mise en scène de René Richard Cyr
avec :Michelle Rossignol, Benoît McGinnis, Étienne Pilon, Robert Lalonde, Christiane Proulx, Marc Beaupré, Frédéric Blanchette, Charles Dauphinais, Mathieu Gosselin, Agathe Lanctôt, Milène Leclerc, Jean-Moïse Martin, Véronic Rodrigue et Cyril Fonseca
collaborateurs : François Barbeau, Etienne Boucher, Alain Dauphinais, Marie-Hélène Dufort, Pierre-Étienne Locas et Pierre Mignot
surtout à se passer d’elle.
MOT DE L’AUTEUR
Écriture longue
C’était le 9 mai, c’était une splendide soirée. Et nous en étions en 1991. Elle me demanda si j’aurais envie d’écrire un scénario. Une histoire qui la turlupinait depuis longtemps: celle d’une rencontre. Un très vieil acteur de théâtre n’en a plus pour longtemps à vivre. Un jour, une toute jeune comédienne se pointe chez lui, venue lui remettre un paquet. Reconnaissant dans la décoration du salon un accessoire de théâtre, elle lance une réplique. Il lui lance la réplique suivante. Elle répond. Tous deux se mettent à jouer. Sans témoins. Des jours et des nuits durant. Quand elle ressort de chez lui, sa vie à elle est changée pour toujours. Et lui est mort. En jouant. Le thème m’avait immédiatement parlé. Il mettait le doigt en plein sur une image qui m’obsède depuis des lustres: le passage de l’aruma. Il m’a fallu des années rien que pour comprendre que ce ne devait pas être un vieil acteur, mais une vieille actrice, pas une jeune actrice, mais un jeune acteur. Puis des années pour achever l’écriture. Voilà, c’est terminé. Dix-sept ans après une belle soirée de mai, voici Bob. L’histoire d’un passage.
René-Daniel Dubois
MOT DU METTEUR EN SCÈNE
Première lecture – comme un coup aux côtes.
Comme un coup de foudre.
Ébranlé.
Comme un plongeon en eau froide. Comme un geyser d’eau chaude.
De l’idéal, du romantisme
Un legs.
La magie. Pas de truc. Tout dans les poches, tout dans les mains.
L’amour. Rare.
L’art. Rare.
Jamais lu.
Deuxième lecture, quelques jours plus tard
Tourbillons, étourdissements, fascination.
J’essaie d’écrire. Les instincts, les perceptions, les compréhensions…
Les nommer, les coucher ! Vite !
Avant de trop connaître la pièce !
J’essaie de retenir les traces qu’elle laisse à celui qui la côtoie depuis peu.
Comme le spectateur à la sortie du théâtre,
avant la nuit qui ralentira le pouls.
Qu’est-ce qu’il a retenu?
Depuis plusieurs décennies, le théâtre parle d’incommunicabilité.
Il s’assoit dessus. Il jase de la difficulté d’entrer en véritable relation avec l’autre.
Certains dépassent le constat, questionnant même la vérité de ce désir.
Mais si, au fond, cette solitude, pourtant décriée, était un rempart pour préserver notre quiétude ?
Et si le coup de foudre arrivait, et l’illumination, la (point point point) rencontre, serions nous en mesure de les percevoir ?
Et si oui, est-ce que nous ne prendrions pas nos jambes à notre cou, effrayé par
le chamboulement que cela impliquerait ?
Le mot ensemble est-il un leurre?
Bob fait le pari de reconnaître
De représenter
De signifier
Les conséquences
Les joies
Les tourments
D’une rencontre vivante entre vivants (l’utilisation double du mot vivant est volontaire).
Au-delà de ce qu’ils sont, de qui ils sont.
C’est une célébration. Un conte.
J’essaierai d’être à la hauteur de ce que je pressens.
« N’attends rien et ne renonce jamais »
Je ne me relis pas… je corrigerais.
René Richard Cyr
MOT SUR LA CRÉATION-PHARE DU 40E ANNIVERSAIRE : BOB
On peut parfois avoir l’impression que le monde qui nous entoure en est un de résignations tranquilles et d’amours anecdotiques. On se croise, on entre dans le rang et l’on ne se parle plus. De rien. Le désir bruyant n’y tient qu’une place de pion sans grande importance; besoin sexuel pouvant être commercialisé comme toute autre chose. Pourtant, en chacun de nous gronde une musique qui appelle celle des autres à venir partager nos secrets. Avec Bob, René-Daniel Dubois veut redonner une place royale à ces appels délicats, à notre profond désir « d’entrer dans l’énigme de l’autre » par des voies obscures et rares, pour qu’enfin nous ne soyons plus les seuls à porter nos mystères uniques et parfois douloureux.
C’est l’été. Chaud. Montréal est une étuve, et en son centre deux messagers à vélo
s’entrechoquent. Bob et Andy. Un impact originel. Après l’accident, Andy l’assoiffé fuit, revient, s’accroche à Bob la forteresse, mais fuit à nouveau, incapable de vivre ni dans le vertige de sa présence ni en son absence. Le schéma est temporairement classique : longues promenades, révélations de ce que sont l’un et l’autre, au compte-gouttes, en dialogues haletants, drôles et maladroits. Mais rapidement, tout cela devient un véritable plongeon en apnée dans les dédales du désir. Les premières dates deviennent gouffre, guerre; on ne sait plus si le regard des deux hommes est tendresse ou volcan qui les marque au fer rouge pour mieux les réduire à néant, ou pire encore, les réduire en quelqu’un qu’ils ne sont pas.
Incroyable fresque de chocs humains chuchotée à notre oreille, Bob est en effet une pièce qui soulève la question de la dureté de notre regard. Comment le regard inévitable que nous posons sur l’autre peut-il détruire, mais aussi animer? Comment est-il encore possible de se mettre en danger, de s’exposer à son frère humain en toute vérité – car il est de son devoir de le faire, sinon tout n’est que trahison envers soi-même – comme l’acteur qui porte les destins tragiques de ses personnages doit se révéler au public avec la plus grande authenticité? Ici, cette quête de vérité, intime et dantesque, est celle d’un homme, Bob, pris dans l’étau de sa violence et de son désir. Tout en le fuyant, il cherche le regard sacré qui pourrait se poser sur lui, comme un sens divin donné à son monde que tous tentent de ruiner avec leurs discours nihilistes ou carrément absents. Il ose encore chercher la beauté, la magie, l’art, et, surtout, un interlocuteur privilégié, un être humain avec qui il pourrait briser le silence mensonger. Andy est son catalyseur. La musique qu’il compose permet à Bob de voir qu’ils ont peutêtre le même regard triste, tendre et lucide sur le monde. Première constatation de souffrances communes, d’une intériorité à partager. Le souvenir d’Agnès revient alors frapper son coeur. Actrice âgée, autrefois célèbre, elle porte elle-même l’amour d’un homme dont le regard seul aura suffi à la mettre au monde : Hans, le muet au passé cruel, l’homme pour qui elle aura été tempête et berceuse. Alors que la mort s’annonce comme un couperet sans rémission pour l’actrice dépossédée de son unique interlocuteur, Bob croise sa route, avec toute sa jeunesse, sa douleur interminable et sa peur, et devient malgré lui une promesse d’une vie à venir, à réanimer sans attendre. Car cette pièce, pays de jouissances, désespérément lumineuse, fa it le choix de la vie. Même à la mort de chacun de nos mondes solitaires, même quand s’éteignent les yeux de celui ou de celle qui nous a un jour révélé notre plus profonde splendeur, la vie EST, comme une superbe brûlure prête à embraser nos espaces trop silencieux.
Jean-Philippe Lehoux
RENÉ-DANIEL DUBOIS / AUTEUR
Dramaturge, metteur en scène, comédien, traducteur, scénariste, professeur, poète et pamphlétaire, René-Daniel Dubois a écrit plus d’une vingtaine de pièces de théâtre, dont Ne blâmez jamais les Bédouins pour laquelle il a reçu le Prix du Gouverneur général en 1984. Sa pièce Being at home with Claude a été adaptée pour le cinéma par Jean Beaudin en 1992. René-Daniel Dubois a été traduit en anglais, en espagnol, en italien et en tchèque, lu et joué au Québec, au Canada anglais, aux États-Unis, en Amérique du Sud et en Europe. Il a signé de nombreuses mises en scène notamment Les guerriers de Michel Garneau (Centre Georges-Pompidou à Paris), Kean d'Alexandre Dumas (TNM), Le roi se meurt de Ionesco et La demande d'emploi de Michel Vinaver (l’Espace Go). Il a adapté plusieurs pièces, traduit des auteurs tels Timothey Findley, Moises Kaufman, Edward Thomas,
Eric Overmyer et signé de nombreux articles et textes pour le cinéma, la télévision et la radio. Ses parutions les plus récentes sont Entretiens (Leméac, 2006) et Le trajet d’un hobbit, l’un des deux textes composant Post-scriptum (Dramaturges Éditeurs, 2007), livre qui accompagne le DVD du documentaire Un sur mille que Jean-Claude Coulbois a réalisé à son sujet. Comme interprète, René-Daniel Dubois a travaillé sous la direction de André Brassard, Paul Buissonneau, Gilbert Lepage, Roland Laroche, Andrée Saint-Laurent, Marc Drouin, Michel Marc Bouchard, Robert Morin, Bernard Émond, Jacques Godbout et Gilles Carle. De lui, le Théâtre d'Aujourd'hui a déjà présenté Adieu, docteur Münch (1988), dans une mise en scène de Joseph Saint-Gelais et Panique à Longueuil (1990), dans une mise en scène de Denise Filiatrault.
RENÉ RICHARD CYR / METTEUR EN SCÈNE
Comédien, metteur en scène, auteur, réalisateur, animateur, René Richard Cyr fut directeur artistique et codirecteur général du Théâtre d'Aujourd'hui de 1998 à 2004. Il a également assumé la codirection artistique du Théâtre PàP (Petit à Petit) de 1981 à 1998. Au cours des vingt-cinq dernières années, il a signé plus d'une centaine de mises en scènes au théâtre, création et répertoire confondus, à l'opéra et dans le domaine du show-business, dont récitals, galas et spectacles télévisés. Il a de plus
signé plusieurs réalisations pour la télévision. Il a écrit et mis en scène le spectacle Zumanity présenté depuis 2003 à Las Vegas révélant une autre facette du Cirque du Soleil. Ses créations lui ont valu plusieurs distinctions et une quinzaine de prix prestigieux.
MICHELLE ROSSIGNOL / ACTRICE
Reconnue pour son talent de comédienne au théâtre, au cinéma et à la télévision
depuis bientôt cinquante ans, pour son talent de metteur en scène de diverses pièces, pour son remarquable travail de directrice artistique du Théâtre d'Aujourd'hui pendant dix ans et pour son aide à lancer et à aider de nouveaux jeunes auteurs créatifs tout en défendant les grands classiques du répertoire, le travail de Michelle Rossignol est vraiment digne de mention, pour ne pas dire tout simplement
exceptionnel. La saison dernière, elle revenait au Théâtre d’Aujourd’hui, sur les planches, dans la création Bacchanale d’Olivier Keimed. Cette année, elle incarnera « la vieille actrice oubliée de tous, mentor de Bob », dans la création-phare de la
saison anniversaire du Théâtre d’Aujourd’hui : Bob.
©Neil Mota
©Neil Mota
©Laurence Labatt
ÉTIENNE PILON / ACTEUR
Après sa sortie de l'Option théâtre du Collège Lionel-Groulx, Etienne se joint au théâtre de l'Opsis et présente en tournée le spectacle Oreste à travers le temps, mis en scène par Alice Ronfard et Claude Poissant. C’est ensuite avec Mme Ronfard
qu’il travaillera sur divers projets tels que Le Mahabarata, La faim Artaud, Palmyra Island et Une Nuit en mer. Par la suite Etienne a participé à deux projets de création avec la jeune metteure en scène, Geneviève L. Blais et le Théâtre à
Corps Perdus. Les qualités de ce jeune comédien ont pu être observées dans le spectacle jeune-public, Paradoxus, qui a été en nomination au Gala des Masques édition 2006 et présenté en tournée au Québec. A l'automne 2006, il était de
la distribution de la pièce Au retour des oies blanches, présenté par le théâtre du Rideau Vert et mis en scène par Louise Marleau. Tout récemment, Étienne a participé au spectacle Je voudrais me déposer la tête, produit par le théâtre Petit-a-Petit et mis en scène par Claude Poissant. Étienne a fait sa première apparition au petit écran dans la série Nos étés où il campait le rôle de Martin. Dans Bob, la création-phare du 40e anniversaire du Théâtre d’Aujourd’hui, il tient le rôle-titre.
BENOIT MC GINNIS / ACTEUR
Ce comédien de la promotion 2001 de l'École nationale de théâtre a foulé les planches du Théâtre d'Aujourd'hui dès sa sortie, jouant sous la direction de René Richard Cyr dans Titanica, la robe des grands combats, Edmund C. Asher, Londres, 1968 de Sébastien Harrisson. Depuis cette première production, il a joué dans plus d’une quinzaine de pièces. En 2001, il a incarné Nils dans Le Goûteur de
Geneviève Billette, dirigé par Claude Poissant, puis a joué en 2003 dans Les Oiseaux du mercredi de Marc-Antoine Cyr. En 2004, on l’a vu dans Les Femmes savantes, de Molière, au Théâtre Denise-Pelletier. La même année, il incarnait le
rôle-titre dans la pièce Avec Norm au Théâtre d’Aujourd’hui -ce qui lui a valu une nomination au Gala des Masques 2005 dans la catégorie interprétation masculine de l’année-, et toujours sous la direction de René Richard Cyr, il s’aventurait dans une production musicale : Frères de sang. Dernièrement, on a pu admirer le talent de Benoît Mc Ginnis dans les pièces Les Feluettes de Michel Marc Bouchard, Britannicus de Racine, Là de Serge Boucher, Le vrai monde de Michel Tremblay et l’été dernier dans Silence en coulisses ! un texte de Michaël Frayn mis en scène par Benoît Brière. À la télévision, il était de la mini-série Smash écrite par Daniel Lemire, et pour une troisième saison il incarne le chanteur pop Jean- Sébastien Laurin dans Les hauts et les bas de Sophie Paquin. Au cinéma, il a été dirigé à
deux reprises par Sébastien Rose dans les films La Vie avec mon père et tout récemment Le Banquet. Fidèle complice de René Richard Cyr, il campera le rôle d’Andy dans Bob, la créationphare du 40e anniversaire du Théâtre d’Aujourd’hui.
© Marc-Antoine Zouéki
« Savoir qu’on aime. C’est savoir pour quels yeux on vit. »
René-Daniel Dubois
© Neil Mota