Depuis 2001 • No 59 • Montréal • 15.07.2009
Juillet 2009

Académie estivale d'orgue McGill

Michael Radulescu

Organiste compositeur

par François Cavaillès

Entrevue avec l'organiste et compositeur allemano-autrichien Michael Radulescu invité à Montréal pour un concert et une série de cours dans le cadre de l'Académie estivale d'orgue McGill (www.msoa.ca). 

F.C.: Aujourd'hui, vous enseignez en Autriche. 

M.R.: à l'université de musique de Vienne. J'y ai enseigné jusqu'en octobre passé. Maintenant je suis à la retraite et je suis très content parce j'ai maintenant encore plus de temps pour voyager, pour étudier moi-même. Je veux aussi profiter d'un peu plus de temps libre pour composer.

J'ai enseigné à Vienne pendant 40 ans et j'ai commencé il y a un an une nouvelle activité d'enseignant à Lübeck, en Allemagne du Nord, sur un merveilleux orgue historique, une fois par semestre... Et puis, j'ai l'Académie Bach à Porrentruy, en Suisse, depuis 1987 avec de l'orgue: les cantates, les Passions de Bach, la messe en si, les motets, etc.  

F.C.: Avez-vous des étudiants québécois en Europe? 

M.R.: Pas en ce moment mais j'ai eu pas mal de Canadiens anglophones... J'ai eu cinq ou six Québécois, je crois... J'aime beaucoup le charme de l'accent québécois! (rires

F. C.: Vous êtes un spécialiste de Bach...  

M.R.: Oui, bon, c'est le sens de mes activités comme interprète. Pour moi, c'est le point de référence de toute musique. Je n'aime pas tellement le terme "spécialiste" parce que très souvent, on l'associe à quelqu'un qui ne connaît rien d'autre. Bach atteint le sommet de la musique de son temps. Il était vraiment comme un prophète et il a marqué la musique de son avenir, jusqu'à nos jours. 

F.C.: On vous tient spécialiste de Bach pour avoir enregistré l'intégrale de ses oeuvres pour l'orgue. 

M.R.: Oui. Tout n'est pas encore totalement publié, bon, c'est une question un peu délicate, mais je l'ai fait à l'orgue de Porrentruy, un orgue vraiment merveilleux... J'y ai enregistré le tout sans aucun montage. Aucune interruption donc, et ça change tout parce que là, on a vraiment le souffle et la respiration naturels. 

F.C.: Combien de temps représente cet enregistrement? 

M.R.: J'ai pris mon temps, mais ce sont en tout 20 cédés... C'est quand même une quantité remarquable. Tout ce qu'on a fait là, c'est documenter les oeuvres chorales, mais aussi les Passions, tout ça... Documenter par des enregistrements qui ne sont pas publiés mais seulement saisis sur le vif: le concert tel qu'il était, avec les faiblesses, avec les moments critiques... Mais c'est ça, la réalité. 

F.C.: Votre concert en l'église Mountainside United de Montréal, le 7 juillet dernier, a présenté des morceaux composés par Bach pour l'orgue. L'attitude très attentive et réfléchie public, en particulier quand vous avez joué de la musique sacrée, a donné l'impression qu'on écoutait l'oeuvre d'un homme austère. S'agirait-il du compositeur ou de l'interprète? 

M.R.: Pas seulement. Pas seulement parce que, à mon avis, il est puéril de ne faire de la musique que pour s'amuser. Il y a toute une sagesse dans la musique. C'est la sagesse de l'écoute. La sagesse de l'esprit dans la résolution de problèmes formels... Et puis, il y a certainement l'affect, qui ne peut pas être seulement la joie et le charme qui doit être aussi la majesté. C'est donc en cela toute la gamme des problèmes humains et le rapport avec l'au-delà...

Si on regarde un peu la musique de Bach, on trouve très souvent des moments de grand sens de l'humour. Il faut évidemment connaître son langage pour comprendre, et là on se rend compte de ce qu'il fait avec un raffinement incroyable.

Et puis, pratiquement, il n'y a pas deux morceaux de Bach qui soient pareils. Son approche est celle de la majesté, de la grandeur, de la grande souffrance, mais aussi de la joie élémentaire qui n'est pas nécessairement celle qui fait bondir. Il y a également des choses extrêmement touchantes comme la pastorale que j'ai jouée au concert [Pastorella en fa mineur] et qui est d'un charme, d'une douceur, d'une poésie... Là, il n'y a rien de profond dans le sens de l'élaboration ou de la grande Passion, non, c'est une musique très sereine, avec une gigue très gracieuse... C'est une gamme vraiment incroyable de variétés d'affects et de pensées.  


Les cours et les concerts organisés par l'Académie estivale d'orgue se sont déroulés du 6 au 16 juillet 2009 dans la région de Montréal. Renseignements: www.msoa.ca. 


Légende: 

L'organiste et compositeur Michael Radulescu. (Photo: François Cavaillès)  

Juillet 2009

30e Festival de jazz de Montréal

Greg Osby: "Je suis une sorte d'explorateur"

Saxophoniste

par François Cavaillès

Entrevue avec le saxophoniste américain Greg Osby lors de son passage au 30e Festival de jazz de Montréal, le 11 juillet dernier.

 

François Cavaillès: Vous êtes venu à Montréal avec un nouveau projet, dans une nouvelle équipe avec notamment une chanteuse qui prend beaucoup d'espace dans votre musique.  
Greg Osby: Oui. Enfin, elle n'est avec nous au Festival de jazz de Montréal parce qu'elle est dans sa ville natale de Lisbonne, au Portugal. Au lendemain de mon concert ici, je vais la rejoindre là-bas en tant qu'invité de son groupe. Mais j'ai à Montréal le reste de mon groupe. Ils s'appellent "9 Levels" et ils jouent sur mon dernier disque, qui est le premier à paraître sur mon label, "Inner Circle Music". Cet album s'appelle "9 Levels" et en fait, c'est celui dont je suis le plus fier, celui que j'ai toujours voulu faire, parce que je n'ai pas eu à le vendre à une compagnie. Je n'ai eu qu'à le faire. C'est aussi une documentation sur comment, à mon avis, la musique devrait être en 2009...  
C'est vraiment une fusion de tout ce qui a existé avant nous mais cela comprend aussi des éléments de musique contemporaine et différents genres de musiques du monde. On y retrouve aussi beaucoup de science, comme les mathématiques, du groove ainsi que de forts accents traditionnels.

 

F. C.: Venons-en aux influences de "9 Levels". Y a-t-il, par exemple, un élément portugais du fait de la chanteuse?

G.O.: Hé bien, vous savez... Son nom est Sara Serpa. Je l'utilise davantage comme un instrument parce qu'elle ne chante aucun mot. Il n'y a pas de paroles. Elle est plus ou moins le second cuivre en première ligne. Je l'ai rencontrée à travers le réseau "Myspace" quand je recherchais ce son, quelqu'un qui puisse chanter mes mélodies, qui puisse tenir mon rythme et qui n'a jamais peur. Quelqu'un qui relève vraiment les défis et qui y travaille, vous savez. Elle est vraiment très dévouée et je suis très fier d'elle comme de tous les jeunes musiciens qui m'accompagnent. Je suis une sorte d'explorateur à la recherche de jeunes musiciens où que j'aille.

F.C.: Le titre "9 Levels" fait référence à un concept zen. D'où vient votre intérêt pour le zen?

G.O.: Pour moi, cela représente les neuf niveaux de l'humanité qui sont requis pour l'illumination, dans le bouddhisme. Ce sont aussi des qualités humaines, des valeurs de désintéressement, de générosité, de prise de recul pour observer... Ce sont des caractéristiques que je recherche chez les musiciens, mais aussi chez les autres êtres humains avec qui je suis en relation...

F.C.: Vous aimez jouer avec des artistes hors de la scène jazz et reprendre des chansons qui ne sont pas répertoriées dans le jazz, comme celles de la chanteuse pop électronique Björk. Pensez-vous aller plus loin dans cette direction et enregistrer un album hors des strictes limites du jazz?
G.O.: On entre dans une sorte de zone rouge quand on se lance dans des projets qu'on ne peut pas emmener en tournée, vous savez... J'ai beaucoup de musique de concert, beaucoup de musique de chambre et je pourrais très bien les enregistrer n'importe quand. Mais de nos jours, il est parfois difficile d'enregistrer et de partir en tournée avec de grands ensembles. Si donc je gravais ma musique sur un support, ça ne donnerait qu'un document. Mais mes intérêts vont bien au-delà du périmètre du jazz ou de ce que l'on attend d'un "musicien de jazz" parce que pour moi, pour rester inspiré, pour progresser et avancer encore, je dois avoir accès à différentes ressources, vous savez. Différents genres de musique, différentes attitudes, différentes disciplines... Comme si je carburais à ça. C'est comme de l'essence, vous savez, ça me fait avancer.

 

   
La 30e édition du Festival de jazz de Montréal s'est déroulée du 30 juin au 12 juillet 2009.

 

Légende:

Le saxophoniste américain Greg Osby. (Photo: François Cavaillès)

Juillet 2009

Académie estivale d'orgue McGill

John Grew

Directeur artistique

par François Cavaillès

Entrevue avec le directeur artistique de l'Académie estivale d'orgue, John Grew, au début du festival d'orgue annuel de Montréal (www.msoa.ca). 

François Cavaillès: Cette année, le festival d'orgue tenu par l'Académie souligne le 200e anniversaire de la naissance de Mendelssohn. Chez ce compositeur, l'orgue est-il conçu comme instrument de musique sacrée, jouée pour les rois?  

John Grew: Oui mais l'orgue de Mendelssohn était déjà orgue de salle de concert, un fait qui a commencé surtout en Allemagne et en Angleterre. Mendelssohn a visité au moins dix fois Londres. Il était évidemment très proche de la reine Victoria et de son mari, le prince Albert. De plus, à cette époque, on a commencé à jouer à l'orgue beaucoup de transcriptions d'oeuvres pour orchestre. Mendelssohn était assez connu comme concertiste, et pas juste comme pianiste ou comme organiste.  

F.C.: Son inspiration n'était donc pas seulement la musique religieuse... 

J.G.: Non, non, pas du tout. Il a certes écrit plus tard dans sa vie des oeuvres comme les oratorios, mais ses oeuvres d'orgue sont vraiment des oeuvres de concert. 

F.C.: On a aussi fêté cette année le centenaire de la naissance d'Olivier Messiaen. Dans la programmation du festival d'orgue, il y a des organistes passionnés par Messiaen. Chez lui, la conception de l'orgue est bien différente... 

J.G.: Oui mais Messiaen, c'est un cas spécial au XXe siècle. Il a été organiste toute sa vie, à la Trinité de Paris pendant plus de 60 ans... Mais Messiaen ne s'est pas limité à la musique d'orgue. C'était un mystique, disons... Il a influencé beaucoup de compositeurs. Nous aurons chez nous, au festival, peut-être l'un des meilleurs interprètes de Messiaen, Olivier Latry. Il a signé une formidable intégrale des oeuvres de Messiaen pour "Deutsche Grammophon".  

F. C.: En concert d'ouverture du festival, l'organiste Michael Radulescu est invité. Avec l'Académie estivale d'orgue McGill, il va donner des cours sur Bach. Il jouera donc sûrement du Bach en concert?  

J.G.: Son programme est uniquement consacré à la musique de Bach. Cet organiste, Michael Radulescu, enseigne à l'académie de musique de Vienne depuis si longtemps... [depuis 1968] Beaucoup de jeunes organistes québécois sont passés par Vienne pour étudier avec Michael. 

F.C.: Et la conception de l'orgue de Bach est-elle totalement différente de celles de Mendelssohn et de Messiaen?

J.G.: (sourire) Bach était organiste de l'église. Il était toujours dans l'église luthérienne mais il a signé des musiques de concert, pas seulement des oeuvres pour l'église.  

F.C.: L'Académie propose, en plus des concerts, des cours pour tous ceux qui étudient l'orgue. Avez-vous beaucoup d'étudiants pour cette année? 

J.G.: Oui, nous en avons une soixantaine. C'est moins que l'an dernier mais à chaque académie, le nombre varie entre 60 et 85, à peu près. Cette année, le climat est un peu spécial économiquement... (rires) Les inscriptions n'ont pas été aussi fortes que les années passées, mais l'académie est quand même assez connue. Elle existe depuis 1997. Nous avons toujours de grands spécialistes, et pas seulement des organistes d'ici. Des Américains, des Français, toujours deux ou trois Européens, mais surtout Olivier Latry, qui est avec nous depuis le début de l'académie et qui donnera le concert de clôture à Lachine.  


Les cours et les concerts organisés par l'Académie estivale d'orgue se déroulent du 6 au 16 juillet 2009 dans la région de Montréal. Renseignements: www.msoa.ca. 

Légende: 

Le directeur artistique de l'Académie estivale d'orgue McGill, John Grew. (Photo: Académie estivale d'orgue McGill)  

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