Initié en 2006 par Images interculturelles dans le cadre de la Semaine d’actions contre le racisme (SACR), le FESTIVAL DE FILMS SUR LES DROITS DE LA PERSONNE DE MONTRÉAL (FFDPM) a pour objectif de créer, par le biais du cinéma, un espace de rencontre, de discussion et de réflexion sur les thématiques des droits humains et du respect des libertés fondamentales. Les films sélectionnés offrent un point de vue critique sur les crises passées et actuelles et les drames humains méconnus du public (www.ffdpm.ca).
La 4e édition du FFDPM s’est ouvert le 12 mars avec la projection en première nord-américaine du film « 8 » réalisé par Jane Campion, Gael Garcia Bernal, Jan Kounen, Mira Nair, Gaspar Noé, Abderrahmane Sissako, Gus Van Sant et Wim Wenders, et produit par Lissandra Haulica et Marc Oberon de LDM Productions. L’auditorium Allumni de l’Université Concordia était plein à craquer lors de la soirée d’ouverture. Cette participation massive a réussi à surprendre même les organisateurs. L’éco-sociologue Laure Waridel, porte-parole du 4e FFDPM, Diya Angeli, directrice de la programmation et Alix Laurent, président et fondateur ont soutenu des allocations à l’occasion.
Le film « 8 » est, en fait, une succession de 7 films de fiction et un documentaire. Chacun d’entre eux traite un aspect de ce qu’ on appelle maintenant « Les Objectifs du Millénaire pour le Développement. ». En septembre 2000, 191 gouvernements se sont engagés à réduire de moitié la pauvreté dans le monde d’ici 2015. Ils se sont fixé 8 objectifs considérés par Muhammad Yunus, récipiendaire du Prix Nobel de la paix de 2006, comme étant « La décision la plus audacieuse prise par l’humanité ». À mi-parcours de la période de réalisation de ces objectifs, l’urgence se faisant sentir, la production LDM Productions désire en effet sensibiliser l’opinion publique à la nécessité d’agir. Le film « 8 » est destiné aussi aux dirigeants politiques afin qu’ils n’oublient pas leurs engagements.
Le premier objectif est d’éradiquer l’extrême pauvreté et la faim. La cible est de réduire de moitié la proportion de la population (1,3 milliard d’êtres humains) dont le revenu est inférieur à un dollar par jour, mais aussi celle qui souffre de la faim. L’objectif a été illustré dans la fiction « Le rêve de Tiya » d’ABDERRAHMANE SISSAKO, film tournée à Addis-Abeba, Éthiopie.
Le deuxième objectif est d’assurer l’éducation primaire pour tous, car dans les nations les plus pauvres, un enfant sur cinq n’a pas accès à l’éducation primaire. L’importance d’apprendre à lire et à écrire est mise en évidence dans « La lettre » de GAEL GARCIA BERNAL, fiction tournée à Reykjavik, Islande.
Combattre le VIH /SIDA, le paludisme et d’autres maladies c’est le troisième objectif que l’on retrouve dans le touchant documentaire de Gaspar Noé et tourné à Ouagadougou, Burkina Faso, intitulé très simplement : « SIDA ». Ces quatre lettres cachent une réalité effrayante : plus de 45 millions de personnes dans le monde sont infectées par le VIH, 95% d’elles vivent dans les pays en développement.
Pour le quatrième objectif- Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes - la cinéaste MIRA NAIR a réalisé à Brooklyn, le court métrage de fiction « How Can It Be ? »
Assurer un environnement durable, la cinquième objectif est illustré par Jane Campion dans une impressionnante histoire d’une communauté australienne. On comprend le désespoir des personnages du film « The Water Diary », car près d’une personne sur cinq dans le monde n’a toujours pas accès à l’ eau potable et 40% de la population mondiale ne bénéficient pas du système d’assainissement de base.
Le film « Mansion on the Hill » de GUS VAN SANT, tourné à San Francisco met en lumière le contenu du 6e objectif, celui de réduire la mortalité infantile. 30 000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque jour de maladies qu’on aurait pu éviter.
On voyage en Amazonie péruvienne pour connaître « L’histoire de Panshin Beka » de JAN KOUNEN et pour réfléchir à la santé maternelle. Une femme africaine sur 5 perd un enfant au cours de sa vie contre une sur 125 dans les pays riches.
Le dernier objectif est de mettre en place un partenariat mondial pour le développement. De 1990 à 2001, les pays donateurs ont diminué leur aide pour le développement. Le pourcentage de leur PIB est passé de 0,33% à 0,22%. Ceci est très loin des 0,7% que les pays riches ont promis lors des conférences de Monterrey et de Johannesburg. Les pays pauvres se sont engagés à mieux gouverner et à investir en priorité dans leur population à travers leurs systèmes de santé et d’éducation. Les pays riches se sont engagés à les soutenir à travers l’aide, les remises de dette, un commerce international plus équitable et un transfert des technologies. Le cinéasteWIM WENDERS a tourné à Berlin le film « Person To Person » afin d’illustrer cet objectif.
Invitée à Montréal pour l’ouverture de cette édition du FFDPM, la productrice française d’origine roumaine Lissandra Haulica a répondu, après la projection de son film, aux questions du public. Elle a eu l’amabilité de m’offrir plus de détails sur ce projet qui a gagné le Prix du Cinéma pour la Paix 2009, pour sa contribution aux Objectifs du millénaire pour le développement.
Iulia-Anamaria Salagor : Quelle est l’histoire de ce projet et dans quelle mesure le fait que votre père, l’académicien Dan Haulica, ait été ambassadeur de la Roumanie à l'UNESCO et vice-président du Conseil Exécutif de cet organisme, a influencé le choix du sujet ? À mon avis, la présence de ce film dans la programmation du FFDPM est de plus importante, car les 15 et 16 avril prochain, Montréal sera l'hôte, pour une troisième fois, du Sommet du millénaire de Montréal.
Lissandra Haulica: Il n’y a eu aucune sorte d’influence, tout au plus une sensibilité commune peut-être. L’histoire est bien plus simple : nous avons entendu parler de cette campagne des Objectifs du Millénaire, et nous l’avons trouvée extrêmement ambitieuse et inédite ; c’est la première fois que tous les pays s’engageaient dans des promesses aussi précises et ambitieuses. Nous avons été surpris de n’en avoir jamais entendu parler, et de découvrir que le public n’était pas du tout informé. Il nous a semblé intéressant d’en parler, et d’en faire des films car là est notre métier.
I-A.S.: Quel est le but de votre démarche ?
L.H.: Le but de cette démarche à l’origine, c’est-à-dire il y a 5 ans, était d‘informer. Des choses sont désormais possibles, aujourd’hui nous sommes la première génération capable d’en finir avec la pauvreté. Je pense que plus on est informé, plus on a les moyens d’être vigilants, de faire attention, de voir si les gouvernements respectent leurs engagements. Aujourd’hui on arrive en 2009, à plus de la moitié de l’échéance des OMD, et force est de faire un constat. Où en sommes-nous ?
I-A.S.: Quels ont été les critères de sélection pour les huit réalisateurs ? Comment les avez-vous choisis?
L.H.: Nous les avons choisi par affinité et pour certains en tenant compte de leur engagement précédent.
I-A.S.: Dans une entrevue accordée en 2007, vous avez déclaré que Sean Penn a donné son accord définitif pour participer à votre projet. Pourquoi son nom ne se retrouve pas sur l’affiche ?
L.H.: Il y avait d’autres réalisateurs qui avaient envie de participer mais dont le calendrier était trop chargé ; à un moment donné Sean Penn devait faire partie de l’aventure, mais finalement il n’a pas pu le faire car à ce moment-là il avait la promotion de son long métrage à gérer.
I-A.S.: Depuis la première mondiale en octobre 2008, quelles ont été les réactions suite aux visionnements de votre film ? Est-ce que vous pensez qu’il y a une différence de perception entre les pays en fonction de leur degré de développement ?
L.H.: La première mondiale du film était à Rome, avec de très bonnes réactions. Les réactions sont positives en général, le film suscite beaucoup de débats et de questionnements. Nous allons essayer d’organiser une tournée du film en Afrique, et plus généralement dans les pays du Sud, dans les pays où les distributeurs ne vont pas Nous envisageons d’organiser cela nous-mêmes. A cette occasion, nous pourrons aussi mesurer la différence de perception entre le public du Nord et du Sud.
I-A.S.: Parmi les 8 objectifs du Millénaire, quel était le plus difficile à atteindre au niveau artistique dans votre production ?
L.H.: Au niveau artistique, un des plus difficiles à réaliser fut le huitième, « le partenariat nord-sud », parce qu’il s’agit d’un sujet assez abstrait et théorique, qui fait en quelque sorte la synthèse de tous les autres.
Ce n’était pas facile à traduire en images, mais Wim Wenders a très bien réussi.
I-A.S.: Quels sont les projets à venir pour vous et votre partenaire, Marc Obéron ?
L.H.: Pour l’instant, distribuer ce film…
I-A.S.: Merci et bonne chance !


