Depuis 2001 • No 58 • Montréal • 15.06.2009
Sortie : 5 juin 2009

La Belle personne

La Belle personne

Durée : 1h30

Distribution : Léa Seydoux, Grégoire Leprince-Riguet, Louis Garrel, Esteban Carjaval Alegria

Scénario  et réalisation : Christophe Honoré

Production : France

Score : 3.5/5

Photo : http://www.mongrelmedia.com/press_info/?id=1600 

Par Tina Armaselu

 

Inspiré librement de « La Princesse de Clèves » de Madame de La Fayette, « La Belle personne » raconte l’histoire d’une lycéenne de seize ans, Junie (Léa Seydoux), qui se voit partagée entre l’affection pour Otto (Grégoire Leprince-Riguet), un de ses copains, follement amoureux d’elle, et l’amour pour Nemours (Louis Garrel), le beaux et frivole professeur d’italien. Bien que Junie croie avoir trouvé une solution à ce dilemme, les événements prennent une tournure tragique, ce qui semble raffermir sa décision de refuser un bonheur qu’elle ne considère qu’éphémère …

La plupart de l’action du film se passe entre les murs du lycée Molière de Paris. Le spectateur, invité à se joindre au groupe de Matthias (Esteban Carjaval Alegria), le cousin de Junie, et d’Otto, pendant leurs cours de mathématiques, de russe, d’italien, pendant les pauses, ou encore, après les heures de classe, se rend peu à peu compte des relations dramatiques régissant ce monde vibrant de la beauté de la jeunesse et de l’amour.

En dépit de sa transposition à l’époque moderne, il y a une certaine nuance dans la mise en scène et dans la touche de fond de l’ensemble, tenant à la fois de la source d’inspiration et des petits détails, comme par exemple, la patine du temps imprimée sur la chaire de la salle de classe, les arcades de la cour du lycée, le professeur épiant le tête-à-tête amoureux de ses élèves, qui semblent évoquer la court d’autrefois et ses intrigues, et par conséquent, l’appartenance à une autre époque. Mais c’est peut-être cette tension entre l’emplacement contemporain et un sens de l’ancien, doublé d’une vision de l’amour, de la pureté et de la morale aux accents tragiques, avec des renvois évoquant la Princesse de Clèves, Lucia de Lammermoor ou des personnages tels que Roméo, Mercutio ou Don Juan, qui confère finalement au film de Christophe Honoré le caractère d’un assemblage relativement atemporel. Alors, « La Belle personne » toucherait probablement plus l’amateur de drames sentimentaux dans la lignée plutôt classique et moins le spectateur intéressé à retrouver dans cette histoire un reflet 100% réaliste de la jeunesse de nos jours.

Sortie : 5 juin 2009

J’ai tué ma mère

J’ai tué ma mère

Durée : 1h36

Distribution : Xavier Dolan, Anne Dorval, François Arnaud, Suzanne Clément, Patricia Tulasne 

Scénario et réalisation : Xavier Dolan

Production : Canada

Photo : http://www.cinemamontreal.com

Par Tina Armaselu

 

Hubert Minel (Xavier Dolan), un adolescent de 17 ans, traverse une période de crise, en oscillant entre l’amour et la haine pour une femme jadis adorée, sa mère. Par une suite d’événements plus ou moins dramatiques, Hubert semble finalement retrouver la sérénité, au prix d’une perte : le regard innocent de l’enfance.

Gagnant de trois prix sur quatre de la Quinzaine des Réalisateurs de cette année, une section parallèle du Festival de Cannes, « J’ai tué ma mère » porte sur les mystères et les bouleversements propres au passage de l’enfance à l’âge adulte. En explorant un registre aux tonalités parfois freudiennes, le jeune réalisateur québécois de 20 ans aborde avec sincérité l’univers délicat mais en même temps conflictuel de l’adolescence et ses découvertes: la sexualité, l’art, l’amitié, ainsi que les rapports changeants entre soi et les récipients d’un amour autrefois inconditionné, ses propres parents. Le film touche aussi, collatéralement, à d’autres sujets, tels que l’homosexualité, le rôle de l’école ou la condition de la famille monoparentale.

Bien que la perspective proposée réussisse à capter, dans une certaine mesure, la sensibilité tumultueuse de l’adolescence, « J’ai tué ma mère » semble manquer toutefois de profondeur au niveau des portraits, plutôt schématiques, des personnages et du déploiement des dialogues, par endroits, aux accents un peu trop criards ou laissant l’impression de planer, quelque part, dans l’arbitraire. Cependant, il est intéressant de noter l’expressivité d’inspiration picturale de certaines scènes, comme le crépuscule au bord du Saint-Laurent de la scène finale, la peinture à la Jackson Pollock, filmée au rythme accéléré, ou encore, la scène où Hubert essaye de rejoindre sa mère en robe de mariée, dans une forêt aux couleurs d’automne. « J’ai tué ma mère » semble ainsi avoir produit l’effet attendu pour un film de début, c’est-à-dire attirer l’attention de la critique sur un jeune réalisateur, scénariste et acteur dont l’évolution s’annoncerait prometteuse.

Sortie : 5 juin 2009

L’Heure d’été

L’Heure d’été

Durée : 1h43

Distribution : Juliette Binoche, Charles Berling, Jérémie Rénier, Edith Scob

Scénario  et réalisation : Olivier Assayas

Production : France

Photo : http://seville-epk.mijonet.com 

Par Tina Armaselu

 

Un jour d’été, dans une belle maison de la campagne, Hélène Berthier (Edith Scob), entourée de ses enfants, Frédéric (Charles Berling), Adrienne (Juliette Binoche) et Jérémie (Jérémie Rénier), et de ses petits-enfants, fête son 75-ème anniversaire. La famille semble heureuse et unie mais il s’avère tôt que le seul élément qui relie encore les trois frères - un établit à Paris, les deux autres aux États-Unis et en Chine - soit Hélène et sa maison remplie d’un bric-à-brac d’objets d’art – meubles, tableaux, vases et vaisselles – et le culte de celle-ci pour l’œuvre de son oncle, le peintre Paul Berthier. Que deviendra la famille et tout cet héritage après la disparition d’Hélène ?

A partir d’un projet de court métrage, ultérieurement abandonné, destiné à la célébration de 20 ans du Musée d’Orsay, Olivier Assayas parvient, dans « L’Heure d’été », à un thème plus général, celui du passage du temps et de sa réflexion à la fois au niveau individuel ou de petit groupe, qu’au niveau de la transmission et de la mise en perspective historique de l’œuvre d’art. D’autres thèmes, tenant de facteurs d’ordre économique ou social, tels l’émigration ou les contraintes imposées par la poursuite d’une carrière, et avec un impact sur les relations de famille, sont également abordés dans le film. La saga de la famille Berthier serait ainsi une histoire ou chacun peut, dans une certaine mesure, reconnaître son propre univers familial et les différents ressorts internes, si sensibles à l’influence du temps, de la distance ou des causes économico-sociales, déterminant soit la cohésion, soit la désintégration de ce microcosme fragile.

Le rythme de l’action, assez lent, et les nombreux close-ups créent une texture riche en détail, permettant au spectateur d’accéder aux sentiments des personnages mais aussi de contempler la belle demeure d’Hélène et les objets y préservés avec tant de soin. Car si le motif de l’aliénation d’un patrimoine si cher surtout à Fréderic, le fils aîné, fait penser, selon certains, à la « Cerisaie » de Tchekhov, la façon par laquelle le réalisateur suggère les connexions invisibles établies entre l’immeuble et ses habitants, qui lui prêtent quelque chose de leur propre vie, semble évoquer « La Vie mode d’emploi » de George Perec. C’est dans ce sens qu’on pourrait interpréter, par exemple, la scène où le point de vue dépersonnalisé de la caméra, placée à l’intérieur, nous laisse apercevoir l’ancienne femme de ménage de la famille faisant le tour des fenêtres et regardant de dehors, dans une sorte d’adieu adressé à la fois à la maison vide et à une période de sa vie, qui venait de s’achever, ou encore, la scène finale portant sur le changement et la perspective de la nouvelle génération, ayant comme prétexte le party y organisé par la petite-fille d’Hélène et ses amis. Cette relativisation de la perception d’un objet, cette fois d’une œuvre d’art, semble également suggérée par les réflexions de Frédéric et de sa femme sur la différence entre un vase rempli de fleurs sur une table, à l’intérieur d’une maison, et le même vase exposé dans la vitrine d’un musée.

Bien que le canevas de l’histoire soit clairement mis en lumière, le film ne laisse pas cependant l’impression de vouloir imposer au spectateur un jugement particulier. Le déploiement des événements, ainsi que les révélations inattendues sur un aspect de la vie d’Hélène, inconnu à ses propres enfants, se réalise par un naturel tenant à la fois du développement des dialogues, sans recours à des séquences de flashback, et du jeu des acteurs. Même si certains pouvaient lui reprocher un caractère statique ou un peu anodin, le film d’Olivier Assayas semble réussir à trouver le rythme et la tonalité justes pour aboutir à un récit nuancé et de texture riche sur la beauté et la brièveté de l’« heure d’été », en concluant, par un clin d’œil mi-ironique, avec les accords de « Little Cloud » du groupe d’inspiration folk The Incredible String Band.

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