Derrière les vainqueurs
Une année de plus. La tombe de ma mère est descendue
de mes épaules. Je me nourris journellement
de la différence entre riches et pauvres
en respirant hardiment
toujours derrière les vainqueurs.
M’aimes-tu ? Alors je te permets
de choyer adroitement
la corde qui s’étend sous mes pieds.
Prends soin de sa santé,
compte les portes étrangères devant lesquelles
elle est en train de glacer d’épouvante
et ne te mets pas en colère.
Aussi longtemps que tu es le seul à la voir à l’oeil nu,
aussi longtemps que tu es le seul à lui éviter le vertige
d’être au-dessus de la bourbe,
sur l’éventaire de ma boîte crânienne on vend des périls
au kilogramme : frais, assortis
en respectant les calories et la rigueur.
Par leurs qualités personnelles ils attirent les passants.
Sans qu’ils entendent au moins le hurlement poussé
par la loi de l’offre et de la demande
perchée sur les clôtures.
On vend et on achète et la vie va son chemin.
Je te permets, je te permets de choyer adroitement
la corde qui s’étend sous mes pieds. Prends soin
de sa santé, compte les portes étrangères
devant lesquelles elle est en train de glacer d’épouvante.
Regarde le moins possible en haut. Pour l’instant.
Loin de la vieillesse
Mêlée gourmande grandeurs déroutées
l’équivoque tombe de sa bicyclette
une jeune Cassandre
me fait la nique et elle noue
à deux bouts mon nouveau visage
l’un s’aligne pour le contrôle de la qualité
sur un cercueil l’autre rattrape son équilibre
pendant les affres de l’accouchement
les deux mutismes sous le même drap
se rencontrent dans une cuisante structure poétique.
Paysage d’hiver
Au crépuscule plein de glaçons
et d’écailles, au-dessus de l’étincelle
presque morte de peur
ta main verse
du deuxième système
de signalisation
un arrosoir rempli de gaz.
La flamme croît, à sa lumière,
parmi des hiéroglyphes et des dragons,
parmi des pièges et des pierres
on voit mon âme :
une petite vieille qui tripote
les entrailles mélodieuses
d’un autre abîme.
Poème d’amour
Après tout je dirai toujours des choses sans importance
de mon plein gré je piétine les miettes de l’été.
Soir après soir la folie se niche sur mes lèvres.
(Elle est impatiente d’être choyée et pourtant personne
ne remarque sa présence.) C’est pour cela
que je m’empresse de te voir et j’imagine
un sort de bonne foi et d’esprit. Je sais bien
que je n’ai pas le sens de la mesure
et que j’ai honte de la mort
parce que la mort ne veut pas causer avec moi.
Sur la table à nourriture abondante à laquelle
désespérés nous nous attardons par hasard
le passé commence à pourrir. En détail et en subtilités,
au vu et au su de tous,
j’ai décrit ses entrailles. Tiens, il n’en reste même pas
un grain d’or solitaire.
Pastel heureux
Aujourd’hui il neige joliment
personne ne plante
des clous au milieu de la pause
entre les comètes
dans la lumière sanglante
d’entre les parties du discours
tout seul l’annulaire bâtit
un mur merveilleux
sous ses fondements il étend
l’île la plus convoitée
au-dessus il répand
le ciel et la loi morale
je me nourris
de ce moment pareil au lait de ma mère
il neige joliment
je regarde le cadre blanc
qui se trouve à la droite de la fenêtre
le nénuphar de la toile
pare déjà
la poitrine de la divinité.
Devant la culpabilité, le poème
Trois jours ta langue s’attarde sur le champ de bataille
ployées sous leurs plaies les apparences
lui rendent quand même les honneurs
il fait beau ici, on voit tout autour
la discipline et le respect pour le sens interdit
la contemplation de ce qui est sensible et la nécessité unanime
de ne pas demander au moment inopportun
si la solitude peut entrer dans l’histoire.