Des heures de musique électronique et de créations multimédias saisissantes pour les 10 ans de Mutek, l'un des tous meilleurs festivals à Montréal.
La programmation de Mutek s'est faite plantureuse pour la dixième édition du festival de musique électronique. Plus de 150 artistes ont partagé l'affiche éclectique déroulée à travers divers sites de Montréal, le coeur de l'événement battant surtout sur le boulevard Saint-Laurent au rythme des soirées "A/Visions" et "Nocturne".
Les premières, entamées plus tôt (vers 20 h), ont réuni un plateau artistique très relevé, excessivement créatif et laissant très souvent aux spectateurs d'indicibles impressions.
Ainsi, le soir du 28 mai a vu se suivre, dans le confort du Monument National, deux excellentes prestations. Les Américains de The Fun Years ont servi leurs expérimentations post-rock dans une recherche sonore captivante accompagnée d'images proprement hallucinantes, aux limites de la transcendance. Le jeu visuel très savant de déstructuration et de recomposition des pixels, des couleurs et des formes vivantes impressionne grandement. Une présentation qui nous dépasse, au-delà de l'émotion et au seuil de la pleine conscience. Après The Fun Years, le duo expérimenté de Jaki Liebezeit et Burnt Friedman a réchauffé les coeurs de sons un peu plus doux, parfois échantillonnés du jazz. Si l'on peut comparer le batteur Liebezeit et le musicien électronique Friedman à des jazzmen, on penchera pour Gary Burton et Chick Corea pour le sage élan révolutionnaire et pour tout le plaisir de faire vivre musique limpide et images de rêve.
Le lendemain, à la soirée "A/Visions", SND (du Royaume-Uni) s'est particulièrement mis en valeur à partir de coups de pilon sonores allant progressivement vers un travail vraiment remarquable de composition fort bien conclu.
Enfin du samedi, pour une soirée spéciale "A/V+", il faut retenir tout l'étalage du grand créateur sonore allemand Carsten Nicolai, accompagné du Japonais Ryoji Ikeda au premier set, qui a déclenché l'euphorie des amateurs en signant une performance de classe mondiale.
En ce qui concerne les soirées "Nocturne", le ton plus axé sur la fête et sur la danse a été donné par des groupes très dynamiques. Dès le soir de l'ouverture, le duo français Zombie Zombie a marqué les esprits par ses nombreux effets sonores et par ses rythmes très appuyés, la batterie étant très mise en avant. Le lendemain, pour la première "Nocturne" au Métropolis, le dub s'est imposé, puis le parfum des musiques du monde, très dansantes, le jour suivant et enfin une spéciale "électro" canadienne a clôturé la semaine de longues soirées à fort volume.
Parmi les nombreuses présentations exceptionnelles hors les murs de la SAT ou du Monument National, l'ingénieuse installation "Atom" a ébloui le public assis en cercle dans un sombre recoin du théâtre Maisonneuve, tout autour d'un parterre de 64 ballons blancs gonflés à l'hélium, motorisés et illuminés. Le formidable dispositif des Allemands Robert Henke et Christopher Bauder donne naissance à une oeuvre d'art moderne poétique et inoubliable.
Tout près de là, sur l'esplanade de la Place des Arts, "Auto-Fiction", de human Playground, s'est avérée une belle fantaisie dansée sur le thème de la voiture _ et souvent sur son capot! Trois danseurs, les Montréalais Milan Gervais et Andrew Turner et la Berlinoise Christine Joy Ritter, trouvent les gestes, les élans et les regards adéquats pour rendre vivant le concept de la place de l'automobile dans la société actuelle. Les corps s'amusent, se déforment et se reforment autour d'une vieille Subaru, à travers le véhicule et à l'intérieur, si bien qu'on en vient à croire (comme après le film "Crash" de David Cronenberg) qu'il y a un esprit dans la voiture et qu'il est finalement rendu visible dans les incroyables mouvements du solo de Christine Joy Ritter sur une belle musique atmosphérique du compositeur David Drury.
La 10e édition du festival Mutek s'est déroulée du 27 au 31 mai 2009 à Montréal.
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"Auto-Fiction", performance de Human Playground sur l'Esplanade de la Place des Arts, est un exemple de la volonté du festival de musique électronique Mutek de se dérouler de plus en plus en extérieur. (Photo: François Cavaillès)


