Se lever le matin et écrire pour respirer, pour saisir le temps et le fil de la pensée. Parler de tout et de rien, de son horloge, de son cactus de noël, de la solitude, du printemps. Évoquer un voyage dans le sud. Réfléchir sur l’art et l’écriture. Entre les souvenirs et le moment présent, écrire même si l’on croyait le moment de se taire arrivé. Griffonner des mots sur du papier. « Écrire des paragraphes entiers. Par bourrasques. Par échappées. D’où les notules qui suivent, accumulées au jour le jour depuis plusieurs années. »
Voilà ce qu’offre Maurice Henrie, dans Esprit de Sel, « à qui voudra les parcourir, dans leur état impromptu et fragmentaire. » L’auteur se laisse ainsi emporter par le besoin d’écrire et va au plus pressant, laisse couler les mots, et permet aux « idées de se déverser à qui mieux mieux ».
Le lire, c’est entrer dans son intimité, c’est l’accompagner dans ses réflexions, voyager de mot en mot avec lui, dans les recoins les plus personnalisés de son univers. Il faut souligner qu’Henrie écrit pour quelques intimes. Comme il l’avance : « J’écris pour ceux de moins en moins nombreux, semble-t-il, qui ont encore le goût d’ouvrir un livre plutôt que de regarder la télé ou de feuilleter une revue. J’écris pour ceux qui trouvent le plaisir à la solitude, à la réflexion, à la magie des mots. J’écris – oserai-je le dire à la fin! – pour moi-même. Pour me manifester. Pour me désengorger. Pour donner une voix à ce qui s’agite si fort en moi. Pour découvrir un sens et une direction à ma vie, face au monde qui m’entoure et qui, certains jours ou même tous les jours, me paraît tout à fait chaotique. J’écris enfin comme d’autres jouent au golf ou s’étendent sur une plage mexicaine, les jeux de l’esprit m’ayant toujours semblé infiniment plus agréables et plus valorisant que ceux du corps. »
Henrie fait son métier d’écrivain. Il recueille sur papier « les élucubrations de son cerveau ». Il parle au papier « plus facilement et mieux qu’à mes amis ou même qu’à mes proches. »
Lire Henrie, c’est trouver un compagnon. C’est apprécier l’écriture comme une fin en soi et un tremplin pour la réflexion. C’est embrasser chaque jour et profiter de la vie, un livre à la main, alors que le soleil se couche ou se lève sur notre existence. C’est saluer la littérature et la puissance des mots, qui semble-t-il, apaisent tout.
Maurice Henrie, Esprit de Sel, Sudbury, Prise de Parole, 2008.















