Depuis 2001 • No 56 • Montréal • 15.04.2009
Mai 2009

Usine C de Montréal

L'Orchestre des Hommes-orchestres casse la baraque!

à la découverte d'une autre poésie dans les chansons de Tom Waits

Par François Cavaillès

Tom Waits revisité par un petit orchestre de bric et de broc, avec une énergie débordante, une science du geste inouïe et un humour ravageur. L'un des meilleurs spectacles de l'année à Montréal.    
 

L'avis de tempête sur la scène de l'Usine C pour la dernière fin de semaine d'avril a été donné dans les jours précédents, lors d'une entrevue du groupe L'Orchestre des Hommes-orchestres. Il y était question d'une multitude d'instruments les plus divers et les plus incongrus joués dans la fougue et dans la folie.

Chose promise, chose due! En effet, ces joyeux drilles ont tout osé tapoter, gratter, secouer, souffler... De la scie musicale à la scie non musicale, des douzaines d'objets y sont passés, à un rythme extraordinaire. 

Ce projet très original évoque dans ses costumes le New York des années 40. Le quatuor déguisé en malfrats est accompagné par deux comédiennes rétro-BCBG qui sont aussi des choristes remarquables. Leur musique est en très grande partie tirée du répertoire du clochard céleste Tom Waits dont la voix rocailleuse est bien imitée, en alternance, par deux des musiciens. L'un d'entre eux joue clairement le rôle de harangueur de la foule en reprenant notamment l'ouverture de l'opéra-rock de Tom Waits et William Burroughs, "The Black Rider".

Dans ce spectacle pétaradant, tous donnent de la voix, et de belle manière. Le guitariste semble le plus fidèle à une quelconque partition mais il ne manque pas de se faire chahuter par ses complices. Prêt à cabotiner sans vergogne, ces musicologues potaches touchent, entre autres, au swing, au gospel, au boogie et au rock.

De leur performance souvent sidérante, éclatant en des points précis de la scène parmi un beau foutoir d'objets-instruments, naît une poésie autre que celle de Tom Waits. Plus joyeuse, et pas moins remarquable.

Après l'entracte, l'humour des Hommes-Orchestres est de plus en plus débridé. La cadence est follement rythmée, tantôt au gant de boxe, tantôt au coup de sonnette sur un casque, jusqu'au rappel où les deux choristes malicieuses reprennent à toute vitesse un hilarant bluegrass a cappella.  

"L'Orchestre des hommes-orchestres joue à Tom Waits" a été présenté à l'Usine C de Montréal les 24 et 25 avril derniers.  

Légende:

L'Orchestre des hommes-orchestres repousse les limites du possible sur une scène étriquée. 

Avril 2009

A Montréal

Un Hamlet itinérant au rythme de tango

Par Felicia Mihali

J’ai rarement vu un Hamlet qui ne nécessiterait pas de bonnes coupures, par-ci, par-là, disons dans les points essentiels. Avec Shakespeare, c’est ça le problème; on connaît trop le sujet, alors on s’intéresse uniquement aux astuces des productions pour nous révéler du neuf dans l’œuvre du vieux Will. Les metteurs en scène les plus réputés résistent rarement à la tentation de s’attarder sur les célèbres dialogues et monologues des personnages. Hamlet est un des héros les plus convoités : tout jeune acteur rêve de dire un jour la célèbre réplique, vous savez laquelle. On a vu Hamlet partout, dans tous les endroits possibles et impossibles. Mais  jamais jusqu’ici dans un bar.

Ce fut l’idée de la directrice et fondatrice du Théâtre de l’Utopie, la metteure en scène Cristina Iovita, de sortir le prince de ses cadres solennels et de le faire jouer devant le public qui déguste sa bière. Spectacle ambulant dans plusieurs lieux connus, et moins connus de Montréal, cette pièce ne fait aucun rabais à l’art véritable. Les pincées de commedia dell’arte et de rythmes de tango ne font qu’augmenter le mystère et le caractère toujours inusité de cette pièce où l’auteur mêle drame historique et histoire de fantôme.

Les premières représentations furent jouées à la Salla Rosa : pour la tournée des spectacles il faut suivre la programmation sur le site de la compagnie www.theatre-utopie.com. Dans un décor extrêmement maniable, qui se transforme tour à tour en château, chambre nuptiale, alcôve, salle de théâtre, les scènes s’enchaînent dans un rythme soutenu. Pas de silence, pas de temps mort dans ce va-et-vient entre la vie et la scène, le réel et l’imaginaire. Car celui qui nous entretient est Horatio, qui s’oppose à ce que l’histoire de son ami tombe dans l’oubli. Le regard sur la tragédie de Hamlet est doublé par la mise en scène, par le jeu théâtral qui ne veut rien omettre et surtout ne rien prendre en dérision. Horatio, ami et metteur en scène, veille à ce que Hamlet reste dans la mémoire de tous par son impossibilité d’accepter la trahison et par l’acceptation de son propre destin. Dans ce duo, on remarque Philippe Lonergan et Érick Tremblay, qui passent facilement la frontière entre comédie et tragédie, entre vérité et faux-semblant. Leur talent quant à l’interprétation et la sobriété de leur jeu est à remarquer. Un rôle difficile fut légué à Alexandre Dubois,  dans le double personnage de Polonius et Laerte. Alors que Polonius est un clown débile et manipulant, Laerte est rongé par le désir de vengeance envers la mort de son père et de sa sœur Ophélie.  La partie clownesque de Polonius est sûrement une réussite. Martine Lalande et Marie Pascale trouvent une clé adéquate à leurs personnages, Gertrude et Ophélie. Beaucoup plus présentes sur scène que dans les représentations classiques, elles tentent d’offrir une touche féminine, même frivole parfois, au monde de crimes et d’intrigues ourdis par leurs compagnons. Martine est excellente surtout après les premiers moments de conquête amoureuse auprès de Claudius, son nouveau mari, lorsque la découverte du crime la rend faible, vulnérable devant la  violence, le danger qui guette son fils Hamlet. De son côté, Marie-Pascale rend la folie d’Ophélie extrêmement crédible.

Pour les dix ans d’existence du Théâtre de l’Utopie, né en 1999, Bon anniversaire et longue route sur le chemin qui vous est propre.

   Photo Théâtre de l’Utopie

Avril 2009

Théâtre Prospero

Les désirs cachés de la banlieue

Par Felicia Mihali

Jusqu’au 23 mai, vous pouvez voir au Théâtre Prospero une pièce qui devrait obligatoirement faire partie de votre agenda de fin de saison 2009. Blackbird, de David Harrower, enfant terrible de la dramaturgie britannique, a déjà fait le tour de plusieurs scènes mondiales, depuis sa création en 2005.  En Australie, la pièce a été mise en scène par nulle autre que Cate Blanchett. Traduit par Étienne Lepage  pour la mise en scène québécoise, ce texte bénéficie du regard privilégié d’une équipe moult exercée au travail des textes qui dérangent, mais qui incitent aussi à la réflexion. Sous la houlette de Téo Spychalski, Gabriel Arcand et Catherine-Anne Toupin interprètent avec assurance deux personnages qui se révèlent, tour à tour, victime et agresseur. 

Quinze ans après leur histoire d’amour illicite, Uma retrouve Ray caché sous un faux nom, dans une vague entreprise de produits pharmaceutiques. Le lieu de leur rencontre est un dépôt où, selon Ray, d’autres membres de la compagnie dorment et mangent, une sorte de remise sale et inhabitable au goût de tout mortel, qui ne rêve que d’un lieu propre et confortable pour mener sa vie.  Dès leur premier contact, Uma est accusatrice et Ray sur ses gardes. S’agit-il d’un abandon, d’une fuite lâche de l’homme devant la passion ardente de la femme? Parmi les demi-répliques, les silences et les phrases entrecoupées par des gestes fébriles, on comprend vite qu’il s’agit d’une tout autre relation. Uma est revenue, comme un fantôme, hanter son ancien bourreau. Le nouveau Peter, âgé de cinquante-six ans, n’est que l’ancien Ray de son enfance, lorsqu’elle avait douze ans et qu’elle était prête à tomber dans le piège d’une relation amoureuse, comme seule une jeune fille de cet âge rêve. Malheureuse dans sa maison de périphérie, elle vit au sein  d’une famille pour qui les barbecues et le lavage de l’auto tiennent lieu de passe-temps. Dans cette périphérie de la classe moyenne, les passions et les vrais désirs sont tenus en laisse, à l’abri des regards, sous une fausse respectabilité. Tout ce qu’on veut est que les autres ne sachent pas ce qu’on veut vraiment. Dans ce paysage d’ennui généralisé et de détresse sentimentale, Uma, la fillette, est prise en charge par le voisin, perçu à la fois comme un père, ami et amoureux. Toujours à l’écoute de ses peines d’enfant incompris et solitaire, Ray ne peut pas résister à ses impulsions sexuelles. Il entraîne Uma  dans cette relation criminelle aux yeux de tout le monde, pour laquelle il va purger une peine de prison de six ans pour, après sa libération, vivre sous une identité fautive, mensongère. Il lutte pour se reprendre, pour rattraper le temps et la réputation perdus, mais aussi pour comprendre. Fait-il parti de ce fléau de pédophiles, maîtres à dissimuler leurs intentions sous le masque d’un adulte protecteur et paternel?

En fin de compte, on comprend que leur histoire sort des cadres habituels de ce schéma. Qui est l’abusé et qui est l’abuseur dans cette histoire? Qui a le plus souffert et le plus payé pour avoir eu le courage de répondre à ses sentiments du moment? Serait-il si grave d’accepter que ce fut l’amour qui les entraîna dans le pire cauchemar, mais aussi dans la plus authentique partie de leur vie? Fausse piste, toutefois, car la fin brouille encore une fois le dénouement piste. Uma serait-elle capable d’aimer à nouveau et de pardonner à celui qui a gâché sa vie? Quant à Ray, serait-il capable de se tenir loin de ses anciennes pulsions?

Photo fournie par Le Groupe de la Veillée
Avril 2009

Espace Libre de Montréal

Lautréamont personnifié, ses chants tronçonnés

Expérimentation à partir d'un concentré de Maldoror

Par François Cavaillès

La prose enivrante de Lautréamont édulcorée par une adaptation ludique au goût du jour, entre polyphonie, slam, mime et performance.    
 

L'Espace Libre fait encore honneur à son nom avec "Maldoror-Paysage", une pièce multipliant les jeux sur la forme, dans une impression de créativité débridée. Le directeur artistique des lieux, Olivier Kemeid, signe une mise en scène très inventive où cinq brillants comédiens s'en donnent à coeur joie en s'adonnant à diverses performances scéniques osées telles un slam la tête dans un sac de voyage et le mime d'un pou. Que voulez-vous, la troupe des Trois Tristes Tigres (menée par Olivier Kemeid) propose et expérimente beaucoup! 

L'ambiguë "Maldoror-Paysage" s'ouvre et se referme sur le ton pince-sans-rire d'un maître de cérémonie cynique à souhait.  

Son intrigue flottante suit une incarnation du mystérieux auteur du brûlot romantique "Chants de Maldoror" (1869), Isidore Ducasse, dit comte de Lautréamont, avec tout d'abord une adolescence chahutée par des camarades. Puis le semblant de récit s'éloigne du héros, puis y revient étrangement, en semant quelques pages du livre de-ci de-là.  

L'action est en fait éclatée dans le temps et sur la scène, ce qui donne par exemple  à voir un personnage en train de manger dans un coin pendant que les autres jouent.

D'après le dossier de presse, cette représentation "qui interroge le théâtre" est fidèle à un concept américain de "pièce-paysage". Imprécis, ce projet fait tout de même mieux que de s'amuser à saucissonner un classique de la littérature française. 
 

Dans cette adaptation polyphonique des "Chants", on retrouve en effet le cynisme, le sadisme et la cruauté du poète. Sur une scène très large, approfondie par un fossé et une galerie en arrière-plan, qui peut se transformer en un décor parfois infernal aux lumières incandescentes, habité par une musique électronique envoûtante, la violence de la sensibilité de Maldoror parvient parfois à se déverser dans l'art visuel. A ces rares occasions très enthousiasmantes, le théâtre moderne rend vivants des sons et des images captivants (qui peuvant notamment évoquer, en mieux, un vidéo-clip de Marylin Manson).

Pour le reste, en dépit d'une interprétation solide, la personnification de Lautréamont passe difficilement, sans doute parce que le lyrisme et l'ironie de sa prose passent un peu à la trappe. Ainsi la grandiose tirade face à l'océan est tronquée et jouée en sourdine par un homme hébété tenant un gobelet d'eau au-dessus de sa tête.

Crier au sacrilège ou demander le respect serait se montrer trop poli, un reproche qu'on peut faire ici au traitement du personnage principal et du "diamant noir de la littérature française" (d'après le programme de la pièce).   
 

"Maldoror-Paysage", inspiré de l'oeuvre de Lautréamont, texte monté et mis en scène par Olivier Kemeid, avec Mathieu Gosselin, Pierre Limoges, Jean-François Nadeau, Vincent-Guillaume Otis et Elkhana Talbi, jusqu'au 25 avril à l'Espace Libre de Montréal. 
 

Légende:

Un maître de cérémonie cynique (Mathieu Gosselin) croquant une tomate pour un coeur d'enfant, extrait de la pièce ambiguë "Maldoror-Paysage". (Photo: Stéphanie Capistran-Lalonde) 

Avril 2009

Théâtre Prospero

Pourquoi tenter le diable?

Le pari du jeune théâtre québécois

Par François Cavaillès

Le diable sur Terre, une curiosité sur les planches. 
 

"Je ne pensais pas que ce serait sucré" se fait un malin plaisir de convoquer le diable sur Terre chez un psy, pour soigner sa petite crise existentialiste.  

Plus précisément, le texte de la jeune dramaturge Catherine Cyr, singulier et très réfléchi (issu de son mémoire de création à l'École supérieure de théâtre de l'UQAM, Grand Prix d'excellence en théâtre Georges Laoun 2003), confronte Lucifer à trois femmes bien différentes, une mère psychologue, sa fille et la déesse Perséphone. 

Chaque rencontre donne lieu à une scène enthousiasmante, sur le mode comique avant tout. Sur un rythme rapide, avec de remarquables jeux de costumes, de décors et de vidéos, mais aussi quelques notes de musiques claires, de facture cinématographique apparemment, la mise en scène se montre habile à donner corps aux exigences d'un récit à trames multiples, naviguant entre un cabinet d'analyse, une salle de classe, l'enfer mythique au bord du fleuve des Morts et un lieu magique où chasser les papillons.  

De ce récit éclaté, il ressort surtout un plaisir intellectuel à porter un regard décalé sur le monde et à mêler les mythes aux réactions humaines primaires, en mettant l'accent sur les pensées plus que sur les actes.

Mis au défi par l'imagination de Catherine Cyr, les comédiens parviennent à donner vie à des rôles complexes. En Perséphone amusée de tenter le diable, Lysanne Gallant est joliment sulfureuse, tandis que la jeune Marianne Roy réussit à bien jouer une adolescente vibrante tout en gardant une diction claire. Plus sobre, Guylaine Rivard parvient à dégager l'évolution d'un personnage coincé de sombre psychologue.  

Enfin, Benoît Lagrandeur s'agite avec vigueur, sans toutefois faire un Lucifer très crédible. Peut-être sert-il d'alibi à une pièce qui semble aller avancer sans queue ni tête pour devenir trop morale sur la fin, après s'être embarrassée de clichés sur l'amour... Mais ne retenir que ces quelques défauts de la vaillante coproduction entre les théâtres de Sherbrooke et de Jonquière serait très injuste, ou purement diabolique!  

"Je ne pensais pas que ce serait sucré", pièce écrite par Catherine Cyr, mise en scène par Patrick Quintal, avec Lysanne Gallant, Benoît Lagrandeur, Guylaine Rivard et Marianne Roy, au Théâtre Prospero de Montréal jusqu'au 18 avril.  
 

Légende:

La psychanalyse jubilatoire de Lucifer: Benoît Lagrandeur et Guylaine Rivard dans une scène-clé de "Je ne pensais pas que ce serait sucré". (Photo: Théâtre du Double Signe) 

Avril 2009

Jusqu'au 20 avril

L'effet de Sylvie Drapeau sur la scène du Rideau vert

La comédienne réinterprète Michel Tremblay avec brio

Par François Cavaillès

Sylvie Drapeau s'amuse avec la langue de Michel Tremblay et se déchaîne pour composer un personnage étrange et surprenant.   
 

L'écriture de Michel Tremblay (ici traducteur d'une pièce new-yorkaise couronnée du Prix Pulitzer) offre quelques lignes savoureuses, typiques de ces comédies familiales populaires plaquées sur le morne horizon social québécois des années 60. Mais en dépit de son titre amusant, de ses costumes pimpants et de son fabuleux décor baroque, "L'Effet des rayons gamma sur les vieux garçons" ne fait pas vraiment rire et procure plutôt une tristesse étrange.

Son moteur s'appelle Sylvie Drapeau, une comédienne qui monte et sait s'affirmer dans la justesse et la violence, capable de jouer Lady Macbeth (prix Gascon-Roux de la meilleure interprétation féminine en 2001), Marie Curie et dernièrement, une internée mutique dans le film à succès "Borderline". Sa performance dans un registre moderne porte la pièce vers l'étrange, entre rares éclats de rires et accablement profond.

Dans le rôle très écrit et très daté de la mère caractérielle Béatrice, que Denise Pelletier et Rita Lafontaine ont fait connaître, Sylvie Drapeau multiplie les jeux de voix, mais sans s'attarder sur le joual classiquement associé aux mots de Michel Tremblay. Ainsi elle prend par exemple un accent anglais châtié au téléphone avec le principal de l'école de sa fille brillante Mathilde.

Sa gestuelle s'éloigne aussi du fond du comique populaire, pour se rapprocher parfois de la danse, joyeuse ou tragique, selon l'humeur du moment. 

La mise en scène efficace de René-Richard Cyr met l'accent sur l'agitation des personnages, à l'image des spasmes de la fille aînée Rita (Emilie Bibeau, réaliste en adolescente au bord du décrochage). Mais ensuite, en insistant, à travers une Béatrice de plus en plus pathétique, sur  l'incompréhension entre une vie humaine terre-à-terre et le mystère de la composition atomique de ce monde, le spectacle lorgne, trop vite et maladroitement, sur la métaphysique. Ce choix artistique se fait au détriment de l'émotion simple, de ce qui rend touchant et à propos, et permet d'éviter les pièges tendus par le texte de Tremblay, à savoir le misérabilisme, l'obscurantisme et la démagogie. 

L'écart croissant entre les années 60 et aujourd'hui explique peut-être l'étrangeté avec laquelle cette réalité, toute de pauvreté, de naïveté et de confusion, ressurgit sur scène. Ainsi la poésie des aspirations cosmiques de la jeune Mathilde semble surannée à notre époque d'écrans envahisseurs.

Et la parole de Michel Tremblay, si elle sait très bien garder l'écoute, risque aussi d'agacer tant elle a été répétée, mais aussi institutionnalisée (en particulier au Rideau vert) et surtout récupérée commercialement. Que l'auteur et le metteur en scène René-Richard Cyr promènent le classique "Les Belles-Soeurs" en tournée musicale à travers le Québec l'an prochain, tant mieux. Mais comment ne pas voir dans le parrainage colossal de "Loto-Québec" une trahison de l'esprit de l'oeuvre? 

"L'effet des rayons gamma sur les vieux garçons", pièce en deux actes de Paul Zindel (1964), traduite par Michel Tremblay, mise en scène par René-Richard Cyr, avec Sylvie Drapeau, Emilie Bibeau et Catherine de Léan, au Théâtre du Rideau vert de Montréal jusqu'au 20 avril.  
 

Légende:

Sylvie Drapeau tout feu tout flammes dans l'étrange comédie "L'Effet des rayons gamma sur les vieux garçons". (Photo: François Laplante Delagrave)

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