Depuis 2001 • No 53 • Montréal • 15.01.2009
Janvier 2009

Festival international Montréal/Nouvelle Musique :

Trésors sonores et diversité dans la qualité

Par Iulia-Anamaria Salagor

Plants and Animals

La Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), en partenariat avec plusieurs organismes, offre du 19 février au 1er mars 2009 un rendez-vous incontournable, à tous ceux qui veulent découvrir toute la richesse de la musique d’aujourd’hui dans le cadre du Festival international biennal Montréal/Nouvelle Musique (MNM).  

Lors de la conférence de presse tenue le 21 janvier au Centre Pierre-Péladeau, Pierrette Gingras, la directrice générale du Festival et Walter Boudreau, le directeur artistique, ont présenté les huit grands axes de la quatrième édition du festival, une programmation autour de la thématique des mythes et légendes qui ont marqué nos civilisations. Au menu : des invités hors Québec, des concerts monographiques, des concerts avec voix, des concerts « crossover », des concerts rituels et spirituels, des concerts pluridisciplinaires, des concerts d’« icônes » et des activités parallèles. MNM 2009, c’est 11 jours de découvertes, de passions et de talent : 24 concerts réunissant 57 compositeurs, 18 ensembles, 10 chefs, 27 solistes, et plus de 400 musiciens ; 1 colloque, plusieurs conférences, classes de maître, 2 répétitions publiques, 1 exposition et 1 « Salon MNM ». À tout cela il faut ajouter un évènement grandiose, destiné à toute la famille, un véritable mega- karaoké collectif à l’église Saint-Jean-Baptiste, qui rassemblera plus de 300 musiciens amateurs de tout âge autour de sept solistes réputés animés par Raoul Duguay et Walter Boudreau pour interpréter un classique de la musique américaine : In C de Terry Riley.  

La conférence de presse a commencé avec un extrait de l’œuvre Procession, de Jean-François Laporte interprété par Quasar, un quatuor de saxophones; les quatre musiciens à la virtuosité fascinante ont impressionné l’assistance par leur énergie et leur audace.  Le groupe  va donner une performance lors du grand concert d’ouverture du Festival, célébrant aussi son 15e anniversaire.  

Réseaux a su convaincre le compositeur, écrivain et réalisateur français Michel Chion de diffuser deux créations dans le cadre de MNM. À ne pas manquer, donc, le 19 février à la Salle Pierre-Mercure,  le rendez-vous avec un des piliers de la musique électroacoustique dans un concert de musique concrète.   

Le concert du Totem Contemporaine, mettant en vedette les instruments inventés et les installations sonores de Jean-François Laporte, est assurément un incontournable du festival. Aussi un incontournable pour les connaisseurs : le Ives Ensemble arrive des Pays –Bas pour présenter quelques légendes du XXe siècle, de Xenakis à Feldman en passant par Vivier. 

Un mariage unique entre la musique et les nouvelles technologies qui met en lumière la beauté fragile de notre environnement et d’une espèce menacée - les papillons monarques -, voilà ce que vous propose l’Ensemble contemporain de Montréal+ et le quintette Onix pour la soirée du 21 février, si vous vous décidez de participer au concert Pont de papillons. 

Lors du cocktail qui a suivi la conférence de presse, je me suis entretenue avec la compositrice Marie Pelletier, qui racontera, le 1er mars, la légende de Tschkapesh, héros du peuple montagnais, par la voix d’un conteur innu accompagné du chœur de chambre montréalais Tactus. Après la discussion avec Mme Pelletier, qui est aussi lauréate du concours Ernest Bloch (Suisse) avec HAN no 12, une œuvreinspirée d’un chant d’amour chinois traditionnel, je suis devenue très curieuse de découvrir grâce à la musique, l’univers de la nation innue, l’une des nations autochtones les plus populeuses du Québec.  

Une autre compositrice montréalaise, Ana Sokolovic, mettant en musique ses poèmes d’amour préférés, présente le 27 février, pour la première fois à Montréal, par l’intermédiaire de la compagnie théâtrale torontoise Queen of Puddings, l’œuvre Love Song. Une chance d’entendre « je t’aime » en 100 langues différentes ! 

Il faut mentionner que cette année les festivals MNM et Montréal en lumière se collent sur les mêmes dates et en profitent pour présenter conjointement deux concerts, ceux de l’ensemble Constantinopol et de l’ensemble vocal français Les Jeunes Solistes. MNM livrera aussi le concert de l’Ensemble de la SMCQ jouant un Hommage à Yes, King Crimson, Emerson, Lake & Palmer et Genesis, du compositeur français René Bosc

Encore une fois cette année, la programmation s’inscrit sous le signe de la diversité, un cadre idéal pour prendre le pouls des musiques nouvelles. Et tout cela grâce aussi à la vision de son directeur artistique, le compositeur et chef d’orchestre Walter Boudreau. La conférence de presse a été suivie par une fête surprise en son honneur, pour souligner ses 20 ans à la tête de la SMCQ, 20 ans au service de la création. Des discours émouvants, de beaux souvenirs, des cadeaux musicaux et le gâteau anniversaire orné d’une paire d’espadrilles rouge en sucre- la « griffe » du Maestro-, ont clôturé la soirée.  

Bon festival !  

Pour plus de détails, vous pouvez  visiter le site www.festivalmnm.ca 

Photo Roy Hubler

Janvier 2009

Atelier d'opéra McGill

Les nouveaux choeurs du "Viol de Lucrèce"

Des rôles multiples déconcertants

Par François Cavaillès

"Le Viol de Lucrèce" donné par l'Atelier d'opéra McGill à la fin janvier crée la surprise d'entrée. Le récit s'ouvre dans un décor typique du théâtre tragique, avec quelques meubles imposants disposés çà-et-là, chacun couverts d'un drap. Ce décor s'affine au fil de la trame, car sous les draps on découvre différentes parties d'une gigantesque statue féminine décomposée. Sous un faible éclairage déformant les visages, les protagonistes du drame, un prince étrusque et deux généraux romains, n'apparaissent pas assis sous une tente, comme le veut le livret, mais debout dans un groupe visiblement à l'étroit sur la scène, qui comprend quelques personnages allégoriques, tel un jeune homme costumé à la pastorale.  

Les choeurs, masculin et féminin, constituent l'autre choix majeur de la mise en scène. Conformément au texte original, ce sont deux narrateurs chrétiens qui racontent avec des siècles de recul l'histoire menant au viol de Lucrèce. Ce décalage dans le temps avec le reste de la distribution se traduit dans des costumes d'époques très différentes. Ainsi, au contraire des guerriers en toge, le conteur arbore une tenue d'explorateur, avec un sac en bandoulière.  

Le rôle même des choeurs paraît le plus fascinant et rend cette représentation très singulière. En effet, ils introduisent le public aux événements, puis ils enrichissent le récit et soulignent le tragique des situations comme dans la tradition théâtrale grecque antique. Alors que le viol de Lucrèce est imminent, on assiste à une sorte de commentaire en direct de l'action sur la scène, avec Lucrèce et Tarquin d'un côté et les choeurs de l'autre. Puis, lorsque Lucrèce doit céder, les choeurs expriment leur grande tristesse et se prennent dans les bras l'un de l'autre pour non plus raconter ni commenter, mais pour jouer.  

Au plan strictement musical, on retient une partition très riche en sonorités, de facture moderne, avec notamment un habile recours au thème. Des éléments perçus par exemple dans l'ouverture se retrouvent dans le puissant interlude où Tarquin chevauche vers Rome. La virtuosité des violons, l'emportement des percussions créent des ambiances captivantes et savent porter à son comble la détresse de Tarquin, peu avant son escapade, avant qu'elle ne retombe dans un chant évanescent, savant mélange de douceur et de furie. Au premier acte également, les tourments de Junius sont très bien rendus par la musique.  

Très bien interprété dans l'ensemble, "Le Viol de Lucrèce" s'est présenté à Montréal sous la forme d'un bon spectacle. 

"Le Viol de Lucrèce", un opéra composé par Benjamin Britten, avec un livret de Ronald Duncan, présenté par l'Atelier d'opéra McGill les 28, 30 et 31 janvier 2009 à la salle Pollack de Montréal, dans une réalisation de Patrick Hansen, sous la direction musicale de Julian Wachner et avec David Menzies (Choeur d'hommes), Aidan Ferguson (Choeur de femmes) ainsi que Liliana Piazza (Lucrèce).

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