Depuis 2001 • No 58 • Montréal • 15.06.2009
Juin 2009

10e édition du festival "Mutek"

Christine Joy Ritter

Danseuse invitée spéciale à Montréal

par François Cavaillès

Entrevue avec la danseuse contemporaine berlinoise Christine Joy Ritter, invitée spéciale à Montréal ce printemps pour la performance "Auto-Fiction" présentée aux festivals Mutek et "Off Transamériques". 

François Cavaillès: Que représente pour vous votre solo très remarqué vers la fin de la performance "Auto-Fiction"?

Christine Joy Ritter: à ce moment, la performance devient plus émotionnelle. Il y a une atmosphère plus particulière. [Ses deux partenaires] Milan Gervais et Andrew Turner sortent de la voiture et se disputent. Je les entends et je veux sortir, m'évader, être seule. Le tapis sonore est déployé, sans le moindre battement, ce qui m'aide pour ce moment précis de la performance. Mes mouvements sont très lents à la différence de toute l'action qui a précédé.

F.C.: Il y a un côté spirituel qui émane de votre personnage, une aspiration à dépasser l'aliénation automobile. 

C.J.R.: Spirituel, oui... Je l'exprime dans ma manière de danser et mes mouvements à ce moment. Milan a placé la scène dans l'ensemble de la performance, elle s'est occupée de la dramaturgie et, comme chorégraphe, a composé le solo en me disant d'aller lentement et de jouer avec la structure de la voiture. En ce qui concerne les mouvements précis, j'ai improvisé. Andrew et Milan disparaissent à cet instant, ils sont couchés dans l'auto et la public ne les voit plus. Je suis donc vraiment seule avec une très grande vue [debout sur le toit de la Subaru au pied de l'esplanade de la Place des Arts]. Il y avait tellement de monde à la Place des Arts, à l'heure de pointe. Je me suis sentie très bien et ça a donné une très belle photo... (sourire)

Au plan technique, le solo est un mélange de hip hop et de danse contemporaine. J'aime faire ce genre de mélanges et en plus, je sais aussi danser le "breakdance".  

F. C.: Vous êtes venue sous l'égide du Goethe-Institut de Montréal. Votre performance a-t-elle un cachet particulièrement allemand?

C.J.R.: Puisque je travaille comme danseuse en Allemagne, j'apporte mon expérience accumulée dans ce pays. Mais Berlin est très multiculturelle. Montréal aussi, mais je remarque que Milan, par exemple, a son style qui est particulier, québécois, montréalais, d'ici. Mon style est simplement personnel, allemand ou pas. 

Montréal est le lieu de nombreux échanges en matière de danse. Et le Goethe-Institut invite des gens du monde entier, alors tout est plutôt une question d'échanges. La raison de ma venue est l'échange de manières de travailler entre Berlin et Montréal. C'est amusant d'ailleurs de voir combien ses deux villes sont similaires en ce sens qu'elles ont toutes deux beaucoup de chorégraphes et de danseurs.

En Allemagne, j'ai appris la danse il y a longtemps [à la célèbre école Palucca Schule de Dresde]. J'y ai acquis de bonnes bases. Mais avec "Auto-Fiction", nous voulons faire une rencontre et créer quelque chose de neuf... Je parle allemand pendant la performance mais seulement quelques phrases. 

F.C.: Comment trouvez-vous la scène montréalaise?

C.J.R.: Les liens entre danseurs sont très serrés. Beaucoup de travaux en cours sont montrés et les artistes sont très motivés à l'idée d'en parler. J'ai beaucoup apprécié ça. Il y a à Montréal beaucoup de danseurs canadiens alors qu'à Berlin il y a beaucoup de danseurs venus du monde entier et un esprit de concurrence fort. Ici, la communauté est plus locale et solidaire. 

 

"Auto-Fiction" a réuni les talents du compositeur David Drury et des danseurs Milan Gervais, Andrew Turner et Christine Joy Ritter. Recommandée en vue de cette performance par le chorégraphe allemand Christoph Winkler, la danseuse pigiste Christine Joy Ritter vit et travaille à Berlin.  
 
 

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La danseuse contemporaine Christine Joy Ritter lors de la performance "Auto-Fiction" sur l'esplanade de la Place des Arts, dans le cadre du 10e festival Mutek de Montréal. (Photo: François Cavaillès)

Juillet 2009

Académie estivale d'orgue McGill

John Grew

Directeur artistique

par François Cavaillès

Entrevue avec le directeur artistique de l'Académie estivale d'orgue, John Grew, au début du festival d'orgue annuel de Montréal (www.msoa.ca). 

François Cavaillès: Cette année, le festival d'orgue tenu par l'Académie souligne le 200e anniversaire de la naissance de Mendelssohn. Chez ce compositeur, l'orgue est-il conçu comme instrument de musique sacrée, jouée pour les rois?  

John Grew: Oui mais l'orgue de Mendelssohn était déjà orgue de salle de concert, un fait qui a commencé surtout en Allemagne et en Angleterre. Mendelssohn a visité au moins dix fois Londres. Il était évidemment très proche de la reine Victoria et de son mari, le prince Albert. De plus, à cette époque, on a commencé à jouer à l'orgue beaucoup de transcriptions d'oeuvres pour orchestre. Mendelssohn était assez connu comme concertiste, et pas juste comme pianiste ou comme organiste.  

F.C.: Son inspiration n'était donc pas seulement la musique religieuse... 

J.G.: Non, non, pas du tout. Il a certes écrit plus tard dans sa vie des oeuvres comme les oratorios, mais ses oeuvres d'orgue sont vraiment des oeuvres de concert. 

F.C.: On a aussi fêté cette année le centenaire de la naissance d'Olivier Messiaen. Dans la programmation du festival d'orgue, il y a des organistes passionnés par Messiaen. Chez lui, la conception de l'orgue est bien différente... 

J.G.: Oui mais Messiaen, c'est un cas spécial au XXe siècle. Il a été organiste toute sa vie, à la Trinité de Paris pendant plus de 60 ans... Mais Messiaen ne s'est pas limité à la musique d'orgue. C'était un mystique, disons... Il a influencé beaucoup de compositeurs. Nous aurons chez nous, au festival, peut-être l'un des meilleurs interprètes de Messiaen, Olivier Latry. Il a signé une formidable intégrale des oeuvres de Messiaen pour "Deutsche Grammophon".  

F. C.: En concert d'ouverture du festival, l'organiste Michael Radulescu est invité. Avec l'Académie estivale d'orgue McGill, il va donner des cours sur Bach. Il jouera donc sûrement du Bach en concert?  

J.G.: Son programme est uniquement consacré à la musique de Bach. Cet organiste, Michael Radulescu, enseigne à l'académie de musique de Vienne depuis si longtemps... [depuis 1968] Beaucoup de jeunes organistes québécois sont passés par Vienne pour étudier avec Michael. 

F.C.: Et la conception de l'orgue de Bach est-elle totalement différente de celles de Mendelssohn et de Messiaen?

J.G.: (sourire) Bach était organiste de l'église. Il était toujours dans l'église luthérienne mais il a signé des musiques de concert, pas seulement des oeuvres pour l'église.  

F.C.: L'Académie propose, en plus des concerts, des cours pour tous ceux qui étudient l'orgue. Avez-vous beaucoup d'étudiants pour cette année? 

J.G.: Oui, nous en avons une soixantaine. C'est moins que l'an dernier mais à chaque académie, le nombre varie entre 60 et 85, à peu près. Cette année, le climat est un peu spécial économiquement... (rires) Les inscriptions n'ont pas été aussi fortes que les années passées, mais l'académie est quand même assez connue. Elle existe depuis 1997. Nous avons toujours de grands spécialistes, et pas seulement des organistes d'ici. Des Américains, des Français, toujours deux ou trois Européens, mais surtout Olivier Latry, qui est avec nous depuis le début de l'académie et qui donnera le concert de clôture à Lachine.  


Les cours et les concerts organisés par l'Académie estivale d'orgue se déroulent du 6 au 16 juillet 2009 dans la région de Montréal. Renseignements: www.msoa.ca. 

Légende: 

Le directeur artistique de l'Académie estivale d'orgue McGill, John Grew. (Photo: Académie estivale d'orgue McGill)  

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