Depuis 2001 • No 51 • Montréal • 15.11.2008
Novembre 2008

Une frontière où ne plus mourir

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Effigie

La nudité ne dévoile pas une femme émue est le troisième livre de poésie de Carole Forget, une montréalaise originaire des Laurentides, titulaire d’une maîtrise en études littéraires de l’Université du Québec à Montréal. Dans ce volume, elle réfléchit sur les limites du regard photographique. Elle écrit une poésie de l’espace, de l’errance où le lecteur suit le parcours d’une femme et constate avec elle « la beauté des ébauches » ainsi que l’histoire de la chair, laquelle existe à peine à l’extérieur de soi. Chez Carole Forget, il faut dire que le corps est un lieu à partir duquel elle s’interroge.

Dès les premières pages de cette suite poétique, le lecteur se retrouve dans un atelier d’artiste où un homme trace les lignes d’un corps féminin sur du papier. La femme-modèle, immobile, murmure dans sa tête : « si ma photographie devient un mur/ devant tes envies de dire autre chose […] la nudité ne dévoile pas une femme émue. » Au fil de sa pensée en mouvement, on accompagne cette femme dans sa quête d’amour et dans son rapport au temps. On la voit espérer, se donner à l’artiste qui capture son essence. Cette femme veut aller loin en elle. Elle s’interroge à savoir si c’est l’amour qui fait l’œuvre. En ce sens, elle part souvent pour laisser ses empreintes. Elle s’éloigne de celui qu’elle aime afin de mieux le rejoindre, même si elle ne réussit pas toujours à atteindre ses objectifs.

L’amour autant que l’artiste la dévoile mais aussi la détruit. Elle se questionne. Elle veut avec son corps évoquer ses sentiments et cette volonté de comprendre les liens avec les signes extérieurs qu’elle attend de sa présence auprès de l’autre. Avec le langage, elle veut « déplier [la] chair dans les angles noirs pour cacher les maladresses ».

Malgré tout, l’amour s’effrite. Les illusions tombent. La douleur devient vite une habitude. La poétesse écrit que « les dessins les peintures/ demeurent sans conséquence », qu’aucun atelier « ne peut réunir toutes [ses] déchirures », que ses « tristesses forment une histoire dans les yeux des passants ». Alors elle écrit pour dire ce que les dessins n’ont su exprimer. Elle écrit pour se relever d’un amour déçu et partir à la recherche d’une frontière où elle ne mourra plus, où elle s’interrogera sur « l’espace de sa propre disparition », où elle sera à l’écoute de sa propre voix.

Carole Forget, La nudité ne dévoile pas une femme émue, Montréal, l’Hexagone, 2008, 80 p.

Novembre 2008

Le langage engagé

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Le ciel de Bay City

Il y a quelques semaines, lors du lancement de son dernier disque, Gilles Vigneault rappelait à Monique Giroux, l’animatrice de Fréquence libre, sur les ondes de la radio de Radio-Canada, que le simple fait de chanter en français au Québec était un engagement. Comme il l’avait déjà affirmé une dizaine d’années auparavant, à quelques jours du référendum de 1995, alors qu’il était en France à l’occasion du festival de Marne : « Moi, je suis perçu comme un chanteur engagé quand je suis engagé (rires). Vous savez, je dis souvent : être deux heures plusieurs soirs par semaine sur une scène et s’adresser aux gens, c’est être engagé par définition, et puis chez nous, chanter, c’est un acte politique, qu’on le veuille ou non, qu’on le sache ou non! Et même quelqu’un qui ne voudrait pas faire d’acte politique, il le fait quand même parce qu’on est toujours en train de se nommer, toujours en train de dire qu’on existe, on dit au monde qu’on est là et qu’on veut continuer d’être là, en français, alors ça, c’est un geste politique. »

Marie-Chantal Toupin, de son côté, lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle, a parlé de son engagement, en rigolant. Elle a ainsi commenté une de ses anciennes entrevues où elle avait affirmé qu’être « engagée », signifiait être sous contrat. D’autres musiciens, comme ceux de Malajube ou de Karkwa, par exemples, refusent quant à eux de porter l’étiquette « engagé » alors que des groupes tels Loco Locass et Mes Aïeux clament haut et fort leur appartenance à cette catégorie de la chanson qui fait l’objet d’une étude dans un nouvel ouvrage publié aux éditions Tryptique.

Plusieurs chercheurs se sont en effet intéressés à la chanson engagée et, sous la direction de Lise Bizzoni et Cécile Prévost-Thomas, avec la collaboration de Dany Saint-Laurent, publient un collectif tout simplement intitulé La chanson francophone engagée.

Lise Bizzoni et Cécile Prévost-Thomas reviennent tout d’abord sur la notion d’engagement qu’ils définissent en ces termes : « À la toute fin du XXe siècle, la définition de l’engagement proposée par les dictionnaires de langue française s’inspire de la thèse sartrienne. Selon le Robert, la notion d’engagement apparaît en 1945 et se définit comme suit : "acte ou attitude de l’intellectuel, de l’artiste, qui prenant conscience de son appartenance à la société et au monde de son temps, renonce à une position de simple spectateur et met sa pensée ou son art au service d’une cause". Cette définition implique que l’artiste engagé admette que son art puisse remplir une fonction sociale à des fins utilitaires, à moins que la cause à défendre ne soit exclusivement et impérativement la cause artistique. Seule la prise en compte de cette dialectique permet de savoir de quel type d’engagement il est question. » Les auteures font ensuite un état des lieux de la chanson engagée puis passent la parole à Sandria P. Bouliane qui propose de déterminer les événements liés à l’industrie phonographique et à l’origine d’un répertoire ayant contribué à la présence d’une chanson francophone établie par et pour les Canadiens français. 

Luc Bellemare, de son côté, s’intéresse au folklore en tant qu’arme de persuasion dans la musique populaire québécoise avant et après l’âge d’or des chansonniers. Andrée Descheneaux, lui, étudie la structure musicale comme structure de l’engagement. Quant à Dany Saint-Laurent, il se penche sur l’ambiguïté générique et culturelle de la rapoésie telle que définit par le groupe Loco Locass. Caroline Durand, elle, aborde le travail des chroniqueurs artistiques sous le thème de la politisation de la chanson en ce qui a trait à la période s’échelonnant de 1960 à 1980. Cécile Prévost-Thomas, pour sa part, s’intéresse aux enjeux identitaires et sociaux de la chanson engagée tandis que Lise Bizzoni étudie l’énonciation de la violence et la violence énonciative, abordant ainsi la notion d’engagement dans la chanson française de la fin du XXIe  siècle.

Cet ouvrage suscite d’intéressantes réflexions et permet de prendre conscience de l’évolution de la chanson francophone engagée.

Sous la direction de Lise Bizzoni et Cécile Prévost-Thomas, avec la collaboration de Dany Saint-Laurent, La chanson francophone engagée, Montréal, Triptyque, 2008.

Novembre 2008

La Citadelle, de Philippe Bensimon

La guerre en temps de paix

Par Felicia Mihali

 
Une divine plaisanterie

Non pas que je sois une férue de la classification, mais parfois il faut bien connaître les tiroirs d’une armoire. Et l’histoire littéraire ressemble bien à cela.

À la réécriture de l’histoire littéraire québécoise, les spécialistes devront faire place  à la littérature migrante, à ces auteurs qui, une fois arrivés au Québec, renoncent à leur langue maternelle pour embrasser le français comme langue de création. Personnellement, je n’ai rien contre cet éventuel chapitre. Toutefois, j’ai eu vent que dans une anthologie de littérature québécoise publiée en Italie, une spécialiste québécoise avait nommé les écrivains migrants des citoyens de second ordre, ce qui donne raison à Dany Laferrière de contester le terme. Ceux qui viennent d’ailleurs ont sûrement une vision différente du pays, ils ont d’autres histoires à raconter et il me semble naturel de leur donner un nom : mais si on utilise le terme de littérature migrante dans le sens de moins bonne, alors c’est toute autre histoire.

Au moment où les spécialistes vont procéder donc à ce travail, je leur prédis de grandes difficultés à trouver une place pour un auteur comme Philippe Bensimon. Quoiqu’on dise, ce Français de naissance qui se déclare sans attaches ni racines reste un inclassable. Le fait que le français soit sa langue maternelle le rend d’emblée non admissible au rang des écrivains migrants. Mais le pire arrivera au moment où on devra définir le genre littéraire pratiqué par cet écrivain, dont le style est aussi éclectique que sa vie : parachutiste, pilote d’hélicoptère, docteur en criminologie, spécialiste en art plastique. Et il faudra sûrement attendre un nouveau livre pour tout savoir sur lui.

Son premier livre Tableaux maudits,  plongé donc dans la littérature québécoise il n’y a pas longtemps, a surpris la critique. Dorénavant, on y est bien munis : lorsque vous voyez un titre de Bensimon, vous savez déjà que sa lecture impose au lecteur des savoirs particuliers. La Citadelle surprend d’abord par l’inédit de son sujet, bien que l’auteur déclare honnêtement sa filiation avec Le désert des Tartares. Dogo n’a toutefois rien à voir avec le cadet Philippe, tout comme les remparts de la cité ensoleillée n’ont rien en commun avec la sinistre citadelle où notre héros fait son apprentissage des armes. À l’intérieur de ces murs, les jeunes hommes apprennent non seulement à tuer, ils comprennent aussi que l’existence n’est pas un dû et que chacun d’entre eux peut la perdre à tout moment.

Le héros du roman est un Montréalais d’adoption, un adolescent en mal de vivre qui se nourrit de livres et qui rêve de refaire l’expérience militaire du personnage de Dino Buzzati. Fuyant un père violent et une mère peu aimante, à dix-huit ans il retourne en France pour s’enrôler dans une troupe d’élite. Peu après, il constate cependant qu’au milieu de ces confréries masculines, qui rappellent les sectes guerrières d’autrefois, les célèbres Maenerbunde, il aura même du mal à se rappeler avoir lu un jour. Les notes qu’il gribouille partout au crayon ne sont pas de belles épreuves littéraires mais plutôt un exercice de survivance. Devant la violence infligée plus par ses frères d’armes (bagarres, viol à la bouteille) que par le système lui-même, l’esprit rétrécit pour laisser place aux instincts les plus bas. Par ailleurs, comme dans le cas de Tableaux maudits lorsqu’une bonne culture artistique s’imposait, La Citadelle réclame du lecteur un certain savoir militaire. Les détails concernant l’équipement, les marches et les manœuvres peuvent vous mettre parfois à l’épreuve. Par ailleurs, La Citadelle reste un livre qui nous rappelle que la guerre fait partie de notre existence même en temps de paix et qu’elle est perpétrée non pas uniquement par les armes, mais aussi par le manque d’amour.

Novembre 2008

Le temps d’éternité de Sylvie Maria Filion

Par Jean-Sébastien Ménard

 
L’été funambule

Avec Mon temps d’éternité, Sylvie Maria Filion offre à lire une suite poétique divisée en 7 parties. Son étrange écriture témoigne d’un regard errant sur la réalité d’une femme perdue dans le monde. S’adressant à Dieu par le relais de la poésie, elle se livre corps et âme à son art, s’interroge sur l’existence, parle à son oncle fleuriste décédé, vit à fond de train aux côtés de Maurice Gaudreau, Pablo Picasso, Bob Dylan, avec qui elle a une liaison, et Pablo Neruda, dont elle trouve la source d’inspiration : « C’était comme ça [qu’il] avait été inspiré pour / son ode / la beauté pour lui, c’est une fille dans sa bouche / (en tous les cas, c’est une question de fille et de bouche). »

Pour cette poétesse qui se tient debout face au néant, les poèmes semblent être des petites musiques lancées dans l’éternité, des mots qui l’accompagnent dans ses épreuves. Elle prend la parole pour oublier sa solitude, ses douleurs. Elle joue « une partie de poésie » comme d’autres jouent aux cartes, et elle garde sa « passion/ bien en dedans ». Comme elle écrit : « Peu à peu/ la poésie s’écrit comme un mal d’éternité ». Avec les mots, Sylvie Maria Filion se sauve pour aller se cacher là où la vie « ne [la] trouvera pas où même la/ mort ne [la] trouvera pas/ où personne ne [la] trouvera ».

Écrit dans une langue crue, où l’anglais côtoie par moment le français, on sent l’ombre de Patrice Desbiens planer sur ce recueil. Pour la poétesse, « la musique crie dans les rêves [qu’elle fait]/ pour [qu’elle] revienne vers l’edge/ Alors [elle revient]. »

Malgré la douleur évoquée, la poésie de Filion témoigne des désirs de son auteur. Elle est tissée de fantasmes et les organes génitaux y sont omniprésents. On lit ainsi des vers comme « ma vulve tend les lèvres comme une châtaigne elle est jument sauvage qui se cambre et se rue dans une prairie de pénis ».

Sa poésie se rapproche aussi, dans une certaine mesure du surréalisme par le choix et l’alliance inusités de certains mots et images auxquels on n’est peu habitué tels : « Le pianiste mord dans ses doigts/ il plante des cheveux dans une citrouille. ».

L’écriture est aussi un lieu où elle affronte ses monstres, où elle rêve à son temps d’éternité qui viendra « quand [elle] sera entourée d’autres âmes [qu’elle pourra] reconnaître/ c’est emmerdant de jouer dans une cour de récré où l’on ne connaît personne d’autre/ Nous sommes deux ou trois mille poètes/ Nous sommes autour d’une table ronde/ Et il n’y a que le rire qui nous soûle/ Et si [elle se retrouvait] seule à avoir une âme comme la [sienne] en ce monde/ [elle mourrait] de peur »

Sylvie Maria Filion, Mon temps d’éternité, Sudbury, Prise de Parole, 2007, 180 p.

Novembre 2008

Perspectives sur la littérature franco-ontarienne

Par Jean-Sébastien Ménard

 
À l’ombre des mots, poèmes 1964-2006

La littérature franco-ontarienne a, depuis les années 1970, franchit plusieurs étapes importantes dans la voie de sa « construction, de [sa] reconstruction et de [sa] consolidation. » La publication de Perspectives sur la littérature franco-ontarienne fut, ainsi, un événement phare dans l’affirmation de son corpus. 7 ans plus tard, voilà que les éditions Prise de Parole publie une réédition enrichie de cet ouvrage incontournable pour quiconque s’intéresse de près ou de loin à ce sujet. Sous la direction de Ali Raguigui et Hédi Bouraoui, plusieurs chercheurs proposent ainsi un état des lieux de la littérature franco-ontarienne au carrefour de deux siècles.

Elizabeth Lasserre, par exemple, parle de ruptures et de continuité au sein de la littérature franco-ontarienne. Ce qui l’amène à traiter de la question de la sociactivité qui « peut surgir du texte et jouer dans le rapport qui lie le texte à son contexte tout comme, à l’inverse, le contexte peut protéger une dimension sociative sur le texte, que celui-ci fasse appel directement à son origine ou pas. » Pour elle, l’identité n’est plus le lieu de passage obligé de cette lecture et de l’analyse de la littérature franco-ontarienne, mais elle reste, « un puissant intertexte ». La représentation des rapports identitaires des franco-ontariens évolue ainsi « plus nettement vers la (dis)continuité, la (con)fusion, l’être(/) franco (/) ontarien ». Elle parle, en ce sens, d’un processus dialogique d’écriture et de représentation permettant d’envisager une nouvelle conception de l’identité.

Jacqueline Beaugé-Rosier, quant à elle, parle d’une grammaire de la différence, de l’apport des « migrants » quant au langage, et de la géographie de l’imaginaire franco-ontarien. Pour elle, « dire la migrance de l’écrivain, c’est montrer dès lors, par la synthèse des ruptures, à quel point sa parole supporte l’énormité de la distanciation géographique. »

Robert Yergeau, lui, aborde la question de l’institution littéraire franco-ontarienne. Il étudie, en ce sens, la réception critique de la production franco-ontarienne. De son côté, François Paré traite de la normalisation de ce corpus dont l’histoire est celle d’un doute « persistant sur sa validité et sur son identité ». Quant à François Ouellet, il s’intéresse au roman féminin qui, selon lui, est d’une « qualité littéraire et [d’une] originalité structurelle caractérisées par la représentation de l’écriture et du personnage de l’écrivaine. » Lucie Hotte, elle, étudie la jeune institution littéraire. Elle affirme qu’il faut identifier les normes et les valeurs littéraires telles que véhiculées par l’institution littéraire franco-ontarienne.

Johanne Melançon poursuit la réflexion autour de l’institution littéraire et s’intéresse aux maisons d’éditions, entre autres, à la fondation des éditions Prise de Parole, en 1973. Elle aborde aussi les questions relatives à la mise en place de nouvelles structures et de nouveaux organismes de reconnaissance des œuvres et des auteurs par des prix, ainsi que l’augmentation de la production. Elle avance que « la littérature franco-ontarienne existe de plus en plus, [qu’elle] est contemporaine et [que] l’institution entre dans la voie de son autonomisation. » Elle s’intéresse aussi aux notions de frontières géographiques, à savoir qui inclure dans le corpus franco-ontarien : ceux qui y sont nés, ceux qui y ont écrit ?

Évidemment, lorsqu’on parle de littérature franco-ontarienne, certains auteurs sont incontournables. Jules Tessier étudie ainsi l’œuvre de Jean-Marc Dalpé et celle de Louise Fiset, alors que Louis Bélanger s’intéresse à celle de Patrice Desbiens. Quant à Pierre Léon, il propose huit portraits de poètes franco-ontariens, soit ceux d’Alexandre Amprimoz, Cécile Cloutier, Hédi Bouraoui, Andrée Christensen, Arash Mohtashami-Maali, Christine Dumitriu Van Saanen, Stefan Psenak et Paul Savoie.

Lelia Young, quant à elle, dresse un état des lieux de la poésie, de la diversité de ses formes et de ses origines. Michel Lord, lui, s’intéresse à la nouvelle et Joël Beddows parle de régionalisation de l’institution théâtrale franco-ontarienne. Finalement, Simon Laflamme et Sylvie Mainville étudient l’amateur de théâtre en Ontario-Français et procèdent à une étude sociologique afin de mieux le comprendre.

Un ouvrage de référence à conserver.

Ali Reguigui et Hédi Bouraoui, dirs., Perspectives sur la littérature franco-ontarienne, Sudbury, Prise de Parole, [2000] 2007, 467 p.

Novembre 2008

Apprendre à vivre

Le témoignage de Monique Lépine

Par Felicia Mihali

 
Les amis d’enfance

On croit toujours que ceux qui écrivent leurs mémoires sont des élus qui témoignent de leurs expériences hors du commun. On les envie surtout. Le cas de Monique Lépine n’est pas de ceux-ci. Tout le monde s’est demandé plus d’une fois à quoi pouvait ressembler la vie de cette femme, après le 6 décembre 1989 lorsque son fils, Marc Lépine, a tué quatorze femmes à l’École Polytechnique de Montréal. La sympathie du public allait justement du côté des parents des victimes, mais même parmi eux certains sentaient que le cauchemar de cette femme devait être aussi grand que le leur.

Sous la plume du journaliste Harold Gagné, Monique Lépine a accepté de témoigner de sa version à elle du massacre. Et elle l’a fait dix-neuf ans après avoir fui les médias et le regard public. Elle l’a fait lorsqu’elle a été prête à parler, prête à visiter les lieux par où son fils est passé aux derniers moments de sa vie, prête à rencontrer tous ceux et celles qui l’ont connu de loin ou de près, ainsi que ceux qui ont enquêté ultérieurement sur les faits. Son témoignage est émouvant non pas par la description de sa souffrance, mais par l’analyse tenace de sa possible contribution à cet évènement. Les choses se seraient-elles passées autrement si son fils Marc et sa fille Nadia, morte elle aussi quelques années après d’une surdose, avaient grandi auprès d’un père aimant et en présence d’une mère toujours à leur écoute? Les mères monoparentales qui se battent pour compléter leur éducation et travaillent pour entretenir leurs enfants, sont-elles toujours éligibles à ce destin impitoyable? Et les enfants qui proviennent de foyers dysfonctionnels, sont-ils toujours des candidats aux crimes? 

Le geste de Marc est le summum de tous ces facteurs : un père violent, une mère qui amène parfois ses amants à la maison et qui place ses enfants dans des familles d’accueil, qui donne de l’argent à sa fille même sachant qu’elle s’achèterait de la drogue, auprès d’une sœur méprisante et cocaïnomane. Des histoires comme celle-ci vous pouvez lire en quantité,  tant en littérature que dans les pages des quotidiens. Les enfants qui se sentent mal aimés, abandonnés, avec un code génétique violent ne prennent pas toutefois une arme pour massacrer des gens qu’ils ne connaissent pas. Que se soit sa timidité devant les femmes ou le refus de l’École Polytechnique d’accepter son dossier, que se soit l’absence régulière de sa mère ou sa fascination pour les films d’horreur, Marc porte lui seul la faute de ce qui s’est passé le jour de 6 décembre. Sa mère a accepté d’en parler lorsqu’elle a renoncé à prendre uniquement sur elle la faute de son fils. La révélation de cette vérité lui a pris beaucoup de temps. Depuis 1989, elle ne cesse de réapprendre à vivre, d’essayer d’oublier et de se culpabiliser. Le regard qu’elle pose sur ceux qui l’ont aidée à s’éprendre encore une fois des petits plaisirs de la vie est émouvant.  Les Montréalais qui ont dû eux aussi s’habituer à mener leurs vies dans une ville à la réputation entachée par ce crime doivent accepter la présomption de son innocence. 

À la lecture de ce passionnant livre, mais, Oh!, combien triste, on a envie de lui dire seulement : Nos sympathies, Madame.

Novembre 2008

La France et le Québec

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Le cadeau

Avec L’impossible retour de la France, de « la Capricieuse » à De Gaulle, Jacques Portes s’intéresse aux relations entre la France et le Québec, lesquelles sont « parvenues [...] à se développer, en dehors de toute initiative politique spectaculaire, mais soutenues par une succession à travers les siècles, d’amis français du Québec, sans que la plupart aient eu de rôle politique ».

Portes relate la venue au Canada de « la Capricieuse » et remet cet événement dans son contexte en tentant de comprendre ses enjeux ainsi que les réactions de ceux qui l’ont orchestré. Il démontre que « la conception de la mission se situe en dehors de toute arrière-pensée d’une provocation à l’égard des intérêts et des susceptibilités britanniques. » En fait, cet effort de rapprochement entre les deux pays est devenu possible grâce à la loi du 26 juin 1849 qui abrogeait les actes de navigation. Avec cette loi, la Grande-Bretagne a mis fin au système mercantiliste qui organisait jusqu’alors ses relations avec ses colonies. En conséquence, le Canada a pu commercer avec d’autres pays que sa métropole. 

C’est dans ce contexte que « la Capricieuse » et son commandant, Henri Belvèze, visitent le Canada du 17 juillet au 25 août 1855. Les autorités canadiennes sont conscientes de l’importance et de la charge symbolique du retour de la France en Amérique. Ils s’assurent alors de la satisfaction de tous afin que les citoyens, qui ont encore en mémoire les rébellions de 1837 et les émeutes de 1849, ne puissent rien leur reprocher. La venue de « la Capricieuse » devient ainsi l’occasion de célébrer les deux mères patries : la France pour le passé et l’Angleterre pour le présent.

Si le Québec est enthousiaste à ce retour de la France, cette dernière souhaite ne pas heurter l’Angleterre et veut freiner les débordements de joie des Canadiens français. Comme le souligne Portes, « La mission de Belvèze ne marque pas tant la reprise des relations officielles entre la France et le Canada que l’extrême prudence du Quai d’Orsay dans leur mise en œuvre et dans leur développement; car, de 1855 à 1960, la priorité de la France a été l’alliance avec la Grande-Bretagne. » La France n’a pourtant pas oublié la perte de la Nouvelle-France à laquelle elle a « très officiellement renoncé […] en signant le traité d’amitié avec les jeunes États-Unis », mais elle n’a aucune visée politique au Québec, qui ne représente pour elle ni un enjeu stratégique, ni une priorité commerciale.

Ceux qui s’intéressent au Québec, en France, font partis de la droite conservatrice et catholique. Ils voient le Canada français comme « l’une des grandes portes du continent américain » où les habitants résistent au matérialisme et à la vulgarité qu’ils attribuent aux États-Unis. Pour cette raison, ils décident d’aider les habitants du Québec sur le plan culturel, dans le domaine de l’intelligence et des lettres.

Au Québec, la venue de « la Capricieuse » marque un précédent dans les relations avec l’ancienne mère patrie. Pour les Canadiens français, c’est l’occasion d’affirmer leur identité française en s’appuyant sur l’accueil du visiteur ébloui. Ils vont, en ce sens, inscrire cet événement dans leurs annales. Pour la France, cette vive réaction de la part des Canadiens français incite à la  prudence dans les relations avec le Québec. Comme le souligne Portes, pour la France, il importe de « prendre soin, dans les relations avec les Canadiens français, de ne pas mêler inopportunément les problèmes politiques aux questions d’ordre culturel. Chez la plupart des Canadiens français, l’attachement à la France dépasse en profondeur le plan de la littérature ou de la langue. Mais l’existence maintes fois constatée chez eux de certains complexes nécessite de la prudence dans tout ce qui peut leur paraître comme une utilisation à des fins politiques, des liens traditionnels qui nous unissent. »

L’œuvre de Jacques Portes pose un regard clair sur les rapports entre la France et le Québec. L’auteur démontre bien que l’accueil réservé à « la Capricieuse » annonce celui qui sera fait aux visiteurs français jusqu’à la visite de Charles De Gaulle, en 1967. Ce dernier, désirant renforcer la souche française en Amérique, rompt avec cette tradition. L’accueil qui lui est fait est exceptionnel. Suite à son passage, où il déclare : « Vive le Québec libre! », les Québécois s’affirment comme communauté nationale. Ils n’éprouvent plus le besoin d’excessivement manifester leur appartenance à la France.

Jacques Portes, L’impossible retour de la France : de « la Capricieuse » à De Gaulle, Montréal, VLB éditeur, 2008, 110 p.

Novembre 2008

Despre câini vagabonzi şi gunoaie

de Florin Oncescu

 
Povestiri din cartierul de est

Ion Maria, poet craiovean, autor al volumelor „Patmos” (2002), „Balene zburând” (2003) şi „Dincolo de zid” (2005), publică o surprinzătoare monografie (poetică) a câinilor vagabonzi şi a gunoaielor din oraşele României de ieri şi de azi. Noua carte, intitulată „Povestiri din cartierul de est”, pare născută din experienţa autorului de locatar la bloc în Craioviţa, cartier cu reputaţie de neinvidiat din vestul Craiovei. Se înţelege că estul din titlu se referă la localizarea întregii Românii pe harta Europei.

Într-o perioadă în care primarii de municipii îşi menţin posturile prin eforturi susţinute de cosmetizare a parohiilor lor administrative (iluminarea abundentă, pe înserat, a centrului oraşului, amenajarea de fântâni arteziene, înălţarea de statui, ba chiar şi plantatul de palmieri), tema aleasă de poet poate surprinde. În cartea lui Ion Maria se fac simţite urâţenia pădurilor de blocuri ceauşiste, duhoarea tomberoanelor de gunoi, blândeţea patrupedelor fără domiciliu fix, delirul nesimţit al politicienilor zilei, mărginirea vieţii celor care, buimaci, pleacă dimineaţă de dimineaţă la muncă (bine că există, totuşi, cafeaua!), indiferenţa generalizată faţă de poezie, dificultatea de a fi poet, şansa oricui, biped ori patruped, la o fărâmă de ajutor divin (cu liniştea şi împăcarea garantate), dar toate sunt tratate cu economia de mijloace şi cu supleţea unui solo de jazz la trompetă.

Versurile din volum se parcurg uşor, amuză, dau de gândit şi nu se uită. Pot fi citite cu glas tare, în familie, nevestei care învârte macaroanele în cratiţă, pe aragaz, şi fiului care s-a aşezat deja la masă, captându-le interesul. Surprind, printr-o isteţime diafană, autoironică, cu aromă de banc, amintind de o alta, din versurile altui poet oltean, Marin Sorescu, dar aplicată unui univers distinct, neexplorat de bardul din Bulzeşti (care, la Craiova, a locuit la doi paşi de Teatrul Naţional, nicidecum în Craioviţa).

Trei extrase:

„îmi accept cartierul / cu ură / şi duioşie / aici – printre gunoaie / copiii par mai frumoşi / iar câinii vagabonzi / mai inteligenţi” (din poezia „accept”).

„între gunoaie / şi cer / viaţa mea străbate / numai spaţii mici / mult mai mici / decât spaţiul ce desparte / urâtul / de frumos” (din poezia „între gunoaie şi cer”).

„luminile oraşului / mă caută / pe străzi / dar eu m-am ascuns / în cel mai jegos câine / şi aştept / poemul care să latre / atât de tare / încât diavolii să se teamă / şi să fugă / sub pământ” (poezia „lumina”).

Volumul a apărut în 2007 la editura timişoreană Brumar şi se bucură de prefaţa extrem de favorabilă a criticului poet Gheorghe Grigurcu.

Nouveautés éditoriales
Novembre 2008

En librairies le 19 Septembre

Dina

Felicia Mihali

Dina

Une femme ordinaire projetée malgré elle dans la tragédie ou David contre Goliath.

« Dina a alors fait ce que les petites nations font devant la pression des plus grandes: elle a cédé. […] Dans son âme logeaient depuis longtemps l’humiliation, la rage de ne pas pouvoir se défendre, de dépendre toujours de la bonne volonté et des intérêts des autres. Dragan allait lui-même décider de son sort. Pourquoi s’y opposer ? »

Pourchassée par le plus cruel des douaniers serbes, pendant la guerre en Yougoslavie, Dina la Roumaine savait qu’elle ne pouvait pas lui échapper indéfiniment. Autour d’elle, on pariait sur le temps qu’il lui restait avant qu’il la viole ou la tue. C’est donc les yeux grands ouverts qu’elle a foncé dans son destin. Mais Dragan le Borgne ne l’a pas tuée. Pas à ce moment-là du moins. Est-ce lui qui vient de le faire aujourd’hui ? C’est la question qui traverse ce roman en forme de thriller, qui est avant tout le portrait d’une femme ordinaire acquérant malgré elle une dimension tragique.

Femme dans une société patriarcale, paysanne égarée dans la ville, Roumaine aux prises avec un Serbe, coiffeuse allergique aux produits capillaires, Dina est à la fois une héroïne aux yeux de ses compatriotes, parce qu’elle tient tête au Serbe, et une victime parce que Dragan la force à vivre avec lui contre son gré. Mais elle est plus encore : le symbole d’un pays malmené qui se relève avec difficulté du joug communiste et qui cherche à se faire une place au sein des nations riches. La mort de Dina éveille chez la narratrice, son amie d’enfance, le souvenir d’autres morts, celle de Ghéorghi, l’ami promis à un brillant avenir et bêtement tué par un train, celle de sa grand-mère, occasion pour le lecteur de se familiariser avec les rites funèbres roumains, celle des villages roumains, désertés par les jeunes générations, et celle, à venir, de ses parents.

L’auteure :
Felicia Mihali est née en 1967 en Roumanie et vit au Québec depuis l’an 2000. Elle détient une licence en philologie et une licence en langues étrangères — chinois et néerlandais — de l’Université de Bucarest, ainsi qu’une maîtrise en lettres de l’Université de Montréal, où elle a également étudié en histoire de l’art et en littérature anglaise. Elle a déjà publié quatre romans chez XYZ éditeur : Le pays du fromage, en 2002, Luc, le Chinois et moi, en 2004, La reine et le soldat, en 2005, et Sweet, Sweet China, en 2007.

Felicia Mihali, Dina, roman. Montréal, XYZ éditeur,
septembre 2008, 180 p., 23 $.

ISBN 978-2-89261-533-3

Novembre 2008

Bestiaire II

Serge Bouchard

Dina

Tout n’avait pas été dit. Certaines bêtes avaient parlé, cela s’était su (c’est l’outarde qui avait jacassé !), d’autres bêtes voulaient prendre part au grand concert des voix sauvages. Voici donc Confessions animales, Bestiaire II. Le même format, la même splendeur visuelle que le premier Bestiaire, et le même Serge Bouchard, auteur, anthropologue, homme de radio, qui reprend la plume pour transcrire dans sa prose savante et sensible ce que lui grognent, lui hululent, lui coassent les animaux.

Concert de voix et palette de couleurs. Plutôt qu’un seul illustrateur, douze artistes, cette fois, de tous horizons, ont accompagné Serge Bouchard dans les pessières, la forêt boréale, les plaines de l’Ouest et la toundra. Peintres des Premières Nations (Inuit, Ojibway, Innu, Salish, Kwakwaka'wak), créateurs de l’Ontario, de l’Abitibi, de Montréal… Du dessin naïf à la représentation naturaliste à l’art contemporain, Confessions animales, Bestiaire II propose une mosaïque originale, multiculturelle, une galerie de syles, un petit musée en soi.

Autre particularité de ce Bestiaire II : l’ouvrage comprend un CD audio de 45 minutes où l’on peut entendre la voix chaude et profonde de Serge Bouchard lire des extraits des Bestiaire I et II dans un environnement musical créé par le compositeur Normand Corbeil. Des plages de tranquillité, un hymne aux Remarquables Oubliés... de notre patrimoine naturel. Je suis l’ours blanc, l’urubu à tête rouge, le bison, le phoque, le ouaouaron, le colibri, le polatouche…

Paul qui ? Po-la-tou-che. Paul Latouche ? Nous, des forêts, des banquises, sommes des espèces en voie de disparition, au sens de disparaître… de la mémoire des hommes.

les éditions du passage
BESTIAIRE II
de Serge Bouchard
Illustrations : Kenojuak Ashevak, Frédéric Back, Lyne Bastien,
Robert Bateman, Beau Dick, Ernest Dominique,
Sheojuk Etidlooie, Pnina C. Gagnon, Maynard Johnny Jr.,
Pootoogook Kananginak, Glenna Matoush, Rober Racine

Novembre 2008

Les Etats-Unis et le monde après Bush

Charles-Philippe David

Une divine plaisanterie

Un attentat terroriste, deux guerres à l’issue incertaine, un contexte international transformé et une présidence décriée. La relation entre les États-Unis et le monde a
été bouleversée par huit années d’administration Bush. L’« empire bienveillant » s’est montré plus interventionniste, unilatéraliste et manichéen que jamais dans ses rapports avec le monde. Au pays, les opinions sur la politique étrangère sont de plus en plus polarisées. Quelles en sont les conséquences ? Est-ce l’amorce d’un déclin prophétisé depuis des décennies ? Dans ces conditions, et dans un contexte international en pleine mutation, les États-Unis sont-ils en mesure de relever les défis diplomatiques et militaires soulevés par le terrorisme international ? Par les puissances émergentes ? Par l’Iran, la Corée du Nord, la Russie et la Chine ? Qu’est-ce qui attend les Américains en Irak et en Afghanistan ? Enfin, quel bilan pour George W. Bush ? Et quelles seront les tâches les plus urgentes pour son successeur ?
À l’aube d’un changement de garde à Washington, le spécialiste des États-Unis Charles-Philippe David répond à nos questions.

Le texte est présenté sous forme d’entretien avec Jean-Frédéric Légaré-Tremblay, journaliste au Soleil.

Charles-Philippe David enseigne la politique étrangère des Etats-Unis et les enjeux stratégiques à l’Université du Québec à Montréal, où il est également titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.

Les États-Unis et le monde après Bush
107 p. 12,95 $
ISBN: 978-2-89518-323-5
En librairie : 23 octobre 2008

Novembre 2008

Sous la direction de Rachel Bouvet, Hélène Guy et Éric Waddell

La carte. Point de vue sur le monde

Ouvrage de réflexion et de création, La carte. Point de vue sur le monde propose une démarche interdisciplinaire de l’univers de la cartographie où se rencontrent les points de vue des écrivains, des géographes, des artistes, etc. La carte, parole sur le monde, est ici dialogue et pensée, voyage et désir d’écriture.

Avec une centaine d’images - planches de bande-dessinées, cartes anciennes, cartes inventées, timbres-poste, photographies - l’ouvrage offre la possibilité de parcourir le monde et son histoire. La diversité des points de vue, des registres et des genres contribue à la richesse de cet ouvrage qui regroupe essai, chronique, récit de voyage, poésie. Ce collectif permet de faire le point sur la géopoétique, champ nouveau qui incite à explorer les chemins du rapport sensible et intelligent à la Terre. Découvrons ce livre pour mieux comprendre le langage des cartes. Et aussi pour mieux habiter la Terre.

Ont collaboré à cet ouvrage : Virginie Belhumeur, Rachel Bouvet, Denise Brassard, Audrey Camus, Jean-Claude Castelain, Jean Désy, Marie-Andrée Gilbert, Alexandre Gillet, Hélène Guy, Suzanne Joos, Pierre Labossière, Yves Lacroix, Nicolas Lanouette, Caroline Mangerel, Monchoachi, Ceri Morgan, Jean Morisset, Pascal Naud, Charles Vincent, Éric Waddell et Kenneth White.

312 pages – 29,00 $
En librairie : 18 novembre 2008
ISBN : 987-2-923713-00-7

Novembre 2008

Les Croisades

Paradoxes de la fragilité

À la fois captivant et éclairant, ce livre agrémenté de plus de 150 photographies, cartes géographiques et illustrations, fait revivre les Croisades médiévales. Il ne décrit pas seulement la guerre en Terre Sainte mais aussi les Croisades contre les païens et les hérétiques en Europe.

Toutes les informations essentielles sur les Croisades mais aussi sur l’Âge d’or de l’Empire ottoman et sur l’importance de Jérusalem, premier lieu saint de la chrétienté, sont fournies au lecteur. Un chapitre consacré au monde contemporain et aux conflits entre le christianisme et l’Islam, entre l’Orient et l’Occident, complète cet ouvrage historique fascinant.

Éditions Taschen
16.95 $

Novembre 2008

Décalage

Patrice Desbiens

Vodou et théâtre. Pour un théâtre populaire

Les Éditions Prise de parole annoncent la parution de Décalage de Patrice Desbiens.

Fidèle à lui-même et à ses préoccupations, Patrice Desbiens offre, dans Décalage, des regards sur son passé. La première partie est inspirée par la grande rencontre
internationale Jack Kérouac tenue à Québec en 1987 et évoque des lieux de cette
ville. La deuxième est un court mémento tandis que la troisième, spicilège, renoue avec le passé de Desbiens : son enfance à Timmins et sa « période Sudbury ».

À peu près en même temps que / les émeutes Maurice Richard à / Montréal Québec Canada / moi à / Timmins Ontario Canada / j’ai pris des cennes noires / pour du chocolat. Complètement étouffé / j’avais le visage couleur / bleu blanc rouge / police neige sang / comme les gilets des joueurs / du Canadien de Montréal.

Ma mère m’a sorti de la maison / m’a viré à l’envers et / m’a brassé comme un / très maigre petit cochon et / les cennes sont sorties / une à une / côté Canada / côté Reine.

Contrairement à ce qu’évoque la notion du titre Décalage, Desbiens fait plutôt sentir, dans ce recueil, l’absence de disjonction entre le Québec et le Canada français. Il étend l’intuition jusqu’à faire comprendre que, où qu’on soit au monde, on se retrouve tous plutôt en conjonction.

Dès sa parution en 1981, L'Homme invisible / The Invisible Man consacre PATRICE DESBIENS comme une des voix majeures de l’Ontario français. Il est un des rares poètes à connaître à la fois un grand succès populaire et une haute estime de la critique. Des chansonniers et musiciens au Québec — Chloé Ste-Marie, Richard Desjardins, ainsi que le guitariste René Lussier —, et en Ontario, — Serge Monette et le groupe Konflit Dramatik — ont mis ses textes en musique. Quatre de ses écrits ont été portés à la scène par des compagnies théâtrales franco-ontariennes : L’homme invisible/The Invisible Man, Les cascadeurs de l’amour, Un pépin de pomme sur un poèle à bois et La fissure de la fiction. PATRICE DESBIENS est aujourd’hui reconnu, au Québec comme au Canada, comme un des écrivains les plus importants de notre époque.

Noiembrie 2008

Cele trei fete

Dragoş Samoilă

La Grande Quête de Jacob Jobin

După cinci ani petrecuţi în Canada, eram convins că sunt rupt complet de Romania. Aceasta până ce ascultându-mă în diferite dezbateri, mi-am dat seama că o mare parte a reperelor mele culturale sunt de origine română. Aşa am realizat că a mă rupe de România imi este imposibil, odată ce m-am născut şi trăiesc în spiritul culturii acestei ţări care contribuie evident la spiritul universal al culturii şi în acelşi timp îşi păstrează unicitatea.
Volumul de faţă reprezintă încercarea introducerii sau readucerii cititorului în prezenţa acestui sprit al culturii române, spirit creat şi cultivat mereu de personalităţile sale, de o reală valoare, ce-i trasează conturul, precum şi de cei asupra cărora îşi pune amprenta.

Tocmai pentru a surprinde ceva din fenomenologia spiritului culturii române, romanul trece de la stilul de jurnal, la cel de povestire fantastică, atingând mai apoi mitologia, filozofia şi nu în ultimul rând  teologia, trăită sau îmbogăţită cu spiritul românesc.

Cele două părţi ale romanului fac o distincţie între cultura română văzută din afara spaţiului geografic al României, poziţionare ce-i subliniază anumite laturi, urmând ca partea a doua să readucă cititorul în cadrul familiar românesc, cadru ce întregeşte vederea asupra manifestării spiritului culturii în cotidian.

Romanul începe cu câteva pagini din jurnalul lui Tudor, un doctorand român venit să-şi completeze studiile de fizică în Canada care, începând să-şi cunoască noii colegi, ajunge să intre într-o lume confuză la început, ce pare a avea caracter iniţiatic  şi care-l conduce prin diferite evenimente la a se apropia de un grup fromat de caţiva colegi de facultate, grup ce avea un scop precis. Găsindu-şi locul între aceşti prieteni, în încercarea de a contribui prin cunoştinţele sale la scopul comun al acestora, se descoperă pe sine într-o latură culturală ce va deveni cu timpul marcantă, conducându-l pe un drum pe care nu credea că va merge vreodată.

Multiplele planuri ale povestirii aduc în prim plan şi alte personaje care, pe rând, prin modul lor de a fi, precum şi prin preocupările pe care le au, vor ridica întrebări la care uneori vor încerca să dea şi răspunsuri. Aşa sunt cei trei ingineri ce îşi doresc să aibă o cunoaştere practică a universului spiritual creştin, cu o abordare de o rigurozitate tehnică, precum şi cu instrumentele care le stăteau la îndemână în calitatea lor de ingineri. Confruntarea între lumea tehnică şi lumea spirituală aduce la suprafaţă atât valenţele cât şi carenţele de natură conjuncturală sau ceva mai profunde, atât de o parte cât şi de cealaltă, favorizând întrebari a căror răspunsuri nu poat fi descoperite decât printr-o practică ce include disciplinarea propriei persoane, toate eforturile mergând spre crearea unor instrumente de percepţie şi analiză ieşite din comun.

Dialogurile interioare ale personajelor ce avansează în cunoşterea de sine, controversele teologice sau etice, precum şi forma de manifestare pe care o iau, toate acestea îşi propun să arate direct sau indirect, prin comparaţii, laturi ale spiritului culturii române în care trăim.

Alte personaje secundare fac trimitere la o analiză interioară de tip ascetic, altele, prin trăirile pe care le au aprofundează mistica. Toate acestea încercând a fi integrate într-un cadru cât mai familiar ce vrea să sublinieze faptul că misterul, miracolul şi firescul fac parte din cotidian.

Novembre 2008

L’homme invisible / The Invisible Man
suivi de Les cascadeurs de l’amour

Patrice Desbiens

Deux solitudes

Les Éditions Prise de parole annoncent la réédition de L’homme invisible / The Invisible Man suivi de Les cascadeurs de l’amour de Patrice Desbiens dans la Bibliothèque canadienne-française (BCF), une collection qui rassemble les oeuvres marquantes de l’Acadie, de l’Ontario et de l’Ouest canadien.

Dès sa parution en 1981, L'Homme invisible / The Invisible Man consacre PATRICE DESBIENS comme une des voix majeures de l’Ontario français. Et l’homme invisible devient la figure emblématique du Franco-Ontarien / French Canadian en quête d’identité. Le récit qui se déroule / the story which unfolds dans ses deux langues maternelles, emprisonne l'homme invisible dans un stéréo verbal.

Avec Les cascadeurs de l’amour, texte paru initialement en 1987, Desbiens a l’oeil au guet, observant les perturbations intérieures et les incidents qui surviennent autour de lui, incidents en apparence insignifiants, mais qui pourraient entraîner des conséquences dans les relations interpersonnelles. « Et peut-être [ces deux récits] se répondent-ils davantage que l’on pourrait croire. Chacun, à sa façon, marque une étape dans l’oeuvre de Desbiens, mais leur publication côte à côte en rafraîchit la lecture; en plus de la perspective identitaire (associée à la langue), la rencontre des deux textes permet de mettre en lumière d’autres thèmes de l’oeuvre de Desbiens : l’amour et le cinéma. » Johanne Melançon

La nouvelle édition comprend une préface de Johanne Melançon, professeure de littérature à l’Université Laurentienne, une biobibliographie de l’auteur et un choix de jugements critiques.

PATRICE DESBIENS est un des rares poètes à connaître à la fois un grand succès
populaire et une haute estime de la critique. Il est reconnu, au Québec comme
au Canada, comme un des plus importants écrivains de notre époque. Il est
l’auteur de vingt recueils de poésie dont Un pépin de pomme sur un poêle à bois et Décalage.

Novembre 2008

Le fin fond de l’histoire

(roman)

Andrée Laberge

Le Ciel de Bay City

Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Ou portrait de l’histoire oblitérée.

« […] veuillez excuser et pardonner au sans génie que je suis, car je surchauffe comme un puceau depuis qu’une belle défraîchie a déployé ses charmes usés de femme trop mûre pour raviver ma substance molle, j’en ai déjà le fusible qui menace de sauter juste à y penser, alors avant de décharger, la pile à plat, je cède la plume aux acteurs principaux qui me poussent dans le dos et urgent de s’inscrire dans cette histoire qui les concerne en direct et témoigner de leurs problèmes d’identité […] »

Sur un ton à la fois décontracté, éclaté et un peu fêlé, Andrée Laberge nous propose
un roman déroutant, complexe, et tout à fait d’actualité, qui se déroule en plein cœur de la vieille capitale. Ici, les questions essentielles tournent autour de l’identité, de la filiation et de la lignée, car les pistes sont brouillées. Par exemple, la sauvagesse a beau se faire dire qu’elle n’en est pas une, la chose est si évidente à cause de sa peau cuivrée et de ses cheveux de jais que personne n’en doute. Quant au bâtard d’infirmier, c’est sa mère qu’il cherche en vain dans le visage des femmes âgées qu’il soigne avec une passion et une intensité qui inquiètent la direction de l’hôpital. Reste la vieille folle engrossée par un séminariste au temps de sa jeunesse. Elle a vécu son péché avec la plus grande culpabilité pour se rendre compte, à 78 ans, que toute cette comédie religieuse était une farce. En sourdine, un questionnement sur nos origines canadiennes-françaises et les distorsions de l’histoire qu’on aime bien réécrire à notre façon, d’ailleurs, qui peut se vanter d’en connaître le fin fond ?

L’auteure :
Andrée Laberge vit à Québec où elle est née en 1953. Après quelques années de travail auprès des personnes en souffrance sociale, elle a complété un doctorat en épidémiologie et entrepris une carrière de chercheuse en santé publique, carrière qu’elle a menée de front avec ses activités d’écriture. Son troisième roman, La rivière du loup (XYZ), lui a mérité le Prix du Gouverneur général 2006 en plus d’être finaliste à cinq prix littéraires prestigieux. L’auteure se consacre désormais à temps plein à l’écriture, sa troisième carrière.

Le fin fond de l’histoire,
roman,
Montréal, XYZ éditeur,
coll. « Romanichels »,

Novembre 2008

Marrying Hungary

Linda Leith

Dictionnaire des rêves de A à Z

Marrying Hungary tells one woman’s story of a life spent among foreigners, of identity and eventual independence, and it reveals what few memoirs reveal: what brings a couple together, what marriage means to an ambitious and accomplished woman, and why sometimes even a good marriage fails.
The roots of Marrying Hungary are in a small town in Northern Ireland where Desmond Leith was a young doctor in the late 1940s. He and Nan, who left teaching when they married, were glamorous members of Communist Party, and they wanted to change the world. Desmond moved them to London, where he worked with a collective of Communist doctors, but he suffered from bipolar disorder, and increasingly used fear and intimidation to control his family. Breaking with the Communist Party, he uprooted the family a second time, moving this time to Switzerland, where he joined the corporate world. The children were thrown into a new language and culture. Within another few years, they had moved back to London, and on to Montreal. It was the Cold War, and Desmond had to hide not only his illness, but also his Communist past. “Don’t tell anyone,” he cautioned, “ever.”

Linda Leith grew up in this unsettled and isolated family, and she was in university before she could extricate herself. That was when she met Andy, a debonair Hungarian refugee with a rootless past of his own. Andy matched her in intellectual curiosity and loved her as fiercely as she loved him. Not only that, but he had no fear of Desmond; he simply ignored the rules of engagement which Desmond had always imposed. She and Andy studied together in London and returned to Montreal to have children and build a life together. Theirs was a fairy tale marriage and, by the time she was forty, Linda Leith was the woman who had everything, almost. But there was one thing she had not done: she had not yet realized her dream of becoming a writer

When the Communist government fell in Hungary, Andy wanted to return to live in Budapest. Linda was on the brink of changing her life forever when they left their Canadian lives behind in 1990. During two years living in a villa atop the Hill of Roses, she broke the silence and wrote what the Times Literary Supplement described as “an excellent first novel.” By the time she and her sons moved back to Montreal, the marriage was coming to an end, and Linda had reinvented herself as a woman who knew who she was and what she wanted. Since that fateful move, Linda has written three critically well-received novels, a translation, and two works of literary non-fiction as well as founding and directing the hugely successful Blue Metropolis Montreal International Literary Festival.

Written with intelligence, sophistication and humour, Marrying Hungary is a book that bears comparison with Doris Lessing’s Walking in the Shade and Eva Hoffman’s Lost in Translation.

Novembre 2008

Au pays des rêves brisés

Un portrait en clair-obscur de la maladie mentale

Katia Gagnon et Hugo Meunier

Esprit de sel

La maladie mentale n’est pas un sujet comme les autres. Parlez-en à Katia Gagnon et Hugo Meunier. Alors qu’un Québécois sur cinq en souffre et que toutes les familles sont concernées, la société a du mal à regarder en face ce monde à part. Tant et si bien que les gens d’affaires ou de politique ne peuvent risquer d’avouer en être atteint. Pour briser le tabou, pour comprendre et pour partager, les deux journalistes sont partis à la découverte des malades, de leurs soignants et de leurs milieux de vie, en compagnie des photographes Patrick Sanfaçon et Martin Tremblay. De leur voyage Au pays des rêves brisés, ils ont ramené un livre qui dresse un portrait sensible d’un monde qu’on imagine très loin et qui, pourtant, se trouve là, tout près de nous.

Décrivant une souffrance immense, souvent inimaginable, le texte est accompagné d’une centaine de photos en noir et blanc, qui livrent des portraits intimes et saisissants de vérité. La première partie du livre regroupe des témoignages d’hommes et de femmes qui nous racontent leur rapport à la maladie mentale et partagent un volet de leur existence. Quelques-uns sont connus du public, comme Normand Brathwaite, Guy Lafleur, Marie-Sissi Labrèche, Stefie Shock ou Michel Courtemanche. D’autres non. Oscillant entre l’ombre et la lumière, leurs histoires relatent les blessures secrètes et la tristesse, mais aussi l’espoir et, pour certains, la guérison.

Dans la deuxième partie du livre, les auteurs nous invitent à une « visite guidée sur une autre planète », alors que des lieux fermés aux yeux du public ont accueilli, pour la première fois, des journalistes et des photographes, comme les hôpitaux psychiatriques Pinel et Louis-H., ou le centre d’hébergement de L’armée du salut. Dans ces établissements en marge de la société, ils ont rencontré des personnes au destin amputé par leurs problèmes de santé mentale, des travailleurs dont le métier a tout d'un sacerdoce, et aussi quelques anges gardiens.

*  *  *

Respectivement diplômés en communications et en littérature, Katia Gagnon et Hugo Meunier travaillent tous deux à La Presse et ont collaboré à plusieurs reprises sur de grandes enquêtes de terrain à caractère social. Katia Gagnon a commencé sa carrière en 1994 comme courriériste parlementaire, puis comme éditorialiste avant de revenir au reportage en 2005. Hugo Meunier exerce le métier de journaliste depuis sept ans. Pour La Presse, il couvre les informations générales et a réalisé plusieurs reportages à l'étranger.

Photographes d’expérience, Patrick Sanfaçon et Martin Tremblay couvrent l’actualité pour La Presse depuis respectivement douze et cinq ans. Plusieurs fois finaliste pour le Prix Antoine Désilet, Patrick Sanfaçon, qui a également travaillé pour Le Devoir et les Alouettes de Montréal, ne cache pas son attrait pour les situations où l’émotion est à fleur de peau. Premier récipiendaire du Prix Antoine Désilet, Martin Tremblay a couvert plusieurs crises internationales notamment en Afghanistan, dans la bande de Gaza, au Congo et en Haïti.

*  *  *

Publiant des livres destinés au grand public, Les Éditions La Presse proposent de nombreux ouvrages consacrés à la gastronomie ainsi que des guides, des essais, des recueils ou des biographies. Les Éditions La Presse sont une propriété de Gesca, une entreprise spécialisée dans l’édition de journaux, de sites Web, de magazines, de livres et dans la production télévisuelle.

Novembre 2008

Sous la direction de Christiane Ndiaye

Rira bien…

Humour et ironie dans les littératures et le cinéma francophones

David Lonergan

Tintamarre

Pourquoi rit-on ? Les femmes et les hommes rient-elles, rient-ils des mêmes objets ? À l’ouest, à l’est, au sud, au nord, rit-on pareil ? Le sens de l’humour est-il national, culturel, individuel ? L’humour littéraire est-il différent de l’humour cinématographique ? Autant de questions, peu de réponses. Le rire est universel et millénaire et pourtant les savants semblent rarement s’aventurer sur ce terrain ?

Cet ouvrage rassemble des études de chercheurs, cinéphiles et lecteurs passionnés des littératures francophones du Sud, c’est-à-dire des Caraïbes, de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb, qui ont voulu en savoir plus sur l’humour et l’ironie au cinéma et en littérature. Revisitant quelques oeuvres cinématographiques et littéraires, ils observent comment l’humour traverse les frontières des modes d’expression artistiques. Ainsi sont mises en lumière certaines oeuvres, notamment des récits et des films, des créateurs comme Ousmane Sembène, Joseph Zobel, Euzhan Palcy, Dany Laferrière, Djibril Diop Mambéty, Mehdi Charef, Rachid Mimouni, Azouz Begag, Merzak Allouache.

Ont collaboré à cet ouvrage : Alexie Tcheuyap, Momar Désiré Kane, Viviane Azarian, Obed Nkunzimana, Azouz Ali Ahmed, Lyne Martineau, Walid El Khachab, Christiane Ndiaye, Mehana Amrani, Lila Medjahed, Françoise Naudillon, Djemaa Maazouzi, Mylène F. Dorcé, Hanane Essaydi, Sathya Rao.

Novembre 2008

Jean-Robert Gauthier : « Convaincre… sans révolution et sans haine »

Rolande Faucher

Tintamarre

Les Éditions Prise de parole annoncent la parution de la biographie Jean-Robert Gauthier : « Convaincre… sans révolution et sans haine », de Rolande Faucher.

L’Ontario français connaît peu ses héros. Or, l’honorable Jean-Robert Gauthier en est un, un vrai. D’abord conseiller scolaire (1961-1971), puis député (1972-1993) et enfin sénateur (1993-2004), il s’est acharné tout au long de sa vie publique à défendre avec succès les intérêts des Franco-Ontariens et des minorités linguistiques du Canada. Sa carrière traverse – et cette biographie éclaire – un grand pan de l’histoire canadienne, les périodes Trudeau, Mulroney et Chrétien. Nombreux sont les dossiers et enjeux majeurs où il a joué un rôle important : le financement puis la gestion autonome des écoles françaises, le renouveau constitutionnel et la Charte des droits et libertés, la bataille Montfort, et la Loi sur les langues officielles, parmi bien d’autres. Le dernier fleuron de sa carrière n’est pas le moindre. Un an après sa retraite, son projet de loi privé S-3 — rendait exécutoire (et plus seulement déclaratoire) — la Loi sur les langues officielles. Depuis, les communautés minoritaires ont le droit de poursuivre le gouvernement si, selon elles, il ne respecte pas ses objectifs pour leur développement.

« On peut se demander – dit sa biographe – d’où lui viennent son caractère combatif, son besoin de s’impliquer dans toutes les causes linguistiques et autres, son ardeur, sa vivacité, sa persistance, parfois jusqu’à la démesure. C’est pourquoi, […] cette biographie autorisée racontera plus en détail l’homme privé, car on trouve là une partie de l’explication de son remarquable engagement social. »

ROLANDE FAUCHER, qui signe cette biographie, est elle-même un personnage bien en vue dans la communauté franco-ontarienne. Expert-conseil en recherche et en analyse, elle oeuvre principalement dans le secteur des langues officielles mais aussi en éducation, en santé, en justice et en formation professionnelle, au service de nombreux groupes communautaires et de ministères provinciaux et fédéraux.

Novembre 2008

Tant pis

(nouvelles)

Dominic Séguin

Jusqu’à toi, Winona

Visite guidée des paumés, des demeurés et des victimes du système

« La vie de Georges Grasset n’a pas changé depuis que sa femme l’a quitté. Il a toujours le même job, le même camion, la même maison, le même Lazy-Boy et la même télévision avec les mêmes émissions qui y jouent. Sûrement que Georges irait jusqu’à dire qu’il a la même libido ! »

Georges n’est pas différent des autres personnages qui figurent dans Tant pis. C’est
un pauvre type, un frustré qui digère mal que sa femme l’ait quitté et qui digère encore plus mal les repas surgelés qu’il se prépare tous les soirs avant de s’écraser devant sa télé. Comme tous les autres souffre-douleur présentés dans ce recueil, Georges sera la proie de profiteurs et de manipulateurs de tout acabit. Victime ou pas, il se laissera embarquer par un vendeur de câblodistribution. C’est le début d’une suite de mauvais choix qui l’amèneront à s’endetter à crédit pour un énorme cinéma-maison, n’incluant évidemment pas tous les dispendieux accessoires qui complètent le tout. Sa petite crise placera Georges dans une situation insoutenable. Il y a toujours un prix à payer...
Les autres protagonistes ne sont pas mieux : ils sont là, face à leur inéluctable destin, incapables d’en modifier la trajectoire parce qu’ils n’ont ni la force ni le pouvoir de changer quoi que ce soit. La vie, ils la subissent. Sans repère et dépourvus de jugement, ils n’ont d’autre choix que d’accepter leur sort et d’endurer leur calvaire, quel qu’il soit.

La plupart des nouvelles de Tant pis prennent l’allure d’une mise en accusation. Voici que de pauvres types doivent subir le rouleau compresseur d’une machine qui avance vers eux, sans regarder s’il y aura des victimes ou non. Victimes qui, pour la
plupart, ne sont pas totalement innocentes et ont leur part de blâme. On n’a qu’à
penser à la grosse « pleine d’Marthe », dans Filou, ou au père du célèbre numéro 10,
Guy Latulippe, dans Top prospect. Ce sont ces personnages eux-mêmes qui ont créé
la machine qui s’apprête à les écraser. Et « Tant pis », semble se dire Dominic Séguin…

L’auteur :
Né à Hudson en 1977, diplômé en lettres et en scénarisation, Dominic Séguin est l’auteur de Nous avons rendu les vaches folles, publié en 2005 chez XYZ éditeur, dans la collection « hiéroglyphe ». Il est également auteur-compositeur de musique électronique. (myspace.com/inkmtl)

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