Depuis 2001 • No 55 • Montréal • 15.03.2009
Mars 2009

Lire l’intimité de Maurice Henrie

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Esprit de Sel

Se lever le matin et écrire pour respirer, pour saisir le temps et le fil de la pensée. Parler de tout et de rien, de son horloge, de son cactus de noël, de la solitude, du printemps. Évoquer un voyage dans le sud. Réfléchir sur l’art et l’écriture. Entre les souvenirs et le moment présent, écrire même si l’on croyait le moment de se taire arrivé. Griffonner des mots sur du papier. « Écrire des paragraphes entiers. Par bourrasques. Par échappées. D’où les notules qui suivent, accumulées au jour le jour depuis plusieurs années. »

Voilà ce qu’offre Maurice Henrie, dans Esprit de Sel, « à qui voudra les parcourir, dans leur état impromptu et fragmentaire. » L’auteur se laisse ainsi emporter par le besoin d’écrire et va au plus pressant, laisse couler les mots, et permet aux « idées de se déverser à qui mieux mieux ».

Le lire, c’est entrer dans son intimité, c’est l’accompagner dans ses réflexions, voyager de mot en mot avec lui, dans les recoins les plus personnalisés de son univers. Il faut souligner qu’Henrie écrit pour quelques intimes. Comme il l’avance : « J’écris pour ceux de moins en moins nombreux, semble-t-il, qui ont encore le goût d’ouvrir un livre plutôt que de regarder la télé ou de feuilleter une revue. J’écris pour ceux qui trouvent le plaisir à la solitude, à la réflexion, à la magie des mots. J’écris – oserai-je le dire à la fin! – pour moi-même. Pour me manifester. Pour me désengorger. Pour donner une voix à ce qui s’agite si fort en moi. Pour découvrir un sens et une direction à ma vie, face au monde qui m’entoure et qui, certains jours ou même tous les jours, me paraît tout à fait chaotique. J’écris enfin comme d’autres jouent au golf ou s’étendent sur une plage mexicaine, les jeux de l’esprit m’ayant toujours semblé infiniment plus agréables et plus valorisant que ceux du corps. »

Henrie fait son métier d’écrivain. Il recueille sur papier « les élucubrations de son cerveau ». Il parle au papier « plus facilement et mieux qu’à mes amis ou même qu’à mes proches. »

Lire Henrie, c’est trouver un compagnon. C’est apprécier l’écriture comme une fin en soi et un tremplin pour la réflexion. C’est embrasser chaque jour et profiter de la vie, un livre à la main, alors que le soleil se couche ou se lève sur notre existence. C’est saluer la littérature et la puissance des mots, qui semble-t-il, apaisent tout.

Maurice Henrie, Esprit de Sel, Sudbury, Prise de Parole, 2008.

Mars 2009

L’amour des mots

Par Jean-Sébastien Ménard

 
L’amour des objets

Martine Audet publiait récemment L’amour des objets aux Éditions de l’Hexagone. Court recueil, la poétesse y récrée le monde à l’aide de peu de mots. Avec elle, le lecteur ressent l’hiver, la lumière, le silence. Il se retrouve face à lui-même, face à l’écho de l’intérieur auquel la poétesse prête l’oreille.

Audet note l’amour des objets, un bol vide sur les genoux. Elle évoque l’attente. Elle parle de la mort qui rode, qui cherche sa place. Il donne un écho aux petites potences de l’âme, à la terre, aux oiseaux, aux maisons qui ne bougent pas, aux vies qui se retournent, qui « n’appartiennent à personne ».

Elle écrit : « il fait vent et le ciel autour ». Elle mentionne la lune, l’air, la pluie, les feuilles, la lenteur des saisons et du temps. Elle ravive ce qui existe en nous à l’aide de petits vers, toujours bien choisis, qui ruissellent le long de sa pensée.

Avec Audet, le lecteur voit que « l’eau de pluie/ touche terre / se brouille / comme un visage ».  Chez elle, « quelque chose existe, qui n’existe pas. » Entre les coupures et les lignes, «  le sang nettoie la sueur » et le corps. Le lecteur a « envie de toucher à l’alcool du cœur ». Il écoute le vent. Il apprécie la lumière. Il se repose et voit la page comme un mur où se jeter les yeux, où pleurer en silence.

La poésie de Martine Audet en est une calme. Comme l’auteure l’écrit : « où que tu sois tu peux t’y voir toujours »

Divisé en 5 suites poétiques, ce court recueil charme. Il semble être une ode aux émotions en mouvement entre les éléments de la nature qui entraînent de l’objet de l’amour à l’amour de l’objet. Comment appartenir au monde autrement? Aimer. Exister en soi. Voilà ce que rappelle au lecteur Martine Audet.

Martine Audet, L’amour des objets, Montréal, l’Hexagone, 2009, 80 p.

Mars 2009

En quête de certitudes

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Certitudes

Madeleine Thien est considérée comme une écrivaine phare de la nouvelle littérature canadienne. Elle a été finaliste au prix du Commonwealth pour son recueil de nouvelles, Simple Recipes, sa première œuvre de fiction qui lui a aussi valu d’être remarquée dans le cadre du Kiriyama Pacific Rim Book Prize. Intitulé Certitudes, son premier roman a, quant à lui, remporté un succès planétaire. Il a ainsi été publié en quinze langues à travers le monde et il a été récompensé par quatre prix littéraires au Canada. C’est XYZ éditeur qui publie la version française de cet ouvrage dans une traduction d’Hélène Rioux.

Dans un récit oscillant entre le passé et le présent, Thien raconte l’histoire de Matthew Lim, Gail, sa fille, Clara, sa femme ainsi que celle d’Ani et d’Ansel. Né de père chinois, Matthew vivait une vie tranquille à Sandakan, au Nord-Bornéo, jusqu’à ce que la guerre éclate et que les Japonais détruisent tout. C’est alors qu’il connaît la guerre, ses ravages et ses atrocités. Son univers bascule. Tout ce qui semblait être là pour durer disparaît dans la poussière avec les plantations de caoutchouc et la violence des camps de prisonniers. Le père de Matthew, étant propriétaire terrien, a collaboré avec l’occupant japonais pendant la guerre, ce qui provoque une rupture profonde dans la vie de Matthew qui finit par quitter son pays natal. Il se réfugie alors au Canada, à Vancouver, où il mènera une existence relativement paisible mais hantée par le souvenir de cette guerre et de la perte de ses certitudes.

Avec ce roman à voix multiples, Thien dresse le portrait d’une famille et de son histoire à travers le temps et les continents. On y voit les cultures se mélanger, les personnages voyager et affronter leur passé.

Il est intéressant et pertinent de noter que Certitudes a été écrit à la suite d’un voyage de l’auteure en Indonésie où elle a tenté de recoller les morceaux de sa propre histoire familiale parmi laquelle on retrouve un grand-père qui a grandi en Malaisie et qui a travaillé avec les Japonais durant la guerre. Née à Vancouver, Thien est d’origine malaise et chinoise. Si sa mère se disait heureuse au Canada, son père, lui, parlait toujours « de ce qui aurait pu être [s’ils étaient] restés là bas ». C’est suite à cette quête personnelle en Asie, où elle a interrogé sa famille sur la guerre et ses origines, et en réponse à la mort de sa mère que les bases de son roman ont pris formes.

Thien interroge donc, par le relais de la fiction, les certitudes sur lesquelles chacun fonde sa vie, certitudes qui semblent à priori immuables mais qui s’envolent en un clin d’œil en temps de guerre ou suite à la mort d’un être cher. Comme l’a écrit Michael Ignatieff, cité en épigraphe du roman : « Il a dit que nous pourrions affronter le pire si seulement nous renoncions à notre quête de certitudes. Mais qui d’entre nous est capable de cette renonciation? » Avec Thien, on constate qu’il y a des explications pour différentes choses qui nous conviennent pendant un certain temps, puis vient le jour où celles-ci ne suffisent plus, où l’on éprouve le besoin d’interroger à nouveau ce que l’on croyait être des certitudes.

Madeleine Thien, Certitudes, traduit par Hélène Rioux, Montréal, XYZ, 2008, 240 p.

Mars 2009

Tintamarre

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Tintamarre

David Lonergan affirme qu’il n’est pas un critique. Il dit : « Je suis un écrivain, un homme de lettres, un dramaturge, un recherchiste, un scénariste, un créateur dans ce large monde des arts et des médias qui a commencé par hasard comme chroniqueur critique sur la vie artistique acadienne. Une chronique qui s’est construite au fil des parutions. C’est peut-être de n’être pas un critique qui me sauve et me permet de durer comme critique : je rédige cette chronique parce qu’elle répond à un besoin (position du journal) et parce que j’aime ça (position personnelle). À l’instant où le besoin sera moins ressenti par le journal ou que j’aurai du déplaisir à l’écrire, elle n’existera plus. Peut-être est-ce là la seule façon d’exercer la critique dans un petit milieu. »

Dans ses textes, Lonergan s’intéresse à la nouvelle littérature acadienne. Il fait le choix de présenter les auteurs, leurs œuvres, leurs projets tout autant que le milieu et l’époque qui les sous-tend en apportant une lumière à leur démarche créative plutôt que de se contenter d’en être que l’évaluateur. Comme il le remarque : « Mon regard s’attache à la démarche de l’artiste et je cherche surtout à comprendre ce qu’il a voulu faire, puis à m’expliquer à moi-même ce que j’en retiens à travers ce que je ressens. »

Par dessus tout, Lonergan donne envie de lire les œuvres qu’il commente. Il donne envie aux lecteurs d’aller découvrir ces auteurs qui, à l’extérieur des Maritimes, sont souvent peu connus et desquels on ne parle pas, à l’exception des quelques auteurs plus connus comme Herménégilde Chiasson, Gérald Leblanc, Antonine Maillet, Jacques Savoie, France Daigle, Serge Patrice Thibodeau et Frédéric Gary Comeau.. Comme l’avançait Gaston Miron, « Il n’y a pas de petites littératures, il n’y a que des littératures mal diffusées ».

Tintamarre : chroniques de littérature dans l’Acadie d’aujourd’hui se veut donc un recueil de textes parus entre 1994 et 2006, la plupart dans le cadre d’une chronique culturelle intitulée Tintamarre, dans L’Acadie Nouvelle, le seul quotidien francophone du Nouveau-Brunswick. David Lonergan, de semaine en semaine, s’est intéressé à la production littéraire acadienne que l’on découvre foisonnante et intéressante et au sein de laquelle on retrouve les thèmes de l’espace, de la langue, de l’identité, de la persistance et de la persévérance. Il est intéressant de souligner la jeunesse de beaucoup d’auteurs recensés qui prennent la parole pour dire les choses, se nommer et exister dans l’urgence de dire.

Pour Lonergan, sa chronique vise un double objectif, soit : « accompagner la production en partageant avec les lecteurs les événements (au sens très large) dont [il est] témoin, et commenter cette même production en donnant [sa] perception des choses. [Il] voyage donc du compte rendu atmosphérique à la critique pure et dure, mais jamais baveuse ou personnelle, toujours d’une manière qui [lui] est propre, ce qui permet au lecteur de se situer par rapport à [lui] ». Par ailleurs, caractéristique des petits milieux, son écriture tend à être « non compétitive, amicale, rassembleuse et motivante ».

Au-delà des chroniques réunis dans ce recueil, l’auteur insère une histoire du théâtre acadien en cinq pièces ainsi qu’un texte sur la critique dans un petit milieu telle que vécue par un praticien et un autre portant sur le théâtre et l’édition en Acadie dans les années 1990. Il rédige aussi un hommage à son ami Bernard Leblanc, l’homme de théâtre, décédé à l’âge de 63 ans puis il dresse un portait de la « fragile édition acadienne ».

Ouvrage important, Tintamarre est une porte d’entrée pour quiconque s’intéresse à la littérature acadienne.

David Lonergan, Tintamarre : chroniques de littérature dans l’Acadie d’aujourd’hui, Sudbury, Prise de Parole, 2008, 365 p.

Mars 2009

La violence est un mot

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Poétique de l’invective : l’invective chez Louis-Ferdinand Céline et Réjean Ducharme

XYZ éditeur publiait à l’automne dernier, dans sa collection « Théorie et littérature », Poétique de l’invective romanesque, de Marie-Hélène Larochelle, une étude portant sur l’invective chez Louis-Ferdinand Céline et Réjean Ducharme. Professeure à York University, Larochelle rassemble sous le terme de l’invective, « la lutte, le conflit, la querelle, systèmes de relations de la violence verbale dont les excès coagulent une définition chaotique et éminemment subjectives ». Elle voit là un phénomène fondateur d’une certaine tradition littéraire aspirant « à inventer le lecteur à travers des pages acerbes, virulentes, provocantes, obscènes », qu’elle veut comprendre et analyser comme fait de texte.

Comment s’écrit la violence? Comment écrire le cataclysme? Céline autant que Ducharme ont écrit des œuvres qui « souhaitent faire un affront à la littérature, la plus conventionnelle comme la plus révolutionnaire ». Chez eux, le récit devient un espace de transgression où les esprits marginaux débrident les lieux de l’agressif.

Selon Larochelle, l’invective est un « procédé et un langage extrêmes ne supportant aucune limitation. Autrement dit, tout est bon pour attaquer l’autre. Et cette possibilité de la parole – ou cette liberté que prend la parole dans la situation belliqueuse – la rend unique […] autrement dit, une invective s’avère une parole intentionnellement agressive et/ou une parole entendue comme une agression ».

Au cours de son ouvrage, elle démontre bien que si les tabous structurent l’ordre social et que leur fonction première est la protection, « l’invective, en tant que marque de la désobéissance, cherche au contraire à exposer au danger ».

Larochelle s’intéresse donc à la mise en esthétique de la violence et elle place, en ce sens, le lexique au cœur de son étude. Elle veut percevoir « comment le choix des termes oriente et modèle le discours agressif ». L’analyse du lexique sert ainsi de noyau afin d’observer les diverses trajectoires qui déterminent l’origine, la destination et l’impact de ce qu’elle nomme le « mot-projectile ».

Les écritures de Ducharme et de Céline, comme le démontre Larochelle, révèlent un aspect fondamental de la rhétorique de l’invective, soit que la puissance du langage violent repose à la fois sur une justesse, une pertinence, et sur un délire, un égarement. Elle illustre bien que l’invective littéraire s’avère en fait « un échange invectif mimétique, représentatif d’un usage social de la violence verbale, qui met aussi en place une structure de théâtralité selon laquelle la violence peut parfois s’égarer dans des lieux improbables. »

Comme elle le souligne, le texte s’impose comme un espace de tensions, dans lequel l’émotivité de l’écrit est exalté par l’oxymore, « le cri déchire. Il s’énonce à rebours, mais la transitivité de l’émotion lui permet de pénétrer l’écran des habitudes […] le discours de la violence envisage des voyages aux limites du langage, au bout de l’émotion. »

Pour Larochelle, le caractère de l’invective est « relatif au contexte d’énonciation et au ressenti du récepteur. Un même mot, un même geste, peuvent être ou non interprétés comme outrageants. » La lecture de la violence implique ainsi différents motifs dont l’émotivité, elle densifie la relation agonistique et encourage diverses pluralisations sémantiques. L’invective est attendue comme « une irruption du langage, un dire violent, transitif […] L’œuvre est faite pour marquer, voire blesser, le public qu’on veut faire sortir de ses gonds. Aussi s’agit-il de rendre la lecture active. »

Larochelle, avec Poétique de l’invective, suscite de vives réflexions autour de la mise en scène de la violence et surtout, elle donne envie de relire Ducharme et Céline à la lumière de la théorie exposée.

Marie-Hélène Larochelle, Poétique de l’invective : l’invective chez Louis-Ferdinand Céline et Réjean Ducharme, Montréal, XYZ éditeur, 2008.

Nouveautés éditoriales

Mars 2009

Robert Maltais

Le Curé du Mile End

Le Curé du Mile End

Autour de Gilbert Fortin, curé du Mile End, gravite une galerie de personnages attachants, les Héritiers du fleuve, dont un étonnant sous-groupe s’appelle les Westmountaises pour l'indépendance. Grâce à la verve habile de Robert Maltais, c’est effectivement possible. Tenant dans une main le fil de la destinée du peuple québécois et dans l’autre celui de la question religieuse, Le Curé du Mile End risque-t-il de mourir foudroyé, en compagnie de son auteur ?

Robert Maltais est comédien, chanteur et animateur de radio. Il a aussi dirigé des salles de spectacle et créé le concours Ma première Place des Arts. En 1999, il a tout arrêté et s’est retiré dans un monastère, puis sur une île près de la côte française.

Revenu à Montréal, il publie deux romans, Les Larmes d'Adam et Corps célestes, avant de faire paraître son premier titre jeunesse, Le Premier Noël du père Noël. Vient ensuite Hurler, l’histoire d'un jeune chanteur populaire qui trouvera la foi et tous ses excès possibles. Avec Le Curé du Mile End, il présente le quatrième volet de son heptade.

Mars 2009

J. P. April

Ici Julie Joyal

Ici Julie Joyal

En format poche.

 « Mon père, c’est l’insémination artificielle. La recette est simple : vous introduisez la semence d’un homme dans le ventre de la mère supporteuse, vous laissez chauffer à feu doux et, neuf mois plus tard, si l’embryon a pas collé au fond, le bébé est cuit comme un oeuf. »

Quel drôle de phénomène que cette Julie Joyal. Elle court après Harry qui, de son côté, se poursuit lui-même sans jamais se trouver. Elle voudrait aimer, avoir des seins (qui ne poussent pas), mais il ne se passe rien. En désespoir de cause, elle se prend d’amour pour Angel, la vedette numéro 1 de la chaîne 634. Le malheur est qu’Angel n’existe pas. C’est un hologramme, une pure image de synthèse.

Difficile d’embrasser le vide. Les choses seraient moins graves si Mado, la mère de Julie, n’était pas en B.-O (pour burn-out). Le plus incroyable est que le psy de Mad (Mado ne veut plus qu’on la surnomme ainsi depuis qu’elle est en B.-O. !) a conseillé à Julie de s’adresser aux étoiles pour passer à travers cette épreuve. Sans doute, pense Julie, « parce que j’ai un petit rôle dans les gros problèmes de Mam ».

Ce qui n’arrange rien, Julie a la nostalgie de son père absent. Au point que sa mère fait des recherches pour le retrouver. Mais c’est comme essayer de mettre la main sur le seul et unique grain de sable qui nous intéresse dans une plage sans fin. Et pourtant, cela se produit. Mieux encore : Olga, sa grande amie qui est aussi issue d’une insémination, et Julie retrouvent leur père biologique presque en même temps. Un miracle ? Non : un double miracle. Vraiment ?

L’auteur
Pour son dixième livre, J. P. April, figure originale de la fiction spéculative francophone, effectue un retour à l’anticipation sociale. Avec sa verve, sa sensibilité et son imagination à leur meilleur, April explore de l’intérieur le phénomène grandissant des enfants voués à ignorer une part obscure de leur origine.

Mars 2009

Andrée A. Michaud

Lazy Bird

Lazy Bird

Portée par des airs de jazz, Andrée A. Michaud signe un polar dont le héros pénètre bien malgré lui dans un univers où l’ombre du doute se fait de plus en plus pesante, soumettant ainsi le lecteur à une tension qui ne se relâchera pas avant qu’il n’ait tourné la dernière page de cette troublante confrontation avec la folie. Un huitième roman, qui entraîne le lecteur dans un univers où la mort rôde encore, impitoyable.

Andrée A. Michaud construit une oeuvre romanesque qui se distingue autant par la singularité de l’imaginaire qui s’y déploie que par sa grande et très personnelle qualité d’écriture. Mirror Lake (prix Ringuet) confirme l’originalité de cette lauréate du Gouverneur général (Le Ravissement, L’instant même) et sa capacité de passer du monde de la folie au fol univers dans lequel nous évoluons.

Mars 2009

sous la direction de François Ouellet

Lire Poliquin

Lire Poliquin

Les Éditions Prise de parole annoncent la parution de l’étude littéraire Lire Poliquin, sous la direction de François Ouellet.

L'oeuvre de Daniel Poliquin s'impose actuellement comme l'une des plus importantes au Québec et au Canada. Témoignage de son haut profil, l’auteur accumule prix littéraires et honneurs et ses romans sont systématiquement traduits vers l’anglais. Depuis deux décennies l’intérêt des universitaires pour les écrits du romancier, nouvelliste et essayiste est manifeste. La tenue d’un colloque entièrement consacré à son oeuvre était de mise et François Ouellet confirme la participation de treize chercheurs dont François Paré, Lucie Hotte, Robert Yergeau et Jean Morency.

L’ouvrage est conçu pour rendre compte de manière exhaustive de l’état des recherches sur Poliquin. Point de départ, l’introduction présente un compte rendu des travaux publiés avant le colloque sur Poliquin. Puis la conférence prononcée par Poliquin lui-même livre un bilan senti de son parcours d’écrivain. Enfin, les articles issus du colloque constituent un assemblage des recherches les plus récentes sur le sujet. Certains chercheurs s’intéressent au fonctionnement narratif des textes, d’autres à la construction de l’identité des personnages où encore à l’image du Québec dans l’oeuvre. Les perspectives théoriques sont variées et proviennent de chercheurs qui se sont déjà penchés sur l’oeuvre de Poliquin, ou qui le font pour la première fois. La pluralité des points de vue contribue à faire de Lire Poliquin un véritable ouvrage de référence.

«Ce qui étonne chez Poliquin, et ce que ce volume fait comprendre, c’est comment son écriture se laisse apprécier de toutes sortes de manières et que peu importe l’angle, on fait un constat de qualité étonnante. On peut soutenir que Poliquin est un maître de la forme romanesque ou de sa déconstruction, qu’il prise l’ironie ou l’éthique, que sa posture est idéologique ou au-dessus de la mêlée, que sa problématique est individualiste ou identitaire… Et ce romancier qui attise l’intérêt des universitaires est pourtant tout à fait abordable par le grand public.» Normand Renaud

FRANÇOIS OUELLET est professeur de littérature à l’Université du Québec à Chicoutimi, où il est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le roman moderne. Ses recherches portent sur le roman québécois actuel, le roman universitaire, les écrivains méconnus de l’entre-deux-guerres en France et le roman franco-ontarien.

Mars 2009

Michel Ouellette

Iphigénie en trichromie

Iphigénie en trichromie

Les Éditions Prise de parole annoncent la parution de deux pièces de théâtre de Michel Ouellette, Iphigénie en trichromie suivi de La colère d’Achille.

Le dramaturge s’approprie deux mythes de la mythologie grecque qui s’inscrivent dans la continuité d’une réflexion portant sur « l’universalisme de la condition humaine » que Ouellette a amorcé avec Le testament du couturier. À travers ces mythes, il pose un regard critique sur notre société. Dans Iphigénie en trichromie l’auteur revisite le mythe célèbre de la princesse Iphigénie — qui doit mourir pour que les vents se lèvent et que la flotte achéenne se rende à Troie afin de libérer Hélène — en privilégiant une perspective féministe. Dans cet univers, la reine domine le roi, mais des forces agissent dans l’ombre pour renverser la situation et mener à l’avènement d’un nouvel ordre social.

« Somme toute, l’Iphigénie de Michel Ouellette traverse le temps et nous interpelle. Et le fracas final qui vient boucler la boucle, évoquant le sacrifice de la "promise d’Achille" "pour du vent", nous rappelle trop bien que l’histoire se répète. » (Johanne Melançon, Liaison)

Dans La colère d’Achille, l’auteur transpose l’histoire à notre ère moderne. Hatch [Achille] devient un mercenaire américain, à la solde d’une compagnie supranationale à l’oeuvre dans un pays du Moyen Orient.

La pièce Iphigénie en trichromie a été portée à la scène le 27 septembre 2006, dans une coproduction du Théâtre du Nouvel-Ontario (Sudbury) et du Théâtre la Catapulte (Ottawa). La colère d’Achille a fait l’objet d’une lecture publique le 18
décembre 2005, à la Nouvelle scène (Ottawa).

Dramaturge prolifique, MICHEL OUELLETTE oeuvre sur la scène théâtrale franco-ontarienne depuis plus de 20 ans. Il est l’auteur d’une trentaine de pièces de théâtre, dont French Town (Prix du Gouverneur général) et Le testament du couturier (Prix Trillium). Il signe également un roman et un récit poétique.

Mars 2009

Jean Price-Mars

Ainsi parla l’Oncle, suivi de Revisiter l’Oncle

Ainsi parla l’Oncle, suivi de Revisiter l’Oncle

Vient de paraître aux éditions Mémoire d’encrier

Ainsi parla l’Oncle, paru pour la première fois en 1928, est le premier manifeste de la condition noire. Cet ouvrage a influencé l’oeuvre et la pensée des auteurs du mouvement de la négritude comme Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas.

Réédité dans un nouveau format, avec une iconographie nouvelle (paysages et figures de l’Afrique et d’Haïti), cet ouvrage propose une relecture de cette œuvre monumentale qui a servi de bréviaire aux intellectuels des peuples noirs. Pour penser le monde, pour comprendre les mécanismes de l’aliénation, soit du «bovarysme culturel», Jean Price-Mars a mis en avant les traditions, les légendes populaires, le vaudou et tout l’héritage africain qui fondent les cultures noires.

Ainsi parla l’Oncle est suivi du collectif Revisiter l’Oncle qui réévalue les incidences et résonances de cette oeuvre dans le monde entier. Revisiter l’Oncle accueille les textes de Maryse Condé, Dany Laferrière, Jean-Daniel Lafond, Raphaël Confiant, André Corten, Jean Bernabé, Léon-François Hoffmann, Maximilien Laroche, Jean Morisset, Romuald Fonkoua, Alain Anselin, Carlo A. Célius, Asselin Charles, J. Michael Dash, Lilian Pestre de Almeida, Milagros Ricourt, Eloise A. Brière, Kunio Tsunekawa, Joëlle Vitiello, Joël Des Rosiers, Françoise Naudillon, Hérold Toussaint, Christiane Ndiaye, Laënnec Hurbon.

Jean Price-Mars (1876-1969)
Médecin, ethnographe, diplomate, homme d’État, pédagogue et écrivain, est considéré comme le principal maître à penser haïtien du XXe siècle.

À propos d’Ainsi parla l’Oncle
(…) le plus célèbre essai de la littérature haïtienne, Dany Laferrière.

(…) Au bout de ma quête, je devais trouver Alain Locke et Jean Price-Mars. Et je lus Ainsi parla l’Oncle d’un trait comme l’eau de la citerne, au soir, après une longue étape dans le désert, j’étais comblé…, Léopold Sédar Senghor. Ainsi parla l’Oncle

(…) illumine de manière magistrale les efforts que nos pères ont dû accomplir pour entrer (et nous après eux) dans le cercle interdit de l’humanité, Maryse Condé.

Mars 2009

André Pronovost

Plume de Fauvette

Plume de Fauvette

 « La fille des Étoiles, fixée chez Blanche depuis l’avant-veille, flânait au soleil avec ses jumeaux, les petits Chef et Kimberly. L’après-midi battait son plein. Johnny était chez Jean-Marie, ravi d’avoir trouvé un moteur pour sa Pontiac. Violette pondait l’éditorial de son prochain numéro du Sexe controversé. Sentier Lumineux, magnifique à observer, affûtait son couteau à poisson. Jack sifflait dans un brin d’herbe. Bref, rien ne laissait présager les débuts d’une révolution qui, irrévocablement, allait bouleverser la marche de l’Histoire. »

Alors que les citoyens du Bord-de-l’Eau vivent un drame sans précédent, à savoir la rupture annoncée entre Maude et Johnny, ce qui signifierait le cas échéant rien de moins que la mort de l’Amour lui-même, pourquoi faut-il qu’un autre événement d’une aussi grave conséquence vienne bousculer leur quotidien ? Le vieil érable qui donne derrière le Lonely Teardrop Chinese Restaurant, dans la partie supérieure de l’Épaule boisée, a été coupé net. Ce geste d’une sauvagerie innommable provoque la colère de Maude et des anciennes Playmates. Une coalition se noue qui aboutira à une Déclaration unilatérale de l’indépendance, un geste, nous rappelle le narrateur avec un à-propos évident, qui s’apparente à celui de « la guerre de Sécession entre le Nord et le Sud des États-Unis ». Au Bord-de-l’Eau, il faut le savoir, chaque acte posé a une valeur fondatrice.

André Pronovost, avec un doigté qui l’apparente à Marcel Pagnol par l’humour, le ton et l’humanité, nous présente le petit monde du Bord-de-l’Eau, là où chaque individu joue le rôle principal. C’est le cas, bien sûr, de Maxime Lamouche, l’as reporter du Courrier local, mais aussi celui de Lassie, elle qui passe à tout moment de la joie à la tristesse, car on a beau appartenir à l’espèce canine, on n’en est pas pour autant sans émotions, nom d’un chien !

L’auteur
André Pronovost est né à Saint-Vincent-de-Paul, au nord de Montréal, en 1941. Il possède une maîtrise en psychologie animale. En 1978, il a parcouru d’un bout à l’autre le sentier des Appalaches.

Mars 2009

Mélanie Léger

Roger Roger

Roger Roger

Les Éditions Prise de parole annoncent la parution de Roger Roger, une pièce de théâtre de Mélanie Léger.

L’univers farfelu de Roger Roger est le fruit de l’imagination d’une jeune Acadienne, codirectrice artistique du nouveau théâtre gitan moderne, le Théâtre Alacenne. Parmi le cortège de personnages qu’elle présente, un couple se distingue : Roger et Annie, deux grands timides. Diplôme universitaire en main, Roger qui n’a pourtant pas de plan de carrière, se trouve un emploi comme électricien. Ses rêves, il les inscrit dans une lettre qu’il insère dans un PlayBoy. Pour sa part, Annie est une solitaire qui a pour seul ami un micro-ondes. Dès leur première rencontre, ils profitent d’une panne de courant pour unir leurs corps dans une mer de fils électriques. Une relation étrange, pimentée de maladresses et de situations comiques débute alors. Mais les problèmes de Roger ne le quittent pas pour autant. Doit-il prouver à son père, persuadé du contraire, qu’il « foutra quelque chose d’excitant dans sa vie ? »

Le milieu acadien est unanime face au talent de Mélanie Léger : une «comédie déjantée d’une dérision rafraîchissante», signale Louis-Dominique Lavigne dans sa préface; une « comédie loufoque, avec un humour fin frisant l’absurde », déclare Sylvie Mousson de l’Acadie nouvelle; « une vision délurée, joyeuse, impertinente, même critique par instants, de notre société », affirme David Lonergan dans L’accent acadien.

« Tout ce qui émerge de Roger Roger représente ce que j’aime le plus au théâtre : un humour fin, de l’insolite, du rêve, cette sorte d’absurde, jamais gratuit, qui en appelle avant tout à la réflexion. [...] J’ai l’impression d’avoir en main un petit bijou d’une jeune auteure qui promet.»

MÉLANIE LÉGER a remporté la bourse Bernard-Cyr pour l’avancement du théâtre francophone au Canada en 2006. Elle a écrit de nombreuses pièces, dont Laura de Montréal (2006 ) et Sous le Guy (2005).

Mars 2009

Frederick Durand

Sombre d'ailleurs

Sombre d'ailleurs

Sombre d’ailleurs explore la force créatrice et destructrice de l’imaginaire par le biais de poèmes brefs et percutants, en vers et en prose. Si «la première étape sera d’embrasser », annonçant l’intensité à venir, le reste ouvre la porte à tous les possibles. Une multitude de scénarios passionnels s’ensuivront, vécus ou non, à venir ou remémorés, possibles ou impossibles. Ce recueil se veut une réflexion sur les pulsions de vie et de mort qui nous habitent, sur la peur, l’incertitude, la solitude et la puissance du monde intérieur qui nous permet de survivre au monde jour après jour.

FRÉDÉRICK DURAND est né en 1973. Après avoir complété un doctorat en littérature à l’UQTR, il a enseigné à l’Université du Québec à Trois-Rivières, au Collège Laflèche et au Cégep de Trois-Rivières. Il a publié onze romans, trois recueils de poésie et un recueil de nouvelles chez différents éditeurs. Frédérick Durand a aussi publié des nouvelles, des articles et des comptes-rendus, en anglais et en français, pour divers périodiques, dont Tangence, Recherches sociographiques, XYZ et Les Cahiers de la Société bibliographique du Canada.

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