Inspiré librement de « La Princesse de Clèves » de Madame de La Fayette,
Asa (Askhat Kuchinchirekov) est un jeune homme qui vient de finir son service dans la marine. De retour dans les steppes kazakhes, il est logé chez sa sœur, Sama (Samal Yeslyamova), et son beau-frère, Ondas (Ondasyn Besikbasov), qui vivent de l’élevage de moutons. Le rêve d’Asa est de se faire procurer une yourte et son propre bétail mais pour cela il lui faut d’abord trouver une épouse. Tulpan représente un bon, sinon le seul choix dans la petite communauté nomade vivant aux alentours, mais elle semble s’accrocher à ses propres rêves …
Gagnant de nombreux prix parmi lesquels « Un Certain Regard » au Festival de Cannes 2008 et la nomination de meilleur film au Festival du nouveau cinéma de Montréal, « Tulpan » est un film qui surprend par la véracité de son tournage, chose toutefois pas très surprenante si l’on tient compte qu’il s’agit du premier long métrage d’un réalisateur jusque-là reconnu pour ses films documentaires. A mi-chemin entre objectivité documentaire et sensibilité esthétique, « Tulpan » réussit à toucher le spectateur par le naturel et la sincérité de la perspective qu’il propose sur une histoire simple, à connotations universelles : un jeune homme en quête de sa place dans le monde, même si son rêve se résume à une yourte, quelques moutons et une famille. Bien que le regard sur ce petit monde de bergers nomades ne manque pas, par endroits, d’une certaine teinte ironique - voir par exemple les airs émancipés de l’ami d’Asa, amateur de Boney M et de revues sexy, qui songe à vivre dans la ville ou même à s’embarquer pour l’Amérique, ou encore, le fils aîné d’Ondas qui « récite » les nouvelles de la radio pour tenir son père au courant sur les actualités du jour -, le point de vue de la caméra laisse toujours transparaître une sympathie pour cet univers apparemment si loin des commodités mais en même temps de l’artificiel de la civilisation moderne. Car tout semble jouer sur le naturel et l’objectif sans artifice ou ornement, doublés d’une dimension affective, des longues prises de vue panoramiques à l’intention contemplative sur la steppe et les hauts rouleaux de poussière des tornades, aux gros ou moyens plans sur les animaux, les activités domestiques et les protagonistes humains. « Tulpan » réussit ainsi à créer l’impression de profondeur et d’authentique à partir d’un monde apparemment simple et d’une nature rude mais vis-à-vis desquels le spectateur ne peut pas rester indifférent.



