Pendant quatre soirs, du 2 au 6 décembre, La Chapelle a accueilli à Montréal Regarde maman, je danse, spectacle présenté en tournée un peu partout en Europe. Un spectacle comme on en voit rarement, car en plus d’une interprétation d’exception, l’histoire raconte une expérience fascinante : la vie du premier transsexuel de la ville de Gand en Belgique. Dans le rôle principal, Vanessa Van Durme raconte sa propre aventure, celle d’être née dans un corps qu’elle n’accepte pas, de chercher à trouver sa véritable identité, ou d’être heureuse tout simplement, en dépit de tout et de tous.
Pourquoi livrer au public une telle histoire? Parce que les gens qui « sont autres » sont aussi des gens. Pour cette raison, Vanessa débute son spectacle tout simplement en disant : « Hier j’ai été au supermarché. Ça m’arrive parfois. Il y a des jours comme ça. » L’incompréhension de tous à l’égard des gens comme Vanessa part peut-être du fait qu’on pense qu’ils ne vont jamais au supermarché. Et le supermarché est le meilleur endroit pour tomber sur des couples en mal de vivre ensemble. Le lieu où l’on s’interroge sur le fait qu’être une femme ce n’est pas une sinécure, et qu’un homme, c’est du boulot. Mais lorsque la plupart des femmes n’ont pas d’autre choix que de rester ce qu’elles sont, Vanessa choisit d’en devenir une, plutôt que de devenir un bon médecin de campagne ou même un modeste comptable, comme désiré par son père. A-t-elle fait le bon choix? Au lieu de s’être déguisée en ballerine à six ans, aurait-elle mieux fait d’accepter le costume de pirate préparé par ses parents? Voilà une question qui tue car la réponse est impossible. Lorsque sa mère lui demande sur son lit de moribonde si elle recommencerait, Vanessa répond en toute franchise, « je ne sais pas. » Se faire tailler un vagin au Maroc, marier un Hollandais emprisonné en Espagne, rester en couple seize ans, desquels les quinze derniers sont de trop? Vraiment difficile de répondre.
Entre la comédie et la tragédie, Vanessa Van Durme livre une performance captivante. On voit rarement une telle facilité de changer les registres, d’être tour à tour homme et femme, jeune et vieux, de faire rire et pleurer le public en l’espace de quelques secondes à peine. Une espiègle tragédienne.




