Depuis 2001 • No 55 • Montréal • 15.03.2009
Avril 2009

Agir ensemble pour vivre dans un monde meilleur

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Entrevue avec la productrice Lissandra Haulica, invitée à la 4e édition du Festival de films sur les droits de la personne de Montréal

par Iulia-Anamaria Salagor

Initié en 2006 par Images interculturelles dans le cadre de la Semaine d’actions contre le racisme (SACR), le FESTIVAL DE FILMS SUR LES DROITS DE LA PERSONNE DE MONTRÉAL (FFDPM) a pour objectif de créer, par le biais du cinéma, un espace de rencontre, de discussion et de réflexion sur les thématiques des droits humains et du respect des libertés fondamentales. Les films sélectionnés offrent un point de vue critique sur les crises passées et actuelles et les drames humains méconnus du public (www.ffdpm.ca).  

La 4e édition du  FFDPM s’est ouvert le 12 mars avec la projection en première nord-américaine du film « 8 » réalisé par Jane Campion, Gael Garcia Bernal, Jan Kounen, Mira Nair, Gaspar Noé, Abderrahmane Sissako, Gus Van Sant et Wim Wenders, et produit par Lissandra Haulica et Marc Oberon de LDM Productions. L’auditorium Allumni de l’Université Concordia était plein à craquer lors de la soirée d’ouverture. Cette participation massive a réussi à  surprendre même les organisateurs. L’éco-sociologue  Laure Waridel,  porte-parole du 4e FFDPM, Diya Angeli, directrice de la programmation et Alix Laurent, président et fondateur ont soutenu des allocations à l’occasion.   

Le film « 8 » est, en fait, une succession de 7 films de fiction et un documentaire. Chacun d’entre eux traite un aspect de  ce qu’ on appelle maintenant « Les Objectifs du Millénaire pour le Développement. ». En septembre 2000, 191 gouvernements se sont engagés à réduire de moitié la pauvreté dans le monde d’ici 2015. Ils se sont fixé 8 objectifs considérés par Muhammad Yunus, récipiendaire du Prix Nobel de la paix de 2006, comme étant « La décision la plus audacieuse prise par l’humanité ». À mi-parcours de la période de réalisation de ces objectifs, l’urgence se faisant sentir,  la production  LDM Productions désire en effet  sensibiliser l’opinion publique à la nécessité d’agir. Le film « 8 »  est destiné aussi  aux dirigeants politiques afin qu’ils n’oublient pas leurs engagements. 

Le premier objectif est d’éradiquer l’extrême pauvreté et la faim. La cible est de réduire de moitié la proportion de la population (1,3 milliard d’êtres humains) dont le revenu est inférieur à un dollar par jour, mais aussi celle qui souffre de la faim. L’objectif a été illustré dans la fiction « Le rêve de Tiya » d’ABDERRAHMANE SISSAKO, film tournée à Addis-Abeba, Éthiopie.  

Le deuxième objectif est d’assurer l’éducation primaire pour tous, car dans les nations les plus pauvres, un enfant sur cinq n’a pas accès à l’éducation primaire. L’importance d’apprendre à lire et à écrire est mise en évidence dans « La lettre » de GAEL GARCIA BERNAL, fiction tournée à Reykjavik, Islande.

 
Combattre le VIH /SIDA, le paludisme et d’autres maladies c’est le troisième objectif que l’on retrouve dans le touchant documentaire de Gaspar Noé et tourné à Ouagadougou, Burkina Faso, intitulé très simplement : « SIDA ». Ces quatre lettres cachent une réalité effrayante : plus de 45 millions de personnes dans le monde sont infectées par le VIH, 95% d’elles vivent dans les pays en développement.

 
 
Pour le quatrième objectif- Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes -  la cinéaste MIRA NAIR a réalisé à Brooklyn, le court métrage de fiction «  How Can It Be ? »  

Assurer un environnement durable, la cinquième objectif est illustré par Jane Campion dans une impressionnante histoire d’une communauté australienne. On comprend le désespoir des personnages  du film « The Water Diary », car près d’une personne sur cinq dans le monde n’a toujours pas accès à l’ eau potable et 40% de la population mondiale ne bénéficient pas du système d’assainissement de base.

 
Le film « Mansion on the Hill » de GUS VAN SANT, tourné à San Francisco met en lumière le contenu du 6e objectif,  celui de réduire la mortalité infantile. 30 000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque jour de maladies qu’on aurait pu éviter. 

On voyage en Amazonie péruvienne  pour  connaître  « L’histoire de Panshin Beka » de JAN KOUNEN   et pour réfléchir  à la santé maternelle. Une femme africaine sur 5 perd un enfant au cours de sa vie contre une sur 125 dans les pays riches.

 
Le dernier objectif est de mettre en place un partenariat mondial pour le développement. De 1990 à 2001, les pays donateurs ont diminué leur aide pour le développement. Le pourcentage de leur PIB est passé de 0,33% à 0,22%. Ceci est très loin des 0,7% que les pays riches ont promis lors des conférences de Monterrey et de Johannesburg. Les pays pauvres se sont engagés à mieux gouverner et à investir en priorité dans leur population à travers leurs systèmes de santé et d’éducation. Les pays riches se sont engagés à les soutenir à travers l’aide, les remises de dette, un commerce international plus équitable et un transfert des technologies. Le cinéasteWIM WENDERS a tourné à Berlin le film « Person To Person » afin d’illustrer cet objectif. 

Invitée à Montréal pour l’ouverture de cette édition du FFDPM, la productrice française d’origine roumaine Lissandra Haulica a répondu, après la projection de son film, aux questions du public. Elle a eu l’amabilité de m’offrir plus de détails sur ce projet qui a gagné le Prix du Cinéma pour la Paix 2009, pour sa contribution aux Objectifs du millénaire pour le développement.  

Iulia-Anamaria Salagor :  Quelle est l’histoire de ce projet et dans quelle mesure le fait que votre père, l’académicien Dan Haulica, ait été ambassadeur de la Roumanie à l'UNESCO  et vice-président du Conseil Exécutif de cet organisme, a influencé le choix du sujet ? À mon avis, la présence de ce film dans la programmation du FFDPM est de plus importante, car les 15 et 16 avril prochain, Montréal sera l'hôte, pour une troisième fois, du Sommet du millénaire de Montréal.

Lissandra Haulica: Il n’y a eu aucune sorte d’influence, tout au plus une sensibilité commune peut-être. L’histoire est bien plus simple : nous avons entendu parler de cette campagne des Objectifs du Millénaire, et nous  l’avons trouvée  extrêmement ambitieuse et inédite ; c’est la première fois que tous les pays s’engageaient dans des promesses aussi précises et ambitieuses. Nous avons été surpris de n’en avoir jamais entendu parler, et de découvrir que le public n’était pas du tout informé. Il nous a semblé intéressant d’en parler, et d’en faire des films car là est notre métier. 

I-A.S.: Quel est le but de votre démarche ?  

L.H.: Le but de cette démarche à l’origine, c’est-à-dire il y a 5 ans, était d‘informer. Des choses sont désormais possibles, aujourd’hui nous sommes la première génération capable d’en finir avec la pauvreté. Je pense que plus on est informé,  plus on a les moyens d’être vigilants, de faire attention, de voir si les gouvernements respectent leurs engagements. Aujourd’hui on arrive en 2009, à plus de  la  moitié de l’échéance des OMD, et force est de faire un constat. Où en sommes-nous ? 

I-A.S.: Quels ont été les critères de  sélection pour les huit réalisateurs ? Comment les avez-vous choisis?

L.H.: Nous les avons choisi par affinité et pour certains en tenant compte de leur engagement précédent. 

I-A.S.: Dans une entrevue accordée en 2007, vous avez déclaré que Sean Penn a donné son accord définitif pour participer à votre projet. Pourquoi son nom ne se retrouve pas sur l’affiche ? 

L.H.: Il y avait  d’autres réalisateurs qui avaient envie de  participer  mais dont le calendrier était trop chargé ; à un moment donné Sean Penn devait faire partie de l’aventure, mais finalement il n’a pas pu le faire  car à ce moment-là il avait la promotion de son long métrage à gérer. 

I-A.S.: Depuis la première mondiale en octobre 2008, quelles ont été les réactions suite aux visionnements de votre film ? Est-ce que vous pensez qu’il y a une différence de perception entre les pays en fonction de leur degré de développement ? 

L.H.: La première mondiale du film était à Rome, avec de très bonnes réactions. Les réactions sont positives en général, le film suscite beaucoup de débats et de questionnements. Nous allons essayer d’organiser une tournée du film en Afrique, et plus généralement dans les pays du Sud, dans les pays où les distributeurs ne vont pas Nous envisageons d’organiser  cela nous-mêmes. A cette occasion, nous pourrons aussi mesurer la différence de perception entre le public du Nord et du Sud. 

I-A.S.: Parmi les 8 objectifs du Millénaire, quel était le plus difficile à atteindre au niveau artistique dans votre production ? 

L.H.: Au niveau artistique, un des plus difficiles à réaliser fut le huitième, « le partenariat nord-sud »,  parce  qu’il s’agit d’un sujet  assez abstrait et théorique,  qui fait en quelque sorte la synthèse de tous les autres. 

Ce n’était pas facile à  traduire en images, mais Wim Wenders  a très bien réussi. 

I-A.S.: Quels sont les projets à venir pour vous et votre partenaire, Marc Obéron ? 

L.H.: Pour l’instant, distribuer ce film…  

I-A.S.: Merci et bonne chance !

Mars 2009

Entrevue avec Daniel Myssyk - chef d’orchestre et directeur artistique

Appassionata - L’implication sociale par l’intermède du métissage sonore

par Iulia-Anamaria Salagor

Le 17 février dernier, à l’ auditorium Patro Le Prévost, le Conseil d’administration et la direction de l’ensemble instrumental Appassionata  ont organisé un cocktail de lancement du projet « Mediation Appassionante 2009 ».  L’activité s’est inscrite dans le calendrier du Mois de l’Histoire des Noirs 2009 et a bénéficié de la collaboration du Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec. À cette occasion, le chef d’orchestre et directeur artistique de cet orchestre de chambre composé principalement d’instruments à cordes, a eu l’amabilité de nous offrir plus de détails sur son parcours artistique et ses projets.

Iulia-Anamaria Salagor : D’où vient votre passion pour la musique? Il y a une tradition musicale dans votre famille?

Daniel Myssyk : Il n’y a pas vraiment de tradition musicale, ma mère et mon oncle jouaient du piano, mais c’est tout, ce n’est pas ça qui a vraiment été la bougie d’allumage pour moi; c’est plutôt la rencontre avec un professeur de guitare classique, à l’âge de quatorze ans, qui a été le vrai moment déclencheur. J’allais prendre des cours en privé chez lui, puis après la leçon il y avait au moins une heure supplémentaire où on parlait et on écoutait toute sorte de musique; c’était d’une richesse incroyable, une chance remarquable… Il était lui-même, à l’époque étudiant à l’université McGill en guitare classique et en en composition, il était ouvert à toute sorte de styles, il faisait aussi de la guitare jazz, il avait une guitare flamenco. Aujourd’hui, je me rends compte à quel point je suis tombé avec beaucoup de chance sur la bonne personne pour éveiller la passion  qui germait en moi, c’est ainsi que j’ai commencé des études en contrebasse au Conservatoire de Montréal.

I.-A. S. : Parlez-nous un peu de votre parcours musical et académique. Comment avez-vous pris la décision de passer de l’étude de contrebasse à l’écriture musicale et après à une deuxième maîtrise en direction d’orchestre?

D.M : La contrebasse, le bon côté c’est qu’on pouvait jouer dans un ensemble, contrairement à la guitare qui était un instrument plus soliste. Au départ j’ai trouvé ça un peu plus monotone, mais quand on se met à travailler sérieusement un instrument ce n’est pas long qu’on découvre les possibilités d’expression ; si on travaille toujours plus fort on s’aperçoit qu’on peut vraiment faire un bon bout de chemin dans la carrière comme musicien. J’ai fait en parallèle avec les cours de contrebasse,  des études en écriture à l’Université de Montréal. Après, en 2000,  j’ai fondé Appasssionata, tout en maintenant des activités de formation durant l’été. J’ai été approché par Larry Rachleff, un professeur fantastique de Rice University à Houston, pour faire une maîtrise avec lui en direction d’orchestre, avec une super bourse, une offre que je ne pouvais refuser. Une fois que j’ai entrepris ces études là-bas, j’étais totalement dans le bain de la direction, j’ai même cessé mes activités de contrebassiste pour me consacrer exclusivement à la vocation de chef d’orchestre, qui demande beaucoup de temps.

I.-A. S. : Vous avez fondé en 2000 l’ensemble Appassionata. S.V.P., dévoilez-nous les raisons qui font que vous avez privilégié deux secteurs d’intervention :le public jeunesse et le public issu des communautés culturelles.

D.M. : Au total il y a trois secteurs d’intervention, mais vous en avez ciblé deux très importants qui nous distinguent aussi des autres ensemble de musique de chambre montréalais. On sent qu’on a une vocation particulière, de sensibilisation et d’éducation des jeunes, moi-même j’enseigne à l’université  et je dirige un orchestre à l’université aux États-Unis où j’habite à plein temps maintenant. Pour moi la portion de l’éducation est très importante. Avec un véhicule comme Appassionata, on peut monter plus facilement des projets dans ce sens-là, car on est un ensemble on a une géométrie variable, on peut réaliser des spectacles qui requièrent moins d’instrumentistes. Les vertus de cet ensemble c’est qu’on peut travailler en petit groupe pour la jeunesse, par exemple pour le concert « Le Soldat de Stravinski » on a sept musiciens, une formule plus souple et moins coûteuse pour les écoles. Le côté communautaire c’est un nouveau volet, plus exploratoire, il y a de la musique contemporaine, de la musique de création, des musiciens issus d’autres origines.

I.-A. S. : Est-ce que vous visez une communauté  particulièrement ? Donnez-moi plus de détails sur  le projet de rapprochement communautaire « Mediation Appassionnata » que vous venez de lancer aujourd’hui.

D.M. On a commencé avec l’Orient. Cette année en mai on a  un immense projet avec Zal Idrissa Sissikho qui joue de la kora, une harpe africaine à 21 cordes, un projet qui est centré plus sur l’Afrique de l’Ouest avec ses sonorités particulières polyrythmiques, on est allé chercher un artiste qui vit ici depuis plusieurs années et qui est maître dans son domaine ; c’est vraiment un secteur qui est, d’après moi, prometteur.

I.-A. S. : D’où vient la préférence pour le métissage  musical comme dans le concert «  Promenade à Dakar » ?

D.M. Les origines de mon goût pour le métissage  c’est dans ma propre pratique d’instrumentiste ; il y a quelques années, je travaillais avec un groupe qui s’appelle Zeugma. À l’époque on travaillait sur une musique à caractère moyen-oriental, mais qui avait quand même une allure relativement savante. La compositrice Katia Makdissi-Warren formée à l’université, aimait s’inspirer des musiques traditionnelles des différents pays de l’Afrique du Nord, je pense à la Tunisie, aussi au Liban. Ce travail là, en collaboration avec ce groupe, ça m’a vraiment nourri ; je me suis dit qu’avec Appassionata je pourrais transposer cette approche de métissage et le faire à une plus grande échelle.

I.-A. S. : Quelles sont, d’après vous,  les particularités de ces groupes de public ?

D.M. Comme l’ensemble Appassionata est installé dans le secteur Villeray, Saint-Michel, Parc-Extension, un gros arrondissement du centre-nord, il y a une multitude de communautés culturelles ici, plus de 60 ethnies différentes dans Parc-Extension; c’est un quartier relativement défavorisé et on trouve dans St-Michel une grande présence d’Haïtiens, donc on a pensé que c’était une bonne façon de faire le contact avec les gens de ce quartier et les  différents milieux communautaire avec le projet. On travaille avec un agent de liaison qui essaie de lancer le plus d’invitations possible aux différentes communautés. L’ensemble désire intéresser un groupe de citoyens issus entre autre des communautés africaines et haïtiennes à prendre part le printemps prochain à une série de 5 rencontres, dont des ateliers-conférences et un concert intitulé « Promenade à Dakar ». L’objectif est que chacun de ces après-midi d’apprentissage et d’échanges rythmés par la musique et la danse devient de petites fêtes collectives pour favoriser des liens interculturels. Donc, tout au long du mois de mai, les participants se familiariseront avec le Québec, ses institutions et sa culture, grâce à la création musicale et l’improvisation corporelle, comptant sur la présence d’artistes, on a une danseuse africaine et conférenciers issus d’horizons diversifiés. On essaie toujours d’avoir cette partie festive pour garder l’attention du public…

I.-A. S. : Je vois que vous aimez bien ce côté festif, d’ailleurs vous avez  participé à plusieurs festivals internationaux, dont le Festival du monde arabe et le Guitar Foundation of America. Quels sont d’après vous les avantages de participer à ce type d’évènement ?

D.M. C’est la visibilité pour Appassionata, ensuite c’est la possibilité de travailler sur un projet, selon l’intérêt de chaque évènement de ce type.

I.-A. S. : Quel conseil pouvez-vous donner à un musicien issu d’une communauté culturelle qui veut performer et faire carrière à Montréal ?

D.M. Il y a des réseaux, le premier qui me vient en tête c’est  Musique Multi Montréal, il y a des gens qui sont vraiment allumés par le courant de World Beat d’ici, des gens qui sont tannés d’entendre toujours la même musique pop sur des chaînes de radio commerciales, il y a toute une éclosion de musique variée à Montréal, il y a beaucoup d’offres, donc  ce n’est pas facile de trouver le filon pour se faire connaître si on est relativement nouveau en ville. Il faut connaître les gens qui tirent les ficelles dans le milieu, trouver surtout les diffuseurs. Pour ceux qui arrivent déjà avec un niveau extraordinaire, des virtuoses reconnus, il y a la possibilité de présenter une fois par année leur projet à divers diffuseurs , l’évènement s’appelle Rideau et je leur conseille d’y participer avec leurs projets, leurs réalisations, des CDs,…


I.-A. S. : Quel a été l’impact d’enregistrer le premier disque Idyla sous l’étiquette Fidelio, l’année passée ? Quelles sont les réactions de médias?

D.M. : Les réactions pour ce premier disque d’Appassionata sont excellentes, c’était la bonne décision de montrer un groupe comme celui-là. L’enregistrement  d’un disque  prend du temps, il y a toute une étape de mûrissement  et  on était vraiment prêt l’année passée pour produire ce CD. Mais il faut s’assurer d’une qualité exceptionnelle pour tout le programme qu’on veut graver, nous sommes un orchestre très soudé, avec une belle chimie, mais ça aide aussi un groupe à  mûrir s’il travaille ensemble sur un tel projet d’enregistrement.

I.-A. S. : Quels sont les projets pour 2009 ?

D.M. : Le plus important reste le projet « Mediation Appassionante »,  et le concert « Promenade à Dakar», qui est le point culminant de tout cela. On invite donc les personnes intéressées à découvrir des sonorités exotiques, à participer le vendredi 29 mai 2009 à 20h, (Auditorium Patro Le Prévost, 7355, avenue Christophe-Colomb) à ce concert pour écouter une oeuvre pour kora et orchestre de chambre de René Oréa-Sanchez et « La création du monde » de Darius Milhaud. En été je vais aller aux États-Unis pour travailler là-bas, et en automne on va préparer la saison 2009-2010, qui va être axée sur la musique sud-américaine.

I.-A. S. : Je vous remercie beaucoup pour votre temps et je vous souhaite bonne chance dans vos activités.

D.M. : Merci à vous !

 Photo: Daniel Myssyk © JP Desjardins

Mars 2009

Interview with Iosif Király

Layers of memory in photography

by Corina Ilea

Iosif Király is a visual artist who lives and works in Bucharest, Romania. His photographs explore the relationship between memory time and perceptions. This interview follows the publishing of Iosif Király’s last artist catalogue, Reconstructions in March 2009 in Romania.

Corina Ilea: The status of the digital image is radically different from that of the photography-object. In this context, what is the importance of the last catalogue Iosif Király, “Reconstructions”?

Iosif Király: The photography displayed on a screen has a pronounced immaterial nature when compared to the printed one. Rather than object, it is, to a greater extent, information. Probably that most of the artists formed before the transition from the analogue image to the digital one, and I am one of them, preserve even today an increased respect towards the image on paper rather than towards the same image presented as pixels on a screen. I think that in music the transition from the analogue to the digital medium took place almost two decades earlier and, similar to many photographers nowadays, many musicians would have liked at that time to preserve their creations on vinyl LPs (their covers reaching a high degree of subtlety) rather than on the new, but less compelling CDs. Even if photography albums will continue to be produced in the future, I think that they will increasingly become collection items, more and more sophisticated, and the information regarding an artist’s work will be transmitted and received by means of screens (whether computer, tv set, mobile phones or otherwise).
The “Reconstructions” album that you refer to represents, for the first time, a section through the history and development of the photographic project I have been working on for almost a decade.

C.I.: Where does the “Reconstructions” project stand within your artistic discourse? Is there continuity with respect to your previous projects?

I.K.: The visual representation of time, as well as the relationships between time and memory posed a great interest for me even since my teenage years, since the beginning of my relationship with photography.
Every time I used to be in the photo-laboratory, blowing up or transferring a photographic image from film to paper, I had the feeling of taking again part in the scene that was forming in front of my eyes on the photosensitive paper immersed in the developer tank. During those moments I was experiencing a time expansion, exploring in silence new details that could have passed unobserved during the photographic process. Photography would thus become a medium through which I could re-experience in an indirect, but nonetheless more detailed/in-depth manner, in slow-motion, certain moments of my own life. The “Reconstructions” project makes a clearer distinction between the two moments in the production of a photograph: the time of lived experience (a photographical recording of the lived moment) and the time of confession (the transfer of that moment in an image)

C.I.: To what extent do your works represent a documentation of a changing reality or an artistic reconstruction? Where do these two approaches meet?

I.K.: The works in the “Reconstructions” series are compound, poly-perspective images, where each constitutive photograph (snapshot) functions as a byte of information and memory. The fact that these snapshots, displayed in several layers (more or less transparent) are taken approximately from the same spot (place) but at different moments in time (with a lapse of time of minutes, days, months or years) provides the final image with a spatial coherence, and at the same time with a temporal discontinuity. The way I connect the layers, focusing on certain details while others are being blotted out, renders a rather subjective than objective result. Therefore we have a subjective interpretation (the panoramic reconstruction) achieved by coalescing objective fragments of reality (photographic snapshots). A kind of docu-fictions.

C.I.: Is there a photographic tradition relevant for you?

I.K.: Starting from the present knowledge and looking back towards the history of photography and in general towards the history of art, I can say that I do feel a kinship with Gordon Matta-Clark’s photographic montages. Or with Ed Ruscha’s street displays. David Hockney’s photographic compositions span a bridge connecting me with a tradition from the European painting (dating back to around the beginning of the 15th century) which made use of optical devices in order to capture fragments of reality, which later on were re-arranged and re-composed within the frame of the painting. There is no news anymore that the way many contemporary photographers work with digital photography is closer to the way painters work than to film based photography. To be clearer, I would mention a very well known concept in the history of photography, Henri Cartier-Bresson’s “decisive moment”. In other words, if the photographer working with film attempts to capture, through framing and time of exposure, the maximum tension from a certain scene, the digital photographer generates that very moment – similar to a painter – combining fragments from photographs taken at different moments and sometimes in different places. The fact that people got used to looking at photographs as if they were paintings creates a broader problem, especially for photojournalism, whose existence is based primarily on the indexical quality of photography. But this is a different discussion.

C.I.: What bridges towards your work can access a beholder who does not belong to the Romanian culture?

I.K.: There was a time when this issue was really bothering me, entailing me to build in my mind al sorts of scenarios and strategies meant to control and open up as many as possible these types of “bridges.” Today I think that for an artist it is unproductive to brood over this kind of things. To concentrate on certain themes and visual formulas which might resonate in the culture of a beholder from a different part of the world, with certain stereotypes about Romania or East-Europe, Balkans or post-communism, is a waste of time. I do consider that a certain clarity, quality and honesty of my artistic discourse will make it accessible and comprehensible for a person unfamiliar with the cultural or historical realities of the place where I come from.

C.I.: Within the context of an extremely accelerated informational exchange, where the geographic and cultural borders are permeable, in continuous expansion and transformation, what is the role played by the Romanian photography?

I.K.: Even though at the moment in Romania there are many Art Universities with photography and dynamic image (film/video) departments and even though I have myself contributed to the establishing of one of them at the beginning of the ’90, I do not think that we can talk about a “Romanian school of photography.” Nevertheless, there are artists living in Romania, being also active in other parts of the world, or others who do not live anymore in Romania, but they come back sometimes to develop certain projects and to exhibit here – all these artists work with photography in the same way as they work with other mediums (painting, video, etc). I can not say exactly to what extent their works are perceived as being “Romanian.” I do not even know if this really matters. But I do notice that their activity is more and more visible, both in Romania and internationally and I am convinced that at a certain moment there will be a revival, the same way as it happened recently with the “Romanian film.”

Photo: www.timeoutbucuresti.ro/11386/time-out-heroes/

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