Dans Blanchie, Brigitte Haentjens relate le voyage effectué par une femme venant de perdre son frère. Le vide causé par la disparition de ce dernier semble impossible à combler. Il arrive ainsi à cette femme de « passer des journées entières/ en pyjama », ou encore de compter « les heures en écoutant en boucle/ le dernier message téléphonique de [son] petit frère/ [d’appeler] sans relâche sa boîte vocale. » Le numéro de téléphone de ce dernier « s’agite dans [sa] tête/ comme un moustique égaré. » Au fil des jours, elle tente de vivre son deuil et se réfugie dans les bras d’un homme qui devient son amant, ou plutôt une source d’oubli, bien qu’elle soit incapable de lui parler du disparu qui parfois « au milieu de l’amour […]/ apparaît avec son grand rire battant l’air de ses deux/ bras/ et c’est une décharge électrique. »
Entre l’homme et elle, se développe une relation malsaine où la jalousie, rapidement, côtoie le désir. Dans l’air, se dégage un parfum de violence. D’un côté, l’homme cherche à la charmer, il lui offre des cadeaux. Et de l’autre, il veut la garder pour lui seul. Il alterne ainsi les crises et « les gémissements/ les pardons les implorations/ les bouquets de roses rouges/ somptueuses et chères ». Il est violent, toujours de plus en plus, mais elle continue de le voir. Il dit qu’il ne « supporte plus la distance/ Il devient fou de jalousie, [lui] fait des scènes/ crie/ il veut [qu’elle] le rejoigne à Berlin/ [qu’elle] vive/ avec lui/ il [la] supplie de venir puis du même souffle/ parle de rupture/ il [lui] reproche de ne pas assez l’aimer/ [la] trouve indifférente/ il tente de [l’exciter/ elle] le repousse/ il [la] presse et [la] bouscule/ il [la] menace/ [lui] sert violement le bras/ ses doigts laissent des marques sur [sa] peau. »
Intoxiquée par le chagrin, « une drogue dure », elle se met à voyager. Elle veut rompre avec son amant mais elle finit toujours par céder à ses avances. Elle continue donc de le voir malgré ses commentaires désobligeants et entretiendra leur relation jusqu’à ce qu’elle rencontre un autre homme, à Montréal, qui, lui, ne l’étouffera pas et lui permettra de vivre son deuil paisiblement, autrement. Il faut souligner que, tout au long de ses aventures, son défunt frère ne cesse de l’accompagner. Il reste présent dans sa vie, malgré sa disparition.
Avec cette suite poétique captivante sur le deuil, Brigitte Haentjens évoque la perte, les souvenirs qui demeurent, l’ombre des morts qui nous accompagnent chaque jour, la vie difficile pour ceux qui demeurent, cette douleur qui sépare les êtres ainsi que les relations amoureuses difficiles à entretenir dans cette marche pour « retrouver prudemment l’usage de la parole/ les mots creux et légers/ comme des rêves éveillés », pour vivre et s’éloigner de la mort. C’est, en fait, une marche vers la vie, à travers la douleur, que nous propose l’auteure dans un travail d’une beauté dérangeante qui perce le cœur.
Il faut, par ailleurs, noter la présence des photographies qui, tout au long du recueil, témoignent autant que les mots de l’absence, de la douleur et du silence.
Brigitte Haentjens, Blanchie, Sudbury, Prise de Parole, 2008.
















