Depuis 2001 • No 59 • Montréal • 15.07.2009
Sortie : 19 juin 2009

Tulpan

Tulpan

Durée : 1h40

Distribution : Askhat Kuchinchirekov, Samal Yeslyamova, Ondasyn Besikbasov

Réalisation : Sergey Dvortsevoy

Scénario : Sergey Dvortsevoy et Gennadij Ostrowskij

Production : Kazakhstan, Russie, Allemagne, Suisse, Pologne

Photo : www.mongrelmedia.com

Par Tina Armaselu

 

Inspiré librement de « La Princesse de Clèves » de Madame de La Fayette,

Asa (Askhat Kuchinchirekov) est un jeune homme qui vient de finir son service dans la marine. De retour dans les steppes kazakhes, il est logé chez sa sœur, Sama (Samal Yeslyamova), et son beau-frère, Ondas (Ondasyn Besikbasov), qui vivent de l’élevage de moutons. Le rêve d’Asa est de se faire procurer une yourte et son propre bétail mais pour cela il lui faut d’abord trouver une épouse. Tulpan représente un bon, sinon le seul choix dans la petite communauté nomade vivant aux alentours, mais elle semble s’accrocher à ses propres rêves …

Gagnant de nombreux prix parmi lesquels « Un Certain Regard » au Festival de Cannes 2008 et la nomination de meilleur film au Festival du nouveau cinéma de Montréal, « Tulpan » est un film qui surprend par la véracité de son tournage, chose toutefois pas très surprenante si l’on tient compte qu’il s’agit du premier long métrage d’un réalisateur jusque-là reconnu pour ses films documentaires. A mi-chemin entre objectivité documentaire et sensibilité esthétique, « Tulpan » réussit à toucher le spectateur par le naturel et la sincérité de la perspective qu’il propose sur une histoire simple, à connotations universelles : un jeune homme en quête de sa place dans le monde, même si son rêve se résume à une yourte, quelques moutons et une famille. Bien que le regard sur ce petit monde de bergers nomades ne manque pas, par endroits, d’une certaine teinte ironique - voir par exemple les airs émancipés de l’ami d’Asa, amateur de Boney M et de revues sexy, qui songe à vivre dans la ville ou même à s’embarquer pour l’Amérique, ou encore, le fils aîné d’Ondas qui « récite » les nouvelles de la radio pour tenir son père au courant sur les actualités du jour -, le point de vue de la caméra laisse toujours transparaître une sympathie pour cet univers apparemment si loin des commodités mais en même temps de l’artificiel de la civilisation moderne. Car tout semble jouer sur le naturel et l’objectif sans artifice ou ornement, doublés d’une dimension affective, des longues prises de vue panoramiques à l’intention contemplative sur la steppe et les hauts rouleaux de poussière des tornades, aux gros ou moyens plans sur les animaux, les activités domestiques et les protagonistes humains. « Tulpan » réussit ainsi à créer l’impression de profondeur et d’authentique à partir d’un monde apparemment simple et d’une nature rude mais vis-à-vis desquels le spectateur ne peut pas rester indifférent.

Sortie : 26 juin 2009

Chéri

Chéri

Durée : 1h40

Distribution : Michelle Pfeiffer, Rupert Friend, Kathy Bates

Réalisation : Stephen Frears

Scénario : Christopher Hampton, d’après le roman de Colette

Production : Royaume-Uni, France, Allemagne

Photo : http://www.maplepictures.com

Par Tina Armaselu

 

Léa de Lonval (Michelle Pfeiffer), une belle courtisane vers la fin de sa carrière, à l’insinuation de Charlotte Peloux (Kathy Bates), une ancienne rivale et collègue de branche, prend sous son aile protectrice le fils de Charlotte, Fred (Rupert Friend), un jeune-homme sensuel et labile, que tout le monde appelle Chéri. Leur liaison, qui se veut passagère, tient cependant six ans et lorsque la séparation se produit inévitablement à la suite du mariage que Madame Peloux arrange pour son fils, les deux amants se rendent peu à peu compte que leur attachement était bien plus fort qu’ils ne le croyaient. 

Localisée à Paris, à l’aube du XXe siècle, l’histoire se veut un coup d’œil sur le demi-monde de la Belle Epoque où un nombre de courtisanes, devenues célèbres par leur beauté et leur esprit, réussissent à ramasser d’incroyables fortunes. Léa, comme Charlotte, fait partie de cette classe aisée mais en même temps elle doit affronter les angoisses d’une femme qui voit sa jeunesse et sa beauté s’envoler avec chaque an qui passe. Ces sentiments s’accroissent en même temps que son affection pour cet homme d’une dizaine d’années plus jeune.

Le film réussit à saisir, dans une certaine mesure, ces nuances et se remarque surtout par les intérieurs et les extérieurs exquis, le détail et l’élégance des costumes, ainsi que par la qualité exceptionnelle de l’image. Le spectateur notera sans doute la silhouette impeccable et l’expressivité de Léa, la ruse et la verve hilarante de Madame Peloux ou le jeu capricieux de Chéri qui aime s’habiller de soie et se parer des perles de sa bien-aimée. Tout cela crée une certaine impression d’intimité et de sensualité propre au roman de Colette mais l’évolution, la découverte et l’intensité des sentiments des deux protagonistes, bien plus nuancée par le mot écrit, restent moins aspectés dans le cas du dispositif filmique. En d’autres mots, le spectateur, parfois via les interventions d’un narrateur en « voix off », plutôt constate qu’il s’agit d’une passion moins commune que d’en être convaincu, c’est-à-dire le caractère un peu schématique des personnages et de leurs interactions ne réussit pas entièrement à l’emporter dans l’histoire.

Sortie : 26 juin 2009

Whatever Works

Whatever Works

Durée : 1h32

Distribution: Larry David, Evan Rachel Wood, Patricia Clarkson, Ed Begley, Jr.>

Scénario et réalisation : Woody Allen

Production : Etats-Unis

Photo : http://www.maplepictures.com

Par Tina Armaselu

 

Après une tentative de suicide non réussie, un prix Nobel raté et le divorce de sa femme, un ancien professeur de physique quantique au nom de Boris Yellnikoff (Larry David) se retire dans un petit appartement à New-York. Boris partage son existence de génie incompris entre les leçons d’échecs pour de petits enfants, où il affiche cependant un manque total de tact pédagogique, et les rencontres avec ses amis qu’il ne cesse pas de bombarder avec ses dernières théories en matière de philosophie de la vie et de l’univers. Sa rencontre avec une jeune fille de Mississippi, nommée Melody (Evan Rachel Wood), ainsi que toute la série d’aventures farfelues qui entraînera Boris et son entourage, Melody et ses parents, semblent confirmer la théorie de Boris que tout se passe dans le monde sous le signe du hasard et donc, la seule chose à faire est de se laisser porter par le courant, en d’autres mots, par « whatever works ».

En interpellant non seulement son entourage mais aussi le spectateur, auquel il s’adresse directement à quelques reprises, le protagoniste semble s’ériger en une sorte de « porte-parole » du réalisateur-même. En effet, tout l’ensemble porte la marque habituelle « Woody Allen », des coïncidences cocasses et des répliques facétieuses, aux portraits déjà typiques, - rappelant, par exemple, « Scoop » ou « Vicky, Cristina Barcelona » -, tels que l’excentrique volubile et nécessairement émetteur d’idées de génie, l’ingénue frivole et charmante en quête de soi-même, le séducteur irrésistible ou encore, le couple marié en crise. A cela s’ajoute une trame du genre Pygmalion où tandis que Larry David entre dans la peau d’un Henry Higgins un peu plus abstrait et monodimensionnel, Evan Rachel Wood incarne la version de blonde naïve à la découverte du monde d’une Eliza à la Scarlett Johansson. Si les moments qui font sourire et le ton mi-moqueur de « recette du bonheur » que le film propose ne manquent pas d’un certain attrait, « Whaterver works » ne semble pas toutefois fonctionner complètement sur le plan du développement des personnages qui restent au niveau de « types », alors plutôt de croquis que de caractères à part entière.

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2007. Tous droits réservés