Depuis 2001 • No 57 • Montréal • 15.05.2009
Mai 2009

L’Apocalypse - un marché en pleine développement

Par Felicia Mihali

 
Tarmac

Si vous avez vu le film de Wim Wenders, Until the End of the World, vous allez facilement accepter la théorie de Nicolas Dickner que nous vivons dans un monde obsédé par l’Apocalypse. Entre deux marelles, dès leur jeune âge, les enfants discutent bunker, radiation et plutonium. Chaque nation se bat pour voler la vedette apocalyptique : chaque grande ville du monde a l’orgueil de devenir le début de la fin : New York, Tokyo et, pourquoi pas, Rivière-du-Loup. Si tout Japonais est convaincu que l’Apocalypse doit commencer sur le sol japonais, voilà qu’avec son nouveau roman, Tarmac, Dickner place l’épicentre de cette dystopie sur le bord paisible du Saint-Laurent.

Les deux Randall, Ann et Hope, survivantes d’une famille qui porte inscrit dans leur ADN la fin du monde, s’installent dans la Belle Province après une fuite nocturne de leur Yarmouth natif. Coup de pouce du destin, qui décide que leur vieille Lada décède à proximité de la ville, les deux prophétesses de banlieue acceptent que Rivière-du-Loup est une ville convenable pour attendre la fin du monde. Deux jours plus tard, la fantaisie débridée de Hope colle à la pensée solide de Michel Bauermann, héritier d’une famille qui travaille depuis des générations dans le béton. Installés dans le sous-sol familial des Bauermann, le bunker des banlieusards, les deux jeunes partagent l’obsession des bombes et des catastrophes  télévisées. À travers le cartésianisme de Michel et les rêves apocalyptiques de Hope,  l’univers connu n’est qu’une arche de Noé échouée à Rivière-du-Loup. Pour y survivre, on n’a qu’à déchiffrer le mystère de cette animalerie habitable dans les données fatidiques inscrites dans les publicités d’autos ou sur la date de péremption d’un paquet de nouilles.

On peut reprocher au livre un encyclopédisme excessif par endroit. Tarmac reste toutefois un bel exploit, une lecture qui amuse et étonne à la fois. Les agences de voyages devraient l’inclure parmi les lectures de ceux qui passent leur existence de tarmac en tarmac, dont la vie s’est adaptée aux affres du jet lag et de la nourriture en sachets, emballage qui pourrait indiquer à tout moment l’arrivée de la prochaine apocalypse.
Mai 2009

Je voudrais voir la mer de Stéfani Meunier

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Et je te demanderai la mer

Il y a plusieurs années, alors que j’habitais à Bordeaux, en France, j’ai découvert la première œuvre de Stéfani Meunier, Au bout du chemin. J’ai alors trouvé chez cette auteure la subtilité et la finesse d’un Raymond Carver. Dès les premières lignes, je me suis laissé envelopper par son écriture ainsi que par sa musique. Et depuis, je surveille chacune de ses nouvelles parutions. Il faut dire qu’à chaque fois, je ne le regrette pas, je suis conquis. Ses récits témoignent d’une sensibilité et d’un regard sur le monde qui sait capter avec efficacité la tristesse et la mélancolie autant que la dignité et l’espoir qui caractérisent ses personnages. Chez elle, ceux-ci, bien que l’on puisse les qualifier d’ordinaires, ne sont jamais petits.

Poursuivant son œuvre, Meunier a fait paraître cet hiver un quatrième ouvrage aux éditions Boréal, un roman intitulé Et je te demanderai la mer au cours duquel elle met en scène un homme, Dan, qui, tentant de se relever  d’une séparation, a acheté un motel et y travaille. Quelque part au nord de Montréal, il mène une vie tranquille, voire monotone, entre les quelques clients affluant dans les lieux et les petites rénovations qu’il entreprend. 

Tout semble immobile jusqu’au jour où Sarah, une mère alcoolique, et son fils à peine adolescent, Léo, louent une chambre et s’y installent pour quelque temps. Le petit garçon commence presque aussitôt à visiter Dan, à lui parler de ses préoccupations et à fraterniser avec lui. Le propriétaire du motel le prend sous ses ailes et, à son tour, lui raconte des histoires. Il évoque la mer, sa passion, ainsi que les poissons. Il lui parle également de son fils qu’il ne voit plus... Par ailleurs, il le fait participer aux différents travaux du motel.

De jour en jour, une amitié se tisse entre les deux êtres, laquelle permet à Dan de se réconcilier avec la vie et surtout avec son passé. Grâce à Léo, il entreprend même d’essayer de revoir son propre fils et de corriger le tir dans ses relations avec ce dernier. La nouvelle amitié entre les locataires et le propriétaire du motel remet tranquillement tout le monde sur les rails. Avec le temps, chez Stéfani Meunier, tout se reconstruit.

Et je te demanderai la mer est un roman sublime portant sur la réconciliation, le rapprochement, l’écoute et l’amitié. Le lecteur le lit avec douceur et plaisir. Il se laisse envelopper par une tranquillité émanant de l’écriture et de la voix de Stéfani Meunier, une auteure qui, au fil des ans, construit une œuvre plus qu’intéressante.

Stéfani Meunier, Et je te demanderai la mer, Montréal, Boréal, 2008, 177 p.

Mai 2009

Une Shirley Valentine canadienne

Par Felicia Mihali

 
Ta maison est en feu

Vous vous rappelez sûrement l’attachante Shirley Valentine, le célèbre personnage créé par Willy Russell dans les années quatre-vingt et devenu un emblème de la libération des femmes dans une Angleterre où l’oppression sexuelle était la plus sévère de tous les pays occidentaux. Par ailleurs, dans la saison 2009, Centaur Théâtre de Montréal a repris cette pièce archi-connue, dans la mise en scène de Roy Surette,  ayant dans le rôle principal l’excellente comédienne canadienne d’origine britannique, Nicola Cavendish. Le sujet va comme suit : alors qu’elle préparait le dîner de son mari, une bonne épouse de la classe moyenne comprend combien elle déteste ce que sa vie est devenue : l’existence partagée entre la friture des œufs et le bavardage ennuyant des voisines qui, elles aussi, essaient de cacher leur mal de vivre, la routine criminelle des jours passés à servir la famille, le manque de passion et la jeunesse gaspillée sur l’autel du mariage heureux en banlieue.

C’est cette révélation du vide existentiel qui guette aussi Stacey MacAintra, le personnage du roman Ta maison est en feu, de Margaret Laurence. Un jour, sans aucune raison apparente, cette mère dévouée et épouse fidèle se rend compte qu’elle ne peut plus suivre son train-train quotidien. Au bout de quinze ans de mariage, Stacey, fille de prairie échouée dans la ville foisonnante de Vancouver, secrétaire ratée et mère de quatre enfants, se dit que derrière cette vie dédiée aux autres il y a une autre Stacey. Elle avait été avant une belle jeune fille, pleine d’espoirs et de désirs, ayant le courage de fuir une petite ville et une famille oppressive pour partir à la conquête de sa liberté. Sauf que ce trajet a vite fini dans les bras de Mac, un commis voyageur ayant abandonné ses études afin de subvenir aux besoins de sa famille, de plus en plus nombreuse. Égarée dans une ville qu’elle connaît mal, même après y avoir passé tant d’années, Stacey est à la recherche de ce qu’elle était avant de devenir Madame MacAintra. Difficile exploit, surtout lorsque les enfants vous courent après, en vous réclamant de la nourriture et de vous faire juge de leurs querelles enfantines. Les aventures ne sont pas à portée lorsque Jean, âgée de seulement deux ans, a besoin d’une baby-sitter, lorsque les deux garçons, Ian et  Duncan, sont en permanent  conflit, et lorsqu Katie, au seuil de l’adolescence,  vit ses premières peines d’amour. En plus, Mac à la recherche d’un boulot plus reposant et mieux rémunéré est entraîné dans l’aventure de la vente des pilules magiques Richalife qui vous garantissent bonheur et jeunesse éternelle. Néanmoins, Stacey est aussi déterminée  à aimer et à se convaincre qu’elle est aussi vivante que dans sa jeunesse. Elle trouve le moyen de se sauver de temps en temps de la maison, à la rencontre d’un amoureux, aussi hasardeux que mystérieux : à trente-neuf ans, elle découvre la passion dans les bras d’un jeune écrivain de vingt-quatre ans.   

Que reste-t-il de cette aventure à la fin de ce chapitre bouleversant de la vie de Stacey? Shirley Valentine avait trouvé le sens de sa vie en Grèce, lorsque les bras musclés d’un Casanova de taverne lui avait révélé que le nouveau sens de sa vie réside dans l’acceptation que si elle a été malheureuse, son mari n’a pas été plus choyé par le destin. Cependant, elle a décidé de continuer à faire ce qu’elle sait le mieux, la cuisine, non pas en Angleterre mais dans une taverne grecque. Et cette nouvelle vie n’exclut pas  ce qu’elle avait été. Cela est aussi la découverte de Stacey, car ce qu’elle veut devenir ne peut pas se passer de ceux qui l’entourent.

Troisième tome du cycle de Manawaka, après L’ange de pierre et Une divine plaisanterie, cette nouvelle parution en français de Margaret Laurence est sans doute un grand évènement. Ta maison est en feu reste la grande fresque canadienne de la vie en banlieue, des désirs tenus en laisse, et des passions sacrifiées.   

Mai 2009

Poèmes du deuil

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Sombre d’ailleurs

L’autre. Le baiser. Le feu. Le poète écrit : « Mes mains trembleront quand je trancherai l’habitude ». La distance entre deux êtres. « Cinq essieux pour retenir ton souffle ». Admirer la beauté chez l’autre, « pour repousser le matin. Mais aussi le gouffre sous les pas, le désert sous la peau, l’écho des promesses. La tension entre deux êtres. La possibilité de la violence. On se tuerait, je pense/ à force d’accumuler les trop/ sur rasoir froissé ». Le vécu de chacun. Des cauchemars dans « un bruit de tôlé déchirée ». La difficulté de s’unir, de cohabiter : « cette synthèse impossible : toi/ une femme qui dévorait sa propre voix/ à la santé des sorcières/ un incident de parcours qui dure des années/ l’accroc dans mes joues s’élargit/ écrase ma tête en la maintenant sous l’eau/ remplis mes yeux d’insectes/ alors, en pensant à toi/ je dessinerai des gouffres sous mes pas »

Dans Sombre d’ailleurs, Frédérick Durand évoque des souffrances qui se creusent en soi. Il propose de « faire le tri dans le réel à coups de lame ». Il parle de la douleur qui existe, qui est là et qui s’amuse à « réinventer la vie à coups de ciseaux ». Il évoque « la trajectoire [qui] s’achèvera dans un spasme », l’agonie, les larmes, les blessures omniprésentes, la mort, les cendres. « Ébloui par [la] silhouette qui disparaît sous l’eau, [il] invente des couleurs inconnues [qu’il] donne en rêve. Quand la pluie efface tout, ton sourire garde une lueur impossible ». Il se souvient de l’autre, des rires et des cris. La mort de l’être aimé lui pèse. Il sent « le poids de [son] monde qui s’efface sur [son] dos ». Il connaît l’absence et souhaite par moments « s’ouvrir les veines pour colorer la tempête »; « une flamme à la place du visage/ t’aimer jusqu’à ne plus jamais revoir l’aube ».

Durand aborde la difficulté de survivre à l’autre. Comme il le souligne : « Désormais les matins commencent par ton nom/ dès le voile, la chute/ les faits n’obéissent plus demain je porterai ma croix sous la bruine/ je te chercherai entre deux îles/ sous chaque saule / j’aurai peur, mais, toujours, le nord m’attendra »

Il recherche le bien-être, même dans l’absence, même dans la mort et se console en disant là que « le reste est une histoire d’ailes une histoire de dimanche, l’été un sourire qui s’immisce, profane si le deuil doit s’éterniser, qu’il en soit ainsi ».

Avec Sombre d’ailleurs, incluant la suite poétique Je dessinerai des gouffres sous tes pas, finaliste en 2007 au prix littéraire Radio-Canada. Le lecteur assiste à la mise en « poème » de l’autre.

Frédérick Durand, Sombre d’ailleurs, Montréal, Triptyque, 2009, 54 p.

Mai 2009

Entre le théâtre et la maternité

Par Jean-Sébastien Ménard

 
L’échappée des dieux

Avec L’échappée des dieux, Reine-Aimée Côté écrit un roman portant à la fois sur l’amour du théâtre, la maternité et, dans une moindre mesure, les relations de couple.

L’auteure met en scène une actrice, « atteinte d’une maladie qu’on appelle le spectre théâtral ». Celle-ci affirme avoir passé sa vie à se départir « de [son] corps et à revêtir des costumes, à [se] fondre dans la poésie des gestes et des textes, à [se] jeter tout entière dans l’envoûtement sacré des muses ».

Elle fréquente Louis, un architecte, et désire avoir un enfant de lui. Ensemble, ils veulent fonder une famille. Or, ce choix l’incite à renoncer au monde du théâtre et à s’éloigner de son metteur en scène et ancien amant, Jean Morel, avec lequel elle aimait par-dessus tout discuter des arts de la scène.

Inspiré par cette femme forte et indépendante, le lecteur réfléchit aux aléas de la vie de couple et à ce que suscite l’arrivée d’un nouveau-né tant sur les plans personnel que professionnel. Il entre par ailleurs dans un univers où la création naît de partout. La mère considère même son ventre comme un manuscrit.

C’est donc à l’aube de la quarantaine que la maternité se manifeste, l’actrice donnant naissance à des jumelles : Violaine et Patricia.

Parsemé de réflexions sur la vie, l’amour et le théâtre, le roman de Côté possède son propre rythme, sa propre musique. Cela force le lecteur à apprécier chaque mot ou phrase dans un plaisir hypnotisant qui raconte la petite histoire du temps, parle du bonheur et du monde lui-même perçu comme un théâtre.

La vie est ainsi reconnue comme un lieu de création. Vivre, c’est créer, c’est croire que « nous ramassons notre présent pour mieux nous occuper des gestes à venir ». La scène, la page ou la vie, c’est pareil. Ce qui importe, c’est de tisser autour de son choix afin de vivre « une part d’éternité. Une échappée des dieux. »

Reine-Aimée Côté, L’échappée des dieux, Montréal, VLB, 2009.

Mai 2009

Poèmes de la vie de tous les jours

Par Jean-Sébastien Ménard

 
[dekalaz]

Le nouveau recueil de poèmes de Patrice Desbiens, [dekalaz], est paru récemment aux Éditions Prise de Parole. Il comprend plusieurs suites poétiques, dont « Jack Where’s Jack », dans lequel le poète revient sur la « première et dernière rencontre internationale Jack Kerouac ». Celle-ci a eu lieu à Québec en octobre 1987; plusieurs écrivains comme Denis Vanier, Lucien Francœur, Allen Ginsberg, Lawrence Ferlinghetti et Patrice Desbiens s’y sont rencontrés afin de discuter de Jack Kerouac, l’homme et son œuvre autant que de poésie. Il est intéressant de noter que le poème sur l’auteur de Lowell est une version légèrement modifiée d’un poème déjà paru dans Inédits de Vidé. L’auteur le propose en ouverture puis enchaîne avec Memento. Dans ce poème en trois parties, l’auteur explore brièvement sa mémoire, la comparant à « une maison ».

Il y a aussi [spisilez], une suite de courts poèmes traversés par la musique et la beauté de la vie de tous les jours, où il fait état de son existence en évoquant des souvenirs de sa vie à Québec et à Timmins, partageant ses notes personnelles avec le lecteur. Il raconte ainsi sa naissance et se souvient de certains épisodes de sa jeunesse. Il se souvient aussi des gens qui ont meublé son existence, dont sa tante Aline; son oncle Henri; son père Alfred; Raymond, l’Ukrainien Martien; et son frère Ronald. De plus, il parle de la lune de Sudbury, qui « se lève sur les/montagnes du Montana/ une neige calme/ fond sur l’Inde/ chaude de mon cœur/ Il n’y a pas de décalage./ Il faudrait que/ j’y retourne un jour/ pour voir si j’y suis. »

Autobiographiques, ces poèmes d’une beauté simple et percutante racontent une réalité dans laquelle la poésie se nourrit de tout. Ce poète-né, magicien des mots, possède le don de rendre poétique l’existence dans ses plus intimes détails. Ses souvenirs mis en poèmes se dégustent autour d’une bière ou d’un café. En les lisant, on savoure la vie jusqu’à la moelle.

Patrice Desbiens est un grand poète.

Patrice Desbiens, [dekalaz], Sudbury, Prise de Parole, 2009.

Mai 2009

Un amour épistolaire

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Lettres à l’Indigène

Joël Des Rosiers vient de publier aux éditions Triptyque un recueil de lettres d’amour réunies sous le titre Lettres à l’Indigène. Dans ces lettres, le poète s’adresse à une femme qui l’habite, semant en lui de petits signaux à partir desquels il vit : cette femme lui fait entre autres revoir la lumière d’un dimanche de splendeur à Paris.

Les lettres qu’il reçoit d’elle soulagent « son dénuement », l’accompagnent dans ses périples en France, en Haïti, au Canada. Et au fil des échanges épistolaires, il évoque son vécu. Il parle de lui, de son parcours en tant que fils de réfugiés politiques, arrivé enfant au Canada et pour qui les voyages ont « élargi [l’]inspiration et étoffé [le] travail ».

Au passage, il évoque par moments des détails anodins du quotidien, il parle de matchs de foot et du joueur vedette Zinadine Zidane. Il écrit aussi de très somptueux passages sur la danse, qui, selon lui, « augmente l’amour, l’extase insaisissable où nous tombons ». Il revient aussi sur son œuvre, sa poésie, son recueil Vétivier, ainsi que sur Caïques, et sa nouvelle Un autre soleil. Il confie à son amoureuse ses secrets littéraires où il a mis en scène une humanité livresque hantée par le monde végétal. Il parle de son travail de psychiatre et de ses influences littéraires comme Frantz Fanon, Saint-John Perse, Aimé Césaire, Édouard Glissant et Émile Olivier. Il raconte son séjour à Jérusalem à l’époque où il était étudiant. Il parle des mots « indispensables pour aimer », avec lesquels il dénude l’autre, enivré par la beauté des phrases qu’il reçoit de cet autre, à l’horizon de la vie et pour qui il écrit. À ce titre, pour lui, écrire, « ce n’est pas faire disparaître la cicatrice. C’est la poétiser, la transformer sous le sens des mots et le son des phrases. »

Dans une de ses lettres, Des Rosiers explique sa démarche. Il écrit : « À travers mes lettres, comme vous vous en êtes rendu compte, il n’y a pas d’ornement. Je cherche le mystère auprès de cette étrangère rencontrée au Marché de la poésie. Votre voix occupe tout l’écho de cette place. Elle résonne en moi, dans tous mes muscles. Elle a laissé des torsades dans mon cœur. Cette relation secrète, comme vous l’appelez, qui me relie à vous par toutes sortes d’arcanes, est la chose la plus belle qui me soit arrivée depuis longtemps. Je voudrais la voir s’épanouir comme cent fleurs. »

Pour le poète-psychiatre, « chacun doit affronter une grande histoire d’amour/ au cours de sa vie/ certains la redoutent/ d’autres la fuient/ d’autres encore l’attendent/ mais tous devront la vivre ». Lui, il choisit de vivre cet amour dans des lettres, avec des mots et de la poésie.

Joël Des Rosiers, Lettres à l’Indigène, Montréal, Triptyque, 2009.

Mai 2009

Recreaţii cu CMU

De Florin Oncescu

 
Recreaţii cu Babi

Craioveanul Cornel Mihai Ungureanu, alias CMU, este un scriitor grăbit. Debutat în presa culturală la 33 de ani şi editorial la 36, el simte că a venit târziu în viaţa literară şi că are de recuperat perioada de bâjbâieli dinainte. Nu (mai) bea alcool ori cafea, nu (mai) fumează. Când n-are de ales, îşi însoţeşte prietenii la berărie, dar le ţine companie cu o limonadă în faţă. Poartă în permanenţă asupra lui un carnet, în care, uneori, mâzgăleşte pe fugă cuvinte.

Are publicate patru cărţi de proză: “Treptele din faţa casei” (volum electonic, 2002), “Un fluture albastru” (2003), “Paşii şarpelui” (roman, 2003), “Noi, doi-trei la zece mii” (2005). Recent, a publicat un volum de publicistică (*).

CMU este un prozator cum sunt puţini alţii. O dovedeşte şi “Clavecinul bine temperat (scrisori pentru Cristina)”, proza cea mai pregnantă din volumul “Noi doi – trei la zece mii”, poate ajutată şi de lungimea ei, de peste o sută de pagini. Un text cu aparenţă de jurnal, în care naratorul, redactor la un ziar craiovean şi colaborator la Dilema, obsedat de devenirea lui ca scriitor (“Până şi umbra mea scrie!”), se identifică total cu autorul. Pe Cosaşu îl admiră necondiţionat, la Cărtărescu remarcă atât “paginile foarte bune”, cât şi “micile nereuşite”. El, naratorul, este un inadaptabil iubitor de cărţi, de muzică şi de filme, cu o fostă iubită şi cu una (încă) prezentă, cu un prieten devotat, “sparring partner” în probleme literare, dar care se pregăteşte să emigreze în Canada, cu o soră ale cărei replici înseninează, fără greş, pagina (privind ei împreună la televizor Luminile oraşului, “de câte ori Chaplin îşi ridica pălăria, Iulia zicea: Bună ziua!”). Printre notaţiile zilnice, forări restrospective în propria biografie, pe cât de condensate, pe atât de emoţionante. Copilăria în Oraşul de Câmpie, lăsat de părinţi, singurul din cei patru copii, în grija bunicii şi a sorei mamei, tanti Dida. Primul an de studenţie la Mecanică, unicul, terminat prin abandon (“nu simţeam nici o chemare”), pe când locuia cu mama şi cu sora la Oraş, “într-o casă avariată de un cutremur”.

O intrare de jurnal prevesteşte “căderea” autorului în jurnalism. “Ca o mânuşă îi vine tristeţii mele ţara asta a epidemiilor, a cutremurelor, a sărăciei, a interlopilor şi a serviciilor secrete, a diplomelor obţinute pe bani sau prestări de servicii, a bătrânilor oropsiţi care mor discret în sate izolate.” O alta anunţă regretul de mai târziu de a fi abandonat proza: “Incapacitatea mea de a fi indiferent mă costă scump.”

În gazetărie, CMU s-a întrupat într-un personaj sensibil diferit, unul cu un acut simţ civic, care se simte chemat, dacă nu să îndrepte lumea ticăloşită în mijlocul căreia trăieşte, măcar să le pună ticăloşilor (impostorilor, profitorilor...) o oglindă în faţă. Din fericire, prozatorul a rămas pe-aproape, împreună cu multe din personajele cărţilor lui: bunica, tanti Dida, Corina (totuna cu Iulia), tanti Sanda, Luigi, Babi... Scriind la ziar, CMU dovedeşte aceeaşi ureche pentru fraza memorabilă (unchiul Stelu, despre o pată de vin: “Asta se ia cu foarfeca”) ori cuvântul memorabil (tanti Dida - ori Sanda? - întreabă, despre câinele bătrân şi bolnav: “A dat colţul?”, Babi răspunde: “Pregetă”). Rubrica lui săptămânală de “opinii” de la ziarul oltean Gazeta de Sud, întinsă pe mai mult de un an, a fost un mic fenomen mediatic. Pe site-ul de Internet al ziarului, fiecare articol era comentat şi aproape unanim lăudat de un grup numeros de cititori.

“Recreaţii cu Babi” strânge toate aceste articole din Gazeta de Sud, împreună cu altele, apărute în Suplimentul de Cultură, ediţia de Oltenia. Cartea este un delectabil vademecum al frământărilor unei societăţi în plină transformare, scris de mâna sigură a unui prozator talentat.

 

(*) Cornel Mihai Ungureanu, “Recreaţii cu Babi”, Ed. Brumar, Timişoara, 2008.

Nouveautés éditoriales

Mai 2009

Michèle Rechtman Smolkin

C’est encore loin, le bonheur ?

C’est encore loin, le bonheur ?

- Tu inventes! me crie Ludo qui ne supporte pas que mes souvenirs soient différents des siens. Bien sûr que j’invente. J’inventais aussi à l’époque, d’après les photos, d’après les bribes de conversation entendues chez mes tantes, d’après les livres que je lisais la nuit, sous ma couverture. Bien sûr que j’inventais, puisque je ne me souvenais de rien depuis ce jour où mon père était venu me chercher sur la terrasse aux tommettes rouges d’Amezrou et qu’il m’avait présenté ma nouvelle maman. Bien sûr que j’inventais, il le fallait bien puisque personne ne parlait.

À Vancouver, pendant une nuit passée à l’hôpital, au chevet de son fils atteint d’une mystérieuse maladie, la narratrice se souvient de son enfance et de son adolescence à Paris. Son récit débute « l’année du grand malheur », celle de la mort de sa mère.

Elle avait cinq ans, et aucun adulte n’a alors répondu à sa lancinante question :
«Quand est-ce qu’elle reviendra? » Aucun ne lui a dit qu’elle était morte. Ni sa tante Ranya, qui pourtant parle sans arrêt, ni son père, qui ne fera plus que de la figuration dans sa famille, ni la marâtre qu’il épouse peu de temps après, ni aucun membre de sa très nombreuse famille. « Chez nous, la mort était un secret inavouable », affirme-t-elle.

Tout en racontant sa vie, à Paris durant l’année scolaire et au Maroc, l’été, la narratrice tente de démêler les fils enchevêtrés d’une identité qui chevauche la Méditerranée puisque son père est un Juif polonais et sa mère, une Marocaine qui ont tous deux choisi de vivre à Paris. C’est sans parler de sa grand-mère algérienne, de son grand-père tunisien, de son oncle émigré aux États-Unis et de sa tante russe.

Ses souvenirs sentent tantôt le chou et l’eau de Javel de la marâtre hongroise, obsédée par la propreté, tantôt la coriandre et le cumin de sa mère à la sensualité méditerranéenne. Parsemés de mots yiddish et arabes, ils alternent entre le Jardin des Plantes de Paris et les palmeraies du Maroc, entre les rues de Paris et celles de Casablanca.

L’auteure

Après avoir fait des études d’architecture, Michèle Rechtman Smolkin devient tour à tour, et parfois simultanément, traductrice, narratrice, journaliste culturelle pour la radio et la presse écrite, animatrice radio, puis réalisatrice de documentaires radio et télé à Radio-Canada. Elle a écrit une dramatique et des contes radiophoniques, des poèmes, des nouvelles et des documentaires. Elle vit à Vancouver depuis 1983.

Mai 2009

Rose Després

Si longtemps déjà

Si longtemps déjà

Les Éditions Prise de parole annoncent la parution de Si longtemps déjà, le cinquième recueil de poésie de Rose Després, sa première publication aux éditions Prise de parole.

Si longtemps déjà est un recueil qui semble vibrer dans vos mains tant la voix y est authentique et assumée. La fougue dénonciatrice de la jeunesse et la sagacité de la maturité s’épousent intimement en un alliage luisant et retentissant. Comme un tocsin, l’oeuvre bat des coups de conscience qui font résonner la lucidité désespérée comme des affronts aux oppressions flagrantes, aux aliénations sournoises, aux compromissions inéluctablement consenties.

J’ambitionne
vire démone pour troubler l’oubli
qui n’arrive jamais à régler l’addition
s’égare comme d’habitude
quand vient le temps de payer la rançon

Avis aux lecteurs qui ne la connaissent pas encore : cette Rose Després a des épines.

Qui transpercent sans pitié les complaisances. Qui en soutirent goutte à goutte la dignité de l’espérance.

L’auteur
En 2001, ROSE DESPRÉS a remporté le prix Antonine-Maillet-Acadie Vie pour son recueil, La vie prodigieuse. La parution attendue de Si longtemps déjà prolonge une oeuvre qui approfondit toujours sa saisie de la puissance salvatrice de la poésie. Rose Després a été directrice de la nouvelle revue acadienne de création littéraire,

Ancrages jusqu’à 2007. Elle est aussi comédienne, musicienne, interprète, compositrice et enseignante. À ces titres divers, elle est active depuis trente ans dans le réseau littéraire, artistique et culturel de l’Acadie aux niveaux régional, national et international. Invitée à de nombreux colloques, festivals littéraires, échanges internationaux et organismes de représentation et de développement culturels, Rose Després continue de faire des contributions remarquées.

Mai 2009

Dan Gardner

Risque — La science et les politiques de la peur

Risque

QUELLES SONT NOS RAISONS D’AVOIR PEUR ? VOUS N’AVEZ RIEN D’AUTRE À CRAINDRE QUE LA PEUR ELLE-MÊME !

Nous sommes certainement, de nos jours, les êtres humains les plus en sécurité de toute l’Histoire. Et pourtant, nous n’avons jamais autant paniqué !

Il n’y a jamais eu autant de réactions irrationnelles que depuis les attentats du 11 septembre 2001. Dans l’année qui a suivi, 1 595 personnes sont mortes dans des accidents de la route après avoir choisi de prendre leur automobile plutôt que l’avion, par peur des attentats. Nous sommes terrorisés par l’idée du terrorisme ; nous n’entrons plus dans un aéroport sans y penser.

Propagée par Internet, les téléphones cellulaires et la diffusion massive instantanée, la paranoïa nous gagne : contamination chimique, salmonelle, bombes personnelles, pédophilie, horreur de Columbine, du Collège Dawson… Nous avons peur de laisser notre enfant seul. La peur nous ronge, constamment.

Dans un essai percutant, le journaliste Dan Gardner se penche sur ce phénomène de la peur ambiante grandissante et présente une série de découvertes et d’études sur le comportement humain. S’appuyant sur les analyses de psychologues chevronnés, d’économistes et de scientifiques, il révèle à quel point nos jugements sont profondément influencés par les politiciens, hommes d’affaires, journalistes et médias, et biaisés par le combat que se livrent notre rationalité et notre instinct. Rien ne nous surprend plus dans ce déluge d’informations en continu, à bon marché et disponibles d’un simple clic de souris… Or la peur fait vendre ; les scientifiques le prouvent. Et l’obsession du risque et de la sécurité des pays occidentaux fait commettre des erreurs de jugement monstrueuses.

Dans cet essai qui a été un best-seller au Canada anglais en 2008, Dan Gardner nous expose comment la « boîte noire » de notre cerveau fonctionne et réagit, et il nous enjoint à ne pas presser le bouton « panique » trop vite !

Dan Gardner est chroniqueur et journaliste au Ottawa Citizen depuis 1997. Il est récipiendaire de nombreux prix, dont le prestigieux National Newspaper Award et l’Amnesty International’s Media Award. Titulaire d’une formation en droit et d’une maîtrise en histoire, il a auparavant agi à titre de conseiller dans les dossiers criminels et judiciaires auprès du premier ministre du Canada ainsi que du ministre de l’Éducation.
Mai 2009

Michelle Moran

Néfertari

Néfertari

Après Néfertiti, Michelle Moran nous replonge au coeur de l’univers fascinant de l’Égypte antique en nous racontant l’incroyable destin de Néfertari, une orpheline devenue l’épouse du plus puissant des pharaons, Ramsès le Grand.

Au déclin de la XVIIIe dynastie égyptienne, la ville de Thèbes est secouée par de grands changements. Un incendie foudroyant a emporté toute la famille royale, à l’exception de la petite Néfertari, nièce de Néfertiti. Descendante de l’ancienne famille régnante qualifiée d’hérétique par la nouvelle dynastie, Néfertari devient paria, mais la tante du pharaon décide de la prendre sous son aile et lui offre une éducation digne d’une princesse.

Ensorcelé par le charme irrésistible de Néfertari, le futur Ramsès II décide de l’épouser malgré l’opposition du peuple d’Égypte. Dotée d’une intelligence politique exceptionnelle et d’une détermination farouche, la jeune Néfertari parvient à s’élever au-dessus des intrigues de cour et à s’imposer comme la reine de l’Égypte. Elle entrera dans l’histoire en devenant la meilleure alliée de Ramsès II, l’aidant à surmonter les épreuves d’un règne tumultueux.

Le nouveau roman de Michelle Moran nous entraîne au coeur du monde antique, dans un savant dosage d’histoire et d’aventures qui ravira tant les amateurs d’égyptologie que les lecteurs avides de découvrir un grand destin.

L’AUTEURE

Michelle Moran a étudié la littérature anglaise avant de se tourner vers l’écriture. Néfertiti, son premier roman, a été un best-seller traduit dans une quinzaine de langues.

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