Depuis 2001 • No 52 • Montréal • 15.12.2008
Sortie : 12 décembre 2008

The day the earth stood still

Batle in Seattle

Durée : 1h43

Distribution : Keanu Reeves, Jennifer Connolly, Jaden Smith, John Cleese, Jon Hamm

Réalisation : Scott Derrickson

Scénario : David Scarpa, d’après le scénario d’Edmund H. North

Production : Etats-Unis

Photo : www.cinemamontreal.com

 

Par Tina Armaselu

« Remake » du film éponyme tourné en 1951 par Robert Wise, “The Day the Earth Stood Still” (Le jour où la Terre s’arrêta) raconte l’histoire de Klaatu (Keanu Reeves), un émissaire extraterrestre qui prétend d’être venu pour sauver la Terre.

Bien que pourvu d’effets spéciaux et d’un certain suspense, le film semble un peu moins clair au niveau de son message qui peut même paraître diminué par rapport à la réalisation originale. C’est, dans une certaine mesure, un côté visuel qui laisse l’impression d’avoir été mis en plan premier au détriment d’un développement plus en profondeur du contenu.

Sortie : 26 novembre 2008

Australia

Igor

Durée : 2h45

Distribution : Nicole Kidman, Hugh Jackman, Bryan Brown, Brandon Walters, David Gulpilil

Réalisation : Baz Luhrmann

Scénario : Baz Luhrmann, Stuart Beattie, Ronald Harwood, Richard Flanagan

Production : Etats-Unis

Photo : www.cinemamontreal.com  

 

Par Tina Armaselu

Au début de la deuxième guerre mondiale, après la mort de son mari, Lady Sarah Ashley (Nicole Kidman), une aristocrate anglaise, hérite d’un ranch en Australie. Afin de sauver sa propriété convoitée par des magnats locaux, Sarah s’associe à un cowboy surnommé Drover (Hugh Jackman) pour conduire et vendre son bétail au port australien de Darwin.

Inspiré du filon western et de romance épique de type « Out of Africa », « Australia » se remarque par la richesse du coloris et la beauté des prises de vues panoramiques. Cependant, sur le plan du déroulement de l’action, le début laisse par endroit l’impression d’une certaine maladresse dans l’assemblage des séquences, tandis que la partie finale semble se prolonger un peu artificiellement. Au niveau du développement des personnages, le film reste un peu trop schématique, le conflit proprement-dit n’arrivant pas à convaincre complètement. Il est à noter, pourtant, l’envergure de l’entreprise qui ne manque pas d’une certaine élégance et la touche aux connotations ethnico-mystiques, apportée par le petit métis Nullah (Brandon Walters) et son grand-père, King George (David Gulpilil), le sage aborigène au pouvoirs magiques, une piste qui, peut-être, aurait dû être exploitée davantage.

Sortie : 5 décembre 2008

La bataille de Rabaska

Durée : 1h21

Scénario et réalisation : Magnus Isacsson et Martin Duckworth

Production : Canada

Photo : www3.onf.ca/webextension/bataille-de-rabaska  

 

Par Tina Armaselu

En 2004, Gaz Métro, Enbridge inc. et Gaz de France, trois grandes entreprises dans le domaine de la distribution du gaz naturel, lancent le projet Rabaska dont le but est de construire un terminal méthanier sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, à une dizaine de kilomètres de la ville de Québec, face à l’île d’Orléans. L’initiative, appuyée par plusieurs formations municipales, politiques et économiques, a suscité une forte controverse au sein des communatés de la région, surtout de l’île et des localités Lévis et Beaumont, en opposant des militants environnementaux et des adeptes de l’accélération du développement économique de la zone.

Le documentaire « La bataille de Rabaska » se penche sur le déploiement de ce débat, poursuivi au long de 4 ans, pendant des manifestations de proteste, du référendum organisé à Beaumont sur ce sujet, à l’intérieur du foyer d’un des protagonistes protestataires ou à des réunions du conseil municipal de Lévis. En présentant des opinions des deux côtés, le film ne se veut pas cependant une rétrospective neutre des évènements mais il laisse transparaître un point de vue. Mélange de « cinéma direct » et de sensibilité portant sur le paysage, le fond musical ou le détail d’intérieur, « La bataille de Rabaska » attire à la fois l’attention sur les enjeux de l’opposition écologique versus économique, ainsi que sur les moyens de représentation de la réalité par le dispositif filmique.

Décembre 2008

Le film Lan et Lea, du réalisateur canadien Khoa Le, a été couronné avec le Prix du jury et le Prix du public

Felicia Mihali

À la remise des prix du concours Migr@tions, organisé par Radio Canada International

Dimanche, le 14 décembre, l’équipe de Radio Canada International a remis les prix du concours Migr@tions, compétition réunissant des balados et des cours métrages sur le thème de l’immigration. Le porte–parole de cette édition a été l’humoriste montréalais Boucar Diouf. Les gagnants ont été choisis parmi les participants en provenance de 22 pays et la valeur des prix totalise 50.000 dollars. Les films en concours ont déjà été projetés dans plusieurs villes du Canada, et les projections continueront les mois prochains. Les deux jurys, pour la section francophone et anglophone, canadienne et internationale, ont remis les prix suivants :

Section francophone 

Le Prix du jury à la catégorie Documentaires canadien et international

Chère Rosalia, Canada, Réalisateurs : Aude Maltais-Landry, Iphigénie Marcoux-Fortier, Karine van Ameringen.

Rendez-nous nos Maliens, France, Réalisateur : Virginie Berda.

Le Prix du jury, catégorie Fictions canadienne et internationale

Mariage à la plage : Belgique, Réalisateur : Mohamed Amin
Lan et Lea, Canada, Réalisateur : Khoa Le.

Prix du public

1 Lan et Lea, Canada, Réalisateur Khoa Le.
2 Le grand mélangement, Canada, Réalisateurs :Saël Guyedan-Lacroix et Frederic Julien.

 

Section anglophone

Le Prix du jury, catégorie Documentaires canadien et international

A Reggae Girl, Canada, Réalisateur : Rafael Alberto Arguëllo Ruiz
Cosmopolis, U.S.A, Réalisateur : Alana Kakoyiannis

Le Prix du jury, catégorie Fictions canadienne et internationale

Father, Australia, Réalisateur : Sebastian Danta
First Winter Last, Canada, Réalisateur : Ana de Lara

Prix du public
1 Georgia’s Magic Ward, Nicaragua, Réalisateur : Eliza Capai
2 Outside of Europe, Serbia, Réalisateurs : Boban Chaldovich, Amy Miller

Décembre 2008

The day the earth stood still: un message incitatif

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Ces temps-ci la nouvelle version du thème musical de la traditionnelle soirée du Hockey est souvent entendue; le groupe Simple Plan a relevé un défi créatif : respecter les caractéristiques originales tout en utilisant des moyens récents. Au cinéma,  retravailler une base originale est fréquent mais les «remakes» sont-ils à la fois respectueux et attrayants?

Le résultat peut être aussi réussi que The Thomas Crown affair 1968 Norman Jewison et 1999 John Tiernan, aussi moche que The longest yard 1974 Robert Aldrich et 2005 Peter Segal, aussi inutile que Psycho 1960 Alfred Hitchcock et 1998 Gus Van Sant, aussi raté que des adaptations américaines de succès français dont Le père Noël est une ordure 1982 Jean-Marie Poirédevenu Mixed Nuts en 1994. En reprenant un succès cinématographique de 1951 et en le présentant avec le procédé Imax, le film The earth stood still réunit science-fiction et grand déploiement et repose la question : l’effet est-il causé au détriment du sens?

La version originale, en noir et blanc, du film The earth stood still a été réalisée par Robert Wise d’après la nouvelle de 1940 Farewell to the Master de Harry Bates et un scénario de Edmund H. North; on fit aussi appel au Dr. Samuel Herrick pour des équations mathématiques transmises par le personnage du professeur Barnhardt.

À Washington, d’une nef astrale sortent un humanoïde, Klaatu et un robot, Gort. Klaatu prévient les humains que leur découverte de l’énergie atomique menace la paix des autres planètes. Il apporte un message incitatif à établir et maintenir la paix : «La sécurité doit être pour tous ou elle n’existe pour personne. Cela n’implique l’abdication d’aucune liberté sauf la liberté d’agir avec malveillance. Nous y gagnons de vivre en paix sans armes et sans armées, tranquilles à l’idée que nous sommes à l’abri de l’agression et de la guerre et libres de poursuivre des entreprises plus profitables. Votre choix est simple : vous joindre à nous et vivre en paix ou poursuivre votre action néfaste et à jamais disparaître».

Le film intervenait dans l’histoire de la science-fiction alors qu’on entretenait encore l’image des savants fous comme Frankenstein et des extra-terrestres monstrueux dont l’un était costumé avec un corps de gorille et une tête de scaphandre. Klaatu était donc original et son message, important.

Pro-pacifiste, le film était redouté, considéré comme une nuisance à l’effort de guerre car les Américains venaient d’entreprendre la guerre de Corée. De plus, au nom du patriotisme, en pleine guerre froide, Washington avait refusé de contribuer au tournage en fournissant de l’équipement militaire nécessaire à certaines scènes. Robert Wise lors d’une entrevue en 1998 a déclaré: «They didn’t approve of our message of peace, I guess ». (1)

Avec une telle force sémantique, le défi était grand à relever pour les artisans de la nouvelle version; elle a été scénarisée par David Scarpa d’après le scénario de Edmund H. North et réalisée par Scott Derrickson. L’apparence du robot Gort est semblable à l’original, dont le costume était en moleskine, il est gigantesque et solide, même indestructible. Le personnage d’Helen, qui n’existait pas dans l’histoire de 1940 et qui avait été créé pour le film de 1951, devient une microbiologiste de Princeton. La célèbre phrase de Klaatu, qui n’a jamais été traduite mais résumait une formule magique pour inciter le robot au calme: «Klaatu barada nikto» n’est pas reprise dans la nouvelle version.

La publicité du premier film misait sur l’image de Gort transportant une belle peu vêtue et en détresse; dans le film, cette scène n’existait pas ainsi, Gort amenait dans la nef Patricia Neal qui communiquait avec lui.

La publicité du deuxième film met l’accent dans la bande-annonce sur les effets spéciaux; dans le film, Weta Digital de Nouvelle-Zélande a créé des scènes de destruction massive qui interviennent avec pertinence. Scott Derrickson n’a pas sursaturé son film de telles scènes mais les a ajoutées pour représenter les dangers évoqués. Aussi, la musique concourt au suspense sans être envahissante.

Klaatu émerge d’une boule lumineuse en tendant la main; l’armée tire sur lui. Gort surgit de la boule à son tour. La caméra mobile exprime la panique dans une succession de gros plans. Klaatu est opéré pendant que la bourse chute et que la population fuit. Regina, la représentante présidentielle, réagit par la coercition. Helen aide Klaatu à s’enfuir.

L’idéologie américaine est représentée avec sa caractéristique attitude belliqueuse. Tous les américains ne cautionnent pas l’entreprise guerrière ainsi que Derrickson l’exprime. Il critique l’idéologie qui aboutit à l’agression. Il montre Klaatu traité en ennemi alors qu’il a déclaré : «I’m a friend to the earth. The problem is you. I came to save the earth».

Klaatu sait que les humains sont destructeurs et ne changeront pas, ils sont une menace qui doit être éradiquée. «It’s not your planet. I try to reason with you». Helen essaie de convaincre Klaatu et à plusieurs reprises elle répète: «We can change». Le message incitatif du réalisateur est clair, il souhaite que les humains agissent différemment; le personnage de Regina et ses images du Pape catholique, de Poutine, des émirs du pétrole ne sont pas anodines.

Derrickson a déclaré : «We are destroying each other as well. Our country's at war right now. There is certainly the issue being addressed in the movie of our treatment of one another on the planet.»

Keanu Reeves est un Klaatu placide et vulnérable (même dans sa façon de marcher) qui se sacrifie et Jennifer Connelly incarne une scientifique capable d’émotions. La brève apparition de John Cleese en professeur Barnhardt permet d’introduire l’aspect plus noble de l’être humain, son besoin de connaissances, lorsque Barnhardt (à l’instar du professeur de la version de 1951) dit à Klaatu : «I have so many questions to ask you».

Une autre scène rapide induit la première dissension, elle a lieu entre femmes : Helen téléphone en secret à son fils adoptif alors que les cellulaires sont interdits dans la base militaire. Une soldate la découvre, elle ne l’arrête pas, désobéissant aux ordres, elle demande à lui emprunter son cell.

Derrickson a relevé avec brio le défi de succéder à Wise, il a pris le relais du message de paix. Car, à quoi sert une puissance, si elle n’est pas soutenue par une conscience altruiste?

The day the earth stood still Réalisation: Scott Derrickson Scénario: David Scarpa Interprétation: Keanu Reeves, Jennifer Connelly, Kathy Bates, John Cleese, Jaden Smith. États-Unis. 2008. Couleur.103 min. Avec le procédé Imax dans certaines salles en version anglaise.

À l’affiche en France depuis le 10 décembre et présentement à l’affiche dans les cinémas du Québec depuis le 12 décembre.

 

(1) Harry Kreisler’s interview with Robert Wise Conversatons With History; Institute of International Studies, UC Berkeley, February, 28, 1998.

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