Depuis 2001 • No 53 • Montréal • 15.01.2009
Décembre 2008

2 Poèmes

Jean-Sébastien Ménard

1

La lune où j’ai accroché
mon futur
commence à vivre

Imbibée
d’une sagesse
que je voudrais mienne

Au-delà du questionnement
constant
où je loge

avec cet ami qui affirme
l’enfer est le doute

du parc humain
que je cherche
cherche

Un équilibre
dans le paysage
du repos
et du confort
intérieur

intérieur

avec toi
avec la vie

2

les oiseaux
allant au nord
interrogent les réveils
qui se répètent

parfois je voudrais qu’on parte
à la dérive
le temps d’arriver

là où on continuera
malgré la fragilité des jours

marcher dans les rues
en silence
au rythme des pas
en écho à l’absence
loin des erreurs
et des fragments de regard

Janvier 2008

Ion Maria

Poetry

Poetry is a free space
a ring where
your soul fights
with God
on equal positions
poetry is a free space
a ring where beauty
faces ugliness
and always
wins.

 

Sadness

due to the sadness
of the night and rain
alone at the far end
of the corn field
with a moon ray
the scarecrow

cut your veins.      

 

Poem

a poem is a machine
for dreaming
when you can no longer
believe
and dream
it dreams in your lieu.

Incident

opposite my heart
sat down
a butterfly
and award
granted
by God

English version-Dan Brudaşcu

în antologia: „Voices of contemporary Romanian Poets”-editura SEDAN,2007.

Janvier 2008

Ioana German

A short remark

The child within, the child without…

the pain, the gain, the hand in hand,

the stream of light, to bear it right into the night… 

I hold you tight, my scream is bright,

forming a choir of blinding fright.

You look at me, you look so torn,

into the storm, and shout no word

into the fiord of breathless discourse of the chord. 

I smell your fears,

transforming into gushing tears

and running down your pretty cheeks

where the mascara smears

veins of rains. 

I ache

during the break

of life within and life without,

the symphony of lashing out

at you, at me,

such agony… 

 

 

Inside no. 24

All the emotions which were locked away in dark vaults of somber past tumbled down on me, poor creature of a bitter dawn. I felt a stream of pain strolling down my old arteries, embracing my tired little blood cells. I couldn’t run away, not anymore. So I stood there, cuddled by the intensity of the pain; being petrified and clueless. Not having the slightest idea what to do with it, just suffering silently. It was a river, a torrent of memories. A whole wall crumbled down and all the putrefied corpses of my unconscious gathered in an ultimatum of vibrant emotional utterances. A chorus of distinct, old, raspy voices of truth. I held on to the present as hard as I could but the past was invading my being, clasping the very core of me. I cried endlessly and soundlessly, ravaged by these forgotten voices of the past, interred and now exhumed, rotten carcasses, haunting and lamenting incessantly. Filled with their vengeance, I’m overwhelmed by the reality of my indelible death.

          And only then I find my peace.

Janvier 2008

Cristina Montescu

Tristesse à chien mauve (1)

Va-t’en

 

Mets ton doigt sur le fil
fais un nœud
ensuite un autre
et un autre

boucle ta vie
ferme tes valises
va-t’en
marche vite
de plus en plus vite
vole haut
de plus en plus haut
et pourtant n’oublie pas de trébucher
sur une pierre
sur une certitude
et pourtant n’oublie pas de tomber
souvent très souvent.

 

 

Chanter

Clair de lune
ou clair de vie
je ne peux pas m’endormir
je rumine mes mains
mes pieds
mon corps
mes souvenirs
et comme je ne trouve rien
sur quoi m’appuyer
je commence à chanter.

 

 

Mon passé

 

Dans un vase blanc
oblong
dentelé
plein de bonne volonté
j’ai mis les cendres du passé

j’y passe le chiffon
2 fois par semaine
8 fois par mois
96 fois par année

je pleure chaque fois
sans savoir pourquoi
mon passé n’est ni bon ni mauvais
il a des rides sous les yeux
les cheveux blanchis de silence
le sourire poisseux
il me prend toujours dans ses bras
il me berce
il me laisse dormir
mais il ne me laisse pas partir.

 

 

Montre-moi

Montre-moi tes mains
rougies de douleurs
tes mains déformées
par les pleurs
Montre-moi les cals
dans tes paumes
les cals dans ton âme
Montre-moi tout ça
et je te servirai
une tisane
et des gâteaux assortis.

 

 

Je touche aux solitudes

 

Je touche aux solitudes des autres
comme à un élastique trop tendu
qui menace d’éclater en sanglots
partout où je me tourne
la solitude me guette
me toise
me pèse
belle fée affamée
féroce
pleine de tendresse
elle met sa main sur mon épaule
et parle par la voix de tous mes amis 
je voudrais la fuir
mais un enfant qui ronge ma cervelle
languit après elle
comme il languirait après des bonbons
cet enfant qui est mon épée
cet enfant qui est mon bouclier
je ne peux pas le chasser
je ne peux pas le tuer
donc je le laisse me ronger
je le laisse m’esseuler.

 

 

 

Aujourd’hui je suis bien

 

Aujourd’hui je suis bien
je porte l’automne sur ma tête
comme autrefois
je portais le chapeau du grand-père
pour me croire immortel
de mon chapeau
je sors un lapin à crocs
un perroquet à griffes
une joie à serres
je les montre a la foule bouche bée
et je les mets de nouveau
dans mon chapeau
le lapin me mord
le perroquet me griffe
la joie me serre
mais aujourd’hui je suis bien
vraiment bien.

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