Depuis 2001 • No 51 • Montréal • 15.11.2008
Novembre 2008

Trois solitudes

Réflexions en marge de l’essai de Linda Leith, basé sur le roman de Hugh MacLennan, Deux solitudes*.

Felicia Mihali

Le révisionnisme n’est pas chose nouvelle en littérature. Le pire est lorsque la relecture des œuvres classiques est faite à la lumière d’une idéologie quelconque. Dans les dictatures totalitaires, par exemple, la révision du passé était une arme politique qui censurait ou même rayait entièrement ce qui contrevenait à l’idéologie en place.

Dans le cas de la nouvelle lecture du roman Deux solitudes, de Hugh MacLennan, effectuée récemment par Linda Leith, on est loin d’une telle entreprise idéologique. S’il y a une menace qui plane sur l’œuvre de cet auteur canadien, mort en 1990, ce serait l’oubli. Et si la lecture de Linda Leith ne ménage pas les idées surannées du livre, son essai constitue une passionnante invitation à la relecture.  

Ces derniers temps, on a plus tendance à se rallier du côté de ceux qui nient la valeur de ce livre ainsi que son impact sur toute une pléiade d’écrivains qui ont nourri leurs idées à cette généreuse source, quoiqu’ imparfaite. On oublie que ce livre fut lu avec profit par des écrivains tels que Margaret Laurence ou Mavis Gallant. Plus de cinquante ans après sa parution, on reproche au livre le style, la forme, et les enjeux. On oublie le climat social de l’époque ainsi que la littérature canadienne qui, en paraphrasant un auteur comique, était magnifique, mais elle brillait par son abscence. Il est évident que les intentions d’un auteur de peindre une grande fresque de son temps peuvent nuire à la qualité du livre qui deviendrait, de ce point de vue, trop didactique. Rien de plus ennuyant qu’un auteur qui discoure de l’autel de son autorité de narrateur. MacLennan pèche parfois à cet égard, mais quel auteur ne le fait pas?

Étrangement, l’essai de Linda Leith ne sert pas uniquement à la révision d’un grand classique: il représente aussi une mise en garde contre les idées reçues qu’on cultive parfois par paresse intellectuelle. Cette écrivaine et essayiste essaie de répondre à une question qui continue encore de diviser la critique: que reste-t-il de cette imaginaire identité canadienne, fondée sur deux entités nationales distinctes : française et anglaise? 

Deux solitudes demeure une œuvre nourrie par les idées d’une petite élite anglophone de Montréal à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale. L’effervescence des idées communistes, la guerre civile en Espagne, l’escalade du nazisme et de l’antisémitisme en Europe mettent sur la table la question canadienne. Qu’en est-il de ce grand pays qui reste inconnu même à ses propres habitants et qui perpétue une distinction opérée par la langue et par les moyens de productions? D’un côté on a les pauvres agriculteurs francophones, de l’autre, les riches capitalistes anglophones. L’ambition de MacLennan s’étend d’un océan à l’autre, tout comme la devise nationale. Selon une belle utopie que seule la littérature peut envisager, les deux moitiés nationales devraient enterrer la hache de guerre et marier leur fils à la fille de l’autre, quelque soit l’ordre des préférences.

De nos jours, l’idée phare de ce livre semble, malheureusement, encore plus superflue, car la nation canadienne dans son ensemble n’a rien à voir avec ce qui se passe au Québec et plus précisément à Montréal. Aucune des idées proférées par MacLennan, concernant un possible mariage entre Francophones et Anglophones, ne semble avoir donné fruits. L’union symbolique de Paul Tallard avec Heather Methuen n’annonce pas l’aube d’une nouvelle ère où la réconciliation mettrait un terme à cette adversité de longue date.

La globalisation et l’immigration ont bafoué les prévisions de MacLennan. La nation québécoise n’est plus préoccupée par cette réconciliation : elle veut plutôt qu’on lui reconnaisse une spécificité. De plus, les vagues d’immigrants amènent une problématique que MacLennan, originaire de la Nouvelle-Écosse et méconnaissant le français, était loin d’envisager; quelle serait la place de cette troisième solitude laissée à son compte entre les deux anciens camps? Quel est le rôle assigné aux communautés culturelles? Suivant le modèle du mariage de Paul et Heather, quelles seraient les nations à marier pour qu’on atteigne, finalement, le havre de paix promis par les accommodements raisonnables? Et puis, quelle serait la place d’une solitude encore plus ancienne, celle des Amérindiens, isolés par une politique défectueuse dans leurs réserves, au voisinage des grandes villes canadiennes?

Mais pourquoi accuser MacLennan de manquer de vision politique? Lors de la récente campagne électorale fédérale, avez-vous jamais entendu nos leaders politiques parler de ces enjeux? N’avez-vous pas l’impression qu’on est à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale, lorsque la crise économique et la guerre étaient sur toutes les lèvres? Le facteur économique emporte toujours sur le facteur humain, car le capital politique se gagne avec des chiffres et non pas avec des histoires personnelles.

Quoi qu’on puisse reprocher au livre de Hugh MacLennan, il faut se rappeler ce que Linda Leith dit dans son essai : « Très souvent, nous ne reconnaissons pas le rôle des auteurs lorsqu’il s’agit de présenter des questions à caractère social … de mettre des mots sur la situation vécue par les gens à une époque donnée, dans un endroit précis. » Si un livre ne servait qu’à cela, alors sa valeur devrait déjà être considérée comme inestimable.

* Linda Leith. Deux solitudes, Essai traduit de l’anglais par Hélène Rioux. Montréal, XYZ. 2008

Novembre 2008

Parintele Cezar Vasiliu lanseaza Sfintii...

Calinic Toropu

Sfintii neamului romanesc

Beneficiind de o prefata sub semnatura Profesorului Universitar Dr. Nifon Mihaita, Arhiepiscop si Mitropolit al Targovistei, volumul Sfintii Neamului Romanesc a Preotului Profesor Dr. Cezar Vasiliu a fost lansat nu cu mult timp in urma la Montreal.

Cartea Preacucerniciei sale”, spune Nifon Mihaita, ”vine sa completeze un bogat continut de informatii istorice, patristice si hagiografice – ca o continuare a ceea ce s-a mai scris in litaeratura teologica romaneasca de specialitate.

Sfintii...” este a treia editie a unei lucrari peste care Parintele Cezar Vasiliu se apleaca de ani buni ca om al Bisericii, istoric, om de litere si carturar. Este inutil sa spunem ca aceasta editie a treia este adaugita si revizata; este in firea parintelui sa aduca elemente noi avand grija ca cele mai vechi, daca nu sunt spuse neaparat dintr-o noua perspectiva, cel putin sa fie primenite cu noi fatete.

Parintele Cezar Vasiliu este, mai inainte de toate, teolog; un teolog de vocatie, cu harul si darul preotiei. Mai apoi, el este un om de o cultura vasta si cu un talent literar de admirat. Fericita impletire a acestor insusiri care il individualizeaza intre intelectualii romani din Montreal/Quebec/Canada are ca rezultat scrierile sale. Hagiografia aceasta, de exemplu, este, in acelasi timp, citita cu placere de colegi ai domniei sale, de credinciosi adevarati, de altii ocazionali – ca mine – si de mireni care regasesc, in comun, placerea lecturii si bogatia informatiei istorice.

Un amanunt nu lipsit de importanta este dedicatia de la inceputul volumului. O reproduc integral : „Dedic aceasta carte credinciosilor ortodocsi romani de la Biserica Sfantul Nicolae din Montreal, Canada”. Romanii acestia sunt, asa cum mentiona organizatorul lansarii de la Biserica Sfantul Nicolae, Profesor Vania Atudorei, „a doua familie a preotului” caruia, in mare masura, ii datoreaza existenta. Familiei acesteia preotul paroh Cezar Vasiliu i se dedica cu aceeasi abnegatie cu care o face primei sale familii, de la 26 martie 1994, cand Episcopia de la Vatra Romaneasca a recunoscut in mod oficial Misiunea Sfantul Nicolae de la Montreal.

Pentru a nu ma repeta, am sa propun mai jos in pagina (re)lectura articolului pe care il scriam cu referire la Parintele Cezar Vasiliu in urma cu sase ani, cu ocazia lansarii primei editii a Sfintilor neamului romanesc.

De asemenea, pregatim pentru zilele urmatoare un dialog cu domnia sa pe tema bisericii romane ortodoxe de emigratie si a viitorului sau, care incepe, inevitabil, cu intrebarea: Ne vom intoarce la Biserica de acasa? Reveniti pentru a afla parerea distinsului teolog...

 

Lansare eveniment

Sfintii neamului romanesc,
intre teologie si literatura

Sala comunitara a Misiunii Ortodoxe Romane - Sfantul Nicolae din Montreal a gazduit la sfarsitul lunii iunie din acest an (2002) lansarea cartii Sfintii neamului romanesc, semnata de Parintele Profesor Dr. Cezar Vasiliu. Volumul se adauga unei lungi liste de studii ale autorului dintre care mentionam Nihil Sine Deo, Eseuri Istorice si Teologice si Istorie si Credinta, lucrari aparute in perioada exilului. Personalitatea eruditului teolog fiind una de referinta pentru exilul romanesc din Canada, vom incerca sa o conturam pe scurt, cu regretul de a nu-i putea consacra spatiul pe care il merita.

Fara a cauta o explicatie mistica, gandesc totusi ca locul nasterii sale, la Comarnic in Prahova, aflat la o palma de loc de Valenii de Munte, la o alta de Tirgoviste si inca mai aproape de Sinaia a influentat cariera tanarului Cezar Vasiliu. Este de imaginat ca acest triunghi de istorie romaneasca, de cultura si de traditie religioasa si-a pus amprenta asupra caracterului sau, aureola profesorului Nicolae Iorga, fondatorul Universitatii populare de la Valenii de Munte, trebuie sa-i fi luminat inca de la inceput drumul; Biserica Domneasca sau Manastirea Dealul l-au lasat cu siguranta sa respire aerul credintei in drumurile sale la Tirgoviste; umbrele castelului Peles ii vor fi spus multe din istoriile care nu mai puteau fi cuprinse de noile manuale. Aici i s-au format o parte dintre trasaturile care i le cunoastem astazi : cultura, credinta si cunoasterea istoriei. Nu e de mirare ca absolvind liceul din Sinaia intr-o perioada confuza pentru istoria Romaniei aflata in plina rescriere (1956), s-a indreptat catre portile seminarului. Il vom regasi mai tarziu la Institutul Teologic din Bucuresti (1963), unde isi obtine si doctoratul in Istoria Bisericeasca Universala (1966), pentru ca mai tarziu sa asculte prelegerile profesorilor Institutului Pontifical Oriental din Roma unde isi incheie studiile (1971) cu un nou doctorat. Revenit in tara (documentarist la Cancelaria Sfantului Sinod si lector la Institutul Teologic) publica zeci de studii in domeniul Istoriei Crestinismului, al  Patrologiei si al Ecumenismului.

Deceniului al optulea in Romania, de intoleranta politica, de degradare sociala si de represiune religioasa aduce cu sine resemnarea si pierderea sperantei. Nu le accepta hotarandu-se pentru parasirea tarii. Incepand cu anul 1984 - anul refugierii in Franta, si-a debutat misionariatul pentru care se pregatise timp de 25 de ani. Vine in Canada in 1985, preda la Universitatea din Vancouver intre 1988 si 1989. Se indreapta spre rasarit, pentru a preda la Facultatea de teologie din Sherbrooke. Insa, cu adevarat, misiunea sa se concretizeaza in 1994 cand devine preotul paroh al nou infiintatei Misiuni Ortodoxe Romane - Sfantul Nicolae din Montreal. De atunci el lupta neobosit prin toate mijloacele de care dispune, religios dar si cultural, pentru promovarea a doua entitati: biserica ortodoxa si comunitatea romana. Iar atunci cand nu are mijloacele, nu ezita sa si le construiasca. Revista Calea de lumina, pe care o editeaza si al carui redactor este, reprezinta o dovada. In ea, ca si in multe altele - religioase sau laice - preotul Cezar Vasiliu isi afirma credinta in Dumnezeu, iar omul Cezar Vasiliu, dragostea in cei de-o seama cu el.

Volumul de patrologie Sfintii neamului romanesc vine sa completeze un gol al literaturii romanilor din Canada. Si spun literatura pentru ca lucrarea trece dincolo de granitele religiei, fara a ajunge insa la cele ale vulgarizarii acesteia, facandu-se accesibila tuturor. Autorul prefera unor insiruiri seci de ani sau minuni, texte in care terminologia religioasa ocupa un spatiu modest si care ii pun in valoare atat talentul literar cat si pe cel de istoric. Romantandu-le istoriile, scriitorul "umanizeaza" intr-o oarecare masura sfintii care nu mai sunt nici eterici, nici simbolici. Sunt ai nostri. Pretul este considerabilul efort depus pentru aflarea amanuntelor relevante. Amatorii de statistici, asa cum se remarca cu prilejul lansarii, pot numara in lista bibliografica peste 130 de referinte.

Cezar Vasiliu prezinta, in volumul sau, "acei crestini desavarsiti, care si-au inchinat viata lui Hristos, au respectat poruncile Sale, au trait in curatenie trupeasca si sufleteasca" - sfintii, din perspectiva a trei categorii : I - Sfinti straromani (sec. III-IV); II - Sfinti cu moaste in Romania (sec. XVIII-XIV); III - Sfinti romani. In ultimul capitol sunt cuprinsi si cei canonizati in 1992 intre care Sf. Martiri Brancoveni si Binecredinciosul Voievod Stefan cel Mare si Sfant. Ultimul continua sa suscite polemici, existand reticente privind "curatenia trupeasca" a domnitorului, ca sa nu mai amintim de numarul mare de (in)amici care au pierit din cauza sa. Dar astea sunt paradoxurile marii istorii pe care numai micile detalii ne-o fac accesibila.

Calinic Toropu
iulie 2002, Montreal

Articol aparut in ziarul Pagini Romanesti

Novembre 2008

Table ronde Femmes et Cinéma : prendre la parole et l’image

Par Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Ce texte se veut une récapitulation de la table ronde intitulée Femmes et Cinéma : Mais qu’est-ce qu’elles veulent encore? tenue le dimanche 16 novembre à la salle Fernand-Séguin de la Cinémathèque Québécoise à Montréal. Cet événement a été rendu possible grâce au soutien de la Fondation Solstice.

Autour de l’animatrice Catherine Hébert, qui savait très bien résumer les propos et poser des questions amenant un développement des sujets abordés, étaient réunies Sophie Bissonnette cinéaste, Jackie Buet, directrice du Festival de films de femme de Créteil, Dorothy Hénault, cinéaste et productrice, Nishthà Jain, cinéaste, Catherine Veaux-Logeat, cinéaste, Carmen Guarini, cinéaste;  Khady Sylla, cinéaste n’a pu être présente à cause d’une question de visa.

«Dans un monde en crise, le projet féministe d’une société juste, égalitaire et pacifiste est plus que jamais nécessaire, la vision des femmes sur les écrans pour transformer le monde plus que jamais essentielle.»

Cette phrase est extraite du texte Cinéastes Québécoises Deboutte! de Sophie Bissonnette, membre du collectif Réalisatrices-Équitables, remis à l’entrée aux femmes venues assister à la Table Ronde. Car, par exemple, lorsque se réunissent des gens pour parler des problèmes des immigrants, dans la salle on compte aussi des québécois de souche, mais quand se rassemblent des femmes pour parler de leurs conditions de vie, d’études, de santé ou de travail, il y a exclusivement des femmes dans la salle.

Après des années dorées d’effervescence beaucoup de choses se détériorent et il est impératif de (se) demander : Est-ce que le cinéma féministe existe toujours et sur quoi se penche t-il?

Déjà, émerge l’une de ces spécificités qu’on tente de repérer quand on considère les œuvres des femmes, le festival dont parle Carmen Guarini est non-compétitif.

Sophie Bissonnette prend la parole :

«Les femmes ont beaucoup d’organisation dans le milieu du cinéma, leur charge est lourde, elles portent le travail domestique, elles participent aux processus de paix, elles en font beaucoup mais quand ça concerne leurs droits, on oublie à quel point cette révolution-là est récente.

Pendant 75 ans, à l’exception d’Alice Guy, il n’y a pas de femme qui accède à la réalisation. Anne-Claire Poirier avec son documentaire De mère en fille, Mireille Dansereau avec sa fiction La vie rêvée et des réalisatrices indépendantes, des collectifs, on constate que des sujets jamais abordés au cinéma crèvent alors l’écran et innovent dans leur approche en faisant des films plus intimistes, plus personnels, plus explorateurs, plus audacieux, avec des femmes moteurs de leur destin. Les documentaires sortent en salles et sont discutés.

Mais ces acquis sont fragiles; on veut recriminaliser l’avortement avec le gouvernement Harper; chacun des thèmes du film de Coline Serreau Mais qu’est-ce qu’elles veulent? de 1977est toujours d’actualité. La part des fonds public attribués aux femmes est en déclin.

Mais, j’ai beaucoup d’espoir en ce qui concerne le projet de transformer le monde avec des relations égalitaires.»

Jackie Buet s’exprime :

«J’ai commencé le Festival de Créteil il y a 30 ans et il n’y avait pas de cinéma de femmes mais un mouvement commençait en mettant en avant la petite histoire des femmes pour l’inscrire dans la grande Histoire. Alice Guy, Germaine Dullac, Ida Lupino exprimaient un point de vue de femmes; en 1951 avec son film Outrage, Ida Lupino a été la 1ère  à faire un film sur un viol. Agnès Varda, Yannick Bellon, Nelly Kaplan ont suivi.

Les femmes se laissent perturber par des questions et accentuent un regard de femmes. Chantal Ackerman avec le film Jeanne Dielman, un huis clos, elle a renversé la hiérarchie des images avec la scène où elle pèle les pommes de terre (1).

Il n’y a pas eu de cinéma féministe en France. Il y a eu un regard de femme par exemple, Agnès Varda avec Le bonheur mais nécessairement féministe pour Agnès Varda, c’était avec L’une chante l’autre pas. C’est important de renverser le ghetto de la représentation. Il faut aussi exprimer les questions d’urgence comme l’avortement.

Le féminisme n’est pas que réservé aux femmes.

Claire Simon est une documentariste qui est passée à la fiction avec le film Les bureaux de Dieu sur le planning familial. Ce n’est pas un sujet glamour, c’est une fiction basée sur une enquête, avec des plans séquences comme dans un documentaire. C’est sur la liberté sexuelle des femmes.»

Carmen Guarini parle du cinéma en Argentine:

«Des femmes ont fait des films dans les années 1910-1920 mais ils ont été perdus. Le cinéma est lié au mouvement politique. Beaucoup de coups d’état marquent le cinéma militant, ils répondent à des buts politiques, ils sont moins liés à des revendications de femmes.

Dans les années 1980, à la reprise de la démocratie, des femmes approchent la production mais ça ne crée pas un mouvement. Les réalisatrices émergent à partir d’écoles.

Peu à peu, il y a des femmes dans les institutions de la culture, parmi les scénaristes, à la réalisation, ça encourage les discussions, les débats, mais il n’y a pas de cinéma féministe, il y a un cinéma militant.»

Dorothy Hénaut partage sa vaste expérience de féministe, de cinéaste et de productrice :

«Le féminisme est diversifié. La fierté du féminisme vient des points de vue personnels et politiques qui participent d’un tout. Les femmes ne veulent pas une plus grande part du gâteau, elles veulent changer la recette car le gâteau pue. (Des applaudissements spontanés ont ponctué la déclaration de Dorothy.)

Le mot féminisme est moins reluisant et cela est une question de mode et la mode c’est accepter une structure sociétale où tout est à vendre et ça je ne l’accepterai pas.

On est capable de changer le monde. Les films au Québec ont porté le féminisme si loin que c’est ici plus qu’au Canada anglais, plus que beaucoup de places ailleurs dans le monde, que les femmes ont le plus à dire.

À l’ONF, ce sont les films de femmes qui ont été le plus vendus. Les femmes avaient envie de se voir. On montrait les films et on discutait. On avait un budget pour ça. Les femmes ne se sentaient plus toutes seules. Il faut aller par delà le mur de la télévision car le public est isolé chez-lui. Le film doit être vu collectivement, être l’outil pour sortir de l’isolement qui est un statu quo politique.

Les femmes croient que tout est correct jusqu’à ce qu’elles trébuchent et se demandent : Suis-je le problème? Or, elles peuvent être amenées à demander : Est-ce que quelque chose doit être changé?»

Catherine Veaux-Logeat communique son expérience de script et de réalisatrice :

«Dans ma famille il y a eu des femmes qui écrivaient. Quand j’étais à l’université j’ai constaté que je devais me battre plus que les hommes. Monique Champagne, la doyenne des scripts, m’a formée à être gentille, souriante et performante. J’ai constaté qu’au niveau salarial  il y avait des différences entre ce que j’avais et ce que le gars qui portait des câbles avait. Je voyais qu’on faisait peu confiance aux femmes pour la réalisation en fiction, en publicité mais un peu plus en documentaire.

J’ai voulu donner la parole à des femmes qui n’auraient pas la parole autrement. Elles ont livré une bataille dans leur quotidien. Je voulais faire entendre ce qui avait été vécu. La fiction, c’est plus technique, il y a plus de jugements, on ne fait pas confiance aux femmes et il faut être rapide, efficace. J’avais besoin du réel, du documentaire, pour que je prenne ma place, pour que j’aie plus de liberté.»

Nishtà Jain nous informe de son parcours de cinéaste féministe en Inde :

«Quand j’étais è l’école du cinéma, le féminisme, était "a dirty word". On reprochait à une femme d’être féministe; elle était vue comme une frustrée (2). Au cinéma, l’image des femmes était toujours subordonnée à celle des hommes.

Cette perception dans l’école de cinéma amenait à une pratique différente, les hommes traitaient plus de philosophie et de politique; quand ils parlaient des femmes, c’était très stéréotypé. Plus de femmes allaient dans le documentaire que dans la fiction. Des femmes reproduisent l’image traditionnelle de la femme telle qu’exprimée par l’homme.

Le documentaire maintenant est considéré comme le genre filmique des femmes donc, un genre mineur, un genre à ne pas prendre au sérieux. Mais les femmes y ont trouvé une place plus démocratique. Les femmes sont plus progressistes, elles sont maintenant plus éduquées.»

Sophie cite un extrait d’une étude faite par Réalisatrices-Équitables (3):

"Les femmes constituent 50,5% de la population et elles représentent de 43 à 45% de la force étudiante en audiovisuel, les réalisatrices n’obtiennent que respectivement 10%, 11% et 14% des fonds de production du Fonds canadien de télévision, de Téléfilm Canada et de la SODEC ! "

Il y a une discrimination systémique; il faut donc des mesures.

Dorothy intervient :

«Se parler, se regrouper, réfléchir ensemble ça énergise, c’est un soutien. On avait ça dans Studio D, on n’avait pas peur de se faire diriger car tout le monde se contredisait et c’était un soutien extraordinaire.»

En accord avec ce fonctionnement de réciprocité, de partage, des duos de réalisatrices ont été formés; elles choisissaient un extrait d’un film réalisé par une collègue. Une telle organisation n’est-elle pas, là encore, une caractéristique féminine?

De son film Hier encore je t’espérais toujours Catherine Veaux-Logeat a choisi le passage où les enfants de Nadine, épouse d’un guinéen disparu, lui reprochent de faire plus de choses pour son mari que pour eux. Catherine remarque que «Les femmes sont soumises au silence et leurs choix sont difficiles, surtout celles prises par leur culpabilité dans le dilemme travail/famille.» Jackie Buet a sélectionné le moment où Nadine relate son expérience auprès de lycéennes et lycéens de la Guinée.

Nishthà Jain présente le début de son documentaire Lakshmi and me dans lequel la réalisatrice filme son aide domestique et questionne le mésusage du mot "féminisme". Dorothy Hénaut a sélectionné la scène finale, quand la cinéaste filme un regroupement d’employées. «La réalisatrice change pendant le film. Elle m’a rappelée que le personnel est politique.»

À la fin du film, Lakshmi accouche d’une petite fille qui apparaît toute emmaillotée. Aussitôt, dans cette salle occupée exclusivement par des femmes, un murmure d’ébahissement s’est fait entendre. Deux jours plus tard, je voyais le documentaire au complet dans une salle avec des femmes et des hommes. Il n’y a pas eu de murmure. Peut-on à nouveau considérer qu’il y a là un signe de spécificité féminine?

Nishthà revient sur l’utilisation du mot "féminisme", en l’utilisant, elle réhabilite le mot. Dans la salle, Paule Baillargeon, cinéaste, déclare : Le féminisme est un humanisme. Les femmes se sont appropriées le féminisme parce qu’elles n’étaient pas contenues dans l’humanisme.» (4)

Toujours dans la salle, une femme intervient : «J’ai toujours entendu des femmes se demander si les hommes vont regarder leurs films, jamais je n’ai entendu des hommes se demander si les femmes vont regarder leurs films.»

À peine commence t-on à se demander si la biologie détermine un regard puisqu’il est récent que l’on admette que la culture le détermine. Une des grandes préoccupations du féminisme c’est que la liberté sexuelle des femmes n’est pas acquise. On en revient toujours à l’anatomie à laquelle on connote des qualificatifs (5).

Dans les années 70-80, les femmes étaient politisées et tenaient des discours qu’elles ne maintiennent plus malgré la nécessité; de nos jours, les femmes sont érotisées, de plus en plus jeunes, et cette réalité envahit les écrans.

Les syndicalistes, les gais, les pro-choix, les activistes, des gens déterminés à poursuivre une lutte, n’hésitent pas à s’identifier comme tels mais, les féministes, elles, sont réticentes à le faire, pourtant n’y a-t-il pas une dignité, une exemplarité, une fierté, un signe de conscience, de connaissance, d’intelligence, à se tenir «deboutte» et à revendiquer ses droits?

Table ronde tenue lors des Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal.

Les 11es RIDM se déroulent à plusieurs endroits :

La Cinémathèque québécoise 335 de Maisonneuve est
Le cinéma ONF 1564 Saint-Denis
Le cœur des sciences de l’UQAM 200 Sherbrooke Ouest
La Grande Bibliothèque 475 Maisonneuve est
Le Cinéma du Parc 3575 du Parc
L’Université Concordia 1455 Maisonneuve Ouest
Le Musée de la Civilisation dans la ville de Québec

Pour informations :
www.ridm.qc.ca

1) Le personnage Jeanne Dielman était interprété par Delphine Seyrig; l’actrice y était éblouissante de talent. À la fin du film, sans bouger, par son regard, par les traits même de son visage, elle exprime le désarroi qui peu à peu l’envahit. Actrice d’une beauté et d’une élégance fascinantes, (Truffaut disait d’elle, à travers son personnage Antoine Doinel dans Baisers volés, «cette femme n’est pas une femme, elle est une apparition!») dépassant l’abstraction de l’apparition et le confinement à l’apparence, elle a réalisé en 1981 un film dénonciateur intitulé Sois belle et tais-toi. Elle a réalisé des films féministes et ses convictions étaient très affirmées dans un but altruiste.

2) La frustration des féministes est un signe de santé mentale; si elles étaient satisfaites des iniquités, des maltraitances, des privations, des crimes qui les concernent en les victimisant, elles seraient des masochistes, des conditionnées, des aliénées, des passives. Leurs frustrations, leurs colères, leurs réclamations, leurs démarches prouvent qu’elles ont des critères de justice et des idéaux d’égalité. Souhaitons qu’à chaque injustice il y ait une femme frustrée qui réagit et non une assujettie qui cautionne.

3) Cette étude peut être consultée sur www.realisatrices-equitables.org

4) J’ai aussi une formation en littérature et parmi mes professeurs universitaires j’ai eu un enseignement unique de Louky Bersianik qui m’a transmis des préceptes de la création littéraire et des bases de la conviction féministe en me disant que le féminisme chapeaute, englobe toutes les autres philosophies.

5) Culturellement, l’anatomie féminine est considérée comme un désavantage. Or, le corps féminin se caractérise par le clitoris, le seul organe dont l’unique fonction est le plaisir, le seul organe dont le potentiel ne s’atrophie pas avec le temps, et par l’utérus, donc la grossesse et l’enfantement. Ces aspects sont contrôlés à travers le monde. Encore les clitoridectomies sont pratiquées et encore on dit d’un médecin "il a accouché" pour que l’homme s’approprie le privilège, le pouvoir, et que les femmes soient privées de ce qu’elles ont naturellement. À l’approche du 6 décembre, l’idéal d’une égalité des opportunités entre les femmes et les hommes reste d’actualité.

Novembre 2008

Premiul de debut al ACSR

Sâmbătă 22 noiembrie, în ultima zi a Salonului de Carte de la Montréal, Asociaţia Canadiană a Scriitorilor Români (ACSR), prin vocea preşedintelui ei, Alexandu Cetăţeanu, a anunţat premiile pentru volum de debut, în proză sau în poezie, pe anul 2008.

   Juriul, alcătuit din scriitorii Felicia Mihali şi Florin Oncescu, a acordat două premii. Premiul I de debut al ACSR i-a revenit lui Dragoş Samoilă, pentru romanul „Cele trei fete” (Ed. Fundaţiei Române, Montreal, 2008). S-a acordat şi un premiul I ex aequo, lui Victor Roşca, pentru volumul de proză memorialistică „Moara lui Kalusek” (Ed. Curtea Veche, Bucureşti, 2007).

   Câştigătorul premiului I de debut a primit şi suma de 500 de dolari, din partea firmei Panoramic Radiology Canada, în timp ce premiul I ex aequo a fost însoţit de o statuetă de bronz reprezentându-l pe Împăratul Traian, din partea Forumului Agora Romagna Latina – Canada. 

   Cartea lui Dragoş Samoilă poate fi încadrată la capitolul literaturii migrante, gen deschis autorilor de diferite origini şi naţionalităţi, care folosesc exilul drept loc al descoperirii propriei identităţi, una împărţită între două culturi şi două ţări diferite. Având ca temă experienţa unui tânăr student român aflat la Montréal, cartea are în plan secund un al doilea personaj, România, cu valorile sale perene. Juriul a apreciat viziunea încărcată de admiraţie a autorului pentru o cultură încă necunoscută în lume la adevarata ei valoare, profunda cunoaştere a unui subiect deloc exploatat în literatura română, şi anume religia şi cultul bisericii ortodoxe, ca şi ingeniozitatea narativă care anunţă un scriitor de cursă lungă.  

   Volumul semnat de Victor Roşca descrie, cu o forţă evocativă de excepţie, nelegiuirile înfăptuite de comunişti pentru a acapara puterea în România anilor 1946-1949 şi oferă cheia pentru înţelegerea rezistenţei anticomuniste din munţii Făgăraşului, în anii care au urmat. Este povestea autobiografică a unui elev de liceu înzestrat intelectual, arestat în preziua examenului de bacalaureat, care trece prin calvarul bătăilor anchetei, judecăţii măsluite şi înfometării din penitenciar cu o privire mereu lucidă. Juriul a apreciat că, în afară de a constitui o lectură necesară pentru înţelegerea istoriei noastre încă recente, cartea are şi meritul unei redactări limpezi şi acaparatoare.

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