Depuis 2001 • No 56 • Montréal • 15.04.2009
Mai 2009

10e édition du festival "Mutek"

5 soirs de sons, d'images et de bonheur

Un plateau de créateurs très relevé

Par François Cavaillès

Des heures de musique électronique et de créations multimédias saisissantes pour les 10 ans de Mutek, l'un des tous meilleurs festivals à Montréal. 

La programmation de Mutek s'est faite plantureuse pour la dixième édition du festival de musique électronique. Plus de 150 artistes ont partagé l'affiche éclectique déroulée à travers divers sites de Montréal, le coeur de l'événement battant surtout sur le boulevard Saint-Laurent au rythme des soirées "A/Visions" et "Nocturne".

Les premières, entamées plus tôt (vers 20 h), ont réuni un plateau artistique très relevé, excessivement créatif et laissant très souvent aux spectateurs d'indicibles impressions.

Ainsi, le soir du 28 mai a vu se suivre, dans le confort du Monument National, deux excellentes prestations. Les Américains de The Fun Years ont servi leurs expérimentations post-rock dans une recherche sonore captivante accompagnée d'images proprement hallucinantes, aux limites de la transcendance. Le jeu visuel très savant de déstructuration et de recomposition des pixels, des couleurs et des formes vivantes impressionne grandement. Une présentation qui nous dépasse, au-delà de l'émotion et au seuil de la pleine conscience. Après The Fun Years, le duo expérimenté de Jaki Liebezeit et Burnt Friedman a réchauffé les coeurs de sons un peu plus doux, parfois échantillonnés du jazz. Si l'on peut comparer le batteur Liebezeit et le musicien électronique Friedman à des jazzmen, on penchera pour Gary Burton et Chick Corea pour le sage élan révolutionnaire et pour tout le plaisir de faire vivre musique limpide et images de rêve.

Le lendemain, à la soirée "A/Visions", SND (du Royaume-Uni) s'est particulièrement mis en valeur à partir de coups de pilon sonores allant progressivement vers un travail vraiment remarquable de composition fort bien conclu.

Enfin du samedi, pour une soirée spéciale "A/V+", il faut retenir tout l'étalage du grand créateur sonore allemand Carsten Nicolai, accompagné du Japonais Ryoji Ikeda au premier set, qui a déclenché l'euphorie des amateurs en signant une performance de classe mondiale.

 En ce qui concerne les soirées "Nocturne", le ton plus axé sur la fête et sur la danse a été donné par des groupes très dynamiques. Dès le soir de l'ouverture, le duo français Zombie Zombie a marqué les esprits par ses nombreux effets sonores et par ses rythmes très appuyés, la batterie étant très mise en avant. Le lendemain, pour la première "Nocturne" au Métropolis, le dub s'est imposé, puis le parfum des musiques du monde, très dansantes, le jour suivant et enfin une spéciale "électro" canadienne a clôturé la semaine de longues soirées à fort volume.

Parmi les nombreuses présentations exceptionnelles hors les murs de la SAT ou du Monument National, l'ingénieuse installation "Atom" a ébloui le public assis en cercle dans un sombre recoin du théâtre Maisonneuve, tout autour d'un parterre de 64 ballons blancs gonflés à l'hélium, motorisés et illuminés. Le formidable dispositif des Allemands Robert Henke et Christopher Bauder donne naissance à une oeuvre d'art moderne poétique et inoubliable.  

Tout près de là, sur l'esplanade de la Place des Arts, "Auto-Fiction", de human Playground, s'est avérée une belle fantaisie dansée sur le thème de la voiture _ et souvent sur son capot! Trois danseurs, les Montréalais Milan Gervais et Andrew Turner et la Berlinoise Christine Joy Ritter, trouvent les gestes, les élans et les regards adéquats pour rendre vivant le concept de la place de l'automobile dans la société actuelle. Les corps s'amusent, se déforment et se reforment autour d'une vieille Subaru, à travers le véhicule et à l'intérieur, si bien qu'on en vient à croire (comme après le film "Crash" de David Cronenberg) qu'il y a un esprit dans la voiture et qu'il est finalement rendu visible dans les incroyables mouvements du solo de Christine Joy Ritter sur une belle musique atmosphérique du compositeur David Drury.

La 10e édition du festival Mutek s'est déroulée du 27 au 31 mai 2009 à Montréal.

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"Auto-Fiction", performance de Human Playground sur l'Esplanade de la Place des Arts, est un exemple de la volonté du festival de musique électronique Mutek de se dérouler de plus en plus en extérieur. (Photo: François Cavaillès)

Mai 2009

Opéra de Montréal

Un rideau rouge sang tombe sur la saison

De beaux airs sauvent "Lucia di Lammermoor" du tout tragique

Par François Cavaillès

Bouleversante Eglise Gutierrez dans le rôle éponyme. 

De l'étreinte brisée en ouverture par trois éclairs musicaux jusqu'au long roulement de tambour clouant les cercueils des amoureux, "Lucia di Lammermoor" est revenue hanter, huit ans après sa dernière production à l'Opéra de Montréal, les rives du Saint-Laurent le temps d'une longue marche funèbre d'un plan-plan fidèle à la saison 2008-2009, bouclée par ce classique du prolifique Lombard Donizetti (compositeur de plus de 80 opéras). 

Rarement opéra italien n'aura paru moins chantant. Pourtant, si l'histoire semble trop simple, et le livret trop fadasse, si le décor et les costumes décalquent des clichés écossais évidents, il y a, à travers les poncifs romantiques et ce fichu aspect guindé de l'opéra, de beaux airs dans "Lucia di Lammermoor". 

Le plus fameux est délivré par l'héroïne alors qu'elle bascule dans la folie. Mémorable scène applaudie à tout rompre et portée par la bouleversante soprano cubaine Eglise Gutierrez ("Artiste de l'année 2009" au festival d'opéra de Savonlinna, en Finlande).  

Plus sobre, le ténor américain Stephen Costello est logiquement l'autre étoile à briller dans le noir de la tragédie. Ses duos avec Eglise Gutierrez, accompagnés par un Orchestre Métropolitain plein de justesse, font surgir l'émotion merveilleuse que tous les amateurs attendent encore de l'opéra à Montréal. 

Parfois, une certaine économie de moyens semble bienvenue, pour le plaisir d'aimer seulement une voix, une personne, une ombre... Entre les écueils du classicisme poussé de la programmation et d'une certaine prétention à l'épate par le volume, on savoure, dans les productions montréalaises, le goût du grand art jusqu'aux dernières notes et, en l'occurrence, jusqu'à l'ultime soupir de l'amant de "Lucia di Lammermoor". 

"Lucia di Lammermoor", opéra italien (1835) en trois actes, livret de Salvatore Cammarano, musique de Gaetano Donizetti, mise en scène de David Gately, direction musicale de Steven White, avec Eglise Gutierrez (soprano, Lucia), Stephen Costello (ténor, Edgardo), l'Orchestre Métropolitain et le Choeur de l'Opéra de Montréal. Durée: 2 h 40 min. Présenté à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts les 27 et 30 mai, ainsi que les 1er et 4 juin à 20 h.    

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La soprano Eglise Gutierrez, spectrale Lucia lors de la répétition générale de l'opéra de Donizetti. (Photo: François Cavaillès)

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