Depuis 2001 • No 55 • Montréal • 15.03.2009
Sortie : décembre 2008

The Reader

The Reader

Durée : 2h03

Distribution : Kate Winslet, Ralph Fiennes, David Kross

Réalisation : Stephen Daldry

Scénario : David Hare, d’après le roman de Bernhard Schlink

Production : Etats-Unis, Allemagne

Source : www.alliancefilms.com

Par Tina Armaselu

Michael Berg (David Kross), un adolescent allemand des années 50, fait par hasard la connaissance d’une femme de deux fois son âge au nom de Hanna Schmitz (Kate Winslet) avec laquelle il a une relation amoureuse. Leur passion secrète devient plus profonde, doublée par le penchant de Hanna de se faire lire par Michael des passages entiers de livres tels que « Huckleberry Finn », « Lady Chatterley's Lover », « The Odyssey » ou « The Lady with the Little Dog ».Huit ans après la disparition mystérieuse de Hanna, Michael, étudiant en droit, la retrouve dans des circonstances différentes, en tant qu’accusée d’un procès contre les employés des champs Nazis, occasion pour lui de découvrir non seulement le passé mais aussi un secret plus intime de cette femme.

L’histoire n’est pas racontée de façon linéaire, mais par des sauts en avant et en arrière dans le temps, entre les années 50 et 90 où on retrouve Michael mature (Ralph Fiennes), encore hanté par cette période de sa jeunesse. Au-delà du jeu remarquable des acteurs, et surtout de la prestation de Winslet (jouant à la fois sur la sensualité, le sentiment materne, la dureté, un certain sens de la responsabilité, l’incapacité d’entièrement saisir les conséquences ou le poids de ses actes), le film est à noter par la perspective nuancée qu’il projette sur la psychologie des personnages. Centré sur le sentiment de la culpabilité et les différentes conjonctures et raisons de s’assumer la responsabilité de la culpabilité ou le droit de blâmer, « The Reader » met ainsi en lumière un aspect assez trouble de la période immédiatement après la guerre, c’est-à-dire le rapport entre une génération ayant vraiment vécu la guerre et la génération qui la suit.

Sortie : 13 février 2009

Lost Song

Igor

Durée :1h42

Distribution : Suzie LeBlanc, Patrick Goyette, Ginette Morin

Scénario et réalisation : Rodrigue Jean

Production : Canada

Source : www.tiff08.ca/filmsandschedules/films/lostsong

Par Tina Armaselu

Devenus parents pour la première fois, Pierre (Patrick Goyette) et Élisabeth (Suzie LeBlanc), un couple dans la trentaine, se retirent, avec leur nouveau-né, à un petit chalet au bord du lac, pour la période de l’été. Pierre va quotidiennement en ville pour son travail et Élisabeth, secondée par sa belle-mère, Louise (Ginette Morin), qui habite aux alentours, essaie de s’habituer peu à peu à son rôle de mère, tout en répétant de temps en temps en vue de son futur concert comme soprano. Bien que le cadre soit plaisant, la solitude des lieux ainsi que la nouvelle responsabilité d’Élisabeth semblent amener vers la surface les signes d’une détresse profonde, longtemps réprimée …

Par des dialogues simples, de longs moments de silence (qui laissent entendre seulement le bruit des pas, des objets ou provenant du cadre naturel) et de beaux mais rares passages interprétés par Suzie LeBlanc, le film réussit à créer une tension soutenue et l’impression que quelque chose de mal doit inévitablement se produire. « Lost Song » joue ainsi notamment sur le non-dit, le spectateur n’ayant pas accès direct à la psychologie des personnages. Un film à la fin ouverte qui essaie de transmettre le sentiment de la perte par des moyens qui vont au-delà des mots et qui laissent de la place pour que le spectateur s’imagine les causes et les motivations déterminant les protagonistes d’agir d’une façon ou d’une autre.

Sortie : 25 décembre 2008

The Curious Case of Benjamin Button

Durée :2h39

Distribution : Brad Pitt, Cate Blanchett, Taraji P. Henson, Julia Ormond

Réalisation : David Fincher

Scénario : Eric Roth, d’après une nouvelle de F. Scott Fitzgerald

Production : Etats-Unis

Source : www.cinemamontreal.com

Par Tina Armaselu

Né en 1918, à New Orleans, Benjamin Button (Pitt) n’est pas un homme comme les autres. A sa naissance, il a l’apparence d’un vieillard mais continue à rajeunir au fur et a mesure que son âge avance. Sa vie, vécue « à rebours », est marquée par l’image de Daisy (Blanchet), dès leur première rencontre comme enfants et tout au long de leur parcours allant, toutefois, dans des directions chronologiquement opposées.

Par une action couvrant une période de 87 ans, le film se veut une réflexion sur l’écoulement du temps, historique et individuel. L’arrière-fond laisse entrevoir, au passage, des événements tels que les deux guerres mondiales, la grande dépression, le culte du pop des années 60, pour finir avec l’annonce de l’ouragan Katrina à New Orleans, en 2005. Le thème de la chronologie inverse (peut-être, également, une allusion à la nature rétrospective du récit sur la vie par rapport au caractère prospectif de la vie) se retrouve comme un leitmotiv non seulement dans le curieux destin du protagoniste mais aussi dans d’autres éléments de l’histoire. Il s’agit, par exemple, de l’horloge de la gare de New Orleans, spécialement conçu à montrer le temps a l’inverse par un horloger ayant perdu son fils a la guerre, dans l’espoir de le voir revenir à la maison sain et sauf, ainsi que de l’histoire proprement dite qui commence avec la scène d’une chambre d’hôpital où une très âgée Daisy se fait soignée par sa fille, Caroline (Julia Ormond). Ces éléments sont appuyés par des techniques comme le flash-back, périodiquement on voit Caroline lisant à sa mère le journal de Benjamin, prétexte pour replonger dans le passé, ou le déroulement en arrière d’une séquence, telle le retour hypothétique des soldats disparus pendant la guerre (scène qui rappelle le vidéoclip du hit des années 90 d’Enigma, « Return to Innocence »). Il est à noter aussi la minutie du détail visuel dans la reconstitution des différentes époques dépeintes dans le film (les teintes de brun et d’or de la période entre les deux guerres, gris, bleu, rouge et des nuances plus claires pour les périodes plus récentes, ou même des séquences, à l’intention humoristique, en blanc et noir, évoquant les films muets du début de la cinématographie).

Bien que sur le plan visuel, des détails d’époque, des effets spéciaux, du maquillage et des costumes, le film soit remarquable, il ne réussit pas cependant à capter complètement le spectateur sur le plan de son engagement émotionnel avec les personnages et même avec les différentes périodes traversées au long de l’histoire. Sauf le thème du temps et de la brièveté de la vie (et peut-être de l’amour, Daisy en fait une belle remarque « nous nous sommes croisés au milieu de nos vies ») qui invite à la réflexion et à un certain engagement affectif de la part du spectateur, l’étrange histoire de Benjamin Button reste étrange mais, apparemment, sans avoir l’air de vouloir dire quelque chose de vraiement nouveau ou plus profond sur ce qu’on entend par destin, à la fois historique qu’individuel.

Février 2009

Les 27e Rendez-vous du cinéma québécois

Timide lèche-vitrine en perspective

Un oeil rêveur sur le Mexique

Par François Cavaillès

Sous couvert de crise économique, le risque d'un désamour profond du public vis-à-vis du cinéma québécois.

Nouvelle vitrine au centre de Montréal, le 27e Rendez-vous du cinéma québécois attendent leur lot de flâneurs. Le festival promotionnel revêt un rôle crucial en ces temps de crise économique et de baisse de la part des films québécois dans le total des affluences en salles dans la Belle-Province.

Au-delà des turbulences budgétaires, la concurrence d'Internet, canal instantané vers une possible reconnaissance de masse, laisse le cinéma paraître un média lourd, systématique, à travailler de longue haleine. Conséquence de l'invasion numérique, le marché florissant du DVD et la pratique intensive du piratage incitent aussi le festival à une fréquentation modeste. 

En outre, l'image des films québécois a particulièrement pris un coup au niveau canadien à travers le recul des festivals montréalais par rapport à ceux de Toronto et de Vancouver.

Enfin, la protection de l'industrie provinciale par des quotas de production, comme en Corée du Sud et en France, semble fort loin d'être acquise dans le contexte politique actuel.

Parmi les centaines de films projetés au cours du festival, incluant une bordée de documentaires comme à l'habitude ces dernières années, le cinéphile pourra se diriger vers des valeurs sûres populaires ou, au contraire, se jeter sur des primeurs plus confidentielles. Qu'il suive le tapis rouge ou qu'il entre au festival par la fenêtre sur le Mexique et sa cinématographie passionnante (six films ainsi qu'une leçon avec le réalisateur Arturo Ripstein et son épouse et scénariste Paz Alicia Garciadiego), le festivalier se tient sans doute prêt à se ruer aux projections et envahir les trottoirs aux abords des lieux de projection pour y croiser des vedettes. C'est du moins ce que dépeint l'amusante bande-annonce des Rendez-vous à l'humour réchauffant.  

 

Les 27e Rendez-vous du cinéma québécois auront lieu du 18 au 28 février 2009 à Montréal.

Février 2009

Les 27e Rendez-vous du cinéma québécois

"Carcasses", instants précis d'un terrain vague

La confirmation d'un cinéaste

Par François Cavaillès

Nouvelle belle réussite de Denis Côté, un talent singulier dans le cinéma canadien.

 

La crise mondiale de l'industrie automobile justifie presque qu'on voit au cinéma un inconnu passer son temps à désosser des véhicules au bout d'un rang. Mais "Carcasses" se situe d'emblée hors des actualités, hors du monde même. On se doute que ce film à petit budget, "indépendant" autant que cette expression galvaudée peut le signifier, tient au regard de Denis Côté, réalisateur primé au festival de Locarno l'an dernier pour "Elle veut le chaos".

La caméra de Côté s'attache d'abord à montrer crûment, sous la forme d'un documentaire naturaliste, les occupations d'un homme âgé, reclus au milieu de centaines de carcasses d'automobiles abandonnées dans sa propriété en lisière d'une forêt.

Observé en train de bricoler ou de manger à travers des plans d'une certaine beauté, le sujet est simple, presque silencieux et pathétique par moments, par exemple lorsqu'il apprend l'espagnol seul, en ânonnant une leçon crachotée par un vieux disque.

"Carcasses" insiste sur la situation de ce "ramasseux" auquel quelques personnes du coin rendent parfois visite. Plus que le personnage à l'allure animale, le lieu s'impose ensuite comme motif, au-delà des carrosseries de voitures. Le terrain vague et la maison attenante inspirent des vues reposantes à Denis Côté mais aucune histoire.

Puis, l'arrivée d'un groupe de campeurs trisomiques enclenche véritablement l'action et donne même à voir un cinéma nouveau, l'expression du talent de Denis Côté.

Toujours avec très peu de paroles, des instants de vie commune ou esseulée sont saisis d'une manière poétique rappelant les films du Français Bruno Dumont. Le recours à la musique symphonique de Mahler donne une épaisseur étrange au film qui garde le meilleur pour la fin, sans renversement majeur pourtant.

Dans les ultimes scènes, il se dégage un vrai plaisir de cinéphile, notamment grâce au montage en parallèle entre les images du vieil homme seul dans l'obscurité, ou pensif au réveil, et l'activité paisible des jeunes passant sur son domaine, vivant dans le moment, impressionnants de sérénité et de simple liberté.

Très prenant sans rien expliquer, ce film curieux s'humanise au point de démontrer finalement beaucoup d'aplomb.

 

"Carcasses", film canadien de Denis Côté, d'une durée de 72 minutes, avec Jean-Paul Colmor, sera présenté lors des 27e Rendez-vous du cinéma québécois.

 

Légende:

Scène de "Carcasses", le nouveau film de Denis Côté qui sera présenté à Montréal lors des prochains rendez-vous du cinéma québécois. (Photo: Christian Perreault)

Février 2009

Les 27e Rendez-vous du cinéma québécois

"Cadavres" à enterer

Par François Cavaillès

Casse-gueule en entame du festival du cinéma québécois, un huis clos aux relents d'inceste,  de déchéance et de trip sans aventure.

Averti des risques de pestilence par le titre explicite, le spectateur est vite plongé au coeur de la nuit sur une route de campagne déserte pour ne se rattraper qu'au filet de la voix off d'un gaillard, chauffeur de sa vieille mère. Injure, maigreur des dialogues... Le ton est aussitôt donné, le très violent coup de feu matricide aussi, mais tout ce qu'on retient, au centre des efforts de mise en scène, est la pluie battante salissant l'écran avec ténacité.

"Cadavres" met d'entrée les pendules à l'heure. Avec pour postulats, le soir de Halloween (vite expédié) et d'intenses rapports familiaux poussés à l'extrême (c'est soit l'hystérie et le sadisme, soit le désintérêt et l'abandon), le film cherche à déranger tout en assumant son étrangeté.

L'action se concentre entre un frère et sa soeur. Elle porte sur le cadavre de leur mère mal enfoui, puis confondu de façon prévisible avec un autre. En fait, l'intrigue s'enlise très tôt, sans aller vers le film de genre, ni vers la comédie, pour se cantonner à un huis clos à l'ancien logis familial, une obscure bâtisse rurale hantée par la maman et par de lourds souvenirs pénibles à regarder.

L'impression de vide stylistique et narratif est peut-être accentuée par l'absence de jeu du duo d'acteurs, l'un grognant sous sa mèche tandis que l'autre, comme pour compenser, sur-joue beaucoup. Léger bémol, deux des seconds rôles en visite-surprise à la maison parviennent à tirer leur épingle du jeu, sur un mode comique très décalé. Ce sont Christian Bégin, en officier de police ridicule, et Hugolin Chevrette en petite frappe aux nerfs à vif.

Loin de sa comédie policière à succès populaire "Bon cop, Bad cop" (2006), le réalisateur Erik Canuel s'est offert une grande marche vers le cinéma d'horreur en adaptant le premier roman de série noire québécois ("Cadavres", de François Barcelo). Mais d'une certaine manière, "Cadavres" évite de se positionner dans l'art et dans la société.

"Cadavres", un film canadien d'Erik Canuel (2009), sur un scénario de BenoÎt Guichard, d'après le roman "Cadavres" de François Barcelo, avec Patrick Huard et Julie Le Breton. Durée: 1 h 57. Présenté en ouverture des 27e Rendez-vous du cinéma québécois le 18 février prochain.

 

Légende:

Christian Bégin, un reste de comédie qui surnage dans la détresse des acteurs du film d'ouverture des 27e Rendez-vous du cinéma québécois, "Cadavres". (Photo: Les Films Séville) 

Février 2009

Les 27e Rendez-vous du cinéma québécois

Un "Fossé" plein d'aspirations

Du sang neuf dans le cinéma québécois

Par François Cavaillès

"Fossé", nouvelle prouesse du jeune réalisateur de Victoriaville Charles Barabé en grande découverte à Montréal dans la section "100 % indépendant" des Rendez-vous du cinéma québécois.  
 

"Dans certaines civilisations chanteur et poète ont la même signification. Il faut s'imaginer les épopées et peut-être même les tragédies de la Grèce antique dans une exécution chantée." Ces considérations sur l'opéra ancien du chef d'orchestre Nikolaus Harnoncourt valent, dans un certain sens, pour "Fossé", le nouveau film, chanté de bout en bout et empreint de poésie, du jeune réalisateur de Victoriaville Charles Barabé.  

Ce drame local racontant un règlement de comptes dans un trafic de drogue se passe dans la région d'origine de l'auteur (également à l'image dans un second rôle). Avec le réalisme propre à la vidéo (seul support utilisé), il met aux prises de jeunes hommes cloîtrés dans de petites maisons ou des appartements et montre leurs messages de détresse, leurs errances dans des quartiers résidentiels, leurs poursuites et leurs actes de violence.  

Faute de danse, ce n'est pas la comédie musicale annoncée. De plus, revers de la fidélité au langage commun des jeunes, il manque la poésie des mots pour justifier tant d'insistance dans le genre lyrique. Mais le soin artistique dans le propos et dans la mise en scène porte le film au-delà de la simple fantaisie.  

Aux premières scènes, l'enregistrement des dernières volontés d'un suicidaire est montré de manière frontale, avec l'audace d'ouvrir un mélodrame. Puis le va-et-vient entre les personnages et leurs soucis du jour indique le ton vivant, et non pas morbide, du film. L'authenticité est de mise dans les costumes, les décors et l'interprétation. Tous les acteurs apportent leur franchise, à défaut d'être chanteurs  professionnels. Chez certains de ces ténors postiches, il se dégage un humour peut-être involontaire mais qui se coule bien dans le bel effort collectif de sincérité de la part des comédiens.           

En plus de jouer sur le décalage entre l'expression des personnages toute en très courtes cantates et l'histoire contemporaine et terre-à-terre, "Fossé" est rempli d'inventions de mise en scène, notamment des effets de style proches du vidéo-clip (stromboscope, ralentis...), une remarquable musique originale aux accents de new wave et de drum n'bass très étalée vers la fin et des alternances entre action et réflexion, entre intérieur et extérieur, signes d'une vraie réalisation de long-métrage (peu importe le format vidéo). Le scénario est aussi réussi dans la mesure où l'histoire reste cohérente et avance comme une enquête criminelle vers un dénouement. Le découpage de l'intrigue est intéressant parce que non chronologique et conçu en ambitieuses boucles temporelles propres à chaque personnage, à la manière d'un autre drame entre jeunes, "Elephant" de l'Américain Gus Van Sant. 

Ainsi, avec ses origines modestes (un coût total de 250 $, selon l'homme-orchestre Charles Barabé), "Fossé" en impose plus que de nombreux films québécois, en particulier ceux qui bénéficient de subventions publiques et d'un battage médiatique. Il faut espérer qu'il trouve son public, notamment auprès des jeunes à travers la province, et que les talents à sa source puissent continuer à s'exprimer sur le grand écran. 

"Fossé", film québécois de Charles Barabé (2008), 72 minutes, a été présenté à Montréal dans le cadre des 27e Rendez-vous du cinéma québécois. 
 

Légende:

L'ouverture macabre de "Fossé", de Charles Barabé, un film très vivant, tourné à Victoriaville l'été dernier et présenté à Montréal cet hiver, en primeur mondiale, dans la section "100 % indépendant" des 27e Rendez-vous du cinéma québécois. (Photo: Les Rendez-vous du cinéma québécois) 

Février 2009

Les 27e Rendez-vous du cinéma québécois

"Borderline", les petits malheurs de Kiki la nympho

Un premier film porté par l'actrice Isabelle Blais

Par François Cavaillès

Isabelle Blais en pleine lumière dans "Borderline", le premier film de Lyne Charlebois et l'un des succès populaires de 2008 en reprise aux Rendez-vous du cinéma québécois.  
 

Le strip-tease intégral d'une gamine péroxydée toute imbibée d'alcool au milieu d'une boîte punk de Montréal montre à l'écran, tout d'abord, le plaisir de l'excès et ensuite, par un recours au ralenti et un air de "Lacrimosa" de Mozart plaqué sur les scènes de dévergondage furieux, le goût de l'audace. Mais encore, quand au plan suivant, la même jeune femme, brune clair, plus élégante et plus âgée de dix ans, marche d'un pas décidé au bout d'un couloir d'hôtel vers la chambre d'un amant impossible, on entre dans la mémoire, la confusion et la détresse du personnage.    

 

Qui est Kiki Labrèche? Une nympho et rien de plus hélas, d'après les deux heures passées à tenter de distinguer son faux portrait par la réalisatrice débutante et vidéaste expérimentée Lyne Charlebois, qui adapte ici deux romans de Marie-Sissi Labrèche. De thérapies de groupe en bouffées de chaleur, Isabelle Blais tourne à plein régime, promenant son chien près du canal Lachine, circulant à vélo entre problèmes de famille et de colocation, multipliant les petits sarcasmes...

Comme la plupart des premiers films, "Borderline" est plein des désirs de son auteur, à savoir pour Lyne Charlebois l'envie de provoquer et de composer un personnage qui lui soit familier.  

En effet, son film sait déranger. Les moments les plus osés du film ne sont pas forcément les plus dénudés, ainsi les visites très irrespectueuses de Kiki chez sa mère internée dans un asile.

Quant à la naissance d'une héroïne, loin s'en faut en dépit du fait que tout gravite autour de Kiki, qu'elle soit filmée à 20, 30 ou dix ans. Il arrive même souvent que ces trois représentations interagissent dans une même scène, d'où l'impression d'un film personnel, égocentrique mais inhabité car sans grande épaisseur psychologique ni physique. Devant la confusion de cette fille paumée et son manque d'émotion véritable (jusqu'à un déclic prévisible lié au décès d'un proche aux trois quarts du film), l'ennui et le souvenir des images assez racoleuses du générique guettent malheueusement...

Reste tout de même un film bien de son temps, grâce notamment aux excellents costumes et maquillages utilisés pour caractériser les personnages (féminins en grande majorité). Isabelle Blais incarne à merveille la trentenaire montréalaise tour à tour charmante et désolante d'effronterie, et le scénario vise juste en se concentrant sur son point de vue pour éclairer les problèmes de couples à Montréal. Sanction du public: 1,4 millions $ d'entrées en salles, selon l'auteure qui confie, un an après la sortie au Québec, avoir été surprise de ce succès.

     

"Borderline", film canadien de Lyne Charlebois (2008), 109 minutes, avec Isabelle Blais et Jean-Hugues Anglade, a été présenté à Montréal dans le cadre des 27e Rendez-vous du cinéma québécois. 

Légende:

Isabelle Blais et Sylvie Drapeau perpétuent de manière originale la tradition québécoise du cinéma de conflit dans "Borderline", de Lyne Charlebois, l'une des reprises de succès populaires de l'an dernier aux Rendez-vous du cinéma québécois. (Photo: Les Rendez-vous du cinéma québécois) 

Février 2009

Les 27e Rendez-vous du cinéma québécois

Les amoureux transis de "Parpados Azules"

L'extraordinaire de la banalité

Par François Cavaillès

"Parpados Azules", comédie sentimentale désenchantée parmi les découvertes du cinéma mexicain aux 27e Rendez-vous du cinéma québécois.  
 

La tentation d'un long séjour tous frais payés à la Playa Salamandra  est grande et un tel cadeau ne serait qu'appréciable pour Marina Farfan, midinette des plus discrètes et vieille fille aux yeux de tous et de sa soeur en particulier, si il ne la poussait pas à la recherche d'une personne pour l'accompagner sur cette plage du Mexique.

Vite livrée à elle-même, la jeune femme (Cecilia Suarez, touchante) jette son dévolu sur Victor Mina, un inconnu qui se présente à elle un soir au sortir d'un restaurant, en se disant un vieil ami d'école. Enrique Arreola joue ce brave perdant avec modestie et sur un mode comique efficace.

Comédie désenchantée, lente bleuette aux couleurs pimpantes et au franc-parler truculent du Mexique, "Parpados Azules" (qu'on pourrait traduite par "paupières d'azur") montre ce qui retient de braves gens esseulés de sortir du quotidien. Les petits pas entre Marina et Victor, leur gêne frisant la constipation, sont très bien interprétés et presque chorégraphiés, notamment lors de la première sortie au bar. La banalité paraît extraordinaire dans ce beau film qui ne décoince personne mais trouve un ton juste, relativement optimiste. 

"Parpados Azules", film mexicain d'Ernesto Contreras (2007), 98 minutes, avec Cecilia Suarez et Enrique Arreola, a été présenté à Montréal lors des 27e Rendez-vous du cinéma québécois. 
 

Légende:

Naissance maladroite d'un couple dans "Parpados Azules", comédie mexicaine présentée aux 27e Rendez-vous du cinéma québécois. (Photo: Les Rendez-vous du cinéma québécois)

Février 2008

Polytechnique : un chef d’œuvre d’humanité

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Le féminisme n’a jamais tué personne. La misogynie tue tous les jours »

Benoîte Groult

«Les gens heureux ne sont jamais méchants»

Proverbe espagnol 

Les quartiers d’orange restent sur le pupitre, symbole d’une vie qui ne sera pas nourrissante ainsi que la vie de 15 êtres (14 femmes et un jeune homme) qui étaient dans l’école ce jour-là et qui ne donneront pas suite à leur formation, ne nourriront pas les autres de leurs connaissances intellectuelles, de leurs possibilités affectives. 

Le 6 décembre 1989, il neige, les élèves de l’École Polytechnique située sur le Mont-Royal à Montréal écoutent un exposé à la fin de l’après-midi. On le sait depuis, certains ont cru à une blague de fin de session quand un jeune homme est entré dans une salle de cours avec un semi-automatique en ordonnant aux gars d’aller à droite et aux filles d’aller à gauche. Ils sortiront, elles resteront et seront touchées par les balles du tueur qui a crié : «Je hais les féministes». 

Karine Vanasse a approché les producteurs de Remstar avec le projet d’un film commémoratif, un film aux intentions nobles, auquel se sont associés le réalisateur Denis Villeneuve et le scénariste Jacques Davidts. 

Tous se sont consacrés à une présentation très sobre, succincte et même partielle, des faits. Pour participer à un processus de consolation et à un devoir de mémoire, les personnages priment sur l’action: deux d’entre eux représentent les victimes Valérie (Val) et Jean-François (JF) et un autre correspond au tueur. Il ne s’agit pas d’une reconstitution uniquement factuelle mais d’une représentation selon des témoignages. 

Le film évite toute polémique, toute argumentation, tout débat; les artisans n’ont pas voulu prouver, nommer, qualifier, ils ont accompagné le parcours des victimes, du tueur, le nôtre. Ils nous ont donné une leçon de vie. De ces faits d’horreur sanglante, ils ont aboutit à un film beau, touchant, solennel, artistique, poétique.  

D’abord, le film en noir et blanc évite les giclures rouges de sang. On ne voit pas les victimes mourir. Certains coups de feu sont tirés lors de scènes sans aucun son. Il y a très peu de cris. Donc, pas de sensationnalisme, pas d’exagération de la violence, pas d’amplification dans l’expression de l’émotion. Le film a été fait avec une grande décence, une évidente circonspection et une exemplaire humanité. Il est essentiel qu'on ose aborder ce sujet autrement qu'en valorisant le tueur. Il est important qu'on montre la douleur car trop souvent les victimes sont oubliées. Villeneuve ne s’est pas vautré dans l’exaltation de la violence, il n’a évoqué que 5% de celle qui a eu lieu; ainsi, il n’a pas reconstitué le meurtre de Maryse Leclair que Lépine avait tirée et qu’il a achevée à coups de couteau quand elle demandait de l’aide. 

Symbolisme et concentration caractérisent la narration filmique. Nous sommes amenés dans les préparatifs du tueur et les séquelles des victimes en passant par les 19 minutes fatales, irrémédiables, inoubliables. 

Au petit matin, la caméra cadre un jeune homme qui regarde sa voisine par la fenêtre et qui a placé une arme dans un sac de plastique. Il est apparu pour la première fois, l’arme sur son front. Il fait la vaisselle devant un calendrier de femme déshabillée. Les premiers mots dits dans le film sont ceux de sa lettre en voix-off. Au générique, il ne sera désigné que par les mots : Le tueur. Il est organisé, prévoyant, décidé. 

Le même matin, l’étudiante Valérie rase ses jambes, met ses bas culotte, avant une entrevue pour un stage en mécanique; elle n’a pas revêtu un habit de camouflage pour le combat, pourtant quelques heures plus tard elle se retrouvera sous les feux d’un massacre dans une zone de guerre. Avec sa coloc, Stéphanie, elle parle des concepts de base des transformations réversibles. Elle ne sait pas que ce jours-là va se produire l’irréversible. À l’école, l’interrogateur, Maurice Martineau, n’hésite pas à lui dire : «C’est rare une fille en mécanique» avant d’ajouter «On cherche des candidats qui vont pas nous lâcher en cours de route» ramenant dans la discussion l’habituelle question qui n’est posée qu’aux femmes et qui concerne la famille. 

Encore à l’école, Jean-François a renversé un café sur son travail de thermo. Il doit photocopier les notes de Val. On attend en ligne pour les machines. Il remarque une reproduction de Guernica de Picasso pendant que le tueur rédige sa lettre. 

Dans son auto, le tueur est nerveux, la caméra capte ses tremblements. Il entre dans l’école, s’assoit longtemps alors que la caméra zoome sur son œil; ce gros plan contribue à induire le tourment, la tristesse, la souffrance qui le déterminent. (1) 

Villeneuve a délaissé le déroulement chronologique pour privilégier le point de vue humain. Il se concentre sur des détails révélateurs du quotidien, de la banalité, de l’ordinarité, de l’habitude vécues avec confiance et qui contrastent avec la soudaineté, la gravité et l’énormité de la tuerie. 

Le symbolisme et le contraste sont aussi remarquables dans la scène où le tueur circule devant l’affiche «Party», quand Jean-François s’empare de bandages alors que le tueur recharge son arme (2), quand Jean-François, des jours après le drame, est dans son appartement sous une affiche du film Pour la suite du monde, entouré de bouteilles de bière vides et que la vaisselle sale s’accumule dans sa cuisine alors que le tueur avait fait la vaisselle le matin. 

Dans un «zoom out» gisent une victime morte les yeux fermés et près d’elle le tueur suicidé les yeux ouverts. Le couple de la mort. Puis, Valérie annonce à Éric, son amoureux, ingénieur lui aussi, qu’elle est enceinte. Le couple de la vie. 

Le zoom sur l’œil du tueur et ce regard de Jean-François sont les deux scènes qui interpellent le plus à la fois notre réflexion et notre émotion; nous sommes concernés directement dans notre humanité. 

Le décalage entre l’image, le mensonge, le préjugé et la réalité d’un être est symbolisé par la distorsion du visage de Valérie dans une série de miroirs. Symbolisme encore dans ce traveling en hélicoptère montrant Jean-François sur la route d’un paysage hivernal sans horizon. 

Retour à l’école, les secouristes amènent Valérie (3) qui est blessée mais ne décédera pas. Jean-François lui dit : «Je m’excuse Val, j’aurais pas dû sortir». Puis, il est dans le métro, seul et ensanglanté, il regarde la caméra, il nous regarde. 

La position de la caméra parfois inattendue, originale, induit un autre rapport à la réalité. 

Jean-François se suicide (4), Valérie travaille en aéronautique et attend un enfant. Elle écrit à la mère du tueur : «L’amour vient de me faire un cadeau dans mon ventre. Si j’ai un fils je veux lui apprendre l’amour; si j’ai une fille je veux lui apprendre que le monde lui appartient.»(5) (6) (7) 

Donc, le film n’est pas polémique, il est poétique, il ne procède pas par des démonstrations, il fonctionne par des allusions. Deux filles sont cachées derrière un haut-parleur, le tueur approche, on le voit tirer mais là encore on ne voit pas le visage des victimes quand elles reçoivent les balles. 

L’excès répété, l’exagération effrénée, l’effet outrancier ont été évités; le film est circonscrit, contrôlé, juste. Du scénario à la réalisation avec l’interprétation, tout est impeccable et force le respect en laissant émaner une grande dignité. Les deux acteurs des protagonistes masculins, Sébastien Huberdeau et Maxim Gaudette, avaient les scènes les plus exigeantes, nuancées, expressives et ont admirablement relevé le défi. Karine Vanasse a su doser l’expression de l’émotion, de l’inquiétude et de la détresse pour la communiquer sans artifice.  

À la fin, avec la superbe musique de Benoît Charest, apparaît : In memoriam Geneviève Bergeron, Hélène Colgan, Nathalie Croteau, Barbara Daigneault, Anne-Marie Edward, Maud Haviernick, Maryse Laganière, Maryse Leclair, Anne-Marie Lemay, Sonia Pelletier, Michèle Richard, Annie St-Arneault, Annie Turcotte, Barbara Klucznik-Widajewicz, Sarto Blais. 

Polytechnique Réalisation : Denis Villeneuve Scénario : Jacques Davidts, Denis Villeneuve, Éric Leca Direction photo : Pierre Gill Musique : Benoît Charest Production : Maxime Rémillard, Don Carmody, Karine Vanasse, Nathalie Brigitte Bustos Interprétation : Sébastien Huberdeau, Maxim Gaudette, Karine Vanasse, Evelyne Brochu, Pierre-Yves Cardinal, Johanne Marie Tremblay. Noir et Blanc. Version originale française. Version anglaise à venir. Québec. 2008. 77min. 
 
 

(1) Depuis décembre 1989, le tueur Marc Lépine est un héros à glorifier et à imiter selon des masculinistes, un homme qui n’était pas misogyne selon un psychiatre, un pauvre garçon qui n’avait pas de succès auprès des filles selon des medias. D’après les papiers du divorce de ses parents, il a été battu par son père et a vu sa mère être victime de violence conjugale. Il a choisi de blâmer les femmes, les féministes, pour tous les malheurs de sa vie. Six ans après son suicide, sa sœur est morte d’une overdose. Villeneuve, lui, montre le tueur comme un être humain qui dérape et admet son dérapage. D’ailleurs, un témoin dans la classe, Roger, avait remarqué le sérieux du tueur. 

(2) Lépine, pour son arme de chasse, un Sturm Ruger mini 14, a utilisé deux chargeurs de trente balles et un de cinq. Encore aujourd’hui l’arme est en vente libre mais les chargeurs à grande capacité ont été prohibés. Il a tué 13 femmes avec son semi-automatique et a poignardé sa dernière victime. 13 étaient étudiantes, 1 travaillait en tant qu’employée au service des ressources humaines. 

(3) À l’époque on a dit que les policiers et les secouristes ignoraient où était située l’école Polytechnique. Avec ce lien http://www.guardian.co.uk/g2/story/0,,1872900,00.html on peut lire que : «The police and emergency services had been called, but didn't enter until they knew he was dead.» 

(4) 4 suicides auraient suivi la tuerie dont celui de l’étudiant Sarto Blais et celui de ses parents. 

(5) Le Parlement du Canada a fait du 6 décembre la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes symbolisée par le port d’un ruban blanc. 

(6) L’École Polytechnique a informé ses élèves qu’elle ne ferait aucun commentaire relatif au film dont aucune scène n’a été tournée dans ses locaux. D’autres parts, il n’est pas rare que je sois seule dans la salle lors d’une projection de presse, or, pour ce visionnement il y avait un étonnant nombre de journalistes. 

(7) Le massacre a été évoqué précédemment en littérature.L’auteur et comédien Adam Kelly a écrit la pièce The Anorak car Marc Lépine avant de se suicider dans une classe a posé son manteau sur le bout du canon de son arme. Sur http://www.terranovamagazine.ca/40/pages/poesie.html  il vous est possible de lire le poème Note Finale que j’ai écrit à propos de cette tragédie. 

Février 2009

Coraline : l’héroïne de sa vie

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

L’auteur britannique Neil Gaiman s’est mérité la Médaille de Newberry pour The Graveyard Book, a vu ses romans traduits en plusieurs langues et être adaptés au cinéma. Précédemment, il a reçu de nombreux prix pour son roman Coraline : Prix Hugo du court roman en 2003, Prix Nebula du court roman en 2003, Prix Locus de la novella en 2003, Prix Bram Stoker jeunesse en 2003, Prix British SF de la nouvelle en 2002. Traduit en 30 langues, devenu un spectacle de marionnettes en Irlande et en préparation pour un spectacle musical, le roman est maintenant un jeu vidéo et un film d’animation.

Neil Gaiman a écrit ce texte pour sa fille à qui il voulait apprendre à être brave malgré la peur. Il a donc élaboré un contexte qui frôle l’histoire d’horreur, qui emprunte au merveilleux et qui rappelle le roman d’apprentissage. Pour les adultes, il s’agit d’une histoire terrifiante alors que pour les enfants qui s’enthousiasment pour les péripéties de Coraline, c’est un roman d’aventures. La première version proposée aux éditeurs correspondait au tiers du récit final et fut refusée pendant 8 ans. L’auteur ne l’a complétée que lorsque son éditrice pour d’autres textes s’est intéressée à l’amorce de ce qui depuis est un succès international.

Coraline Jones, que plusieurs nomment erronément Caroline, porte toujours une barrette en forme de libellule bleue et vient d’emménager dans les appartements Pink Palace avec ses parents sans cesse occupés et qui l’écoutent peu. Elle rencontre son voisin WyBe et découvre une poupée qui lui ressemble avec sa petite barrette et ses longues jambes. Aussitôt, Coraline humanise cette représentation d’elle-même : ainsi, elle frotte la buée de la fenêtre pour que la Mini-Me regarde elle aussi.

Déçue de sa famille et de sa vie, c’est d’abord avec joie qu’elle découvre que la porte dans un mur la mène à une existence parallèle où tout est idéalisé dont ses parents. Puis, découvrant les sacrifices exigés pour la continuation de cet univers, elle devra défendre tout ce qui fait son existence.

Gaiman a procédé avec une sémiologie répartie en dichotomie : original/copie, sourcière/sorcière, réalité/idéalisation. C’est en passant dans un couloir moelleux tel le couloir vaginal que Coraline accède à son autre vie et à sa mère aussi parfaite que maléfique qui exige qu’elle remplace ses yeux par des boutons.

On se souvient donc par moments de EdwardScissorhands Edward aux mains d’argent (1990) mais, alors qu’il s’agissait d’un univers parfois semblable à celui de Coraline à cause des composantes fantastiques, des acteurs y évoluaient; Coraline est un film d’animation réalisé par Henry Selick qui avait précédemment été remarqué pour The Nightmare Before Christmas L’étrange Noël de Monsieur Jack (1993).

Gailman a confié à Selick la mise en images de son histoire. Le résultat est à la fois réaliste, car tout ce que l’on voit a été fabriqué manuellement, et imaginatif, puisque tout a été tourné en animation image par image (stop motion) et en 3D stéréoscopique.

Coraline invite au conte, à l’aventure, à l’horreur mais surtout il montre le parcours d’une petite fille convoquée à l’actualisation de son potentiel, à la possibilité de devenir elle-même.

Coraline Réalisation Henri Selick d’après le roman de Neil Gaiman. Au Québec, avec les voix de Catherine Brunet, Geneviève Brouillette, Jean-Michel Anctil. 2009 100 min. En version 3D numérique dans certaines salles.

Février 2009

Rétrospective de films documentaires « Le monde à travers les yeux de Nikolaus Geyrhalter »

Entre le 27 janvier et le 1er février 2009, le Forum Culturel Autrichien de Bucarest, en collaboration avec le Musée du Paysan Roumain, a projeté dans la salle « Horia Bernea » une série de six documentaires réalisés par Nikolaus Geyrhalter.

Laura T. Ilea

Il s’agit d’une série de regards sur notre situation dans le monde actuel (« Our daily bread », 2005, « Washed Ashore », 1994), sur des endroits qui dévoilent des histoires qui ont marqué la fin du XXe siècle (« Pripyat », 1999, une ville qui se trouve à cinq kilomètres loin de la centrale atomique Cernobîl, « The Year after Dayton », 1997, qui porte sur la première année de paix en Bosnie), sur des conditions de vie extrêmes (« Elsewhere », 2001, qui présente des gens qui vivent dans la chaleur suffocante du désert australien, dans le froid de la Sibérie, la jungle africaine ou le Groenland), sur la confrontation symbolique et culturelle entre le monde européen (les organisateurs de courses du rallye Paris-Dakar) et le monde africain (les personnes rencontrées en marge du chemin, au Maroc, au Sahara, en Mauritanie, au Mali et au Sénégal, dans le documentaire « 7915 km », 2008).

Six projets réalisés sur une période de quatorze ans (1994-2008). Ce qui constitue la marque des films documentaires de Nikolaus Geyrhalter est le manque d’ornementation, de commentaire second. La caméra se dresse sur le paysage, sur les hommes et les femmes rencontrés dans son périple, en leur donnant exclusivement la parole, sans leur imposer aucune interprétation préétablie. Les hommes s’expriment, mangent, s’inquiètent et bougent selon des règles millénaires. Ils sont plongés dans leur milieu d’une manière indissoluble, en regardant la vie comme un grand cycle, au-delà du malheur et du bonheur.

« Elsewhere » présente des hommes qui vivent dans des conditions extrêmes : dans la Terre d’Arnhem, les aborigènes parlent de leur désir de rester à tout prix dans l’endroit qu’ils ont hérité. En Chine, la caméra se dresse sur une communauté matriarcale qui essaie de trouver la meilleure solution de préserver les biens à l’intérieur de la famille : les couples vivent dans le cadre des « mariages en mouvement », tout en restant dans leurs familles originaires. Les enfants qui naissent reviennent à la famille de la fille, en évitant ainsi des « dépenses inutiles » et des fragmentations non désirées. Une logique économique tout à fait juste dans des conditions de vie dures, qui s’oppose à la logique traditionnelle de fonctionnement, centrée sur le couple et ses descendants.

Si on essaie de se projeter dans les conditions d’isolement et de précarité dans lesquelles vivent les gens présentés dans le documentaire « Elsewhere » ou « 7915km », on est pris au dépourvu. Ce qu’apporte de neuf les documentaires de Nikolaus Geyrhalter c’est justement un état d’âme au-delà de l’ennui ou du malheur, une « normalité » de la survivance dans un cadre qui, la plupart du temps, renie la beauté ou la pure et simple adaptation.

Par contre, « Our daily bread » (2005) présente les « souterrains » de notre condition postmoderne : de la production alimentaire à l’échelle industrielle, des halles monumentales, un milieu industriel sans aucune chaleur humaine. Un panorama gastronomique difficile à digérer, en plein contraste avec « le pain » produit dans les communautés traditionnelles de « Elsewhere ». « Pripyat » (1999) montre une ville fantôme, au milieu d’une région radioactive qui s’étend entre l’Ukraine et la Russie blanche, à cinq kilomètres de la centrale atomique Cernobîl.

La rétrospective documentaire de Nikolaus Geyrhalter montre un panorama du monde où l’espace fictionnel est fortement dépendant des règles strictes de la survivance d’un côté, de la lucidité et de la sensibilité du regard du réalisateur, de l’autre.

Février 2009

En cinéma : les remises de Prix à venir

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Le 22 février 2009 la remise des Oscars sera l’occasion de voir les belles robes et les élégants toxédos des célébrités d’Hollywood. Toutefois, pour se concentrer davantage sur l’aspect cinématographique, dès le 20 février, le Cinéma du Parc à Montréal projettera les courts métrages en compétition : LAVATORY – LOVESTORY un film russe de: Konstantin Bronzit. 10 min, LA MAISON EN PETITS CUBES(PIECES OF LOVE, VOL 1) une réalisation japonnaise deKunio Kato. 12 minOKTAPODI une œuvre collective française de Julien Bocabeille, Francois-Xavier Chanioux, Olivier Delabarre, Thierry Marchand, Quentin Marmier, Emud Mokhberi beaucoup de monde pour un film de 3 minutes.
Seront aussi projetés THIS WAY UP des cinéastes britanniques Smith etFoulkes 9 min ainsi que PRESTO du réalisateur américain Doug Sweetland. 5 min. L’Allemagne et la Suisse participeront grâce à Reto Caffi avec AUF DER STRECKE (ON THE LINE)30 min.Le Danemark présentera GRISEN (THE PIG) deDorte Høgh. 22 min alors que la France va concourir avecl’œuvre de la  réalisatrice Élizabeth Marre et du cinéaste Olivier Pont : MANON SUR LE BITUME (MANON ON THE ASPHALT)d’une durée de 15 min. L’immersion d’un Africain lors de sa 1e journée d’école en Irlande est la trame du film NEW BOY deSteph Green. 11 min.
Ces projections seront une occasion peut-être unique de voir cette extraordinaire œuvre de 14 minutes sur laquelle j’avais écrit lorsqu’elle fut projetée au Festival des Films du Monde en 2007 : SPIELZEUGLAND (TOYLAND).

L’aide que des Allemands, au péril de leur vie, ont apportée à des Juifs pendant la 2e guerre mondiale, est peu souvent évoquée. Dans Spielzeugland-Toyland de Jochen Alexander Freydank, deux gamins, David et Heinrich, sont voisins en 1942 et jouent ensemble du piano. Lorsque David et ses parents, les Silverstein, sont amenés par des soldats, Heinrich, le petit allemand, veut aller avec son ami, David, le petit juif. Marianne, sa mère le cherche et se rend à la gare d’où partent les trains qui transportent les familles juives. Elle obtient qu’on ouvre le wagon pour qu’elle reprenne son fils. Mais Heinrich n’a pas pu accompagner son jeune ami et ses parents. Quand Marianne voit la famille, elle dit : « Viens mon fils » à David qui se retourne, quitte ses parents et se réfugie dans les bras de cette mère allemande qui vient de sauver un enfant juif. Lors du dernier plan, des années ont passé, alors sont cadrées quatre mains noueuses, vieilles, qui ensemble jouent du piano. C’est l’éloquence de la particularité cinématographique qui est en évidence, seul le cinéma pouvait sans mots, sans mouvements, par un cadrage, nous exprimer le passage des ans et toute la charge émotive et affective d’une relation humaine.

Il a fallu 2 ans à Freydank pour réunir le budget de son film d’époque et 5 jours pour le tourner. Il a imbriqué ces deux destins dans une durée de 14 minutes. Lorsque je l’ai rencontré, avec le scénariste et le comédien, le réalisateur sautait d’allégresse suite à l’accueil enthousiaste fait à son film; sa joie était manifeste. Les artistes sont des êtres fébriles et vulnérables, inquiets et nerveux, quand ils présentent leurs œuvres; s’ils sentent qu’elles sont appréciées, ils deviennent comblés. Notre entretien, qui lui aussi devait peu aux mots mais beaucoup aux larmes et aux sourires, reste un de mes beaux souvenirs liés au cinéma.

De plus, toujours au Cinéma du Parc, la 81e cérémonie des Oscars sera diffusée en direct à 20h. Marc Lamothe, l’un des organisateurs du Festival Fantasia, assumera l’animation en français.

Puis le 27 février se déroulera la 34e cérémonie des Césars au Théâtre du Châtelet à Paris. Cette année, la remise de prix sera suivie avec une fébrilité particulière par les gens du Québec puisque l’acteur montréalais Marc-André Grondin est en nomination pour son rôle dans Le premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon.

Vous pouvez lire mon analyse du film Séraphine, l’éblouissante beauté de la peintre inconnue, finaliste pour le Meilleur film. Pour sa réalisation tendre et habile, Martin Provost est en nomination pour le Meilleur réalisateur et pour son interprétation grave et candide, Yolande Moreau pourrait être désignée Meilleure actrice.

C’est aussi en interprétant un personnage basé sur une femme qui a consacré sa vie à l’art que Sylvie Testud est aussi en nomination; son jeu pour Sagan était d’une grande minutie.

Enfin, le 4 avril, à Ottawa, seront remis les Prix Génie qui récompensent les œuvres canadiennes. 75 artistes du Québec sont en lice à ce 29e Gala des Prix Génie dans une des dix-neuf catégories.

Toutes les nominations dans la catégorie «montage» concernent des québécois :
Dominique Fortin et Carina Baccanale pour Le banquet, Frédérique Broos avec C’est pas moi, je le jure!, Richard Comeau qui a monté Ce qu’il faut pour vivre, Dominique Fortin monteur de Maman est chez le coiffeur et Yvann Thibodeau qui a finalisé Borderline.

Pour connaître l'horaire des projections de courts métrages en nomination aux Oscars, veuillez consulter le site: www.cinemaduparc.com

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