Depuis 2001 • No 58 • Montréal • 15.06.2009
Juillet 2009

Mondial des cultures de Drummondville – un événement de patrimoine

Par Felicia Mihali

Pendant l’année, Drummondville a l’air d’un endroit où rien ne se passe en matière de culture. Cependant, chaque été, pour une période de dix jours, cette ville située à une centaine de kilomètres de Montréal devient un véritable pôle culturel pour toute l’Amérique du Nord. Sachant qu’un événement culturel initié ici, et merveilleusement mené d’année en année, a gagné en 2008 le prix national argent du concours des Grands Prix du Tourisme Québécois, on comprend combien vaut une bonne initiative et, surtout, combien méritoire est la passion.

Il y a 27 ans, un petit groupe de danse de Drummondville, Mackinaw, organisait un événement qui facilite les rendez-vous des traditions folkloriques du monde entier. Après une tournée en Europe, les jeunes artistes issus des activités parascolaires ont eu l’idée de maintenir leur contact avec les artistes dévoués, tout comme eux, aux traditions populaires, en les invitant chez eux. Ce fut le début de ce qui est devenu par la suite le festival Mondial des cultures, véritable fenêtre vers le folklore authentique du monde entier. Et l’authenticité est un fait à souligner car dans l’avalanche des contrefaits qui nous submerge et qui nous donne une fausse idée de ce que la culture des autres représente, Mondial des cultures fait un véritable travail de reconnaissance. Ce n’est qu’à Mondial des cultures que vous pouvez écouter live la musique la plus ancienne au monde et regarder des danses qui ne sont pas uniquement une forme d’art, mais l’expression de la sensibilité d’un peuple mêlée à ses aspirations, ses chagrins, et son histoire tourmentée. Dans les boutiques ethniques des grandes villes canadiennes, on a accès à des produits biaisés et hautement contrefaits de ce qui représente la culture des autres. Drummondville offre la bonne variante de cette culture universelle, le folklore, un espace privilégié qui réunissait, aux temps primordiaux, la sensibilité des premières communautés humaines.

Les performances administratives liées à l’organisation de cet événement, qui mettent en marche les ressources humaines et l’enthousiasme de toute la communauté, pourraient faire l’envie de tout grand festival. À Drummondville, depuis 27 ans de rouage, l’équipe des organisateurs ont perfectionné une machine administrative huilée par la passion des habitants. Imaginez que 2000 bénévoles sont toujours à vos services, que plus de 500 invités doivent être transportés, logés, nourris, en plus de les faire se sentir comme chez eux. Pour les plus anciens membres de l’équipe, comme Madame Lucie Beauregard, il est difficile encore de faire le bilan de l’évolution. Au début, la sélection était réalisée par téléphone, ou vidéocassettes : maintenant, l’internet résout cette difficile tâche de choisir les meilleurs des meilleurs. Il y a ensuite toujours des imprévus qui échappent au contrôle des organisateurs, comme le problème des visas refusés, comme ce fut le cas cette année pour l’Inde et la Côte d’ivoire, ou des billets achetés à la dernière minute, ce qui est le cas de l’Équateur. Il y a ensuite des choses qu’on continue à apprendre : organisateurs et invités travaillent encore à la meilleure forme d’interaction pour rapprocher les gens, les faires s’exprimer non pas seulement à travers la musique et la danse, mais par la cuisine aussi.  Pour ceux qui ne sont pas spécialement attirés par le folklore, le festival offre des alternatives qui séduisent tout autant : des boutiques d’artisans, des dégustations, des ateliers de toutes sortes et, spécialement, une atmosphère de fête généralisée.

Pour l’édition de cette année, après le défilé organisé le premier soir du festival et les quelques échantillons de musique et danse offertes dans les rues comblées de Drummondville, notre coup de cœur va pour les groupes de la Hongrie et de Grèce. Du 9 au 19 juillet, vous avez toutefois l’occasion de faire votre propre choix parmi les artistes venant du Mexique, Paraguay, Russie, Serbie, Taiwan, Israël, Canada.

Juillet 2009

30e Festival de jazz de Montréal

Joshua Redman, prodige du saxophone

Expérimentations d'un "supergroupe" à la pointe du jazz

Par François Cavaillès

Prodigieuse réalisation par le roi du saxo Joshua Redman d'un projet audacieux en compagnie de deux batteurs et de deux contrebassistes, sans piano.  
 

La veille sur la même scène du Théâtre Maisonneuve, Branford Marsalis confiait en plein concert son enthousiasme de savoir Joshua Redman en ville, mais aussi son regret d'avoir raté (pour une fichue entrevue!) la première de la série de performances de son collègue à Montréal. Un hommage naturel peut-être d'un géant du saxo à un autre, mais  sans doute aussi la marque d'un intérêt sincère pour la grande expérimentation à la pointe du jazz actuel, ce qu'on pourrait appeler le "double trio" inventé par Joshua Redman pour un disque sorti plus tôt cette année. 

Le saxophoniste prodige a en effet formé un "supergroupe" de jazz l'an dernier pour enregistrer le très recommandable album "Compass" (Nonesuch). En studio autour de lui, il a en effet réuni les batteurs Brian Blade et Greg Hutchinson, ainsi que les contrebassistes Reuben Rogers et Larry Grenadier, tous présents à Montréal pour jouer surtout "Compass".  

Ce n"était que la cinquième réalisation de ce projet expérimental en public, a avoué Joshua Redman en début de concert après être entré dans le vif du sujet avec "Identity Thief", l'un des morceaux à cinq du nouvel album (qui contient aussi, pour moitié, des pièces en simple trio à batterie, contrebasse et saxo). Parfois proche de Coltrane (particulièrement lors des recours au saxo soprano), la musique y est hautement originale et hybride car moderne, avec des racines noires et l'incroyable phrasé de Redman (comme dans l'irrésistible "Insomnomaniac"), ce saxophoniste mutant au jeu de scène saccadé, vibrant de tout son corps... sans oublier la rythmique affolante, extraordinaire spectacle de quatre talents singuliers éclatant en écho, en contrepoint ou en solo (à ce sujet, mention spéciale à Greg Hutchinson, véritable monstre de la batterie). 

Outre les compositions de Redman pour "Compass", le concert a finalement inclus une reprise. Ouverte par un magnifique duo de contrebasses, "Time of the Barracudas", de Gil Evans, illustre le génie de Joshua Redman bien inspiré par la version de Wayne Shorter. De même, en premier rappel quand sous un splendide éclairage doré, "Moonlight" s'élève à partir de deux notes de contrebasses en forme de bulles caressées tout en retenue par les batteries, la mélopée du saxo entame une autre brillante adaptation par Joshua Redman, celle du premier mouvement de la sonate au clair de lune de Beethoven . 

Entre "Barracudas" et "Moonlight", les artistes sont passés en coulisses. Qu'ont-ils bien pu penser? Que se disent-ils au fil de cette aventure passionnante entamée au studio Avatar de New York pendant trois jours de mars 2008? Tout le monde du jazz veut le savoir. 

Joshua Redman était en concert au Festival de jazz de Montréal le 6 juillet, au Théâtre Maisonneuve. 

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Le saxophoniste américain Joshua Redman. (Photo: Festival de jazz de Montréal)  

Juin 2009

30e Festival de jazz de Montréal

Le triomphe d'Eliane Elias

Avec de grands succès de bossa nova

Par François Cavaillès

La pianiste brésilienne Eliane Elias au plus fort de la bossa nova et du jazz pour l'un des meilleurs concerts de l'été.  
 

Revenue montrer à Montréal ses talents de pianiste, de chanteuse (en portugais et en anglais) et même de danseuse, Eliane Elias fait fi de la musique de crise. La native de Sao Paulo arbore un sourire de tous les instants et se complaît dans un style aussi remuant que communicatif.

Force est de très vite constater qu'en concert, son nouvel album "Bossa Nova Stories" (Blue Note/EMI) passe très bien la rampe, avec notamment de belles reprises de classiques de Jobim. Sur scène, le délicieux piano d'Eliane Elias s'accompagne d'une contrebasse experte et très complice (Marc Johnson, fidèle depuis 23 ans), d'une guitare acoustique habile à ressusciter des standards aux mélodies moins faciles qu'elles n'y paraissent, et d'une batterie inventive et déchaînée au final pour déployer un peu du large éventail des rythmes brésiliens.

Tout se passe dans une ambiance chaleureuse comme le timbre d'Eliane Elias au registre des chansons d'amour. Le piano est délaissé pour quelques entrechats à l'avant-scène sur un air de Bahia comme si vous y étiez. Puis la chanteuse reprend sa place au clavier, le groupe se retrouve et se met au défi joyeusement dans des improvisations riches en sensualité. Le public semble savourer chaque rythme, chaque tonalité.

Trois rappels suivront, dont le célèbre "Girl from Ipanema". Les ultimes remerciements, en français, ne mettent pas vraiment fin au plaisir des amateurs puisque heureusement, le concert a été enregistré pour "Espace Musique"/CBC 2.  

Eliane Elias était en concert au Festival de jazz de Montréal le 3 juillet, au Théâtre Jean-Duceppe. 

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La pianiste brésilienne Eliane Elias. (Photo: Festival de Jazz de Montréal)

Juin 2009

30e Festival de jazz de Montréal

En ouverture, la rencontre innovante du jazz et du flamenco

Le trompettiste Wynton Marsalis invite le pianiste Chano Dominguez

Par François Cavaillès

Ouverture en forme de grand succès pour le festival de jazz de Montréal avec la rencontre du trompettiste new-yorkais Wynton Marsalis et du pianiste espagnol Chano Dominguez, avant le long concert gratuit de Stevie Wonder.  

La fusion entre jazz et flamenco a donné, mercredi dernier au tout début du 30e Festival de jazz de Montréal un résultat "extraordinaire" comme l'avaient annoncé les organisateurs dans leur discours peu avant le lever de rideau, le président-fondateur Alain Simard alanguissant l'audience par le bref récit de sa découverte de ce spectacle à New York. 

Accompagné de l'orchestre de jazz du Lincoln Arts Center de New York, le trompettiste américain Wynton Marsalis, membre d'une famille fameuse dans le jazz international, a invité le pianiste espagnol Chano Dominguez, venu pour sa part en quartette. Dominguez a présenté ses trois acolytes "aux percussions". En effet, tout à fait dans le genre du flamenco, ces jeunes Ibères ont surtout battu le rythme en frappant leurs mains. Mais l'un a brillé au oud, l'autre par son chant fiévreux et le dernier par son grand talent de danseur flamenco. L'orchestre a commencé par quelques standards de jazz pour accueillir ensuite les invités espagnols en plaquant leurs arrangements sur les mélodies de Chano Dominguez aux élans de flamenco. Une musique hybride est née, graduellement, à la faveur de quelques morceaux endiablés surtout. époustouflé par les danses et par la ferveur générale latine mêlée au swing impeccable de Marsalis et l'orchestre new-yorkais, le public  a aussi cédé aux charmes apaisants d'un blues chaleureux, aux accents lyriques traditionnels de l'Espagne.  

Ce projet peut rappeler le Buena Vista Social Club originaire de Cuba et également passé par New York dans les années 90. Ou bien, dans la transposition des clameurs espagnoles au jazz, le travail de Miles Davis et de Gil Evans, à travers l'album "Sketches of Spain" fasciné par les castagnettes, qui demeure une référence incontournable. Mais la collaboration entre Dominguez et Wynton Marsalis se démarque par des compositions originales et vit une évolution très intéressante sur scène depuis 2003.  

Une heure après ce concert mémorable, Stevie Wonder a lancé les festivités à l'extérieur, infatigable devant une pluie intermittente.  

Wynton Marsalis, l'orchestre de jazz du Lincoln Arts Centre de New York et Chano Dominguez ont ouvert le 30e festival de jazz de Montréal le 30 juin dernier à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. 

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Le trompettiste américain Wynton Marsalis au sein de l'orchestre de jazz du Lincoln Arts Center de New York, pour l'ouverture du 30e festival de jazz de Montréal. (Photo: Denis Alix) 

Juin 2009

30e Festival de jazz de Montréal

La fascination d'Angèle Dubeau pour Philip Glass

La violoniste multiplie les hommages au compositeur

Par François Cavaillès

Nulle déception dans l'interprétation d'un des grands disques de 2008,  "Philip Glass: Portrait" d'Angèle Dubeau et la Pietà.  

Les hommages de la violoniste de Montréal Angèle Dubeau au compositeur américain Philip Glass se sont poursuivis sur la scène du Festival de jazz cette semaine, au bonheur des curieux de musique classique.  

Tout a commencé l'automne dernier quand, avec l'ensemble à cordes féminin la Pietà, Angèle Dubeau a sorti un disque reprenant une partie de l'oeuvre de Philip Glass pour le cinéma.  

Succès populaire et critique, "Philip Glass: Portrait" a été intégralement repris sur la scène de la cinquième salle, les 30 juin, 1er et 2 juillet, dans le cadre du Festival de jazz de Montréal.  

L'ordre des pièces a été changé pour finir avec le clou du spectacle, la passionnante musique de l'excellent film "The Hours" (sorti en 2002 et inspiré de l'oeuvre de l'écrivaine Virginia Woolf). Dans ce superbe enchevêtrement de mélodies, la Pietà paraît à son meilleur. 

Menant son ensemble avec rigueur et décontraction, la soliste Angèle Dubeau a aussi rappelé ses heures d'animation à la radio publique en parsemant la représentation d'explications précises à l'attention du grand public parti à la découverte des compositions de Philip Glass. Il est rare de voir une musicienne émérite capable de percer sa bulle de recherches pour présenter son sujet sincèrement, avec une habile pédagogie, au plus grand nombre. 

Tout semble alors bien en place pour une rencontre optimale avec l'auteur d'une musique classique contemporaine étrange, qui gronde parfois, qui peut enchanter, qui sait briller, amadouer la tristesse... L'impression dominante est celle d'un Philip Glass en phase avec notre époque.  

En complément de ce portrait fidèle, Angèle Dubeau a dévoilé un morceau du compositeur estonien Arvo Pärt, un artiste présenté, du point de vue de l'inspiration, comme un parent caché de Philip Glass.  Enfin, en rappel, un pot pourri de classique pop très énergique a causé une bonne surprise! 

Angèle Dubeau et la Pietà ont joué "Philip Glass: Portrait" au Festival de jazz de Montréal les 30 juin, 1er et 2 juillet à la cinquième salle de la Place des Arts. 

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La violoniste Angèle Dubeau, vedette de la musique classique au 30e Festival de jazz de Montréal. (Photo: Luc Robitaille)  

Juin 2009

7e Festival de musique Montréal Baroque

"The Fairy Queen", les charmes d'une grande comédie lyrique

Le baroque à son plus foisonnant dans cet opéra-théâtre de Purcell

Par François Cavaillès

Dans une grande débauche de costumes hallucinants, des comédiens pleins d'audace superbement encadrés par des danses habiles et par une musique très soignée. Une sarabande éblouissante.

Placé sous les auspices du créateur de l'opéra anglais Henry Purcell, le 7e festival Montréal Baroque a choisi de débuter sous les accents shakespeariens de "The Fairy Queen", une comédie fortement inspirée par le "Songe d'une nuit d'été".

En préambule, cette reine des fées a été dédiée par un membre de l'orchestre à Michael Jackson, décédé le jour-même à Los Angeles. Après cette annonce des plus surprenantes, le public a pu savourer l'ouverture virevoltante, portée par les flûtes, par laquelle Purcell aborde le thème féerique et signe en beauté la fin du XVIIe siècle.   

Ce soir dans le Vieux-Montréal, "The Fairy Queen" tourne vite à la comédie populaire animée par de jeunes comédiens aux physiques typés (trapu, longiligne, gracieux...). Ils sont toniques, très audacieux jusqu'à la pitrerie, mais impeccables. En règle générale, l'interprétation mêle le comique de geste à la justesse des voix, à commencer par l'irruption d'un poète ivrogne bègue doublé d'un très bon chanteur.

Ponctuée de numéros comiques, peuplée de créatures étranges, l'intrigue apparemment très décousue tient surtout au fil de la partition de Purcell. Une musique vivante, sereine, parfois presque liturgique, aux airs plus modestes que les délires versaillais de Lully par exemple mais qui ne rechigne pas à convoquer tambours et trompettes au dernier acte.

Les choeurs si remarquables chez Purcell sont envoûtants et les apparitions de danseurs merveilleux, deux nymphes et un esprit, s'effectuent avec une grande habileté, dans de somptueux costumes. Dans cet opéra populaire, les personnages existent dans une certaine splendeur, sous la cape, le capuchon ou encore le haut-de-forme doré. Ainsi "The Fairy Queen" a revêtu des habits de rêve, excellence de la production de Montréal Baroque.

En conclusion, ajoutez le généreux ludisme moderne propre au génie comique de Shakespeare à la grande précision musicale et dansée propres au grand compositeur de la fin du XVIIe siècle, et tout cela, très bien joué par une troupe talentueuse, avec en plus l'aura de la cantatrice Suzie Leblanc comme invitée de marque pour le dénouement de l'histoire, donne un public en liesse... ou presque, dans les conditions de la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours (touffeur de saison, bancs au dossier intraitable, vif éclairage monotone tout comme le décor baroque et kitsch).
Mais enfin, à embellir les soirs d'été, le succès de ce festival Montréal Baroque plein de charme anglais est manifeste et les attentes sont grandes pour le magnifique "Didon et Énée" programmé en clôture.  

"The Fairy Queen", opéra anglais (1692), livret d'Elkanah Settle d'après le "Songe d'une nuit d'été" de William Shakespeare, musique de Henry Purcell, direction musicale d'Erin Helyard, avec Suzie Leblanc, Monika Mauch, Charles Daniels, Pascal Berin, Nathaniel Watson, Harry van der Kamp, Marie-Nathalie Lacoursière, la Bande Montréal Baroque et le "Repercussion Theatre". Présenté à la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours le 25 juin 2009 dans le cadre du 7e festival de musique Montréal Baroque.

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Les interprètes de l'opéra de Purcell "The Fairy Queen" ont conquis le public de Montréal. (Photo: François Cavaillès)

Juin 2009

7e Festival de musique Montréal Baroque

"Didon et Énée" garde le meilleur pour la fin

Le classique de Purcell culmine à la veillée funèbre royale

Par François Cavaillès

De mieux en mieux pendant une petite heure, une production remarquable de la grande oeuvre achevée de Henry Purcell, "Didon et Énée", au festival Montréal Baroque.  

Une reine a expiré à la lueur des bougies de Notre-Dame-de-Bonsecours dimanche dernier. En clôture du festival Montréal Baroque est venue comme une délicieuse confirmation. La mort de Didon, souveraine de Carthage, demeure la scène fondamentale de ce grand classique de l'opéra naissant, et chef-d'oeuvre du compositeur anglais Henry Purcell, qu'est "Didon et Énée". 

Sous un somptueux éclairage de crypte, portée par un choeur funèbre de toute beauté, la mezzo-soprano Vicki St-Pierre a bouleversé la foule, dans un finale poignant dont l'air magique, emporté dans la nuit du Vieux-Montréal  par de jeunes musiciens de l'Ensemble Masques, a résonné, sur le parvis de la chapelle et dans les esprits, bien après le spectacle. La fin du dernier acte est à saluer dans son ensemble, avec notamment l'entrée au palais sur une musique fabuleuse (compensant l'absence de véritable décor à ce point de l'intrigue). Tout aussi captivant, le récitatif suivant, par Vicki St-Pierre, s'inscrit dans le grand art lyrique, en portant la marque du romantisme anglais. Plus tôt, la supplique d'Énée, par le baryton Dion Mazerolle, a aussi remporté des salves d'applaudissements.  

Au fil de cet opéra très condensé en une petite heure, le talent de Purcell éclate bien entendu dans les choeurs, aux harmonies incroyables, mais parfois également sur un mode moins tragique, comme dans une savoureuse pastorale, reprise au clavecin et aux violons, pour conter le destin d'Actéon, au deuxième acte. Ce passage évocateur de l'opéra italien et de Lully a été très bien livré par la mezzo-soprano Isabelle Plaisance.  

 

"Didon et Énée", opéra anglais (1689) en trois actes, livret de Nahum Tate, musique de Henry Purcell, direction musicale d'Olivier Fortin, mise en scène de Pierre Saint-Amant, avec Vicki St-Pierre (mezzo-soprano, Didon et la Magicienne), Dion Mazerolle (baryton, Énée), Samantha Louis-Jean (soprano, Belinda), Isabelle Plaisance (mezzo-soprano, une Sorcière et une Dame), Marie Magistry (soprano, une Sorcière et l'Esprit), Jean-François Daignault (contre-ténor, un Marin) et l'Ensemble Masques. Présenté à la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours le 28 juin 2009 dans le cadre du 7e festival de musique Montréal Baroque. 

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Dans le rôle d'énée, le baryton Dion Mazerolle. (Photo: Festival Montréal Baroque)

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