Si vous avez vu le film de Wim Wenders, Until the End of the World, vous allez facilement accepter la théorie de Nicolas Dickner que nous vivons dans un monde obsédé par l’Apocalypse. Entre deux marelles, dès leur jeune âge, les enfants discutent bunker, radiation et plutonium. Chaque nation se bat pour voler la vedette apocalyptique : chaque grande ville du monde a l’orgueil de devenir le début de la fin : New York, Tokyo et, pourquoi pas, Rivière-du-Loup. Si tout Japonais est convaincu que l’Apocalypse doit commencer sur le sol japonais, voilà qu’avec son nouveau roman, Tarmac, Dickner place l’épicentre de cette dystopie sur le bord paisible du Saint-Laurent.
Les deux Randall, Ann et Hope, survivantes d’une famille qui porte inscrit dans leur ADN la fin du monde, s’installent dans la Belle Province après une fuite nocturne de leur Yarmouth natif. Coup de pouce du destin, qui décide que leur vieille Lada décède à proximité de la ville, les deux prophétesses de banlieue acceptent que Rivière-du-Loup est une ville convenable pour attendre la fin du monde. Deux jours plus tard, la fantaisie débridée de Hope colle à la pensée solide de Michel Bauermann, héritier d’une famille qui travaille depuis des générations dans le béton. Installés dans le sous-sol familial des Bauermann, le bunker des banlieusards, les deux jeunes partagent l’obsession des bombes et des catastrophes télévisées. À travers le cartésianisme de Michel et les rêves apocalyptiques de Hope, l’univers connu n’est qu’une arche de Noé échouée à Rivière-du-Loup. Pour y survivre, on n’a qu’à déchiffrer le mystère de cette animalerie habitable dans les données fatidiques inscrites dans les publicités d’autos ou sur la date de péremption d’un paquet de nouilles.
On peut reprocher au livre un encyclopédisme excessif par endroit. Tarmac reste toutefois un bel exploit, une lecture qui amuse et étonne à la fois. Les agences de voyages devraient l’inclure parmi les lectures de ceux qui passent leur existence de tarmac en tarmac, dont la vie s’est adaptée aux affres du jet lag et de la nourriture en sachets, emballage qui pourrait indiquer à tout moment l’arrivée de la prochaine apocalypse.





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