La troisième édition du festival de danse théâtre Transamériques a débuté mercredi soir, le 20 mai, sous les applaudissements du spectacle The Sound of Silence, présenté à Usine C par le Nouveau Théâtre de Riga. L’unanimité du succès de cette première représentation auprès du public montréalais annonce une édition pleine de découvertes et de belles surprises. Pour des détails concernant la programmation des pièces à venir il faut visiter le site du festival : www.fta.qc.ca
D’après la joyeuse folie vécue par les protagonistes du spectacle, on n’aurait jamais cru se retrouver dans l’une des républiques englobées abusivement par l’Union Soviétique après la Deuxième Guerre mondiale, et à l’époque où les blindés russes envahissaient Prague. On est à l’aube d’une période qui, pour l’ensemble de l’Europe de l’Est, pourrait être nommée la Grande noirceur si on n’était pas au Québec, et que le terme n’avait déjà été utilisé lors d’une autre époque révolue. Selon la vivacité des costumes, la bonne humeur débordante, la jeunesse insouciante qui règne, on a du mal à s’imaginer qu’on est au début des décennies qui signifieront censure, oppression spirituelle, répression des libertés individuelles, interdiction de l’accès à la culture étrangère, pénurie, KGB. Dans cette atmosphère oppressive, les gens se sauvent grâce aux livres et à la musique, devenus deux des choses illicites, qu’on se procure de manière illégale et qu’on partage secrètement, entre amis et voisins.
La conspiration et le secret sont à peine visibles dans ce remue-ménage d’une pièce à l’autre : dans ce bâtiment à logements, les appartements sont dépourvus de murs, afin de laisser le spectateur regarder simultanément dans plusieurs espaces en même temps. Les quatre pièces deviennent tour à tour le théâtre de ce qui a aidé les gens à se sauver intérieurement, l’art, l’espoir et l’amitié, malgré la censure exercée sur leurs désirs. À l’intérieur des appartements insalubres, pauvrement meublés, on profite librement de la vie secrète développée à l’intérieur de chaque maison, où les jeunes encore pleins d’espoir rêvent, font l’amour, chantent en sourdine la musique de Simon & Garfunkel captée sur des radios de fortune, se marient et font des enfants. La musique de Mrs.Robinson, jouée à satiété, est devenue l’hymne de cette parcelle de liberté au sein de l’un des régimes communistes des plus répressifs. La subversion et la transgression de la censure sont présentes dans chaque petit geste, mais elles sont rendues supportables par l’humour de chaque séquence, bâtie avec une maitrise de génie. Alvis Hermanis, directeur artistique du Nouveau Théâtre de Riga, est sans doute un des metteurs en scène des plus originaux qu’on ait vu depuis longtemps. Sound of Silence est véritablement un grand acquis pour ceux qui l’ont vu. Ceux qui ont manqué cette grande leçon de théâtre n’auront pas très tôt la chance de se rattraper.
Photo : Gints Malderis




