L’archipel du docteur Thomas, de Françoise Enguehard, est un superbe roman où l’auteure raconte l’histoire de François, un architecte qui a grandi aux îles Saint-Pierre et Miquelon et qui travaille maintenant à Paris. Ce dernier n’a jamais « pu s’habituer aux milliers de kilomètres qui le séparaient des siens ». Pour lui, son lieu d’origine demeure « la source même de son inspiration et de sa créativité ». Sa carrière est une réussite qui va « au-delà de ses espoirs de jeunesse ». Cependant, il ne se considère pas chez lui en France alors il retourne dès qu’il le peut sur les lieux de sa jeunesse.
Avec François, le lecteur pose un regard sur la vie aux îles, sur le climat, sur l’océan, sur les paysages ainsi que sur la situation des jeunes qui « ont, très tôt, à prendre une décision qui les engage pour le reste de leur vie : rester ou partir ». Dans ce petit coin de France en Amérique, tout le monde a quelque chose en commun avec ses voisins : « les mêmes rigueurs de l’hiver qui [obligent] à construire de la même manière et à s’acheter des chasse-neige, le hockey, les grosses voitures, les catalogues des grands magasins – Sears, Eaton’s, Montgomery Ward – dans lesquels on [commande] tout, des débarbouillettes aux draps Permapress, en passant par les meubles et les chaussures. Bref, les Saint-Pierrais [partagent] le quotidien et la météo avec cet énorme continent. » C’est là que François trouve son sentiment d’appartenance.
Lors d’un de ses périples aux îles, il fait la rencontre d’une adolescente, Émilie, qui adore écrire et grâce à qui il découvre des photos trouvées dans « un entrepôt abandonné ». Cette œuvre serait celle du docteur Thomas, dont personne ne sait rien sinon qu’il a habité, un siècle plus tôt, à Saint-Pierre et Miquelon.
Fascinés et envoûtés par les photographies, les deux comparses vont tenter de retrouver sa trace. Partant pour Paris, François charge Émilie et le photographe du coin, Jacques, de faire une sélection des meilleurs clichés du docteur Thomas afin de pouvoir, par la suite, les afficher dans son bureau à Paris.
Prenant son rôle au sérieux, Émilie sélectionne les œuvres les plus représentatives, selon elle, « de tout le travail photographique du docteur Thomas à Saint-Pierre et Miquelon ». Épaté par le travail de la jeune fille, le photographe Jacques décide d’organiser une exposition qui remportera un vif succès et qui voyagera jusqu’au Musée de la Marine en France.
Pour François, les photos racontent « en silence l’histoire de l’archipel et de ses gens, leur acharnement à l’ouvrage, leurs rares moments de repos et de gaieté, la beauté de la nature, sa cruauté aussi ». Les photos lui parlent des îles et de lui-même.
Grâce à l’exposition, Émilie et François en apprennent davantage sur ce curieux docteur. Ils rencontrent des gens qui l’ont connu et qui les aident à remonter le fil du temps dans le but de reconstituer sa vie qui s’avère avoir été une touchante odyssée; celle d’un homme ayant vécu sa passion, la photographie, sans en faire son travail.
Le roman d’Enguehard s’avère captivant et bien ficelé. Entremêlé de textes écrits par la petite Émilie où elle imagine la vie du docteur Thomas à partir des photographies, ce récit touchant donne envie d’aller aux îles, de s’y recueillir en écoutant le bruit de la mer.
Françoise Enguehard, L’archipel du docteur Thomas, Sudbury, Prise de Parole, 2009, 206 p.











