La nudité ne dévoile pas une femme émue est le troisième livre de poésie de Carole Forget, une montréalaise originaire des Laurentides, titulaire d’une maîtrise en études littéraires de l’Université du Québec à Montréal. Dans ce volume, elle réfléchit sur les limites du regard photographique. Elle écrit une poésie de l’espace, de l’errance où le lecteur suit le parcours d’une femme et constate avec elle « la beauté des ébauches » ainsi que l’histoire de la chair, laquelle existe à peine à l’extérieur de soi. Chez Carole Forget, il faut dire que le corps est un lieu à partir duquel elle s’interroge.
Dès les premières pages de cette suite poétique, le lecteur se retrouve dans un atelier d’artiste où un homme trace les lignes d’un corps féminin sur du papier. La femme-modèle, immobile, murmure dans sa tête : « si ma photographie devient un mur/ devant tes envies de dire autre chose […] la nudité ne dévoile pas une femme émue. » Au fil de sa pensée en mouvement, on accompagne cette femme dans sa quête d’amour et dans son rapport au temps. On la voit espérer, se donner à l’artiste qui capture son essence. Cette femme veut aller loin en elle. Elle s’interroge à savoir si c’est l’amour qui fait l’œuvre. En ce sens, elle part souvent pour laisser ses empreintes. Elle s’éloigne de celui qu’elle aime afin de mieux le rejoindre, même si elle ne réussit pas toujours à atteindre ses objectifs.
L’amour autant que l’artiste la dévoile mais aussi la détruit. Elle se questionne. Elle veut avec son corps évoquer ses sentiments et cette volonté de comprendre les liens avec les signes extérieurs qu’elle attend de sa présence auprès de l’autre. Avec le langage, elle veut « déplier [la] chair dans les angles noirs pour cacher les maladresses ».
Malgré tout, l’amour s’effrite. Les illusions tombent. La douleur devient vite une habitude. La poétesse écrit que « les dessins les peintures/ demeurent sans conséquence », qu’aucun atelier « ne peut réunir toutes [ses] déchirures », que ses « tristesses forment une histoire dans les yeux des passants ». Alors elle écrit pour dire ce que les dessins n’ont su exprimer. Elle écrit pour se relever d’un amour déçu et partir à la recherche d’une frontière où elle ne mourra plus, où elle s’interrogera sur « l’espace de sa propre disparition », où elle sera à l’écoute de sa propre voix.
Carole Forget, La nudité ne dévoile pas une femme émue, Montréal, l’Hexagone, 2008, 80 p.























