Chaque fois que les orientalistes, ou ceux qui prétendent l’être, font des prévisions concernant la domination prochaine de la Chine, ils le font en terme de catastrophe mondiale. Le terme majeur de comparaison, ce sont les États-Unis, l’équation étant la suivante : dans 50 ans, le rôle joué présentement par les États-Unis dans la grande comédie internationale sera attribué à la Chine.
Si c’était comme cela, où serait le mal? Quel avantage a tiré le monde suite à l’hégémonie politique et économique des Américains? Combien de pays ont embrassé le miracle économique de l’oncle Sam et combien de nations ont jeté le voile de l’obscurantisme religieux pour se convertir à la nouvelle religion de la démocratie? Quels sont les bénéfices du bien-être américain à l’extérieur de ses frontières? Combien de pays, hélas, ont vu tomber leur gouvernement légèrement plus démocratique que celui mis en place par les États-Unis?
De l’avis de certains spécialistes, la Chine est un loup-garou qui agit rien que pour faire du tort à l’Ouest. Le dernier verdict est qu’elle essaie de s’infiltrer en Afrique avant les pays occidentaux pour s’emparer de ses ressources naturelles. Ils ne veulent pas résoudre les conflits, disent nos penseurs, mais fournir des armes et appuyer ceux qui sont enclins à leur céder des avantages. Mais qui ne le fait pas? Avez-vous jamais vu un autre scénario en Afrique à part celui pratiqué depuis la belle époque des colonies?
On dit que le racisme chinois est basé sur la discrimination à cause de la couleur de la peau et l’origine ethnique. Autrement dit, en Chine la peau basanée impose un régime discriminatoire, et la nation Han est considérée comme celle qui doit dominer et aider des ethnies comme les Tibétains et les Ouïgours. On crie bien haut la dislocation massive des populations locales et l’instauration des Han dans les postes clé de l’administration des provinces éloignées pour imposer la suprématie de la langue et de la culture Han. Évidemment, ceux qui parlent de la Chine en ces termes-là connaissent mal l’histoire de son grand voisin : la Russie. Qu’est-ce que les Russes ont fait pendant le règne de Staline dans des provinces comme la Bessarabie, l’Ukraine, les pays baltiques, pour n’en nommer que quelques-uns. Que dire de la manière dont le Russe moyen considère les peuples du nord des corneilles par rapport aux Russes, de belles colombes? Les privilèges des Russes en dépit des ethnies locales se maintiennent même après la chute du communiste. Mais ce qui étonne est que personne ne se penche sur le cas de la Russie, car elle a la mauvaise habitude de réagir de manière bien connue : si tu n’es pas sage, oncle Vania Gazprom ferme le robinet. La Chine, par contre, a la patience et le temps pour attendre que les scandales s’éteignent d’eux même. Sa meilleure formule de survie est « le chien aboie et l’ours suit son chemin ». Pour le racisme de la peau, serait-il nécessaire de répéter l’histoire de l’esclavagisme occidental ? Au grand dépit des spécialistes, on ne peut rien imputer à la Chine pour la traite des Nègres, hélas. Mais on peut toutefois parler du racisme des Japonais, par exemple, le seul pays super développé qui n’offre aucun accommodement aux immigrants, en fait qui n’a pas de politique d’immigration tout court et qui, dernièrement, offre 3000 dollars aux Japonais issus de couples mixtes pour quitter le pays. Cela fait partie du projet de relance de l’économie japonaise, sur une légère pente descendante ce qui chagrine l’Occident, extrêmement compatissant, comme vous le savez.
À travers l’histoire, de petits pays comme l’Angleterre, la Hollande, le Portugal, l’Espagne, la France, sont devenus de grandes colonies. À quelques exceptions près, ils ont imposé leurs propres lois et leur langue aux peuples indigènes, ont volé les ressources des pays conquis, ont bâti des empires riches à l’extérieur des colonies, ont semé la haine et la discorde qui génèrent, de nos jours, des génocides. L’enduit de culture offert aux nations colonisées ressemble à ce que l’idole de la civilisation occidentale, Alexandre le Grand, a fait à l’aube de la civilisation occidentale : pour l’amour de la civilisation grecque, il a détruit ce que l’Asie avait de meilleur. À partir du XVII siècle, en Europe il suffisait d’avoir une bonne flotte pour conquérir le monde. À la même époque, en Chine construire un navire de plus de deux places était un crime et puni en conséquence. La Chine se tournait vers elle-même et vers ce qu’elle considérait comme éternel : la terre. Pas étonnant que tout ce qui se passe en Chine reste en Chine, Taiwan y compris.
Un bref regard dans le plus succinct livre d’histoire de la Chine vous révèle que le souci de ce pays a été de bien garder ce qui était à l’intérieur de ses frontières. La grande muraille fut bâtie pour tenir les envahisseurs à l’extérieur. La Chine a presque toujours mené des guerres de défense et non pas de conquête. Par contre, son hégémonie en Asie fut généralement culturelle. La culture japonaise, avec son solide fondement chinois, en est le meilleur exemple. Un cliché véhiculé par les maniaques du comparatisme dit que les Chinois furent pour les Japonais ce que les Grecs furent pour les Latins. En Chine, la philosophie, la religion, la morale et même la langue n’ont été que des moyens de survivance, un art en accord avec les besoins de la société et de l’histoire. Le confucianisme n’apparut pas par dépit de l’Occident, mais parce qu’à une certaine époque, et de nombreuses fois par la suite, la société chinoise avait besoin d’une forte hiérarchisation, du respect extrême des lois sans lesquelles toute société dévore ses sujets. Confucius a plusieurs fois sauvé la baraque, même si au début du XIX siècle on criait : « À bas la boutique de Monsieur Confucius ».
Tout cela pour dire que les Chinois savent mieux que quiconque quoi faire et quand avec Confucius. Les réformes en Chine sont toujours venues de l’intérieur, car ils savent les buts et les moyens appropriés pour les atteindre. Le contact avec l’Ouest est fertile, mais ils savent bien que la démocratie n’est qu’un modèle social qui nécessite des adaptations rigoureuses à chaque société. Ceux qui craignent l’outrage de la démocratie en Chine, le craignent dans leurs propres termes, qui n’ont bien souvent, rien à voir avec la réalité du pays. L’auteur britannique Martin Jacques donne l’ampleur de la situation dans son livre : When China Rules the World. Pourquoi le sujet de Sa Majesté Élisabeth II ne se penche-t-il pas plutôt sur un thème que les Britanniques connaissent mieux que tous : l’Inde? En quoi la Chine est-elle plus dangereuse que l’Inde, tout aussi populeuse, aussi étendue et aussi décidée à s’affirmer.
D’où le grand malentendu et le ridicule de certaines plaintes. Dans l’utopie du futur véhiculé souvent pour des raisons idéologiques, on brandit le spectre d’une Chine attardée au stade d’aujourd’hui. Or le plus naïf serait de croire qu’en cinquante ans, lorsqu’on annonce l’hégémonie chinoise comme un nouveau Independence Day, la Chine ne sera pas du tout la même. Elle ne sera pas uniquement un grand pouvoir, mais une autre société aussi. Laquelle? Impossible à dire. Regarder ce qu’ils ont accompli depuis vingt ans pourrait nous aider sans doute. N’est-ce pas un signe qu’on peut faire confiance à la sagesse du peuple, dont l’intuition est aiguisée par la nécessité de nourrir, loger et habiller 1.4 milliard d’êtres humains. La faim est le meilleur cuisinier, comme vous le savez.
Le problème est d’arrêter d’avoir peur de la terreur chinoise. Ce pays ne fait rien contre nous, mais essaie de se sauver lui-même. Quelle serait la meilleure façon pour les États-Unis d’annihiler leur peur? Hollywood.
Vous savez comment un bon film d’espionnage remonte le moral du peuple. La guerre froide, l’Union Soviétique, le Vietnam! Où sont les bons vieux films du temps lorsque les présidents, le leur et le notre, quel qu’il soit, mais joué par Harrison Ford s’il vous plait, montaient des scénarios où le gagnant était toujours du côté de la démocratie? Et lorsque le communisme est tombé, qu’est-ce que les hommes du président ont inventé? Le Canada. Imaginez le grand pays d’Abraham Lincoln poissé par le sirop d’érable, vivant 11 mois par année dans des iglous, écrire fuck Canada en français pour ne pas blesser la sensibilité d’une certaine « nation ». Canadian Bacon Opération ça vous dit quelque chose?