Entrevue avec la danseuse contemporaine berlinoise Christine Joy Ritter, invitée spéciale à Montréal ce printemps pour la performance "Auto-Fiction" présentée aux festivals Mutek et "Off Transamériques".
François Cavaillès: Que représente pour vous votre solo très remarqué vers la fin de la performance "Auto-Fiction"?
Christine Joy Ritter: à ce moment, la performance devient plus émotionnelle. Il y a une atmosphère plus particulière. [Ses deux partenaires] Milan Gervais et Andrew Turner sortent de la voiture et se disputent. Je les entends et je veux sortir, m'évader, être seule. Le tapis sonore est déployé, sans le moindre battement, ce qui m'aide pour ce moment précis de la performance. Mes mouvements sont très lents à la différence de toute l'action qui a précédé.
F.C.: Il y a un côté spirituel qui émane de votre personnage, une aspiration à dépasser l'aliénation automobile.
C.J.R.: Spirituel, oui... Je l'exprime dans ma manière de danser et mes mouvements à ce moment. Milan a placé la scène dans l'ensemble de la performance, elle s'est occupée de la dramaturgie et, comme chorégraphe, a composé le solo en me disant d'aller lentement et de jouer avec la structure de la voiture. En ce qui concerne les mouvements précis, j'ai improvisé. Andrew et Milan disparaissent à cet instant, ils sont couchés dans l'auto et la public ne les voit plus. Je suis donc vraiment seule avec une très grande vue [debout sur le toit de la Subaru au pied de l'esplanade de la Place des Arts]. Il y avait tellement de monde à la Place des Arts, à l'heure de pointe. Je me suis sentie très bien et ça a donné une très belle photo... (sourire)
Au plan technique, le solo est un mélange de hip hop et de danse contemporaine. J'aime faire ce genre de mélanges et en plus, je sais aussi danser le "breakdance".
F. C.: Vous êtes venue sous l'égide du Goethe-Institut de Montréal. Votre performance a-t-elle un cachet particulièrement allemand?
C.J.R.: Puisque je travaille comme danseuse en Allemagne, j'apporte mon expérience accumulée dans ce pays. Mais Berlin est très multiculturelle. Montréal aussi, mais je remarque que Milan, par exemple, a son style qui est particulier, québécois, montréalais, d'ici. Mon style est simplement personnel, allemand ou pas.
Montréal est le lieu de nombreux échanges en matière de danse. Et le Goethe-Institut invite des gens du monde entier, alors tout est plutôt une question d'échanges. La raison de ma venue est l'échange de manières de travailler entre Berlin et Montréal. C'est amusant d'ailleurs de voir combien ses deux villes sont similaires en ce sens qu'elles ont toutes deux beaucoup de chorégraphes et de danseurs.
En Allemagne, j'ai appris la danse il y a longtemps [à la célèbre école Palucca Schule de Dresde]. J'y ai acquis de bonnes bases. Mais avec "Auto-Fiction", nous voulons faire une rencontre et créer quelque chose de neuf... Je parle allemand pendant la performance mais seulement quelques phrases.
F.C.: Comment trouvez-vous la scène montréalaise?
C.J.R.: Les liens entre danseurs sont très serrés. Beaucoup de travaux en cours sont montrés et les artistes sont très motivés à l'idée d'en parler. J'ai beaucoup apprécié ça. Il y a à Montréal beaucoup de danseurs canadiens alors qu'à Berlin il y a beaucoup de danseurs venus du monde entier et un esprit de concurrence fort. Ici, la communauté est plus locale et solidaire.
"Auto-Fiction" a réuni les talents du compositeur David Drury et des danseurs Milan Gervais, Andrew Turner et Christine Joy Ritter. Recommandée en vue de cette performance par le chorégraphe allemand Christoph Winkler, la danseuse pigiste Christine Joy Ritter vit et travaille à Berlin.
Légende:
La danseuse contemporaine Christine Joy Ritter lors de la performance "Auto-Fiction" sur l'esplanade de la Place des Arts, dans le cadre du 10e festival Mutek de Montréal. (Photo: François Cavaillès)


