Depuis 2001 • No 53 • Montréal • 15.01.2009
Janvier 2008

Cei care mă enervează (5)

Florin Oncescu

Cel care nu se lasă întrerupt din vorbă

    Doi stau de vorbă, opriţi pe culoarul dintre două şiruri de birouri. Îşi povestesc unul altuia cum şi-au petrecut week-end-ul. De ei se apropie un al treilea. După toate aparenţele, are şi el de spus o vorbă unuia dintre cei doi. Poate caută răspuns la o problemă de serviciu. Omul păstrează o aparenţă senină, îşi plimbă privirea peste birourile din jur, pendulează de pe un picior pe celălalt. Din când în când, încearcă să surprindă privirea celui căruia ar dori să-i adreseze o întrebare. Degeaba. Cei doi nu se sinchisesc de prezenţa lui. În final, omul se pune în mişcare, cu aerul că şi-a amintit brusc de o hârtie trimisă la imprimantă. Pe furiş, dar continuându-şi conversaţia, cei doi îl privesc îndepărtându-se. 

    ***

    Cel care dă mereu vina pe alţii pentru necazurile lui

    Tony Soprano, din minunăţia de serial TV “The Sopranos”, îşi caracterizează astfel fosta amantă rusoaică, într-un dialog cu un candidat la postul vacant de susţinător al ei: „A little bit needy, but ok.” Puţin cam neajutorată, dar în regulă. Neajutorată, cu înţelesul de pretins neajutorată. Neajutorarea nu-i o stare de fapt, cum vrea să lase să se înţeleagă persoana care se declară neajutorată, ci este o stare mentală compusă dintr-o doză de sentiment mai mult sau mai puţin real de neajutorare şi una de şantaj sentimental cât se poate de real. Nu pot să fac cutare lucru pentru că nu mă ajuţi, sau, mai grav, pentru că mă împiedici tu.

    Pe aceeaşi temă, am auzit de câteva ori o expresie englezească simpatică: „The queen of guilt.” Regina învinovăţirii. De curiozitate, am căutat-o pe Google. Numărul de rezultate: 11700. Mi-am imaginat că trebuie să existe şi expresia „The king of guilt.” Nu m-am înşelat. O căutare pe Google mi-a dat 1610 rezultate. Asta face mai mult de şapte regine plângăcioase la un rege incriminator. Acest raport spune că învinovăţirea altuia pentru nefericirea proprie este un sport preponderent feminin. 

    ***

    Cel care-şi dă telefonul la secret

    Nu e politician, nu e vedetă în show business, nu-l bănuiesc să fie angajat în vreo poliţie secretă, nu pare mafiot. E om aşezat, cu nevastă şi copii, absolvent de Politehnică. Mă sună şi-mi lasă un mesaj. Când să-l sun şi eu, îi caut degeaba numele şi numărul în lista ultimelor 40 de apeluri reţinute în memoria telefonului meu. Pentru apelul care ar trebui să fie al lui, citesc mesajul: “Unknown name. Blocked number”. Pierd un sfert de ceas căutându-i numărul în vechi agende telefonice şi pe petece de hârtie răzleţe, fără succes. Peste vreo două zile, când îmi amintesc, i-l cer nevestei, care-i mult mai organizată decât mine. Situaţia se repetă cam o dată la două-trei luni. De fiecare dată când îmi pierd vremea încercând să-i întorc un apel, mă enervez şi mă întreb retoric: „De ce, Gogule, la secret?” 

    ***

    Cel care încearcă să-mi vândă asigurări de care nu voi beneficia

    Sigur că lungimea vieţii proprii e o necunoscută. Sigur că e frumos să te gândeşti la binele consoartei. Dar eu tot nu înţeleg înţelepciunea tipului din reclama următoare, difuzată de nenumărate ori pe un canal TV american.

    În reclamă, vedem o doamnă octogenară, rezemată de balustrada unui vapor care despică apele prin Caraibe. Doamna priveşte în zare cu un aer melancolic, dar mulţumit. O voce din off, care se vrea chiar vocea doamnei, ne informează ce gândeşte dumneaei. “Cât timp trăia soţul, am călătorit împreună enorm, purtaţi de o dragoste comună pentru călătorii. De când el nu mai este, duc mai departe făclia pasiunii noastre comune. Aşa am făcut la şaptezeci de ani, aşa fac acum, la optzeci, aşa voi face la nouăzeci şi, sper, încă mult timp după aceea... Pentru că noi doi am luat din vreme o decizie înţeleaptă: ne-am înscris în planul de asigurare Voiaj Argint...”

    De fapt, nici nu ştiu cine mă enervează mai tare, agentul care-mi propune o asemenea pleaşcă, sau doamnele vârstnice întruchipate de plimbăreaţa din reclamă.  

    Poate va urma. Cei care mă enervează sunt mulţi. 

Janvier 2008

Porteur d’espoir recherché

Cristina Montescu

Je suis dans le métro. De nouveau dans le métro. La ligne verte. Sur le plancher il y a des traces de jus couvertes de la saleté habituelle. Il fait chaud. La chaleur d’une salle des machines où tu es emprisonné par mégarde. L’air bouge à peine. Son mouvement fantomatique laisse derrière une odeur de câble envahi par la rouille. L’odeur des villages de pêcheurs qui se laissent engloutir par l’oubli.

Cinq heures. Les gens reviennent du travail. Il ne faut jamais sortir à cette heure. Les visages sont allongés par la fatigue, les corps s’affalent sur les sièges disponibles. Il y a une sorte d’immobilité qui me fait peur. Et cela surtout chez les femmes. À cette heure, elles sont laides. On voit mieux les taches sur la peau, les cernes sous les yeux, l’impuissance au coin de la bouche. Elles s’abandonnent au mouvement du métro. Les seins, comme séparés de leurs corps, tressaillent en silence. Les cuisses débordent sur le plastique sale des sièges. Les yeux sont largement ouverts. Ouverts et absents.
Elles ne se pressent pas. Rien ne les agite. Des mares renfermées à double tour de silence. Des voyageuses vers nulle part.

Je crains le plus les vieilles dames. À leur visage adouci par le fard poudre et par le rouge à lèvres, à leur parfum d’une douceur poussiéreuse, je devine que ce voyage en métro est l’événement le plus important de la journée. On passe une demi-heure devant le miroir pour se préparer à sortir acheter du pain ou du lait. On n’ira pas au marché le plus proche, mais à un autre, plus éloigné, qui te laisse profiter d’une belle promenade en bus ou en métro. Derrière chaque visage de vieille dame, on sent un vainqueur, un être qui a encore la fierté de quitter tout seul sa maison. De vieilles dames chanceuses. Elles sont de vieilles dames bien chanceuses.

C’est leur chance qui me fait peur. Au meilleur des cas c’est ça qui m’attend. La fierté de promener ma solitude à travers les bus et les métros de la ville. Ma solitude cachée par le fard poudre à consistance farineuse, celui que j’utilisais pendant ma jeunesse. Ma solitude cachée par le rouge à lèvres couleur sang qui fait de ma bouche une rose toute pliée, méchamment fanée.

Mais non. Moi je ne ressemblerai pas à ces femmes. Ni aux jeunes femmes endormies sous leurs vies, ni aux vieilles qui rallongent la morosité de leurs jours. Non et non. Moi je serai différente. Je le suis déjà. Je le sens à l’intérieur de moi-même. C’est vrai qu’il y a à peine deux jours je me suis écroulée en pleurs devant une boutique pour femmes où je ne trouvais pas une jupe qui me convienne. Je pleurais pour remplir le vide qui s’était creusé dans mon ventre. Je pleurais surtout pour faire taire le cri de mon corps que personne n’embrasse. Mon corps inutile qui cache une âme desséchée. Un moment de faiblesse. Un rien du tout. Un grain dans mes yeux qui scrutent l’avenir.

Moi, je suis différente. Vraiment différente. C’est que je cherche. Je cherche un homme dans ma vie. L’homme qui rende ma vie ronde. Qui rende mon ventre rond. Lui. L’homme spécial. À moi.

Je serai une femme à poussette. Une femme qui sourit à un enfant en train de dormir. Le coiffe d’un bonnet. Nettoie son visage à l’aide d’un mouchoir tout blanc. L’aime de tout son cœur. Se fait aimer par lui.

Pour le moment je déteste les femmes enceintes et les femmes à poussette. Il m’est difficile de comprendre ce qu’elles ont de plus que moi. Ça reste un mystère. Le plus grand de mon existence. L’envie me prend de les frapper. Les frapper avec rage. Les frapper pour éteindre le sourire de leurs yeux.  Nom de Dieu. Si Dieu existe. Pourquoi elles et pas moi?

Sur le ciel de mon bonheur il y a un nuage. Un tout petit nuage. Ou plutôt un grand. J’ai 37 ans. Ça veut dire que j’ai devant moi 1200 jours. C’est tout ce qui me reste avant d’entrer dans la quarantaine ou autrement dit avant de plier bagages de ma situation de femme qui pourrait devenir mère. Le temps passe vite. Trop vite. Je panique à répétition dès que je constate les traces du temps qui me quitte.  Je surveille mon corps. Ça va de soi. Il donne des signes de fatigue, mais je l’aide tant que je peux. Une crème par ici, une lotion par là, toutes les misères qu’on paie cher dans les centres de beauté où des jeunes femmes prennent en pitié des vieilles. Je fais aussi du sport. Je m’essouffle chaque jour à courir, à nager, à sauter, toute la gamme d’activités censées à aider mon corps à s’épanouir. Je ne mange plus de sucreries. Ça fait grossir. Aussi, pas de bière, pas d’arachides, pas de croustilles. Je m’autorise juste deux verres de vin rouge par semaine et une crème glacée les samedis. C’est plutôt pour se sentir vivante.

Je cherche donc. Je cherche sans lésiner sur les moyens. Je cherche un homme dans ma vie. C’est loin d’être facile. Un homme qui veuille partager sa vie avec toi ne court pas les rues. Ils sont beaucoup à se sentir seuls, esseulés, mal aimés, mais ils ne veulent pas sortir de cet état. Ils aiment bien leur misère existentielle. Ils arrivent même à la porter au-dessus de la tête. Comme s’il s’agissait d’une couronne oxydée. Lui, le roi loqueteux, pourquoi se chargerait-il de ta misère? Il n’y a pas d’arguments pour le convaincre qu’on est plus qu’une misère de passage. C’est à prendre ou à laisser. Si tu as envie, tu peux prêter pour quelques temps l’usage d’une certaine partie de ton corps à un roi de ce genre. Usage limité et sécurisé. Ensuite, on s’en va. La solitude perchée à son cou. On s’en va sans tourner la tête.     

*****
Je dois descendre à la station Guy-Concordia. Je vais au Musée des Beaux-Arts. Je viens de découvrir une autre possibilité de rencontrer des hommes cultivés, implicitement compliqués et sensibles donc aptes à comprendre une femme complexe comme moi. Oui, c’est important d’être comprise. Sinon tu parles toute seule, monsieur bâille et il finit par te dire « ma chérie, fais comme tu veux ». Ce qui n’est pas du tout encourageant. Si tu ne veux faire rien qu’à ta tête, tu n’as pas besoin d’un monsieur qui bâille à tes côtés.

Je me lève et je me regarde dans la vitre du métro qui trépide dans le noir. De face. Un peu de profil. Tout est parfait. Je me fais confiance. Je dois me faire confiance. Je me sens instable sur ces souliers à hauts talons et à pointe allongée que j’avais achetés dans l’éventualité d’aller au théâtre. En règle générale, je n’aime pas beaucoup aller au théâtre. Ça parle trop. Ça me donne envie de m’endormir. Mais si mes visites aux musées ne portent pas leurs fruits, c’est vers le théâtre que j’irai.

C’est bien d’avoir toujours un plan de réserve, un projet dans la tête, un quelque chose pour t’accrocher.

Le métro s’arrête en secousses. Un homme à corps mous et une femme aux cheveux ébouriffés se précipitent vers les portes qui tardent à s’ouvrir. À l’intérieur de ma tête j’imagine le bruit de leurs têtes se cognant contre la porte du métro. La porte s’ouvre, je m’avance vers les escaliers. Il fait chaud. Une chaleur qui sent le vomi mélangé au jus renversé. Dégoutant. Et cela surtout quand tu te fais pousser, piétiner par les gens qui t’entourent. Ayez pitié de mes souliers neufs! Ce ne sont pas donnés. Et ma veste non plus. Je déteste, je déteste tous ces gens qui pètent, puent, suent, grouillent d’immondices et ne s’abstiennent pas de me toucher. Je ne suis pas faite pour le transport en commun. Je suis de structure trop délicate. Un joli nénuphar au milieu d’un marécage nauséabond.   

Me voilà dans la rue. Enfin dehors. Quel beau soleil! Quel cadre magnifique pour une première rencontre! Mes souliers me font mal aux petits orteils. J’aurais envie de les lancer à l’autre bout du trottoir. Je résiste quand même à la tentation. Je ne me rappelle pas avoir vu des femmes aux pieds nus à l’intérieur du musée. Si je pense mieux, je ne me rappelle guère l’intérieur du Musée des Beaux-Arts. J’étais en secondaire 4 quand je suis allée pour la dernière fois. À part des escaliers gigantesques, rien n’est resté accroché à ma mémoire. Tant mieux. Je ferai de nouvelles expériences. Je vais pour une exposition sur Emily Carr. Je me suis donnée de la peine pour apprendre par cœur le texte sur Emily Carr que j’avais trouvé dans L’Encyclopédie canadienne. Heureusement disponible sur internet. J’ai aussi envisagé la possibilité d’inviter une amie à se joindre à ma visite au musée. Mais, primo, je n’aime pas la concurrence et, secundo, il faut être seule et disponible pour qu’on homme ait envie de t’adresser la parole. Sinon ça ne marche pas. Vas-y! Courage ma belle! Je sens bien que cette fois va être la bonne!

*****

Elle prend la rue Sherbrooke. Marche lentement. Quelque chose s’oppose à l’avancement de son corps. Elle. Une flèche qui frissonne légèrement. La main droite s’agrippe à son sac. La main gauche s’agrippe à sa robe. Elle ne regarde pas la rue. Ni les passants. Ni les vitrines des boutiques.

Elle arrive devant le Musée des Beaux-Arts. Reste un moment clouée au trottoir. Commence à avancer. S’arrête. Tourne la tête. Mordille ses lèvres. Arrange les plis de sa robe. Tâte de ses mains crispées sa longue chevelure. Caresse son visage en descendant du front vers le menton. Sourit. Avance de nouveau. Entre dans le grand hall. S’arrête. Veut retourner. Se fige. Regarde autour d’elle. Veut acheter des billets. L’entrée est gratuite. Prend la vignette du musée. L’attache doucement à sa robe. Commence à monter les escaliers. Ses jambes brillent à travers l’escalier assombri. Elle s’immobilise sur la dernière marche. Regarde à plusieurs reprises à gauche et à droite. Suit le trajet proposé par le musée. Va dans la première salle. Ses yeux s’affolent tout autour. Deux enfants se collent à la blouse d’une mère excédée par ses fonctions. De grosses gouttes de sueur dégoulinent sur le visage rubicond de la femme. Un couple de sexagénaires s’approche d’un tableau. Il parle avec beaucoup d’enthousiasme. Comme s’il éjaculait dans l’oreille de sa compagne. La madame acquiesce sans conviction, ouvre discrètement la bouche, étouffe un bâillement d’ennui. Trois vieilles dames occupent un banc au milieu de la salle. Parlent à tour de rôle. Ne font pas attention aux toiles.
Elle passe dans la deuxième salle. Fais de petits pas. Une sorte de danse maladroite. Lève les yeux vers une peinture. Sa bouche se déforme sous le poids d’un sourire moqueur. Recule. Regarde de nouveau. Écarquille les yeux pour mieux voir. Pouffe de rire. Regarde autour d’elle. Un enfant a l’air de vouloir courir. Un couple se dispute aux pieds d’un totem. Un homme à chevelure maigre et blanche gratte la peau rosâtre de son crâne. Le grattage fini, il regarde attentivement le bout de ses ongles. Un gardien marche en silence.

Elle va vers la troisième salle. Ados métalliques vêtus de guenilles. Mémères fatiguées. Couples à l’air eternel. Gardiens s’ennuyant en silence.

Quatrième salle. Elle marche plus vite. De plus en plus vite. Court. Vite. De plus en plus vite.

  1. Madame, vous n’avez pas le droit…

La voix ne l’atteint pas. Elle continue à courir. Les escaliers lui font face. S’arrête. Reste immobile. Un gardien apparaît derrière elle.

  1. Madame…

Elle enlève ses souliers. Les lance du haut de l’escalier. Les regarde atterrir sur les marches. Éclate de rire. Rit à verse. Ses épales montent et descendent. Se penchent légèrement. Le rire ne choit plus. Silence. Le gardien se retire. Elle s’accroche à la rampe. Se laisse glisser sur une marche. Y reste sans broncher. Regarde devant elles. Ses épaules frémissent. S’affaissent. Elle pleure. Pleure. Pleure en silence.

Janvier 2008

Craiova domnişoarei Topuzu

Fragment (3)

Horia Dulvac

Continuare din numărul trecut

 

Printre puţinii mei prieteni care îmi rămăseseră în Craiova era Sfântul Ilie, care locuieşte în biserica ce îi poartă numele, lângă fosta frizerie Ciufulici.
În copilărie, mă tundeam destul de des acolo; mama stătea lângă frizeriţa cea tânără zăpăcind-o cu sfaturile ei. Sânul elastic al fetei mă apăsa pe umăr, neglijent, din când în când. (Niciodată nu am crezut că femeile te ating cu sânul aşa, din întâmplare şi întotdeauna o astfel de complicitate mă lăsa perplex. Îmi ridica probleme mai degrabă de logică, declanşându-mi un soi de raţionamente care m-au paralizat întreaga viaţă şi m-au împiedicat să acţionez.)
Tata citea ziarul România Liberă aşezat pe o banchetă. Oboseala îl înconjura cu o aură ce devenise obişnuită, iar severitatea cu el însuşi îi săpase cute adînci în jurul gurii.
La un moment dat am avut senzaţia că, în curgerea aceea de clipe care îl ciuruia, una scăpase şi aţipise. O secundă va ieşi cu siguranţă lipsă la numărătoare, capul tatei îi tresărise scurt a somn. (Aşa făceau cocoşii la ţară când adormeau – gâtul aluneca lent în jos, ca într-o scufundare şi, când atingeau fundul lacului, gheara le scăpa cu un tresărit de pe stinghia de lemn. Poate erau într-adevăr un soi de paznici solari.)
Eu eram ocupat cu examinarea propriei mele înfăţişări, de care nu eram mulţumit: mă credeam mai matur.
M-am mai tuns odată acolo, acum ceva vreme, scump şi prost. Din oglindă mă privea o persoană atât de străină de mine însumi, că m-am uitat şi în laterală, ca să mă conving că nu mă confundasem cu altcineva (uneori, privindu-mă în unele instantanee video, mă speriam de mine ca atunci când te-ai surprins într-o oglindă pe întuneric, ca şi cum ai fi dat nas în nas cu un nepoftit. Extraordinară înlocuirea parşivă şi infinitezimală a celui care am fost!)
Frizerul povestea ceva colegei sale bătrâioare (să fi fost aceeaşi din copilărie?): reveneau cuvintele „mi-a mâncat viaţa.”   
Mi-am imaginat viaţa  ca pe o bucată de carne pe care cineva o mânca. Aşa cum creştinii aveau viziuni în care pâinea liturgică era chiar trupul lui Isus. (Am citit o poveste cu un barbar care, privind prin gaura cheii unei biserici, a descoperit cum preotul creştin lua în altar un copil, îl frângea şi îl dădea celorlaţi să-l mănânce. „Măi ce păgâni sunt creştinii ăştia”, îşi spunea. Viziunea a făcut senzaţie printre creştinii fervenţi care, deşi experimentaţi, nu se învredniciseră de ea. Pentru că i se dezvelise  marea taină a împărtăşaniei, a fost botezat.)
Frizeriţa bătrână povestea ceva pe care îl ascultam cu oroare. Spunea că la un moment dat, copiii nenăscuţi încep să înghită din lichidul amniotic matern: li se formează digestia. Încep să-şi mănânce viaţa.
Când îmi aduc aminte cu acuitate secvenţe din copilărie, mă simt şi eu ca şi cum mi-aş mânca viaţa, mă văd un fel de copil uriaş stând în fund, cu o halcă de viaţă în mână, murdar de sângele ei în jurul gurii, mânjind totul în jur.
Îi făcusem fiului meu un poştaş de carton care putea fi tras de o sfoară şi articulaţiile sale detaşabile începeau să se mişte, dând impresia unui om viu. 
L-am găsit odată, după ce stătuse ceva vreme singur, în mijlocul unui spectacol şocant. Îi mâncase picioarele jucăriei de carton şi mă privea din pătuţul lui cu grilaj de lemn, ca şi cum ar fi fost vinovat, murdar de rahat în jurul gurii.
Mai trăsese şi câteva tuşe de rahat pe peretele proaspăt zugrăvit.„O să aibă mult noroc în viaţă copilul ăsta”, mi-a spus vecina-doică, cea  care avea grijă de el.

*

Craiova este oraşul cu oameni care au numai profil. Dacă încerci să îi priveşti în faţă, ei sunt o dungă atât de subţire şi ascuţită, că te poate tăia. Eu însumi am fost o vreme victima fără să ştiu a acestei secţionări şi mergeam aşa pe stradă în bucăţi, până când m-am prins la loc. Nimeni nu s-a sinchisit de mine.
Înţeleg perfect cauza: suntem în aproprierea Câmpiei, unde chipurile se usucă aidoma unor seminţe care îşi caută solul.
Unele feţe sunt atât de uscate, încât absorb lacrimile, ca o sugativă. (De aceea plânsul face bine la frumuseţe, eliberând conţinuturi latente, netezeşte tenul, îl îngraşă. Din păcate, bărbat fiind, nu-mi erau permise decât ploile gurii, fără lacrimi, rugăciuni.
În aşteptarea binefăcătoarelor ploi, vântul plimbă feţele deshidratate ale ţăranilor ca pe nişte coli de hârtie măturând străzile, gurile de tramvai. Odată, am văzut încolţind din chipul unei bătrâne de la ţară, din crăpăturile lui udate de lacrimi, un lăstar de cireş. (De altfel, cireşii sunt pe aici nişte plante xtrem de vitale: câteva mi-au crescut în podeaua camerei de la ţară, în care mă mai refugiez din când în când)
Mulţi au făcut greşeala să plece de acasă. Oamenii aceştia dau impresia că poartă chipul altuia, de parcă ar fi schimbat nişte măşti, aşa cum se încurcă copii la maternităţi.
Mi s-a întâmplat odată, în Parcul Poporului, ca o pală de vânt să antreneze subit, într-un mic turbion, praf, frunze, revere de haine şi mătreaţă, celule descuamate.
Vîrtejul de aer smulsese şi feţele trecătorilor. Se adunaseră ghem într-un colţ al trotuarului. Cu o mătură în mână, se apropia  de ele femeia de la salubritate, ameninţătoaare în vesta ei portocalie. Ţigăncile furau pe aici nu numai copii, ci şi chipuri şi fugeau cu ele în sac.(Prietenul meu Marcel, sculptorul, spunea că o ţigancă furase de la galeria de artă o vază de ceramică  pe care o ascunsese sub numeroasele ei fuste. Deşi o descoperiseră, patru gardieni publici s-au străduit să i-o scoată dintre picioare. )
Pentru o fracţiune de secundă, vântul a lăsat cetăţenii fără faţă. Automat, aceştia  şi-au pus mâinile peste ochi, ca şi cum le-ar fi intrat praf în cornee.
Imediat, un rând de piele de pe palme li s-a prins de obraz, refăcând-li-se, fără să ştie, figura.
Eram cu Zorilă, medicul meu de familie şi coleg de liceu, la un jogging, când am surprins fenomenul. Pe loc s-a gândit să patenteze acest inedit transplant.

În parc vedeam cel mai bine că lumea era fără obraz. Pe stradă, pietonii se furişau într-un mod ciudat, bidimensional, în dungă, ca să ocupe cât mai puţin spaţiu. Partea proastă e că riscam ca în timpul jogging-ului, să dau peste ei, fie din faţă, când riscam să mă tai, fie din profil, când deveneau sfărâmicioşi.
Mi se întâmpla să pun mâna pe o frunză veche care părea intactă şi aceasta să se pulverizeze în fragmente mici care nu mai voiau să ştie unele de altele, supărate între ele. Supărarea lor, mergea până la decompunerea totală, până la atom. Nu puteam vedea atomii, ci doar mirosi.
Dacă duceam mâna la nas, frunza mirosea vag a excremente uscate. Evoca o despărţire familiară şi  cicatrizată, căci timpul cauterizează mirosurile, aşa cum după o vreme îndelungată, balega de cămilă ajunge să fie folosită ca un parfum afrodisiac. (Încă o dovadă că toate plecarea mea era cu totul perisabilă şi se alterează uşor.)
Îmi amintesc de altfel că, în timpul exodului, mâncam doar o mană cerească ce ţinea cîteva minute; cădea mură-n gură şi tot cârteam.
Dacă încercam s-o pun deoparte pentru mai târziu se strica imediat, făcea viermi.
(Un ingenios profesor de mecanică şi lucru mannual de la Liceul Fraţii Buzeşti din Craiova a construit o bucată de tablă atât de ascuţită, încât grosimea ei era sub punctul de distincţie al ochiului. Astfel, dintr-o anume perspectivă, obiectul respectiv era de nevăzut. A convocat mai mulţi academicieni care nu credeau în corpul invizibil şi le-a pus în cale nevăzutele tăişuri. Fără să-şi dea seama, aceştia au continuat să meargă prin cuţitele atât de ascuţite ce le tăiau carnea, încât nici nu simţeau durerea. Se spune că, deşi ajunseseră fâşii, savanţii continuau să clatine din cap cu scepticism, afirmând că aşa ceva nu poate fi posibil.)

Seara, cădeam pe paturi împreună cu soţia, legănându-ne ca nişte frunze uscate şi, când atingeam cearşafurile scrobite, trupurile noastre scoteau un oftat uşor.
Paturile erau nişte catafalcuri ale împăcării, căci agitaţi de felurite nelinişti nu ne lăsam în plata domnului decât când nu mai puteam. Îi mulţumeam lui dumnezeu pentru oboselile vieţii, care mă predau cu gingăşie atenţiei lui.
(Îmi amintesc când prietenul meu din liceu a murit la cutremur, pe una din aleile lăturalnice ale cimitirului  trecea un alt  cortegiu mortuar. Era un mort străin, un bărbat cu faţa cenuşie şi gura încleştată, purtat pe umeri de alţi bărbaţi. La un moment dat, unul s-a poticnit şi mortul a deschis gura. „Ah”, a rostit şi, deodată cu ultima silabă, o cantitate surprinzătoare de aer s-a degajat în atmosferă. Dinspre gură, s-a stârnit o adiere de vânt şi parcă vreo câteva frunze ruginii de stejar uscate, mai impresionabile, s-au scuturat ca de frig.)

Eram în maşină cu şoferul spre Piteşti , când la un moment dat am zărit un bărbat cu faţa verde. Stătea în gura unei staţii de tramvai, nemişcat şi plat, cu un singur ochi pe o parte, încât am crezut că e un afiş.
Se dezlipise deodată s-a dezlipit de suport, alunecând încet pe trecerea de pietoni. Şoferul a frânat brusc, iar eu m-am lovit cu fruntea de parbriz, făcându-mi un mic cucui vineţiu. Semăna cu mugurele unor corniţe.L-am bandajat cu batista înmuiată în apă rece, îngrijorat şi iritat de astfel de evenimente.  
Ceva nu era în regulă în destinul meu, mă situasem prea aproape de un posibil accident.  Obişnuit să nu cer nimic, mă apropiasem prea mult de confraţii mei.
Toată seara m-am gândit la ce ar putea să se întâmple, dacă nu eşti atent. Aş fi putut supăra vreun mort, sau şi mai rău, un sfânt.
Aş fi putut, doamne fereşte, să câştig la loterie, ceea ce ar fi fost dovada cea mai limpede că evenimentele au pus ochii pe mine, că eram descoperit, victimă sigură a probabilităţilor.
Eram ca o frunză dată de gol, ca un rizom dezgolit. Grădinarul mă putea  tăia.

Înainte de sărbătorile pascale, soacra mea, care avea acelaşi nas de vulpe în vânt ca al domnişoarei Topuzu,  îşi scotea covoarele la spălat, peria podelele casei.
Eu eram întotdeauna mai eficient, chiar dacă păream distrat. Curăţam prin frecare, până la durere, coaja vieţii : întâi faptele care ies cel mai greu. Era suficient să le gândesc întors şi ele zburau înapoi, cu un fâlfâit de aripi aşa cum se descarcă folderele pe internet, lăsându-mi pielea albă. Dacă aş fi putut merge până la capăt, trupul meu ar fi devenit ca al sfinţilor, orbitor. (Am cunoscut într-o mânăstire din Gorj un preot. Simpla discuţie cu el în tinda bisericii m-a curăţat de vreo câteva kilograme de fapte şi culmea, mi-a regenerat epiteliile moarte ale pielii, mi-a lăsat tenul curat.)
Examinam ca o spălătoreasă rufele, înfăţişările noastre de zi cu zi şi grupam petele pe categorii. (Circulă printre gospodine o întreagă literatură a tehnicilor de scoatere a petelor, aşa cum biserica catolică vindea indulgenţe pentru absolvirea de păcate.)
Spălam întâi albiturile, adică greşelile mici, gândurile nespuse, reverii de tot felul. (Păcatele adevărate făceau obiectul unui program de absolvire automat, pentru rufe grele, cu rugăciuni bolborosite şi detergent concentrat.)
Mi se întâmpla, privind apele de evacuare, să îmi zăresc chipul rostogolindu-se printre şuvoaiele de feţe în turnul bisericii ca într-o binecuvântată gură.
Privind turnul clopotniţei întors, mi se părea că stau aplecat deasupra căzii de baie şi trebuia să mă ţin bine cu mâinile de strană să nu fiu absorbit.
Lăsam să se smulgă din mine, cu şuvoiul de evacuare, ceea ce mizeria voia: feţele noastre din celule moarte, ca nişte monezi tocite într-o apă plată, zilele topite în acuarelă, lacrimi de ploaie, avortoni dormind în somnul întâmplărilor, viaţa mea scursă prin canalele Oraşului până în ocean...

Janvier 2008

Prose au détail

Dan Lungu

Traduit du roumain par Iulia Tudos-Codre

Depuis quelques jours, il était tourmenté par l’idée que les petites choses découlaient des grandes choses. Comment cela se passait-il, en vertu de quelles lois, dans quelles circonstances ? Il ne trouvait de réponse à aucune de ces questions, alors il se promenait nerveusement dans la rue, en long et en large, inclinant la tête d’un geste mécanique lorsqu’on le saluait. Il maudissait l’instant où cette idée avait germé dans son esprit, ce court moment de lucidité, de prise de conscience, lorsqu’en passant à côté des détails, il s’y était emmêlé. Tous ces faits anodins, insignifiants, ces broutilles, ces pauvres petites choses. Or, si quelqu’un lui avait demandé à brûle-pourpoint ce que signifiait petite chose et grande chose, il aurait sûrement répondu que les grandes choses c’étaient des grandes choses et les petites choses, des petites choses, après quoi il se serait renfrogné, conscient au fond de lui-même de ne pas savoir avec exactitude lesquelles étaient les unes et lesquelles, les autres.
Il ne fut pas étonné lorsque sur le seuil de la maison familiale, sa mère lui demanda s’il s’était brouillé avec sa femme. Son père regardait impassiblement la télé ; il ne l’avait pas entendu parce qu’il était sourd. En règle générale, ses relations avec sa femme n’étaient pas des plus cordiales (« Et je t’assure, maman, c’est toujours de sa faute. » « Je te crois, parce que je sais comment je t’ai élevé. ») mais ces derniers jours, aucun incident, plaisant ou déplaisant, n’avait troublé leur indifférence conjugale.
Sa mère le prit par les épaules et, en clignant rapidement des yeux, lui demanda ce qui lui arrivait, « Parce que j’ai du mal à te reconnaître, mon fils ! » et dans ce fils, elle mettait une sincérité qui lui évoquait des scènes peu agréables de son enfance, chose qui ne l’empêcha pas de sourire. Qu’aurait-il pu lui dire ? La raison pour laquelle il faisait cette tête ? Qu’aurait-elle compris à tout ce bazar avec les petites choses et les grandes choses ? Il se contenta de suspendre un sourire à ses lèvres et de détourner ses yeux du regard fouineur.
Avait-il réellement l’air si mal en point ? Il ne pouvait pas se fier aux exclamations et aux gestes de sa mère, car elle ne perdait jamais une occasion de lui dire qu’il avait maigri, qu’il avait des cernes, qu’il avait une tête à faire peur, que ceci et que cela, pour ajouter aussitôt que ça ne pouvait être que l’œuvre de celle qui partageait sa vie. Après quoi, dans chacun de ses gestes, dans sa façon agacée de mettre le couvert et jusque dans la manière qu’elle avait de décrocher le téléphone, on pouvait lire une réprobation muette, une violence contenue, qu’elle laissait éclater juste ce qu’il fallait pour qu’on ne puisse pas manger tranquille. Des détails volontairement exagérés, peaufinés, polis, glissants,  insérés délicatement parmi les mots et les gestes. Des détails comme ces futilités qui articulent la réalité, cette réalité éthérée cachée derrière les-choses-qui-sautent-aux-yeux, derrière leurs contours épais et de mauvais goût.
Il se laissa tomber mollement dans un fauteuil, la main de sa mère posée sur son épaule et il fut – pour une seconde – emporté par l’image d’un plan d’eau bouillonnant d’oiseaux, sur l’écran de la télé. Quelqu’un lui demanda s’il voulait de la confiture de noix vertes et il dit oui pour gagner quelques minutes de silence. La main se retira de son épaule ; les mots le fatiguaient, les choses se fendillaient sous des regards tendancieux. Elles avaient l’air d’avoir été raccommodées.
La réalité lui apparut comme une araignée géante aux grandes pattes fragiles, segmentées, marchant de travers pour aller tout droit. La réalité était devenue lourde, elle semblait lui peser sur l’esprit. Un éléphant sur des échasses, un éléphant à pattes d’araignée. Des pattes prêtes à céder, résistant toutefois, au grand étonnement de tous, grâce à ces articulations fragiles, particulièrement souples, appelées détails. Des toiles d’araignée et des pattes fragiles, c’était ça le monde.
Il lui répondit qu’il avait aimé la confiture, oui, elle était excellente et il devina son envie de lui poser des questions. Ce n’est qu’alors qu’il les vit vraiment, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche et il dut passer entre eux comme entre les montants d’une porte. Elle – prunelle sombre, visage fin et étroit, petites mains ; lui – une figure dispersée derrière un rideau de fumée. Il passa entre les deux avec des regards vigilants et une démarche prudente. Il serait bien resté, l’air était paisible, la pièce respirait la propreté, mais les questions qu’il sentait sur le point de jaillir le chassaient de cet endroit. Tous les détails s’enchaînaient harmonieusement, la maison lui apparut comme une araignée équilibrée, même joyeuse. Dans cet ensemble, il était le seul élément dépareillé. Son esprit perverti éclata – lentement, comme dans un ralenti – au contact de chaque chose entière. Il ne se sentait bien que parmi les éclats et les débris. Les détails se substituaient à l’ensemble, doucement, lentement ; son esprit travaillait avec application comme un animal qui mâche sa proie.
Il sortit à travers le lacis de couloirs gris, en disant au-revoir à deux silhouettes fondamentalement différentes. Il marcha sur du gravier et sur des briques, puis sur de l’asphalte. Sur le gravier et sur l’asphalte marchaient également d’autres pieds. Il sentit d’autres présences à côté de lui. Il vit quelques feuilles, puis d’autres. En plus du gravier et de l’asphalte, il y avait des arbres, deux ou trois entre lui et la limite, c’est à dire la ligne qui sépare le ciel et la terre.
Son mariage lui semblait carrément ridicule. Ce n’était pas parce qu’il comportait des détails ridicules – ceux-ci ne peuvent être que vrais – mais parce qu’il ressemblait à une araignée désarticulée. Ils étaient deux parties différentes de l’araignée, entre lesquelles les détails ne collaient pas. Oh, oui, ça ne pouvait être que ça. Une araignée renversée. Elle remue ses pattes, les articulations existent, fonctionnent à leur manière, mais elles ne trouvent rien pour s’appuyer. Elles pédalent dans le vide. Une gymnastique, c’était ça, leur mariage était une gymnastique.
Et pourtant son épouse était une femme merveilleuse. Lorsqu’ils étaient ensemble, tout le monde s’étonnait de les voir si bien assortis. Les gens s’exclamaient, joignaient les mains. Au début il s’était senti flatté par ces gestes, mais plus tard, il avait réalisé que les gens se trompaient. En réalité, ils n’allaient pas très bien ensemble. Ça pouvait sonner bizarrement, mais il était prêt à jurer qu’ils s’entendaient grosso modo, mais qu’ils s’empêtraient dans les détails. Pendant longtemps, il n’avait pas su dire d’où venait l’inadéquation... Et puis voilà, il avait trouvé, ça venait des détails. Il lui avait suffi d’un seul instant de lucidité, d’une seconde d’attention. Les petites choses quotidiennes, les broutilles. Comment avait-il pu passer à côté d’elles avec autant d’indifférence ?
Il se frotta les tempes et pressa le pas. Il aurait bien bu un grand verre de bière, mais la curiosité le poussait vers chez lui. Son visage délavé, illuminé par cette dernière découverte, avait acquis une consistance intéressante. Il ressemblait à un millier d’ampoules éparpillées, reliées par un fil invisible. Il arriva, embrassa sa femme d’un air espiègle et s’arrêta devant le tiroir du bureau. Dans son dos, il entendit des commentaires à propos du sans-gêne, des chaussures et des mères.
Sa manie de noter tous les détails pouvait lui être utile. Contorsionné au-dessus du bureau, un crayon à la main, il soulignait ci et là dans son journal. Trois gouttes de transpiration. Rien ne pouvait le détourner de son travail, même pas le fracas des objets ostensiblement jetés dans la pièce d’à côté.
Un peu plus tard, il se coula dans un fauteuil avec une feuille quadrillée à la main, un crayon dans une narine et un sourire indécis sur la figure. Donc, cette année il avait tenté de séduire sa femme 365 fois, chose qui lui sembla digne d’être prise en considération, même si certains jours il avait seulement essayé de faire son devoir d’époux. Il avait reçu son consentement trente-six fois, quatre fois il avait recouru à ce que l’on appelle un viol conjugal et pour les autres fois, il était resté le bec dans l’eau. Les raisons des esquives avaient été : il fait trop chaud, il fait trop froid, je suis trop fatiguée, il est trop tard, j’ai mal à la tête, j’ai mal aux dents, j’ai mal au dos, je n’ai pas envie, tu es resté trop longtemps devant la télé, ça va abîmer ma coiffure (sujet d’engueulade), on a des invités, ce n’est pas le bon moment, la fenêtre est ouverte et les voisins peuvent nous voir, tu ne m’as pas acheté ce que je voulais, tu es resté trop longtemps avec tes copains, etc.…
Les trente-six fois, il n’avait pas été satisfait car : elle lui avait demandé plusieurs fois de finir plus vite ; trois fois elle l’avait informé que le plafond devait être repeint ; une fois elle avait été distraite par une mouche ; onze fois il avait du tousser pour la prévenir qu’il avait fini ; trois fois il s’était senti coupable de l’avoir presque obligée à faire l’amour ; quatre fois elle lui avait fait promettre de lui acheter quelque chose ; trois fois elle s’était souvenue de tout ce qu’elle avait à faire ; trois fois elle s’était plaint d’être dérangée par l’aboiement d’un chien ou le bruit des voitures.
Il regarda de nouveau la liste puis traversa un cadre vert pour passer dans l’autre chambre. « Mon Dieu, comment d’aussi grandes et belles choses peuvent-elles donner naissance à des choses aussi petites et laides ? », eut-il le temps de se demander.
L’œil de l’icône lui jeta un regard surpris. Des yeux, des ongles et la tâche de café se tenaient prêts à l'empoigner. Un ticket de tramway, une goutte de transpiration, le museau d’une pantoufle qui grognait de sous le lit, l’odeur de tabac blond, la tranche du livre, le noyau de mirabelle et l’ampoule Philips bourdonnaient autour de lui comme un essaim d’abeilles. Un bourdonnement de plus en plus intense, toujours plus menaçant, un tourbillon qui l'avalait goulûment. Il se sentit glisser peu à peu de l’autre côté de la lumière et fut pris de panique. Il s’enfuit en projetant son esprit vers la rue, puis il courut vers la maison, vers maman, avec ce bourdonnement qui le poursuivait, à un pas derrière le contour de son corps. Une peur longue et mince, parallèle à sa colonne vertébrale. L’air du soir lui fit du bien.

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