Depuis 2001 • No 56 • Montréal • 15.04.2009
Février 2009

En concert au Savoy

Le jazz incisif d'Eri Yamamoto

L'invitée de marque du pianiste Yves Léveillé

Par François Cavaillès

Retour très inspiré de la pianiste jazz Eri Yamamoto à Montréal, sur invitation du groupe d'Yves Léveillé.

 

Des dernières bulles sonores étouffées par les claviers jusqu'aux relances incisives entre pianistes et cuivres, la rencontre entre Eri Yamamoto et le "sextet" d'Yves Léveillé a donné tout un concert au Savoy de Montréal.

Petite assemblée, grande connivence grâce à l'hôte Léveillé qui a pris soin de présenter chaque pièce au public, la plupart provenant de son répertoire. Après une ouverture remuante appuyée par les cuivres, le maître de cérémonie a annoncé une primeur feutrée et légèrement marquée par Coltrane, intitulée "Ambre". Très inspirée, Eri Yamamoto étire la mélodie comme par magie, d'une clarté lunaire. La vivacité de la pianiste new-Yorkaise éclate ensuite sur une musique plus nerveuse. Sa main droite dessine des boucles rapides, bien ciselées, avant la cavale d'un saxophone. Plus reposante, la suite réserve deux pièces envoûtantes d'Eri Yamamoto, dont le sublime "Red Woods". Yves Léveillé accompagne son invitée jusqu'au bout de l'échange duquel le public jazz de Montréal peut même espérer davantage.      

En effet, ces deux pianistes amis qui par le passé se sont mutuellement remplacés dans une boîte de New York ne comptent pour l'instant que deux apparitions ensemble en public.

Eri Yamamoto (piano) et le "Yves Léveillé Sextet" (Yves Léveillé, piano, Aron Doyle, trompette, Roberto Murray, saxophones alto et baryton, Jean-Christophe Béney, saxophones soprano et ténor, Marc Lalonde, contrebasse et Ugo Di Vito, batterie) en concert exceptionnel au Savoy de Montréal, le 11 février dernier.

Légende Photo "Léveillé et Yamamoto 2":

Les pianistes Eri Yamamoto et le "Yves Léveillé Sextet" en coulisses, lors de la pause au milieu de leur concert au Savoy de Montréal, le 11 février dernier. (Photo François Cavaillès)

Février 2009

Opéra

"Macbeth" - La danse macabre de Verdi provoque l'euphorie

Par François Cavaillès

La musique de Verdi est d'une étoffe que rien n'élime, et le "Macbeth" donné à Montréal cet hiver le prouve.

L'ouverture annonce en douceur une entreprise titanesque. Toute la violence et toute l'aliénation induites par la prise du pouvoir par la force éclatent dans cet opéra tiré de la tragédie enragée de William Shakespeare. Le mal réside donc au coeur de cette oeuvre véritable danse macabre.

Loin du lyrisme et du théâtral, l'opéra mis en scène de manière très moderne à Montréal vaut surtout pour ses choeurs stupéfiants, scandés par des dizaines de personnages, ainsi que pour ses superbes chants d'amour (Lady Macbeth rêvant d'offrir la gloire à son époux), de culpabilité (Macbeth troublé par ses pressentiments plus que par les présages des trois sorcières) et de lamentation (lors de l'exil écossais dans la forêt de Birnam). En somme, la partition de Verdi reste ainsi l'atout premier de ce "Macbeth".

Sur scène, le rôle le plus marquant s'avère Lady Macbeth. Habillée dans des tons mauves ou rouges suggérant la vilenie et la passion, la soprano Michele Capalbo impressionne par son jeu volontaire. Au contraire, la bande de sorcières déguisées en chanteuses d'émission de variétés n'a rien de magique.

C'est sans doute pour sa fidélité musicale, mais aussi pour la cohérence de cette production justement aussi vertigineuse que son thème, que "Macbeth" a été très applaudi par le public de la Salle Wilfrid-Pelletier.

"Macbeth", opéra en quatre actes présenté par l'Opéra de Montréal jusqu'au 12 février à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei d'après la tragédie de William Shakespeare, musique de Giuseppe Verdi (1847), avec John Fanning, baryton (Macbeth, général dans l'armée du roi Duncan d'Ecosse), Michele Capalbo, soprano (Lady Macbeth) et Luc Robert, ténor (Malcom, fils du roi Duncan). Mise en scène: René Richard Cyr.

Légende:

Le couple Macbeth (la soprano Michele Capalbo et le baryton John Fanning) au centre d'un vertige éprouvant dans la grande production de l'Opéra de Montréal et Opera Australia jouée jusqu'au 12 février dernier à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. (Photo: Yves Renaud)

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