Depuis 2001 • No 55 • Montréal • 15.03.2009
Mars 2009

Cristina Montescu

On ne pouvait pas être deux

toi l’homme à cœur de pierre
croquant dans mes entrailles
prends ton sommeil à deux mains
et lance-le du haut de ton œil
rouillé de solitude
 
mes chants t’ont attendu
dans la rue
devant la fenêtre
la neige a tissé des souris
pour les papillons écornés par le vent
 
un jour
mon œil a parlé à ton œil
mes doigts ont glissé sur ta voix
mes souvenirs ont éclaté sous tes pas
 
un jour
ton sommeil
a quitté sa cage
 
alors
on ne pouvait pas être deux
à gruger
les roches de ton âme
lui
il m’a lancé sur l’asphalte
 
 

La cendre de tes mots

 
le soleil plein la bouche
le chevalier aveugle
souris à soi-même
 
derrière l’arc-en-ciel
un cygne
charrie l’eau de l’oubli
à fendre l’âtre
d’une voix suspendue
aux bateaux des étoiles
 
collée à ses yeux
la cendre de ses mots
rouspète sur son bras
 
lui
chevalier émoussé
par les rêves de glace
d’une guerre
qui n’a jamais eu lieu
s’efforce de sourire à son ombre
 
 

L’oreille des rêves est fermée

 
 
L’oreille des rêves est fermée
tendez l’autre oreille svp
me dit l’agent fossoyeur
resté au carrefour de mon âme
pour écloper les souvenirs
 
circulez circulez
la fosse est profonde
passez à travers
les fauves en lame de rasoir
vous attendent de l’autre côté
allez
circulez circulez
 
prière
de dérober la dernière corde
vous unissant au ciel
de la mâcher avec les dents de colère
et de sauter dans le creux
de l’arc-en-ciel

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