Depuis 2001 • No 57 • Montréal • 15.05.2009
Mai 2009

Je ne suis pas bouddhiste

Felicia Mihali

Un récent sondage mené par Angus Reid Strategies sur la tolérance religieuse des Canadiens révèle que notre multiculturalisme a beau être écrit noir sur blanc, en pratique, il y a encore un long chemin à faire avant d’arriver à ce havre d’égalité promis par la Charte des droits et des libertés. Ainsi, 28 % des Canadiens voient l’Islam d’un mauvais œil, alors que pour les Sikhs le pourcentage monte à 30 %. Par contre, l’Hindouisme jouit d’une acceptation de 41 % et le Bouddhisme de 57 %. Du point de vue de l’incitation à la violence, les coreligionnaires qui produisent le plus d’inquiétude sont les Musulmans avec 45 % et les Sikhs avec 26 %. Le pourcentage varie à travers le territoire canadien : les Québécois pensent en proportion de 57 % qu’il faut craindre l’Islam, alors qu’en Colombie-Britannique, où le souvenir de l’attentat d’Air India en 1985 est encore présent, 30 % de la population soupçonne la communauté sikhe de penchants terroristes. Il semble que dans la communauté canadienne blanche at large, l’attitude des gens est comme suit : si vous acceptez que votre fille fasse des achats chez Adonis, qu’elle mange un sandwich au Smoked Meat chez Schwartz, et qu’elle fasse réparer son auto dans un garage tenu par un Sikh, vous seriez moins enchanté si elle vous présentait comme futur gendre un des propriétaires de ces boutiques.

La seule religion qui échappe à ces doutes, bénéficiant d’une attitude positive partout au pays, est le Bouddhisme. Dans le sondage mentionné, le nombre de ceux qui pensent que le bouddhisme incite à la violence est le plus bas, 4 %. Cela est causé par l’évidence qu’il n’y a pas eu beaucoup de guerres provoquées par cette religion. La sympathie absolue pour ce groupe religieux date sans doute des années soixante, l’époque où les Beatles se sont réfugiés dans un ashram pour trouver la paix à travers la méditation. Les adhérents les plus convaincus furent George Harrison et John Lennon, alors que Ringo a déserté sur le champ les lieux, car la nourriture lui répugnait. Depuis, on ne cesse d’associer cette religion aux longues robes blanches, à une cohorte de beau monde indien vous accompagnant sous les yeux de la caméra, vous offrant des colliers de fleurs en même temps que les secrets de la longévité, de la tranquillité d’esprit, de l’apaisement. Les pieds croisés, les yeux fermés, marmonnant Ahouuuuum! devant votre hutte proprement balayée et des bâtons d’encens brulant jour et nuit, vous glissez votre regard directement dans le Samsara, le dernier cycle de la réincarnation, le seuil avant d’atteindre l’éternel empire du Nirvana. Se fiant à cette magie orientale, Leonard Cohen fit lui aussi cette expérience : pendant ce temps, son comptable a ruiné son plan de retraite, obligeant le célèbre barde à revenir sur scène à un âge où il aurait dû se dédier à la médiation.

Dans cette bouddhistophilie généralisée à travers l’Occident par l’intermédiaire des gurus blancs, il est devenu dangereux de montrer ta méfiance envers une religion si pacifique. Dire que tu n’es pas un sympathisant du panthéon bouddhiste, que tu n’as pas au moins un petit Bouddha sur le rayon de ta bibliothèque, que tu n’es pas végétarien, que tu ne médites pas au moins deux heures par jour enfermé dans la salle de bain, est devenue une preuve évidente d’intolérance.

Malgré la tendance généralisée dans ce grand pays de toujours éviter de dire ce que tu penses pour de bon, j’affirme haut et fort : je ne suis pas bouddhiste. Les murs de ma maison sont remplis des vestiges de ma propre culture chrétienne orthodoxe, des tapis, des assiettes en céramique, des icônes sur verre et sur bois. Ma propre religion, que je pratique plutôt comme un rituel social que par conviction religieuse, m’a réconciliée avec la foi de mes ancêtres et avec mon manque de foi contemporain. Je ne suis pas végétarienne, sans aimer la viande outre mesure. Je n’en  mange que deux fois par semaine, surtout à cause des choses insanes qui se trouvent dedans, hormones et antibiotiques. Si mauvaise qu’elle soit, la viande nous prodigue cette protéine magique inscrite dans notre génétique que nul régime végétarien ne peut remplacer, sinon de manger chaque repas muni d’une balance pour peser les denrées qui pourraient la composer. La viande, comme le pain, fait partie de notre génétique : si tes grands-parents n’ont pas été végétariens, il y a certains risques pour que tu le deviennes du jour au lendemain. Lorsque notre anatomie est en manque de la protéine prodiguée par la viande, et uniquement par elle, elle va la chercher dans nos muscles. Et lorsque les réserves sont finies, elle s’en va au cerveau, or les réserves du cerveau ne sont pas renouvelables, car après la période de croissance, notre matière grise se nourrit uniquement de sucre. Pour les anciens carnivores reconvertis au végétarisme pour des raisons éthiques, je n’ai pas d’arguments. J’imagine qu’ils vivent dans des chambres étanches où aucun bruit de la société extérieure, fondée sur le gaspillage, les crimes, le mensonge publicitaire et le pillage, ne les atteignent.

La méditation? Y a-t-il une autre civilisation qui se base autant que l’Ouest sur le travail de la conscience, sur l’introspection individuelle, le plus difficile à atteindre et à perfectionner? La philosophie, l’analyse, la réflexion, la lecture, la relecture, la re relecture des concepts fondamentaux de la pensée humaine furent-elles aussi longuement exploitées ailleurs que dans la civilisation judéo-chrétienne? Il n’y a rien que l’Orient puisse te donner si l’Occident a fait faillite à te l’offrir, aucune perte et aucune plaie que le Bouddhisme puisse guérir si ta propre religion ne le fait pas. L’Occident est basé sur une pensée individualiste, disons égoïste, développée dans des chambres à part, où l’individu s’éloigne de sa communauté. Nous sommes bâtis sur l’idée de dépassement, de progrès incessant, de compétition constante et agressive. La première place ou rien. Renoncer signifie pour un Occidental faillite : céder, faiblesse; inactivité, paresse. Au premier niveau, notre société nie tout ce qui est à la base du bouddhisme. Comment réconcilier notre rythme de vie effréné avec des concepts qui prônent le sacrifice d’abord?

Depuis trente ans, l’Occident se fait une gloire de s’informer, toujours des tierces sources, sur le Bouddhisme. Vous voyez une cohorte de gens qui se fie à quelques acolytes en pantalons bouffants, assis sur des coussins, des colliers multicolores aux cous. Ces nouveaux gurus n’ont pourtant aucun Asiatique parmi leurs connaissances. Ils aiment le Bouddhisme sans connaître de véritables bouddhistes. Bref, ils rêvent d’un Orient dépeuplé des Orientaux. Ils ne connaissent ni la langue ni les textes sacrés. Les gurus Occidentaux évitent de justesse l’approche des Orientaux pour éviter le ridicule, car le pire des pratiquants Chinois ou Indiens en sait plus sur la religion de ses ancêtres que le plus érudit de ces sages de banlieue. C’est comme si un Chrétien pratiquait sa religion à travers les dires du Coran.

En réalité, la vie d’un Indien ou d’un Chinois pratiquant les répugnerait carrément; vivre dans une chambre avec parents, grands-parents et la chèvre : manger un seul repas pas jour (végétarien, car la viande est inaccessible), prendre un bain hebdomadaire. L’Orient prône la modestie, le silence. Le bouddhisme des nouveaux adeptes ne vaut rien s’il n’est pas médiatisé, commercialisé et louangé. Quand vous faites un voyage en Inde ou en Chine tout le monde doit savoir que vous y êtes allés pour vous ressourcer : la paix, le retirement, la méditation, tout le fatras. Si les gens se moquent de votre allure de sainte nitouche orientale, c’est qu’ils sont damnés, maudits et surtout stupides.

Qu’en est-il de l’Islam, ou des Sikhs qui n’ont rien à voir avec l’attentat de 1985? Et qu’en est-il du Judaïsme, beaucoup plus enraciné dans la culture canadienne que toute autre religion? Dans le même sondage, sur le niveau des connaissances concernant d’autres religions,  seuls 12 % des Canadiens clament une certaine connaissance de la religion Sikh, 40 % du Judaïsme, alors qu’un pourcentage de 32 % se dit informés sur le Bouddhisme, quoique les Bouddhistes ne représentent que 1 % de la population canadienne.

Ce message semble-t-il intolérant, lorsque les moines du Tibet luttent pour la liberté de leur peuple, lorsque le Dalaï-lama se voit refuser l’entrée dans certains pays pour ne pas fâcher la Chine et l’Occident? Ma réflexion ne concerne pas le Bouddhisme universel, mais celui pratiqué par certains Blancs. Cela concerne surtout le multiculturalisme et la tolérance religieuse des Canadiens. Et ceux qui prennent à rebours mes paroles ne sont pas de vrais Bouddhistes.

PS - L’année où j’ai décidé de faire un long voyage en Orient, je me suis inscrite dans un programme d’études chinoises. Le voyage n’a  pas eu lieu, les études sont restées. J’ai passé cinq ans de ma vie à apprendre des hiéroglyphes, la magique écriture qui vous ouvre la porte de cette magnifique culture, où chaque mot représente un concept philosophique. J’ai lu les Analectes de Confucius et Dao De Jing, la bible taoïste, en version originale. Par ailleurs, un de mes professeurs, le sinologue Luca Dinu, a entreprit une brillante nouvelle traduction de ce livre qui se refuse l’interprétation une fois pour tout. J’ai lu les classiques chinois dans le texte, ce qui révèle un tout autre visage de la pensée orientale que les traductions faites à travers d’autres langues. Pendant quatre années, j’ai pratiqué Shotokan Fudokan, un art japonais basé sur l’autodéfense, et j’y ai obtenu la ceinture bleue. Pendant mes études chinoises, j’ai fait aussi du Tai Ji Juan avec notre professeur chinois, Dong Yuan, grand maitre dans cet art. Sa femme, Li Li Ming, nous invitait régulièrement pour nous préparer des plats chinois, nous réciter des poèmes et jouer du pipa. J’ai vécu en Chine un an, j’ai passé mes jours dans la compagnie amicale des Chinois et j’ai mangé ce qu’ils mangeaient régulièrement. Sur les aléas de cette cohabitation j’ai écrit un livre, Sweet, sweet China. Je bois encore le matin de l’eau bouillante, et je fais chaque soir les exercices de réchauffement enseignés dans le dogio par le grand maitre en arts martiaux, Dan Stuparu. Le résultat est que ce savoir oriental m’a rendue encore plus attachée à la société occidentale, et plus admirative encore des valeurs de l’individualisme et du libéralisme, malgré ses aberrations et ses excès.

Mai 2009

Michael Ignatieff - un immigrant qui veut devenir Premier Ministre du Canada

Felicia Mihali

Le lendemain de la chute du communisme en Roumanie toute une pléiade d’intellectuels roumains réfugiés à l’Ouest a commencé à retourner au pays. Certains, les plus vieux, surtout les leaders des partis politiques ou les membres de l’ancienne aristocratie, avaient fui le régime communiste de type stalinien après la Deuxième Guerre mondiale. D’autres, plus jeunes, avaient fui le communisme de type maoïste instauré par Ceausescu dans les années quatre-vingt, suite à sa visite en 1973 chez le grand camarade chinois. Après des années d’exil, une partie de la diaspora retourna au pays, certains pour aider, d’autres pour conseiller, d’autres pour s’enrichir. Quelles que fussent leurs raisons, l’accueil de la société roumaine fut plutôt glacial. On leur imputait d’avoir passé leur vie ailleurs, au chaud, et pire que tout, le fait qu’ils ne se soient pas bourrés de salami de soja, mangé par la bonne classe ouvrière roumaine. On craignait le cosmopolitisme de cette classe occidentalisée, ses maigres connaissances concernant les réalités et les besoins du menu peuple et, surtout, ses bonnes intentions à son égard. À cause de cette attitude, à l’extérieur des frontières on traitait les Roumains de pauvres connards, un petit peuple au grand orgueil. 

Comment expliquer qu’on assiste au même scénario au Canada, pays reconnu pour la largesse de ses croyances, son ouverture d’esprit, et le retenu de ses discours politiques? Comment traiter ce pays qui fait l’envie de beaucoup de peuple borné, craignant ses célébrités et redoutant ceux qui réussissent à l’extérieur? Ce qui alimente les doutes est le cas de Michael Ignatieff, le nouveau chef du Parti Libéral du Canada. Entré en politique il y a plus de deux ans, après une longue absence du pays, et des déclarations concernant ses racines qui sont nulle part et partout, il aspire à présent au poste de Premier ministre du pays. Mais combien de Premier ministre avec un nom russe avez-vous vu par ici? De toute façon, les gens sont encore partagés : de quoi le Canada a-t-il le plus besoin, d’un économiste habile ou d’un intellectuel chevronné? Aux prochaines élections, quel est le spectre qui menace la candidature du descendant des comtes russes? Le fait qu’après avoir passé la moitié de sa vie à l’extérieur du pays il ne connaît pas les valeurs canadiennes.   

Issu d’un père et d’un grand-père diplomates, ayant servi comme ministres du Tzar, du côté maternel, Michael Ignatieff est descendant d’une célèbre famille canadienne, les Grant. En 1872, l’arrière-grand-père de Michael, George Monro Grant a tracé la carte du futur Canadian Pacific Railway, la voie ferrée transcanadienne considérée comme le lien de la nation canadienne, unie pour la première fois from coast to coast. Lawson Grant (1872-1935), le fils aîné de George Monro, a été le directeur d’une des plus prestigieuses écoles privées : Upper Canada College. Son oncle, George Parkin Grant (1981-1988) fut le célèbre philosophe et l’auteur du Lament for a Nation. Michael Ignatieff lui-même fut coté, il y a quelques années, dans un sondage effectué par le Foreign Policy et Prospect, comme le 37e « public intellectuel » dans le monde. Écrivain reconnu, célèbre professeur, penseur, conférencier, journaliste, Michael Ignatieff a tout ce qu’il faut pour vous nourrir les pires complexes. Je me rappelle d’un article écrit le lendemain de son arrivée au pays : « Are you good enough for Ignatieff? ». À l’époque, on n’avait pas encore compris l’ampleur de ses ambitions. On avait pensé qu’il s’ennuierait vite du froid et de la politique canadienne et qu’il retournerait là où personne ne se moquerait de ses sourcils et où il ne devrait pas s’habiller d’un T-shirt des Canadiens, l’équipe de hockey. Maintenant, les choses ont un peu changé. Qu’est-ce qu’on lui impute dernièrement? Le fait que son livre paru il y a deux mois, True Patriot Love, n’a que 177 pages et qu’il ait mis sept ans à son écriture (quel serait donc le délai qui garantirait un bon livre?). Autrement, on se demande dans quel but le mot Grant y est mentionné 66 fois alors que Ignatieff ne figure que 4 fois?  

Après avoir passé la moitié de sa vie dans un autre pays, un individu peut-il encore devenir un bon Canadien? Le cas Ignatieff qui veut devenir Premier Ministre parle de ce que les vrais Canadiens pensent. Mais regardez les statistiques : 60% des Canadiens ne pourraient jamais passer un test de citoyenneté, car ils ne savent pas répondre à de simples questions concernant l’histoire, la géographie et la politique de leur propre pays. Lorsque les mêmes questions sont soumises aux immigrants, seulement 30 % échouent. Si le Ministère de l’Immigration se préoccupe d’améliorer le niveau de connaissances des nouveaux immigrants concernant les valeurs canadiennes, il semble que ce genre d’informations fasse défaut justement à un bon nombre de citoyens nés ici.  
 

Hei! Wait a minute! Moi aussi j’ai passé la moitié de ma vie à l’extérieur du Canada. A cause de mon nom, avez une résonnance vaguement hongroise, vaguement grecque, on doute de ma capacité d’être une bonne canadienne? Heureusement, je n’ai pas de si célèbres ancêtres et je ne veux pas devenir Premier Ministre.  

 

Mai 2009

Emil Belu - mon ami, le lecteur

par Felicia Mihali

J’ai connu Emil Belu le lendemain de mon arrivée à Montréal. Un ami commun m’a conduite dans son appartement de Côte-des-Neiges, là où il vivait avec sa femme Jenica. Un mariage heureux, un esprit bonhomme et l’amour des livres : voilà ce qui le rendait à mes yeux un être extrêmement enviable. Emil passait les durs hivers canadiens à la bibliothèque du quartier lisant les grands philosophes et essayant à sa manière, moitié érudite moitié blagueuse, de définir les grands mystères de la pensée humaine : pourquoi le blocage créateur, pourquoi la culture est-elle ou n’est-elle pas nécessaire à la création, qu’est-ce qui fait un écrivain? Devant un repas copieux concocté par sa femme, autour d’une soupe aigre accompagnée de piment fort et de whisky, Emil nous faisait rire aux larmes avec ses blagues sur les immigrants, et la minute d’après il nous laissait pantois avec une énigme ontologique. Avec lui, rien de plus naturel que de passer de Heidegger, Cioran, et Einstein à la question pourquoi les Roumains arrivent dans un conteneur. Et la réponse avait de quoi nous faire esclaffer : La peur de l’avion, mon cher.

Ses récents essais, rassemblés en un volume sous la pression d’un ami écrivain et publié en roumain sous le titre Vamile albastre (Les horizons bleus), me rappelle avec nostalgie le souvenir de nos rencontres lors de mes premiers mois à Montréal. Emil me consolait un peu de mon dépaysement et m’aidait à retrouver confiance dans mon avenir d’écrivain. Dans ce paysage de désolation absolue, alors que je rejetais tout ce que j’avais fait auparavant, Emil était une présence rassurante : si on n’aime plus nos livres ou nos idées, il nous reste toujours ceux des autres. Ses petits essais, de deux ou trois pages, sont des réflexions poussées en marge des livres et des pensées engendrées par les grands penseurs de l’humanité. Son existence paisible menée dans un quartier d’immigrants me prouvait que la passion de la lecture confère toujours à un individu dignité et bonheur. Emil m’a offert alors deux bouquins essentiels pour moi. Le premier, à l’occasion de mon entrée à l’Université de Montréal, La Galaxie Gutenberg, de Marshall McLuhan. L’autre c’était pour mon 33e anniversaire, Alexandre le Grand, de Roger Carantini, livre qui m’a aidée à continuer un projet que je voulais abandonner et qui est devenu par la suite La reine et le soldat, publié cinq ans plus tard.

Je relis avec plaisir, dans ma langue maternelle, les pensées d’Emil, qui sont loin de l’ossification des ceux qui les ont nourris. Ses idées portent la marque de son être optimiste, malgré le pessimisme qui traverse parfois, comme une ombre, ses réflexions. Je n’ai jamais avoué à Emil que je n’étais pas une grande lectrice de philosophie et, si à l’époque j’avais honte de reconnaître mes pauvres lectures dans le domaine, depuis j’ai commencé à accepter mes faiblesses. Même Cioran, qui est un de ses idoles, ne trouvait grâce à mes yeux. Je n’acceptais pas son pessimisme de parade et surtout son rejet de sa langue maternelle. Avec sa générosité, Emil passait sous silence la trahison de Cioran et son refus de parler le roumain même dans son cercle d’amis roumains. Emil accusait la France pour cette politique de négation de l’identité primaire et non pas le philosophe. Et cela caractérisait l’attitude d’Emil envers tous les grands penseurs : ils n’ont jamais de faiblesses, mais uniquement la vertu de nous avoir laissé de grandes idées.

Tout ce que je désire à l’avenir ce sont des lecteurs comme Emil Belu: des lecteurs pleins d’humanité, d’humour, d’idéalisme, de sagesse et prêts à tout moment à vous offrir leur amitié.  

Mai 2009

L’imprévisible triomphe

Le volume d’essais de Mircea Gheorghe - une porte d’entrée des auteurs québécois en Roumanie

Felicia Mihali

Pendant une brève période de temps, Mircea Gheorghe a été collaborateur pour le magazine Terra Nova, ce qui allait de pair avec ses autres activités journalistiques. Toutefois, outre ces activités temporaires, sa grande passion et vocation est restée la lecture et la critique de livres, qu’il fait avec un rare professionnalisme. Ce printemps, une maison d’édition de Roumanie, Institutul european, a compilé en volume ses essais littéraires sous le titre Imprevizibilul triumf, (l’Imprévisible triomphe). Comme l’auteur l’a remarqué lors du lancement au Centre culturel roumain Constantin Brancusi de Montréal, ce livre est aussi un livre d’idées pas uniquement un recueil d’analyses littéraires. 

Dans le petit mot d’introduction réalisé par l’auteur, ainsi que dans l’article signé, en roumain, par l’écrivain Florin Oncescu  pour le magazine Terra Nova du mois d’avril, j’ai constaté qu’ils essayaient tous les deux d’établir un dénominateur commun entre les chroniques réunies ici. Il n’est pas facile, évidemment, de faire côtoyer dans un même livre des auteurs français, québécois et roumains, appartenant à des époques et courants littéraires différents, de parler en même temps de Milan Kundera, Nina Berberova, Andrei Makine, de Gil Courtemanche, Yann Martel, Jacques Godbout, ainsi que de Monica Lovinescu  ou Andrei Pleşu.  En ce qui me concerne, je dirais que ce qui unit les articles signés par Mircea Gheorghe est la valeur incontestable, ou en train d’être établie, des auteurs et des livres soumis à l’analyse. De ce point de vue, Imprevizibilul trium a le rôle d’une histoire littéraire, cet espace privilégié consenti par l’académie où se place tout ce qui reste d’une culture et qui s’inscrit, en même temps, dans le patrimoine de la culture universelle. Le genre de critique pratiquée par Mircea n’est pas nécessairement ce qui fait vendre un livre, mais plutôt qui impose un livre, chronique à laquelle  aspire tout auteur. C’est le genre de chronique presque exhaustive qui touche tous les points vitaux d’une œuvre. Évidemment, des études approfondies peuvent trouver d’autres points de référence  dans une œuvre, mais le mérite de Mircea Gheorghe est d’en révéler l’essentiel.

Nous vivons à une époque où la publication des livres connait une frénésie et un rythme inégalables, ce qui est tout à fait prévisible dans ce siècle de la globalisation économique et de la démocratisation de la culture, ce qui aussi a le don d’effrayer tant les auteurs que les éditeurs et les libraires. Tout le monde essaie d’être à jour avec tout, de lire des auteurs à la mode, de savoir quel courant littéraire tire à sa fin et lequel est en train de naître. La critique journalistique essaie de faire un travail honnête afin de signaler les nouvelles parutions, mais elle se réduit parfois à la valeur commerciale du produit. Tant de fois, vous lisez à la fin de la chronique une note qui vous conseille d’acheter le livre ou, du moins, de le mettre en réserve à la bibliothèque. Maintes fois, une telle lecture faite par des chroniqueurs plus ou moins avisés pour les rubriques de culture des quotidiens de grand tirage risque de brouiller les pistes, de consacrer des auteurs qui deviendront mineurs dans un court laps de temps.

La chronique de livre pratiquée par Mircea s’oppose à de tels jugements précipités, soumis à la fluctuation des modes et des tendances. Je pense que n’importe quel auteur désire secrètement tomber dans les mains expertes d’un tel critique. Finalement, même si la chronique n’est pas entièrement positive, le fait d’avoir été sélectionné pour analyse est déjà un grand privilège.

Je voulais aussi faire remarquer que le livre de Mircea Gheorghe, publié en Roumanie, représente aussi une porte d’entrée pour un grand nombre d’auteurs québécois qui auraient dû être traduits en roumain depuis longtemps.

Mai 2009

En harmonie avec l’espace intérieur

Maria Petrescu

Le chercheur en lettres est destiné à lire les œuvres théoriques dont il se sert dans ses études. Cependant, le livre de Maria Zambrano , quoique annoncé par un titre technique, peut être lu dans les moments de plus profonde détresse, ces instants où l’on a besoin de trouver un esprit compréhensible, qui nous éclaircisse sans nous humilier, dépourvu d’ostentation.

Est-ce le vécu même de l’auteur qui a rendu son œuvre si sensible, si proche de l’esprit qui nous hante encore, même s’il appartient au 20e siècle ? Zambrano nous fait comprendre encore une fois que notre malheur ne date pas uniquement du dernier siècle, même pas de l’époque de la Renaissance, comme l’aurait dit Nicolas Berdiaeff , mais depuis plus longtemps. Les preuves en sont la plainte et les effrois de Job et le cauchemar de tous les descendants (généalogiques ou non) de Caïn, obsédés par la question que Dieu pose au meurtrier : « où est ton frère » ? Comme la philosophie a mal agi dans ce problème, elle n’a pas pu offrir une issue à la souffrance. Il fallait donc la trouver par un autre moyen.

Plusieurs sites d’internet offrent des informations sur la vie et l’ouvre de Maria Zambrano (1904-1994), surtout en espagnol, notamment le site de Vélez-Málaga , la ville du sud de l’Espagne, où elle naquit. Après l’arrivée de Franco au pouvoir, elle s’exile pour environ cinquante ans en France, à Cuba, au Mexique, au Porto Rico et à Rome. Etudiante d’Ortega y Gasset, elle se dédie à la philosophie, mais les titres de ses livres témoignent aussi d’un profond rapprochement à l’étude littéraire : El pensiamento vivo de Seneca (1944), Filosofia y poesia (1939). Il est de même pour ce dernier livre traduit en français, La Confession, genre littéraire, revendiqué aussi bien par la philosophie que par la littérature. Philipe Lejeune l’inclut par exemple comme étude récente de l’autobiographie , mais la collection « Nomina » des Editions Jérôme Million qui l’ont publié est consacrée en fait à la philosophie.

La méthodologie utilisée par l’auteure pour argumenter la nécessité de la confession dans un monde dissolu combine les approches philosophique et littéraire. Elle suit une évolution chronologique des idées dans les deux domaines et la manière dont ils interfèrent. Le grand mérite de ce livre consiste dans l’unité que l’auteur sait établir entre ces domaines, les deux concernant la vie, la vérité, l’esprit, mais aussi bien dans la permanente continuité entre les chapitres (voire entre les différentes étapes chronologiques).

Le livre parut en 1943, peu après l’instauration du régime dictatorial, quand elle a dû prendre la voie de l’exil et voir sa famille secouée par les crimes franquistes. D’ailleurs le parcours littéraire et philosophique de l’ouvrage concerne « la vie européenne », comme si l’auteur cherche à trouver les raisons qui ont mené ce vieux continent vers l’abîme des grandes contradictions du 20e siècle.

La confession, dit Zambrano, naît d’un triple désir : regagner l’unité de la vie et le pouvoir d’aimer sans craindre sa dispersion ; rapprocher la vie et la vérité ; retrouver le paradis perdu par l’acte contraire à la chute (où l’homme s’est caché), c'est-à-dire par le dévoilement de soi même. Dans le drame de l’homme, la philosophie n’a su qu’apporter un écart entre la vie et la vérité, car elle est dépourvue d’amour. Seul l’amour peut rapprocher la vie et la vérité, parce que la vie doit se transformer pour accepter celle-ci, et l’amour facilite ce devenir.

Le retour au paradis suppose le dévoilement, voire l’acceptation que Job, en tant que précurseur de la confession, désirait : accepter sa propre naissance et la mort, et découvrir l’harmonie avec l’autrui. Tous ces éléments sont réunis dans la confession, car celui qui se confesse se dévoile devant Dieu, mais aussi devant les autres, en accomplissant la réconciliation totale, donc acquérir l’unité primordiale. La confession générique est celle du Saint Augustin, le modèle mystique, où l’homme se découvre soi même avec respect. Par la suite, il semble que les confessions impudiques de la deuxième moitié du siècle dernier ne se situent pas dans cette catégorie. Avec Rousseau, la confession devient un récit par lequel le cœur se réinvente en solitude et sous les effets fantasmagoriques du vide intérieur. Ce serait le début de la confession littéraire, voire imprégnée d’un imaginaire à la quête d’un paradis artificiel, telle qu’elle apparaît dans le romantisme. Le surréalisme est très relié à la confession par un « excès de conscience », étant valeureux plutôt comme témoignage que par son œuvre.

Le livre de Maria Zambrano excelle dans l’esprit critique concernant l’évolution des idées sur « l’espace intérieur » vers la modernité. L’auteure estime que la conception de l’« âme » dans l’Antiquité s’est perdue avec l’idée du moi cartésien, qui a été finalement remplacé par le « psyché » freudiste. Zambrano écrit en 1943, lorsque la psychanalyse était encore féconde dans la mentalité occidentale, ce qui ne l’empêche pas de projeter une perspective critique sur ce courant. La solution de la confession équivaut à un certain retour vers l’idée de l’« âme » et vers les mystiques de l’Antiquité, car l’homme n’a pas d’autre solution que de redécouvrir l’intimité avec soi-même, la réconciliation avec le Père et l’harmonie avec ses frères.

Maria Zambrano. 2007. La Confession, genre littéraire, traduit de l’espagnol par Jean-Marc Sourdillon et Jean-Maurice Teurlay, Jérôme Million, coll. « Nomina ».

Nicolas Berdiaeff. 1927. Un Nouveau Moyen Âge : Réflexions sur les destinées de la Russie et de l'Europe, Paris : Plon.

La Fondation Maria Zambrano, site mis à jour le 16 juin 2001, consulté le 25 février 2008 http://www.ayto-velezmalaga.es/mzambrano/frames2.html

Philippe Lejeune. 2008. Études récentes sur la littérature personnelle et les récits de vie (2003-2007). Disponible sur internet, le site Autopacte, mis à jour le 18 février 2008, consulté le 25 février 2008 http://www.autopacte.org/Etudes_recentes.html

Mai 2009

Dragos Samoila- lecturi multiple

Iulia-Anamaria Salagor

Nu are nici un sens sa  achizitionam sau  sa primim in dar o carte daca ea ramane uitata si prafuita pe un  raft de biblioteca. Daca am asistat la o lansare si nu facem efortul de a citi cartea, aceasta devine un simplu « trofeu »  cu semnatura autorului, lipsit de orice utilitate. De altfel acesta este si motivul pentru care  tanarul scriitor Dragos Samoila,  aflat la lansarea celui de-al doilea roman, a refuzat sa dea autografe pe volumele oferite  gratuit persoanelor participante la eveniment, duminica dupa-amiaza, 3 mai a.c., la biserica ortodoxa Sfantul Nicolae din Montreal. Semanatura lui va putea fi obtinuta doar la o intilnire ulterioara, precedata de un schimb de impresii de lectura intre autor si cel care a primit in dar cele 333 de pagini reunite sub titlul « La 14 ani ».

Cu  mai putin de o jumatate de an in urma asistam la debutul sau literar, cu « Cele trei fete » debut marcat de un  prim premiu literar pentru Dragos, cel al Asociatiei Scriitorilor Romani din Canada (ASRC)  (www.terranovamagazine.ca/52/pages/interview.html#iulia-2 ). Apoi, am avut bucuria sa particip la una dintre « sedintele » cercului sau de lectura, o sedinta speciala, care marca pe de-o parte terminarea, dupa 5 intalniri saptamanale, a  analizei primului dialog socratic al lui Platon, citit de membrii cercului, iar pe de al alta inceperea analizei unui nou volum-« Romanul adolescentului miop » de Mircea Eliade. Poate parea putin hazardata incercarea de a explica filosofie unor copii de 7-12 ani, insa Alcibiade devine un personaj indragit de micuti, iar raspunsurile  oferite de cerchisti la intrebari de genul : Cine te iubeste cu adevarat ?, Cine are dreptul sa conduca un popor ? Cum poti fi fericit ?, m-au convins ca munca depusa de Dragos Samoila a dat frumoase roade. Textul filosofic a fost citit in franceza, iar explicatiile la cerc au fost oferite in limba romana. Fiecare participant a primit in dar, de la conducatorul cercului, un exemplar din volumul analizat, intilnirile saptamanale constand din lecturi cu evidentierea -prin subliniere- a pasajelor importante, urmate de explicatiile necesare intelegerii sensului celor citite. 

Influenta scrierilor lui Mircea Eliade in « La 14 ani »,  acest al doilea roman publicat de Dragos Samoila la Fundatia Romana din Montreal, a fost remarcata de doi dintre cei care au prezentat volumul cu ocazia lansarii de duminica trecuta, scriitoarea Livia Nemteanu, respectiv prof. Dr. Wladimir Paskievici. Acesta din urma preciza in debutul prezenarii cartii : « În acest volum, Dragos Samoila ne invita la un parcurs iniţiatic interior, cel care duce pe un tanar baiat, Radu, de la intrarea lui în liceu, la 14 ani, cand descopera primele scrieri sanskrite (Vedele şi Upanisadele) – documente care stau la baza filozofiei si teologiei induiste -, pana la o diploma in teologie. In cei patru ani de liceu, acest parcurs – cel descris in mare detaliu - este mai degraba solitar, bazat pe nenumarate lecturi, pe o reflexie continua si pe o serie de exercitii spirituale. Numai in doua, trei ocazii, intra in contact cu preoţi si calugari care-l ajuta in interpretarea textelor si riturilor religioase. »

Livia Nemteanu, analizand titlul cartii, precizeaza : « La 14 ani” amintesete varsta tuturor posibilitatilor, cand fierbe mustul imaginatiei, al dorintei de cunoastere in toate domeniile.[...] Autorul, atras de filosofia orientala, de ocultism, de cartile lui Mircea Eliade, de yoga, isi descrie eroul care vorbeste la persoana intaia, ca pe un caracter incapatanat, stimulat cand i se spune ca nu poate face un lucru sau ca e ceva greu, nu pentru toata lumea.  Era, spune el, formula magica pentru a-l mobiliza sa se avante in lectura unor carti greoaie, cu substrat filosofic, teologic, de simbolistica mistica

La intrebarea mea legata de semnificatia pe care o acorda lecturii, Dragos isi incepe raspunsul timid, aproape cu sfiala : « Cred ca lectura are pentru mine aceeasi semnificatie pe care o are pentru fiecare in part; este procesul de descifrarea a unui cod ce tine loc de canal de transmitere a unei  informatii. Umanizat insa, aces proces este continuarea indemnului “Stai langa mine si asculta”. Intr-o prima faza, prin lectura nu facem decat sa ne asezam langa cel care ne “vorbeste” si sa il ascultam cu atentie, uneori pierduti in povestire, alteori atenti la logica, alteori contrariati, dar mereu stapaniti de acelasi impuls inconfundabil al cunoasterii. Cand iti dai seama ca prin cartile la care ai acces, ai acces de fapt la gandirea celor care le-au scris si mai mult, ca este o invitatie in intimitatea gandului scriitorului, poti trata aceste momente ca pe un privilegiu de a sta langa cele mai mari personalitati culturale ale omenirii si a le asculta gandul. »

Dragos Samoila explica de asemeni rolul lecturii, « acest proces aproape mecanic care de la un moment dat se pierde, lasand locul unei lumi in care ne cautam locul » si care « poate deveni o legatura peste generatii, bucuria apartenentei la lumea unui gand. Si daca ar fi sa mergem si mai departe, impresionati de bogatia ideilor dezvoltate pana acum, de forta si persistenta cautarii ganditorilor din toate timpurile, cred ca ajungem cu totii la placerea efortului cunoasterii si, mai apoi, la intrebarea originii acestei cunoasteri. Nu cred ca poate citi cineva o carte buna si sa nu multumeasca intr-un fel sau altul autorului si Celui ce se afla la originea gandirii, sub orice forma ar fi perceput. Mai departe, ma intreb daca lectura se opreste aici. Nu cred. Constientizarea utilitatii lecturii acumulate face necesara lectura oferita. Este o continuitate fireasca. Orice scanteie de gand care ne face sa tresarim, isi capata valoarea maxima cand, odata descoperita si traita, este transmisa si altuia, pentru ca bucuria scriitorului, recreata de bucuria cititorului sa fie imbogatita de bucuria transmiterii ei celui care nu a avut inca acces la ea. In continuare, tot lectura se manifesta in incercarea rafinarii, sintezei sau inovatiei gandului propriu, care reprezinta a doua  parte a darului lecturii impartasita altora, ca expresie si traire a incordarii si persistenta in idee. Si daca aceasta lectura oferita este un nou ciclu dintr-o miscare deja cunoscuta, se poate intelege ca lectura, prin aceste doua faze ale sale, a primi si a da, este o latura a manifestarii fiintei noastre de a se desavarsi. »

Continund conversatia pe tema lecturii, tonul interlocutorul meu se modifica, devenind  din ce in ce mai  convins si, in acelasi timp, mai convingator. Dragos este de  parere ca nu putem fixa o lista cu lecturi necesare sau obligatorii : « Cand vorbim de lectura in general, nu cred ca putem face diferenta intre carti, exista doar  notiunea de carte, si pentru existenta acestei notiuni trebuie insistat, orice particularizare ne restrange la un model cultural », iar « in ceea ce priveste varsta in lectura, aceasta nu are nimic cu varsta biologica, ea este reprezentata mai bine de raportul dintre curiozitate si cunoastere. Astfel, nu cred ca pot face o analiza punctuala asupra unor carti, pentru a exemplifica natura si scopul lecturii in functie de varsta. Aceasta depinde de fiecare in parte. »

Discutia  cu tanarul scriitor si animator de club de lectura se incheie cu « niste precizari generale » : « Daca intr-o prima etapa, pentru copii, cartea trebuie aleasa in asa masura incat sa dea gustul lecturii, sa incurajeze si sa dezvolte personalitatea acestora, genul lecturii trebuie diversificat si rafinat, mai apoi, pentru a da posibilitatea alegerii, fiecare regasindu-se in anumite genuri de lectura, mai departe, indiferent de drumul ales, mai precis de specializar. Este continuu nevoie de o lectura diversificata pentru larginea domeniului de studiu, dar si pentru aprofundarea lui prin abordari disciplinare diferite. Cartea trebuie perceputa in asa fel incat plecand de la necesitate, sa treaca prin provocare si sa ajunga la satisfactie, iar asta trebuie facuta cu tact si intelegere pentru ca fiecare sa guste din acest dar. »

Foto : Dragos Samoila cu trei dintre  membrii  clubului sau de lectura

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