Entrevue avec l'organiste et compositeur allemano-autrichien Michael Radulescu invité à Montréal pour un concert et une série de cours dans le cadre de l'Académie estivale d'orgue McGill (www.msoa.ca).
F.C.: Aujourd'hui, vous enseignez en Autriche.
M.R.: à l'université de musique de Vienne. J'y ai enseigné jusqu'en octobre passé. Maintenant je suis à la retraite et je suis très content parce j'ai maintenant encore plus de temps pour voyager, pour étudier moi-même. Je veux aussi profiter d'un peu plus de temps libre pour composer.
J'ai enseigné à Vienne pendant 40 ans et j'ai commencé il y a un an une nouvelle activité d'enseignant à Lübeck, en Allemagne du Nord, sur un merveilleux orgue historique, une fois par semestre... Et puis, j'ai l'Académie Bach à Porrentruy, en Suisse, depuis 1987 avec de l'orgue: les cantates, les Passions de Bach, la messe en si, les motets, etc.
F.C.: Avez-vous des étudiants québécois en Europe?
M.R.: Pas en ce moment mais j'ai eu pas mal de Canadiens anglophones... J'ai eu cinq ou six Québécois, je crois... J'aime beaucoup le charme de l'accent québécois! (rires)
F. C.: Vous êtes un spécialiste de Bach...
M.R.: Oui, bon, c'est le sens de mes activités comme interprète. Pour moi, c'est le point de référence de toute musique. Je n'aime pas tellement le terme "spécialiste" parce que très souvent, on l'associe à quelqu'un qui ne connaît rien d'autre. Bach atteint le sommet de la musique de son temps. Il était vraiment comme un prophète et il a marqué la musique de son avenir, jusqu'à nos jours.
F.C.: On vous tient spécialiste de Bach pour avoir enregistré l'intégrale de ses oeuvres pour l'orgue.
M.R.: Oui. Tout n'est pas encore totalement publié, bon, c'est une question un peu délicate, mais je l'ai fait à l'orgue de Porrentruy, un orgue vraiment merveilleux... J'y ai enregistré le tout sans aucun montage. Aucune interruption donc, et ça change tout parce que là, on a vraiment le souffle et la respiration naturels.
F.C.: Combien de temps représente cet enregistrement?
M.R.: J'ai pris mon temps, mais ce sont en tout 20 cédés... C'est quand même une quantité remarquable. Tout ce qu'on a fait là, c'est documenter les oeuvres chorales, mais aussi les Passions, tout ça... Documenter par des enregistrements qui ne sont pas publiés mais seulement saisis sur le vif: le concert tel qu'il était, avec les faiblesses, avec les moments critiques... Mais c'est ça, la réalité.
F.C.: Votre concert en l'église Mountainside United de Montréal, le 7 juillet dernier, a présenté des morceaux composés par Bach pour l'orgue. L'attitude très attentive et réfléchie public, en particulier quand vous avez joué de la musique sacrée, a donné l'impression qu'on écoutait l'oeuvre d'un homme austère. S'agirait-il du compositeur ou de l'interprète?
M.R.: Pas seulement. Pas seulement parce que, à mon avis, il est puéril de ne faire de la musique que pour s'amuser. Il y a toute une sagesse dans la musique. C'est la sagesse de l'écoute. La sagesse de l'esprit dans la résolution de problèmes formels... Et puis, il y a certainement l'affect, qui ne peut pas être seulement la joie et le charme qui doit être aussi la majesté. C'est donc en cela toute la gamme des problèmes humains et le rapport avec l'au-delà...
Si on regarde un peu la musique de Bach, on trouve très souvent des moments de grand sens de l'humour. Il faut évidemment connaître son langage pour comprendre, et là on se rend compte de ce qu'il fait avec un raffinement incroyable.
Et puis, pratiquement, il n'y a pas deux morceaux de Bach qui soient pareils. Son approche est celle de la majesté, de la grandeur, de la grande souffrance, mais aussi de la joie élémentaire qui n'est pas nécessairement celle qui fait bondir. Il y a également des choses extrêmement touchantes comme la pastorale que j'ai jouée au concert [Pastorella en fa mineur] et qui est d'un charme, d'une douceur, d'une poésie... Là, il n'y a rien de profond dans le sens de l'élaboration ou de la grande Passion, non, c'est une musique très sereine, avec une gigue très gracieuse... C'est une gamme vraiment incroyable de variétés d'affects et de pensées.
Les cours et les concerts organisés par l'Académie estivale d'orgue se sont déroulés du 6 au 16 juillet 2009 dans la région de Montréal. Renseignements: www.msoa.ca.
Légende:
L'organiste et compositeur Michael Radulescu. (Photo: François Cavaillès)



