosawa, Max Mannix, Sachiko Tanaka

Production : Japon, Pays-Bas, Hong Kong

Photo : www.tokyosonatamovie.com

Par Tina Armaselu

 

Un père de famille, Ryuhei Sasaki (Kagawa), homme d’affaires de la classe moyenne du Tokyo contemporain, vient d’être congédié sans préavis par son entreprise. Soucieux de ne pas perdre son autorité, il cherche à dissimuler sa condition auprès de ses proches jusqu’à ce qu’il ne trouve un autre emploi. Les deux garçons, Takashi (Koyanagi) et Kenji (Inowaki), l’un au seuil de l’âge majeur, l’autre de l’adolescence, semblent, eux aussi, enclins à des démarches secrètes, l’un pour une carrière militaire, l’autre pour des leçons de piano. La mère (Koizumi), quant à elle, se rend peu à peu compte que sa famille est en train de se désintégrer …

Lauréat du prix du jury « Un certain regard » au festival de Cannes 2008, « Tokyo Sonata » représente la signature de début dans un genre différent de Kiyoshi Kurosawa, jusqu’à récemment connu en tant que réalisateur de films « horror ». En abordant le thème du drame domestique, le film raconte l’histoire d’une famille sur le point d’être détruite par le manque d’une vraie communication. Si les saluts échangés lorsque chacun est de retour à la maison semblent acquérir un caractère de plus en plus mécanique, il est de même pour les conversations lapidaires, menées pendant les repas, et qui n’arrivent qu’à augmenter davantage l’écart. Tandis que la première partie reste bien ancrée dans le réel, la deuxième transgresse les frontières du rêve et du comique, frôlant parfois légèrement l’artificiel (comme, par exemple, les scènes où apparaît le voleur). Plutôt bien concerté, « Tokyo Sonata » est à noter par le dosage habile du dit et du non-dit, le portrait expressif du petit Kenji, bien esquissé par le jeune acteur Kai Inowaki, et la fin en queue de poisson, laissant le dernier mot aux accords d’une sonate pour le piano …

Sortie : 31 juillet 2009

Fifty Dead Men Walking

Whatever Works

Durée : 1h57

Distribution : Jim Sturgess, Ben Kingsley, Kevin Zegers, Nathalie Press, Tom Collins

Réalisation : Kari Skogland

Scénario : Nicholas Davies, Martin McGartland, Kari Skogland

Production : Canada, Grande Bretagne

Photo : www.tvafilms.com 

Par Tina Armaselu

 

Racolé par l’agent au nom de code Fergus (Kingsley) et enrôlé, en même temps, comme volontaire aux rangs de l’IRA, l’Armée républicaine irlandaise « provisoire », Martin McGartland (Sturgess) s’assume le rôle dangereux d’informateur auprès des services de sécurité britanniques. Au risque d’être découvert, torturé et exécuté, Martin continue sa mission secrète tout en réalisant cependant que sauver des vies d’un côté peut couter des vies de l’autre …

Inspiré par le livre autobiographique du même titre de Martin McGartland, figure controversée menant une vie cachée encore aujourd’hui, « Fifty Dead Men Walking » essaie de dépeindre une page incendiaire de l’histoire d’Irlande du Nord, la période des Troubles des années 80, opposant les groupes nationalistes et unionistes, et caractérisée par de violentes confrontations entre l’IRA et les forces de la sécurité d’Etat telles que la Police Royale de l'Ulster (RUC) et l’Armée britannique. En s’ouvrant sur une scène d’attentat localisée au Canada, en 1999, le film revient en flashback aux événements sanglants de Belfast ayant entraîné Martin dans sa mission. Bien que le début et le détail historique peuvent paraître à première vue un peu confus, la réalisatrice canadienne Kari Skogland réussit à créer l’impression de vraisemblable et de tension soutenue, en jouant (peut-être, parfois, un peu trop) sur des scènes d’action, de violence ou de torture. Le grand atout du film reste cependant la prestation impeccable des protagonistes, bien appuyée par une série de close-ups focalisés sur l’expressivité du regard.

À partir du 7 août

Histoire de vampires coréens

"Thirst", la perle baroque de Park Chan-wook

Thirst

Par François Cavaillès

De prêtre à vampire, une conversion radicale signée par le metteur en scène coréen Park Chan-wook ("Old Boy").

 Un prêtre (Song Kang-ho, vu notamment dans "The Host" en 2006) se sacrifie en acceptant de porter un virus très dévastateur. Il en guérit comme par miracle, par la grâce d'une transfusion sanguine, mais en devenant du même coup un vampire. Tentations, introspection et rivalités le tourmentent alors jusqu'au basculement complet de ses valeurs et de son comportement.

 Nouvelle création du Coréen Park Chan-wook (auteur de l'excellent "Old Boy" en 2003), "Thirst" est une oeuvre baroque plus complexe qu'elle n'a pas pu paraître aux potaches du festival Fantasia lors de l'avant-première du mois dernier.

 D'évidence, il s'agit d'abord d'une satire loufoque, souvent grotesque mais parfois géniale. Elle s'attache surtout à la caricature d'une famille coréenne décomposée que retrouve, par hasard peu après sa décontamination, le héros solitaire métamorphosé Sang-hyun. Le retour du prêtre à la société s'insère donc dans de traditionnelles parties de mah-jong familiales avec quelques vieux amis. Autant de très bons épisodes comiques, avec en particulier des rapports entre gendre et belle-mère qui valent leur pesant d'or grâce aux acteurs Shin Ha-kyun et Kim Hae-sook, des talents bien connus du théâtre et de la télévision coréens.

 Mais "Thirst" revêt aussi la forme d'un film fantastique de vampires. Un choix thématique surprenant pour Park Chan-wook, après s'être forgé une réputation internationale dans le policier vengeur. Toutefois, la mise en scène se fait experte dans ce film d'action. Action sur le corps, puis dans l'espace de Séoul et jusqu'à l'horizon dans un final grandiloquent.

 Un onirisme original affleure également, évoquant notamment le symbolisme et le surréalisme. La palette est maculée au possible de rouge sang mais la patte, l'esthétique de Park Chan-wook demeure passionnante, au service cette fois d'une originale quête des sens. En effet, Sang-hyun combat la soif de sang, la soif de sensualité _ auprès d'une jeune femme mal aimée qui le suivra à la vie, à la mort _ et la soif de pouvoir.

 Ainsi plutôt qu'une énième resucée du vampire pour jeunes filles fleurissant de nos jours, "Thirst" est un traitement efficace de thèmes comme la religion, la convoitise et l'aliénation aujourd'hui. Dans son style baroque moderne sophistiqué, il exprime surtout une vérité essentielle du cinéma, le pouvoir d'entraînement de l'imagination. 

"Thirst", film coréen de Park Chan-wook (2009), d'une durée de 133 minutes, avec Song Kang-ho, Kim Ok-vin, Shin Ha-kyun et Kim Hae-sook, Prix du Jury au Festival du film de Cannes, sort au Canada le 7 août prochain.

Légende:

Déjà prêtre, pas encore vampire. Un long chemin de croix original attend Song Kang-ho, le héros de la comédie dramatique coréenne "Thirst".  (Photo: Alliance Films)

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