Depuis 2001 • No 50 • Montréal • 15.10.2008
Octobre 2008

A Charming Freak Show

Par Felicia Mihali

L’année passée, une tempête de neige avait empêché les Québécois d’assister au spectacle Suicide de Noël de la troupe britannique Tiger Lillies. Cet automne, ils n’ont pas été moins fortunés, car le groupe a joué à l’Usine C deux soirs seulement, avec leurs 7 péchés capitaux.

Pour ceux qui voyaient pour la première fois le trio formé de Martyn Jacques, Adrian Huge et Adrian Stout, ces derniers avaient plutôt l’air d’une bande de losers hantant les pubs fétides de banlieue. Sur scène, l’apparent désaccord existant entre eux donnait l’impression hilaire qu’ils avaient à peine répété le show la veille du spectacle. Le soliste Martyn Jacques était toujours perdu dans ses feuilles, le contrebassiste Adrian Stout s’ennuyait terriblement en attendant la reprise de la musique et en plus il avait mal au pied, alors que le percussionniste  Adrian Huge piquait une crise de nerfs contre ses batteries. Dans cette atmosphère d’Halloween il était difficile de croire que vous alliez avoir quelque plaisir en écoutant des chansons ne parlant que de filles laides et de toute autre chose inévitablement fucked.  

Mais cette combinaison a de quoi vous laisser coi. Leur musique est difficile à classifier, car elle renvoie à des genres, des pays et des époques différents; les paroles sont effrayantes et si Baudelaire n’avait pas déjà inventé le terme, nous aurions aujourd’hui la satisfaction de réinventer l’esthétique du laid. Dans la vision de Martyn Jacques, ce Farinelli variante british, les seuls personnages dignes d’intérêt sont les perdants. Mais si vous ne savez pas comment guérir de l’ennui des rengaines d’Elton John et de Madonna, Tiger Lillies est la recette la plus efficace.

Dans la très sage culture québécoise, un spectacle avec Tiger Lillies est toujours nécessaire. La prochaine fois que vous les verrez à l’affiche n’hésitez pas!

Pour tout savoir sur les déboires de ces trois messieurs peu fréquentables, allez visiter leur site : www.tigerlillies.com
Octobre 2008

Prix de la critique pour la saison 2007-2008

Communiqué AQCT

L’Association québécoise des critiques de théâtre (AQCT) a le plaisir d’annoncer les lauréats de ses Prix de la critique pour la saison 2007-2008.

Dans la catégorie Montréal, le Prix de la critique est remis à MARIE STUART de Friedrich von Schiller (texte français de Normand Chaurette), dans une mise en scène d’Alexandre Marine, une production du Théâtre du Rideau Vert. Dans ce spectacle se reconnaît la griffe d’un véritable metteur en scène qui désacralise le drame historique en lui conférant un dynamisme tout en contraste, ce qui est inhabituel pour l’institution. Dans  un espace confiné, mais imposant, sur des sonorités pulsionnelles, Sylvie Drapeau et Lise Roy, le feu et la glace, évoluent au cœur d’une représentation survoltée, un tourbillon enfiévré qui nous happe et nous emporte.

Rappelons que les autres finalistes, dans la catégorie Montréal, étaient :

ELIZABETH, ROI D’ANGLETERRE de Timothy Findley, dans une mise en scène de René Richard Cyr, une production du Théâtre du Nouveau Monde.

ABRAHAM LINCOLN VA AU THÉÂTRE de Larry Tremblay, dans une mise en scène de Claude Poissant, une production du Théâtre PàP.

Dans la catégorie Québec, le Prix de la critique est remis à CYRANO DE BERGERAC d’Edmond Rostand, dans une mise en scène de Marie Gignac, une production du Théâtre du Trident.
Aux défis posés par cette œuvre magistrale, mise en scène et conception répondent avec audace et inventivité, en s’appuyant sur la puissance évocatrice du théâtre. Y participe avec enthousiasme l’ensemble de la distribution dont les treize interprètes font exister avec force une galerie de plus de trente personnages colorés; parmi eux, les trois protagonistes dont la jeunesse, rompant avec la tradition, confère au drame une dimension encore plus poignante. En résulte un grand spectacle au souffle intemporel, où étincellent humour, fougue et émotion.

Rappelons que les autres finalistes, dans la catégorie Québec, étaient :

À TU ET À TOI d’Isabelle Hubert, dans une mise en scène de Jean-Sébastien Ouellette, une production de La Compagnie dramatique du Québec.

L’OISEAU VERT de Carlo Gozzi, dans une mise en scène de Martin Genest, une production du Théâtre du Trident.

Dans la catégorie Jeunes publics, le Prix de la critique est décerné à ASSOIFFÉS de Wajdi Mouawad, dans une mise en scène de Benoît Vermeulen, une production du Théâtre Le Clou.
Ce cri du cœur, qui fait appel à l’intelligence et à la sensibilité des adolescents, est orchestré par un metteur en scène inventif et porte la marque d’un auteur en pleine possession de ses moyens. Appuyée par la musique en direct, les projections et les masques, l’enquête au rythme haletant bascule habilement dans le fantastique. Murdoch, le héros, interprété avec fougue par Benoit Landry, est engagé dans une quête de beauté, une révolte résolument tournée vers la vie.

Rappelons que les autres finalistes, dans la catégorie Jeunes publics, étaient :
ROLAND de et mis en scène par Olivier Ducas, une production du Théâtre de la Pire Espèce.

VIEUX THOMAS ET LA PETITE FÉE d’après Dominique Demers, une chorégraphie d’Hélène Langevin, une production de la compagnie Bouge de là.

Dans la catégorie Théâtre anglophone, le Prix de la critique est remis à THE BARONESS AND THE PIG de Michael Mackenzie, dans une mise en scène de Catherine Bourgeois, une production de Imago Theatre. L’équipe réunie par la jeune metteure en scène fait redécouvrir un texte qui, jusqu'ici, n’avait été joué qu’en français à Montréal. Les rôles, aux antipodes l’un de l’autre, sont incarnés avec truculence par Nathalie Claude et Leni Parker, un formidable duo d’interprètes. Des éclairages feutrés, des costumes soignés, de la musique fin de siècle instaurent un onirisme pénétrant. Ce double « roman d’apprentissage » offre une réflexion drôle et profonde sur la nature et la culture.

Rappelons que les autres finalistes, dans la catégorie Théâtre anglophone, étaient :

THE GLASS EYE d’après Louis Negin, dans une mise en scène de Marie Brassard, une coproduction de la compagnie Infrarouge, de l’Usine C, de Kampnagel Hamburg et du Luminato Festival.

THAT WOMAN de Daniel Danis, dans une mise en scène d’Emma Tibaldo, une coproduction de Talisman Theatre et de Infinitheatre.

Le Prix de la critique est décerné annuellement aux spectacles jugés les meilleurs, à Québec et à Montréal, par les membres de l’AQCT. Les finalistes sont désignés par le biais d’un vote des membres alors que les spectacles gagnants sont désignés au terme d’une discussion.
Octobre 2008

Le Mythe de l’ombre

Myth de Sidi Larbi Cherkaoui dans le cadre de Danse Danse

par Laura T. Ilea

Combustibles

Myth, le spectacle mis en scène par Sidi Larbi Cherkaoui pour la compagnie Toneelhuis d’Anvers, présenté le 10 et le 11 octobre 2008 au Théâtre Maisonneuve, constitue le deuxième volet d’une trilogie qui inclut le spectacle Foi et le plus récent projet Sutra, ce dernier réalisé en collaboration avec l’artiste plasticien Antony Gormley.
Quatorze artistes, à la fois danseurs et acteurs, évoluent sur la scène, sous les accords du répertoire médiéval instrumental et vocal de l’ensemble italien Micrologus, dirigé par Patrizia Bovi. Par ses accents sacrés et profanes, la musique évoque un espace intermédiaire, de passage : le décor du spectacle se dresse dans une bibliothèque, dont l’arrière-fond est occupé par une immense porte. Cette porte qui s’ouvre vers la fin du spectacle constitue le terme attendu de l’inquiétude, mais aussi l’entrée dans un espace qui n’a pas du tout l’allure du paradis.
Le questionnement autour du sujet de Myth a été soumis à l’interprétation des acteurs et des danseurs. C’est en collaboration avec eux que cette composition contrapuntique est née. La trame narrative est presque insignifiante par rapport au sujet central de la représentation : la composition avec l’ombre dans un espace peuplé par l’incertitude.
La chorégraphie développe des éléments extrêmement parlants : des étreintes manquées, des mouvements discontinus, capables de représenter toute une gamme d’hésitation et de peur en contact avec l’ombre. L’ombre elle-même est magnifiquement mise en scène, sous la forme de démons et de leurs cris inarticulés, de leurs échappatoires éphémères, transmutations entre deux mondes ; ainsi que sous la forme de désirs inexprimés et de fantasmes issus du monde irrémédiablement clos de labibliothèque.
L’effet inattendu de ce spectacle est dû, premièrement, à l’amalgame de danseurs professionnels et d’acteurs, ces derniers apportant par leur maladresse recherchée une note d’ironie, mais aussi de naïveté, au récit. Ils font partie d’un scénario résistant à l’ombre : le couple d’amoureux qui ne sait pas comment déclarer leur amour, la « pieuse » maladroite qui apprend le langage de la prière à des sceptiques tortueux, la bonne femme avec ses souvenirs d’enfance. En revanche, les danseurs professionnels représentent soit des démons, soit des doctes défenseurs d’une fantasque doctrine gnostique (l’homme originaire, Adam Kadmon etc.), ou bien des drag queens proférant vers l’auditoire une sagesse parsemée de vulgarités.
En dépit d’une chorégraphie merveilleusement orchestrée, l’éclectisme des sources (Dante, Leonardo da Vinci, Henry Miller), les symbolismes parfois trop affichés et l’encyclopédisme textuel introduisent d’infimes dissonances par rapport à l’ensemble du spectacle. Heureusement, cette impression s’efface devant la passion de la danse. Le spectacle révèle aux habitués de cet art un nouveau langage, tactile et moins discursif. Les danseurs de la compagnie Toneelhuis et la chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui retracent le mythe de l’ombre dans une interprétation innovatrice, d’une grande complexité artistique.

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