Le diable sur Terre, une curiosité sur les planches.
"Je ne pensais pas que ce serait sucré" se fait un malin plaisir de convoquer le diable sur Terre chez un psy, pour soigner sa petite crise existentialiste.
Plus précisément, le texte de la jeune dramaturge Catherine Cyr, singulier et très réfléchi (issu de son mémoire de création à l'École supérieure de théâtre de l'UQAM, Grand Prix d'excellence en théâtre Georges Laoun 2003), confronte Lucifer à trois femmes bien différentes, une mère psychologue, sa fille et la déesse Perséphone.
Chaque rencontre donne lieu à une scène enthousiasmante, sur le mode comique avant tout. Sur un rythme rapide, avec de remarquables jeux de costumes, de décors et de vidéos, mais aussi quelques notes de musiques claires, de facture cinématographique apparemment, la mise en scène se montre habile à donner corps aux exigences d'un récit à trames multiples, naviguant entre un cabinet d'analyse, une salle de classe, l'enfer mythique au bord du fleuve des Morts et un lieu magique où chasser les papillons.
De ce récit éclaté, il ressort surtout un plaisir intellectuel à porter un regard décalé sur le monde et à mêler les mythes aux réactions humaines primaires, en mettant l'accent sur les pensées plus que sur les actes.
Mis au défi par l'imagination de Catherine Cyr, les comédiens parviennent à donner vie à des rôles complexes. En Perséphone amusée de tenter le diable, Lysanne Gallant est joliment sulfureuse, tandis que la jeune Marianne Roy réussit à bien jouer une adolescente vibrante tout en gardant une diction claire. Plus sobre, Guylaine Rivard parvient à dégager l'évolution d'un personnage coincé de sombre psychologue.
Enfin, Benoît Lagrandeur s'agite avec vigueur, sans toutefois faire un Lucifer très crédible. Peut-être sert-il d'alibi à une pièce qui semble aller avancer sans queue ni tête pour devenir trop morale sur la fin, après s'être embarrassée de clichés sur l'amour... Mais ne retenir que ces quelques défauts de la vaillante coproduction entre les théâtres de Sherbrooke et de Jonquière serait très injuste, ou purement diabolique!
"Je ne pensais pas que ce serait sucré", pièce écrite par Catherine Cyr, mise en scène par Patrick Quintal, avec Lysanne Gallant, Benoît Lagrandeur, Guylaine Rivard et Marianne Roy, au Théâtre Prospero de Montréal jusqu'au 18 avril.
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La psychanalyse jubilatoire de Lucifer: Benoît Lagrandeur et Guylaine Rivard dans une scène-clé de "Je ne pensais pas que ce serait sucré". (Photo: Théâtre du Double Signe)






