Depuis 2001 • No 52 • Montréal • 15.12.2008
Décembre 2008

2 Poèmes

Jean-Sébastien Ménard

1

La couleur du soleil
Brise l’heure

Le violon
Sous mes yeux

J’ai envie

de neige

M’entourant dans le silence

Que tu me retrouves
au milieu de rien

écoutant le chant de l’hiver
l’irréalité de mon regard

J’ai vu

un homme marcher
avec une femme

Ils parlaient
Doucement

Je leur ai demandé
Quelques heures

Ils m’ont donné du café

Tous à l’intérieur
D’un lieu
Se regardant vivre
Sans être ailleurs

*

J’entends parler
L’intérieur des livres
La vision du temps
L’écho du soleil
Dans le théâtre de mes insomnies
Je répète tout bas
que
Connaître
C’est se souvenir
Que vivre ici c’est résister
Que les rêves habitent le corps
Où tombe l’inconscient
Un verre de vin
Les statues bougent
Les horloges se brisent
Et je danse

S’il m’arrive que je sois
à bout de souffle

épuisé
par
la légère brise
qui souffle

l’amertume des lieux

je danse
à ta beauté

 

Décembre 2008

Elena Stefoi

Derrière les vainqueurs

Une année de plus. La tombe de ma mère est descendue
de mes épaules. Je me nourris journellement
de la différence entre riches et pauvres
en respirant hardiment
toujours derrière les vainqueurs.
M’aimes-tu ? Alors je te permets
de choyer adroitement
la corde qui s’étend sous mes pieds.
Prends soin de sa santé,
compte les portes étrangères devant lesquelles
elle est en train de glacer d’épouvante
et ne te mets pas en colère.
Aussi longtemps que tu es le seul à la voir à l’oeil nu,
aussi longtemps que tu es le seul à lui éviter le vertige
d’être au-dessus de la bourbe,
sur l’éventaire de ma boîte crânienne on vend des périls
au kilogramme : frais, assortis
en respectant les calories et la rigueur.
Par leurs qualités personnelles ils attirent les passants.
Sans qu’ils entendent au moins le hurlement poussé
par la loi de l’offre et de la demande
perchée sur les clôtures.
On vend et on achète et la vie va son chemin.
Je te permets, je te permets de choyer adroitement
la corde qui s’étend sous mes pieds. Prends soin
de sa santé, compte les portes étrangères
devant lesquelles elle est en train de glacer d’épouvante.
Regarde le moins possible en haut. Pour l’instant. 

 

Loin de la vieillesse

Mêlée gourmande grandeurs déroutées
l’équivoque tombe de sa bicyclette
une jeune Cassandre
me fait la nique et elle noue
à deux bouts mon nouveau visage

 

l’un s’aligne pour le contrôle de la qualité
sur un cercueil l’autre rattrape son équilibre

 

pendant les affres de l’accouchement
les deux mutismes sous le même drap
se rencontrent dans une cuisante structure poétique.      

 

Paysage d’hiver

Au crépuscule plein de glaçons
et d’écailles, au-dessus de l’étincelle
presque morte de peur
ta main verse
du deuxième système
de signalisation
un arrosoir rempli de gaz.
La flamme croît, à sa lumière,
parmi des hiéroglyphes et des dragons,
parmi des pièges et des pierres
on voit mon âme :
une petite vieille qui tripote
les entrailles mélodieuses
d’un autre abîme.

 

Poème d’amour

Après tout je dirai toujours des choses sans importance
de mon plein gré je piétine les miettes de l’été.
Soir après soir la folie se niche sur mes lèvres.
(Elle est impatiente d’être choyée et pourtant personne
ne remarque sa présence.) C’est pour cela
que je m’empresse de te voir et j’imagine
un sort de bonne foi et d’esprit. Je sais bien
que je n’ai pas le sens de la mesure
et que j’ai honte de la mort
parce que la mort ne veut pas causer avec moi.
Sur la table à nourriture abondante à laquelle
désespérés nous nous attardons par hasard
le passé commence à pourrir. En détail et en subtilités,
au vu et au su de tous,
j’ai décrit ses entrailles. Tiens, il n’en reste même pas
un grain d’or solitaire.  

 

Pastel heureux

 

Aujourd’hui il neige joliment
personne ne plante
des clous au milieu de la pause
entre les comètes
dans la lumière sanglante
d’entre les parties du discours

 

tout seul l’annulaire bâtit
un mur merveilleux
sous ses fondements il étend
l’île la plus convoitée 
au-dessus il répand
le ciel et la loi morale

 

je me nourris
de ce moment pareil au lait de ma mère
il neige joliment
je regarde le cadre blanc
qui se trouve à la droite de la fenêtre
le nénuphar de la toile
pare déjà
la poitrine de la divinité.

 

Devant la culpabilité, le poème

Trois jours ta langue s’attarde sur le champ de bataille
ployées sous leurs plaies les apparences
lui rendent quand même les honneurs

il fait beau ici, on voit tout autour
la discipline et le respect pour le sens interdit
la contemplation de ce qui est sensible et la nécessité unanime
de ne pas demander au moment inopportun
si la solitude peut entrer dans l’histoire. 

Décembre 2008

Ioana Gherman

Drum zăbovit

Astăzi în coji de nuci
mă lupt
din tălpi
drumeţele să-mi şteargă
şi iţi adulmec
sufletul fecund
şi paşii toţi işi spun
să nu mai meargă.

Însă mă-ntreb aşa
olog
şi cu mirare
cum ai să poţi să schimbi
un inorog

în suplă şi-nrădăcinată floare.

 

Solitar

Solitar, mă adun din bucăţile
dosite-n ghem de moiră
păşesc domol
şi plimb un destin mototol
mă împiedic
în drumurile curente
şi-n suflul vietii scadente,
ce soartă
ascunsă de fapt după poartă.

 

Ars scribendi

Închide-n cuvinte fantasme
psihoze, sentinţe şi basme,
versuri încadrate în rime
ca-n nişte armuri
lucitoare,
venite din soare,
penelul înfipt
în onirice fraze
ca un pumnal laborios
despicând metafora plină
ce şuşoteşte-n surdină
către-o enigmă vecină
şi-apoi soarbe cu migală
din cupa de cerneală.

 

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