Depuis 2001 • No 50 • Montréal • 15.10.2008
Novembre 2008

Cinémania 2008 : une occasion des raretés

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Le cinéma français s’est mérité la réputation d’une solidité narrative que les Américains qui multiplient les reprises de scénario confirment; s’est acquis l’appréciation des adeptes du beau langage grâce à ses dialogues; s’est attiré l’adulation des cinéphiles qui aiment l’attention accordée à l’aspect humain et à la valeur artistique plutôt qu’aux effets spéciaux et aux stratégies commerciales. 

Le cinéma français actuel est-il tributaire des génies qui ont tracé son sillage dont Marcel Carné, Jean Renoir, Max Ophuls, Germaine Dullac, Jean Cocteau, Alice Guy, René Clair et plus récemment Louis Malle, Marguerite Duras, François Truffaut, Claude Sautet, Bertrand Tavernier et Christine Pascal, ou rompt-il avec les critères d’excellence qui l’ont déterminé historiquement? 

Le récent arrivage qui constitue la programmation de Cinémania nous permettra de découvrir les caractéristiques contemporaines du cinéma français. En effet, pour sa 14e édition Cinémania réunit des films francophones sous-titrés toujours projetés en 35mm! 

Majoritairement, les films viennent de France mais on pourra voir, ou revoir, le tendre et joli, Histoires d’hiver, film québécois réalisé par François Bouvier en 1999 à partir d’un roman de Marc Robitaille. Autour du hockey, se développe l’histoire de personnages extrêmement attachants avec leurs rêves et leurs difficultés. Malgré le sujet conviant un public masculin, les personnages féminins de façon concentrée sont approfondis, la mère est artiste-peintre, l’enseignante, amoureuse, et la copine, bien perspicace. Nominés pour 7 Prix Génie, le film s’est mérité 2 Prix Jutras. 

Entre autres, on pourra visionner Versailles avec le regretté Guillaume Depardieu dans le rôle de Damien un homme itinérant qui devient, ainsi qu’il se désigne, "la mère" d’Enzo, joué par le petit Max Baissette de Maiglaive dont les yeux ont un effet magnétique, un enfant seul de cinq ans dans un boisé à proximité du célèbre château, de retrouver le tandem Sergi Lopez-Manuel Poirier dans La Maison, de voir Sandrine Bonnaire et Catherine Frot dans l’histoire mystérieuse de L’empreinte de l’ange, de revenir à la fin de la 1e guerre mondiale quand Angèle (Lætitia Casta) veut devenir la première femme vétérinaire de France dans le manifeste écologique et féminisme qu’est La jeune fille et les loups de Gilles Legrand. Film. Il ne faudra pas confondre ce film avec le long métrage Survivre avec les loups de Vera Belmont, dont le scénario est l’adaptation d’une fausse biographie; qu’importe que l’histoire soit vraie ou fausse, il nous sera donné d’apprécier la réalisation, beaucoup de cinéastes créent des films à partir d’histoires inventées. 

On commence à convier les acteurs plus âgés pour témoigner de la vie des aînés. L’an dernier Cinémania nous avait présenté Suzanne (1), cette année c’est le réalisateur kurde Hiner Saleem qui s’est intéressé à leur sort dans l’écho des 10,000 personnes décédées seules pendant la canicule de 2003. Ce sera l’occasion de retrouver Michel Piccoli jouant Marcel et serrant spontanément, fortement, passionément, Mylène Demongeot qui interprète Thérèse dans Les toits de Paris

Avec la co-production France-Israël, le réalisateur Marco Carmel montre le parcours d’un jeune homme pour lequel le crime représente un attrait irrésistible dans Comme ton père avec Richard Berri qui joue aussi dans Les insoumis

L’actrice québécoise Marie-Josée Croze joue dans Le nouveau protocole, un thriller politique de Thomas Vincent, et Jeanne Moreau dans Plus tard tu comprendras du cinéaste israélien Amos Gitaï. 

Animés par Denis Trudeau se dérouleront une leçon de cinéma avec Arnaud Desplechin, réalisateur, et un panel intitulé : Critique de cinéma : extinction ou évolution? 

Les écrans sont souvent monopolisés par des productions américaines, le festival Cinémania est une occasion unique de voir des raretés. 
 

Toute la programmation se déroule au cinéma Impérial.

Pour horaire complet et informations :

www.cinemaniafilmfestival.com 

(1) voir mon analyse sur terranovamagazine.ca

Novembre 2008

Conte de Noël : disparate

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Arnaud Desplechin, un habitué du Festival de Cannes, nous présente avec Conte de Noël les nombreux membres d’une famille, les Vuillard, qui décident de se réunir pour se taper dessus et s’injurier à l’occasion de Noël. «Imbécile» est l’insulte la plus fréquemment utilisée. Déjà, en titrant Conte son histoire d’horreur, qui a généré depuis sa sortie le 21 mai 2008 en France autant de dithyrambes que de reproches, Desplechin trahit le langage et confirme sa prédilection pour le déni, son malaise avec la sincérité. 

Pour son précédent film Rois et Reine, Desplechin a reçu le 62e Prix Louis-Delluc et le Prix Méliès du meilleur film français décerné par le Syndicat français de la critique de cinéma. Conte de Noël est son 6e film et il a été choisi pour faire partie de la Sélection officielle au Festival de Cannes.  

Dans Conte de Noël, s’accordant avec la profusion de personnages, le réalisateur emprunte une diversité de codes cinématographiques : le cercle noir des débuts filmiques, le duplex des bulletins de nouvelles, l’intertitre du cinéma muet, le propos face à la caméra du genre documentaire, la plaque avec le nom de famille du style feuilletonesque «Châteauvallon», les images de cellules, de globules, de plasma du reportage scientifique et Charlton Heston en Moïse lors de la séparation des eaux ainsi que d’autres extraits de films anciens. 

Il grappille aussi dans la philosophie en citant Nietzsche, dans le théâtre en ayant des phrases à la Corneille : «Je ne saurai éteindre ma colère!» ce qui dans le contexte est davantage grandiloquent que grandiose, dans le littéraire en formulant la lettre d’Henri comme un pauvre plagiat proustien. 

Fidèle à sa manie d’être indirect, plus allusif qu’expressif, Arnaud Desplechin ajoute une musique écossaise quand Henri chute dans la rue, un jazz tonitruent quand Yvan, le fils et Simon, le neveu, conversent à la gare, du clavecin pendant le morne déshabillage de Sylvia, l’épouse d’Yvan, et, bien sûr, un inévitable hip-hop amplifié de façon récurrente. 

Pour ce spectacle d’exagérations et de banalisations, Desplechin nous appâte avec un fil d’Ariane au bout duquel est brandit le secret expliquant le bannissement d’Henri par sa sœur Élizabeth depuis plus de 5 ans. La cause de ce rejet ne sera jamais révélée. Ni celle du rejet de Junon, la mère qui ne supporte pas son fils, Henri. Vous pouvez interpréter, supposer, parier, aucune divulgation ne sera faite à travers le scénario. 

Henri est l’un des personnages importants. «Il aurait choisi la prison plutôt que l’honnêteté». Henri fraudait, volait, Élizabeth a payé ses dettes. «Être rejeté à ce point par sa mère, c’est contre nature» Henri accepte d’être donneur de moelle osseuse lorsque sa mère est atteinte d’une leucémie qu’aucune chimiothérapie ne pourrait guérir. 

Quand Claude, le mari d’Élizabeth assène quelques coups de poings à Henri, Élizabeth se précipite pour le soigner. Quand Yvan constate que Sylvia, son épouse, est dans le lit de Simon au petit matin, Yvan sourit. 

Paul, le fils schizophrène de Claude et d’Élizabeth, invite son oncle Henri, le banni, à la fête de Noël chez les patriarches Junon et Abel; Henri le traite de con et ils joggent ensemble. 

Desplechin utilise la métaphore de la chimère pour représenter les dangers de la greffe de moelle osseuse qui peut transformer le receveur; elle peut brûler la peau, causer une réaction de rejet. 

Les acteurs jouent avec une conviction remarquable des personnages généralement déplaisants et antipathiques; il faut mentionner qu’Émile Berling dans le rôle de Paul est particulièrement talentueux et attachant, c’est le seul qui nous associe à sa détresse en stimulant notre compassion. 

Desplechin est un réalisateur généreux, altruiste, il est capable de nous faire regretter et aimer davantage un autre cinéaste : en montrant la saga familiale des Vuillard qui remonte à 1965 dans Conte de Noël, il nous prouve que Sautet savait, lui, tisser avec tendresse les liens qui réunissaient ses personnages et les attachaient à nous indéfectiblement à travers tous leurs torts, leurs travers, leurs échecs, leurs détresses, et à travers les ans; ainsi, datant de 1972, qu’il reste magnifique ce trouble et grave tumulte d’un amalgame de personnages tourmentés, amoureux et contrastés bien que semblables, qu’il reste impressionnant ce portrait d’individus, de familles, d’amis, de relations, d’amours, qu’il reste éblouissant et magnétique ce film de Claude Sautet César et Rosalie

Conte de Noël Réalisateur : Arnaud Desplechin Scénario : Arnaud Desplechin et Emmanuel Bourdieu Interprètes : Catherine Deveuve, Mathieu Amalric, Émile Berling,Anne Consigny. France 2008, couleur, 152 min. 

Film d’ouverture du festival Cinémania au Cinéma Impérial, Conte de Noël sera projeté jeudi 6 novembre à 19 :30h et vendredi 7 novembre à 11 :30h.

Il sera ensuite à l’affiche à Montréal le 21 novembre. 

Pour horaire complet et informations :

www.cinemaniafilmfestival.com 

Novembre 2008

La fille de Monaco : Sexe et sentiments

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Décrire une femme à travers un homme. Passer du loufoque au drame. Rapprocher la femme et l’homme en confondant leurs pulsions, leurs sentiments, leurs émotions. Établir que l’amour est plus fort que le sexe. La réalisatrice, scénariste et dialoguiste Anne Fontaine a bouleversé les apparences et les rôles dans son film La Fille de Monaco

Louis, le fils semble protéger sa mère, Édith pendant que Christophe, le garde du corps, paraît veiller sur l’avocat, Bertrand. Mais, qui sauve qui au-delà de la version déclarée? 

Bertrand (Fabrice Luchini) est engagé par Louis pour défendre sa mère (Stéphane Audran, qui a traversé les ans avec une élégance distinguée) qui aurait donné 17 coups de couteaux à Dimitri, un gigolo slave, «élu Étalon du mois» par une revue pour hommes, qu’elle a connu dans «Le coin des veuves» d’une boîte de nuit, le 47. Mais, intervient Audrey (Louise Bourgoin) une Miss Météo qui a «une sexualité abyssale avec des fluides de toutes les couleurs» ainsi que la décrit Bertrand dont l’érotisme défaillait jusqu’à ce qu’il la rencontre. Elle le subjugue, le transforme et le manipule au point où son garde du corps, Christophe (Roschdy Zen) lui demande «vous allez rester longtemps comme ça à dire oui à tout le monde comme une gonzesse?» 

Car Audrey voit en Bertrand l’occasion d’accéder à la célébrité comme Dimitri considérait Édith en fonction de son argent. Quand Bertrand réfère à l’absence de maîtrise de soi suite à des sensations, il confond son état et celui d’Édith; quand il parle d’Édith et de sa souffrance, son remord et son espoir de pardon, il évoque Christophe. Dans ces imbrications, les évidences ne sont pas probantes. 

Le personnage d’Audrey est central, elle est poussée par l’opportunisme vers Bertrand dans le sillage de Dimitri qui était capable d’expédients avec Édith. Ce personnage rappelle l’aspect de Marion (Arielle Dombasle) dans Pauline à la plage, la détermination d’Angela (Nadia Farès) dans Elles n’oublient jamais, l’allure d’Yvette (Brigitte Bardot) dans En cas de malheur. Quant à Christophe, son efficacité équivaut à celle de Frank Moreno (Gérard Lanvin) dans Le goût des autres

À travers ses films, Anne Fontaine ne semble guère croire à la viabilité du couple hétéro car ce n’est guère dans cette diade que l’intensité relationnelle est vécue,  elle se développe davantage à travers des unions inattendues ou, au contraire, très convenues : entre hommes, entre femmes, entre mère et fils mais, ainsi que dans Entre tes mains et dans Nouvelle Chance (1) pour un couple hétéro, elle semble impossible. 

Comme dans son film Nathalie, Anne Fontaine mise sur les dialogues et les équivoques en travaillant le dit de façon aussi percutante que le non-dit, tisse des liens profonds et imprévus, prouve l’importance du besoin de bienveillance au-delà de la satisfaction des sens. 

Film de clôture de la 14e édition du festival Cinémania

La Fille de Monaco Réalisation. Anne Fontaine Scénario et dialogue Anne fontaine, Benoît Graffin, Jacques Fieschi Interprétation Fabrice Luchini Roschdy Zem Louise Bourgoin Stéphane Audran 1h 35 min. France 2007 

Dimanche 16 novembre 2008 à 9 :00h  et 20 :30h. au Cinéma Impérial. 

Pour horaire complet et informations :

www.cinemaniafilmfestival.com 

(1) Voir mon analyse sur terranovamagazine.ca

Novembre 2008

Notre univers impitoyable: exceptionnel et excellent

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

La lucidité féministe de Léa Fazer l’a amenée à scénariser et réaliser Notre monde impitoyable, une mise en évidence de la mentalité intransigeante qui confine les êtres à des stéréotypes les amenant à développer le côté le plus sale, le plus mesquin, le plus dégradant d’eux-mêmes. 

Margot et Victor forment un couple d’avocats dans un bureau où la transparence des murs n’amène pourtant personne à constater que Maître Loisel agonise seul dans sa cage de verre. La modernité esthétique de ce décor vitré, révélateur, où tout devient évident, où tous peuvent s’épier, rend d’autant plus contrastés, les cachotteries qui s’y passent, les jeux de pouvoir tacite mais non admis qui s’y déroulent. D’ailleurs, la conviction de Fazer est : «Toute personne qui a trop longtemps du pouvoir devient quelqu’un d’infernal». 

Qui de Margot ou Victor obtiendra la nomination que le décès de Loisel entraîne? Déjà par leur course dans l’escalier pour arriver avant le décideur en ascenseur, le jeune et beau couple d’amoureux laisse émaner la tristesse de leur situation. Alors Fazer entreprend un double scénario avec 7 bifurcations : elle montre le parcours différent selon que Margot obtient le poste et selon que Victor est nommé.  

Cette structure binaire fonctionnait dans Smoking/No Smoking d'Alain Resnais avec Pierre Arditi et Sabine Azéma et dans Sliding doors de Peter Hewitt avec Gwyneth Paltrow. Selon le sort le plus épanouissant, le plus valorisant, le plus éclatant, l’apparence se modifie; plus ça va bien, plus l’allure des femmes est époustouflante qu’il s’agisse de Juliette qui reste seule avec ses cheveux ébouriffés ou qui a un nouvel amoureux et une coiffure distinguée, qu’il s’agisse de Juliette qui ne sera plus que l’ombre d’elle-même quand Victor deviendra associé ou qui portera des vêtements élégants et sexy quand elle sera la femme d’affaires au succès mirobolant. Fazer disait : «quand c’est Margot qui a le poste on peut lui mettre de belles robes!» 

Grâce à un dialogue solide et puissant, étayé et subtil, grâce à une attention au moindre détail foudroyant, Fazer atteint une hyper efficacité qui confère un effet percutant à ses scènes significatives ainsi qu’en témoignent la justesse des travellings dans les couloirs des bureaux clairs et lumineux où augmente l’arrivisme des affairistes, où empire la détresse des exclus, et les gros plans des yeux qui ouvrent à mesure qu’ils se ferment sur les scrupules quand la moralité décline, du volant de robe si léger lors de relations lourdes de conséquences et de dégueulasseries.  

Ascension accélérée et chute douloureuse. Les scènes d’ascenseur sont toujours le symbole de l’exclusion et les deux fois où un personnage tombe au sol, c’est celui de Margot : la première fois c’est au début du déroulement où elle n’obtient pas le poste, la deuxième fois c’est à la fin du déroulement où elle a eu la promotion. Fatale, la chute de la femme commence ou termine son parcours. 

Dans une scène particulièrement douloureuse, Victor enjoint Margot, seule femme de la réunion dans le bureau, à servir le café; le neveu de Margot l’apercevant alors sera dorénavant persuadé que sa tante est une serveuse et la représentera ainsi dans ses dessins d’enfants. L’importance des chaussures est la base de répliques et de scènes : Margot reproche à sa sœur Juliette de porter des chaussures plates et de n’être pas attrayante, celle-ci lui rétorque qu’avec des talons Margot se fragilise, Margot court avec ses talons, trébuche et s’affale devant le patron. La godasse représente donc cet inconciliable qui ne concerne que les femmes : solidité repoussante ou précarité séduisante. Alice Taglioni qui joue Margot parlait de Léa Fazer : «Elle m’a expliqué que les talons ont été inventés pour entraver les femmes car elles ne peuvent courir avec! Elle est engagée et je la comprends. Il y a des femmes qui devront se battre toute leur vie pour gagner plus d’égalité». 

Le personnage de Juliette, sœur de Margot et trentenaire abandonnée avec ses enfants, devient la conscience fine qui fait le relais certes dans la construction du scénario mais qui aussi exprime ce savoir d’intelligence, de sensibilité et d’expérience qui l’amène à des constats et même à des prédictions. Victor s’il est nommé couchera avec sa secrétaire, Margot si elle nommée couchera avec le grand patron. Les sordides amours de bureaux se déroulent comme s’il s’agissait d’impondérables. (1) 

Dans cette absence de valeurs morales et affectives, le conflit travail/famille ressort ainsi que la discrimination faite aux femmes. Fazer a déclaré : «J’appartiens à cette catégorie de femmes qui revendiquent leur féminisme. Cela me fait même rire qu’une femme puisse ne pas l’être».  

Pour Jocelyn Quivrin, l’interprète de Victor : «Ce film prouve qu’on (…) est dans un monde où, à poste égal, les femmes gagnent moins et où il est plus difficile pour elles de s’imposer dans un travail équivalent. On peut se demander si aujourd’hui on n’est pas un peu obligé de sacrifier sa vie privée pour réussir sa vie professionnelle». 

Couple à l’écran et dans la vie, Alice Taglioni et Jocelyn Quivrin incarnent ce couple qu’une option ou l’autre assassine inexorablement. Thierry Lhermitte, qui a déjà tourné dans 109 films, interprète le beau patron dont l’assurance atteint la désinvolture. Pascale Arbillot assume le personnage de Juliette à la fois la plus sagace et la plus meurtrie dès le début de l’histoire, les autres personnages la rejoindront dans son discernement. Julie Ferrier, qui fait partie de la huitième génération d’acteurs du coté maternel, exprime le mélange de frivolité et de dépit qui caractérise Éléonore, le personnage nuancé de la secrétaire. Juliette et Éléonore, personnages féminins secondaires, verbalisent leurs perceptions et ont perdu leurs illusions sur leur statut dans l’univers impitoyable. 

Fazer a élaboré avec perspicacité sa démonstration de ce monde où les êtres auxquels il reste une part d’humanité, qu’elle soit conscience ou naïveté, sont les plus perdants. Si les femmes y sont d’abord sacrifiées, les hommes y succombent aussi puisque le film débute par le décès inaperçu de Loisel. Fazer ne propose pas de solutions, son film s’achève par l’éloignement du couple; les questions peuvent donc être posées : impossibilité de la conciliation? Relents inéluctables de la misogynie? Dans les aires ouvertes du monde du travail, est-il inévitable d’étouffer dans l’impasse? 

Notre univers impitoyable Scénario et réalisation : Léa Fazer. Interprétation : Alice Taglioni, Jocelyn Quivrin, Thierry Lhermitte, Pascale Arbillot, Scali Delpeyrat et Julie Ferrier France 2007 couleur 1h27min.  

Présenté lors du festival Cinémania dont toute la programmation se déroule au cinéma Impérial.

Pour horaire complet et informations :

www.cinemaniafilmfestival.com 

(1) L’influence des stéréotypes perdure et certains s’y accrochent. Au Québec il y a quelques années à peine, la beauté et l’autonomie d’une jeune professionnelle des médias ont amené un animateur de radio à faire preuve en ondes de violence verbale à son égard pendant 7 ans. L’affaire Chiasson-Filion a été relatée par Jean-Guy Noël dans le livre : Droit devant où il écrit que des hommes «voient avec une frustration croissante les femmes prendre de plus en plus de place dans la société. Ces jeunes femmes, leurs sœurs, leurs petites amies, leurs voisines avaient investi les universités, le marché du travail, souvent elles étaient plus performantes qu’eux, et ils se sentaient menacés.» p.92 

Du 13 au 23 novembre 2008

Le Festival Rencontres internationales du documentaire de Montréal vu par Lucie Poirier

Afghanistan Le choix des femmes: portrait de deux femmes

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Hadja Lahbib a réalisé Afghanistan Le choix des femmes dans l’évidence des contrastes. Les chants, suppliques de temps meilleurs, diffèrent de la Lambada qui retentit comme Habiba Sorabi et Aïcha Habibi incarnent des destins opposés. 

À Chaydans, les villageois accueillent la gouverneure qui inaugure l’électricité Habiba Sorabi est devenue en mars 2004 la 1e et seule gouverneure de ce pays «marqué par la guerre et la folie des hommes». Elle prévient une assemblée d’hommes «je ne tolérerai aucune discrimination envers les femmes».  

Ainsi que le remarque la réalisatrice, là-bas, «les femmes n’ont d’autres choix que s’effacer ou s’imposer par la force». Donc, Aïcha Habibi a choisi de prendre les armes en 1980 après l’invasion russe. Depuis 30 ans, l’Afghanistan est ravagé; la résistance aux Talibans a succédé à la nécessité de repousser les Russes. 

Aïcha, la commandante Kaftar, est devenue une telle légende (ou une réalité si déconcertante) que certains croient qu’elle n’existe pas. Hadja l’a suivie parmi les 2 500 personnes qui dépendent d’elle. À 14 ans, pour la première fois, elle a pris son fusil à 11 coups. «Que Dieu ne me prenne pas pour ça, j’ai bien tué 40 à 50 personnes». 

Le pouvoir de ces deux femmes s’affirme par la démocratie (la bureaucratie) ou l’armement (l’autocratie). 

Habiba refuse un plan de la ville où les infirmes seraient isolés et va visiter les éclopés troglodytes qu’elle tolère bien qu’ils vivent dans un site archéologique puisque ces réfugiés n’ont d’autres endroits où habiter. Elle explique à des parents le tort qu’il y a à promettre sa fille de 3 ans à un mari. Les problèmes domiciliaires sont fréquents où qu’on soit, Aïcha, la commandante Kaftar, elle, doit régler un litige relatif à un mur mitoyen qui concernent deux habitants de la vallée. Après sa décision tous font une prière de bonne fin. «Elle peut être injuste elle n’est jamais contestée». 

Les longs panoramiques nous montrent un pays toujours ensoleillé malgré la proximité des montagnes enneigées, des paysages, des rues, où attendent des enfants, traînent des chèvres et espère un peuple à 80% analphabète ce qui rend perdues les causes présentées à l’administration ainsi qu’on peut le constater avec Amina : voilée, ne regardant que d’un œil, Amina, la mère de Bouman, est renvoyée quand elle se démène pour sa fille condamnée à 3 ans de prison. 

Le problème de l’eau potable qu’il faut aller chercher a été filmé en Haïti et à Sarajevo; avec sa caméra Hadja suit une famille de la rivière à leur maison dans la vallée avec leurs bidons d’eau alors qu’Aïcha tente de comprendre une femme muette battue jusqu’au sang par son propre fils. 

La commandante a perdu 2 fils au combat, la gouverneure voit ses 2 fils une fois par mois, ils sont avec leur père, loin d’elle, à cause de son travail. 

Aïcha ne gouverne qu’entourée d’hommes, aucune femme ne participe aux conseils qu’elle tient avec «les barbes grises», les «sages», lorsque se discutent les décisions dont celles d’accepter l’invitation d’Habiba qui veut la voir à la ville. 

À Kaboul, Aïcha rencontre Habiba. Chacune exprime que les gens viennent à elles pour qu’elles règlent leurs problèmes, la gouverneure dit se référer à la loi, la commandante rend son verdict après avoir écouté les 2 parties. Les choses se gâtent quand Yunus Qanuni, Président du parlement répond aux demandes d’Aïcha pour une école, une clinique et une route en disant qu’il faut faire les réclamations aux députés. La commandante lui rétorque qu’ils sont corrompus, que depuis leur élection ils n’ont jamais rien fait pour les gens de Sajjan. Le Président est très occupé, il se lève et les enjoint de sortir. 

Selon la réalisatrice, Aïcha et ses hommes vivent dans le passé toujours mus par leur vénération de Massoud, chef de guerre, père spirituel, qui aurait pu les mener vers la paix mais qui fut tué en septembre 2001. 

Un homme s’allonge devant l’auto de la gouverneure qui lui reproche son geste; il lui remet un document avec les empreintes des gens concernés par sa demande, un problème de ruisseau, Habiba lui dit de déposer une plainte au district. 

Le titre Afghanistan le choix des femmes porte à confusion car le documentaire présente 2 femmes, deux femmes qui se distinguent des autres généralement cachées, ignorées ou maltraitées. Le film est aussi diffusé sous le titre Le temps des femmes. De plus, reste toujours posée la question de la sincérité quand on sait qu’une caméra filme. Habiba et Aïcha  auraient-elle la patience d’écouter des revendications? Habiba a-t-elle été placée à son poste parce qu’elle ne dérangera rien tout en satisfaisant l’image? Aïcha est-elle tolérée parce que du fond de sa vallée lointaine elle est sans influence? La réalisatrice a terminé son documentaire grâce à des prêts financiers de ses proches et elle a elle-même produit les sous-titres de son film. 

Qui prendra le pouvoir, les Moudjahiddines, les Américains, les Talibans? Une chose est certaine, ce ne sera pas comme en Islande où pour la 1e fois de l’Histoire en 1980 une femme, une mère célibataire, était devenue la première présidente élue démocratiquement à la tête d’un pays européen. Par après, Madame Vigdis Finnbogadottir (Présidente, de ce pays sans armée, de 1980 à 1996) a voulu organiser une soupe populaire pour les démunis et a constaté que personne n’en avait besoin. 

En Afghanistan, non, ce ne sera pas une mère, encore moins une coalition de mères qui se retrouvera au pouvoir, elles, elles sont recluses, ne circulent que voilées, et surtout, elles pleurent leurs morts.  

Documentaire présenté lors des RIDM :  

Afghanistan Le choix des femmes. Réalisation, recherche et textes : Hadja Lahbib. Belgique Les Films de la Passerelle, RTBF, CBC, SRC, 2007, 52 min. 

Les 11es RIDM se déroulent à plusieurs endroits : 

La Cinémathèque québécoise 335 de Maisonneuve est

Le cinéma ONF 1564 Saint-Denis

Le cœur des sciences de l’UQAM 200 Sherbrooke Ouest

La Grande Bibliothèque 475 Maisonneuve est

Le Cinéma du Parc 3575 du Parc

L’Université Concordia 1455 Maisonneuve Ouest

Le Musée de la Civilisation dans la ville de Québec 

Pour informations :

www.ridm.qc.ca 

Du 13 au 23 novembre 2008

Le Festival Rencontres internationales du documentaire de Montréal vu par Lucie Poirier

Le magicien de Kaboul: vivre pour aider les gens

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Des gens veulent donner un sens à leur vie, le Japonais Haruhiro Shiratori veut donner un sens à la mort de son fils Atsushi qui travaillait au 104e étage d’une des tours du World Trade Center le 11 septembre 2001. «Pour éviter qu’il y ait d’autres victimes, je me suis demandé ce que je pouvais faire; désormais, je vis pour aider les gens. Faire disparaître le terrorisme, la guerre, ça ne se fait pas d’un coup comme par magie.» 

Son action pour contrer la violence fanatique l’amène en Afghanistan parce que «les enfants dans les reportages pourraient devenir des Ben Laden. Le mur des langues existe partout. J’ai appris la magie pour lier les cœurs. Les enfants sont en colère. Il faut leur enseigner une perspective globale.» 

La démarche persistante d’Haruhiro Shiratori a été filmée pendant plusieurs années par Philippe Baylaucq, réalisateur du documentaire Le magicien de Kaboul et président de la 11e édition des RIDM. Baylaucq a élaboré un hommage aux enfants car, quelque soit le contexte, le lieu, d’abord, pendant et à la fin de chaque reportage, les enfants sont filmés. Baylaucq accompagne Shiratori en Amérique, en Afghanistan et au Japon et cadre surtout les visages transformés des fillettes et garçons souriants qui regardent les tours de magie qu’accomplit Shiratori.  

Depuis 2003, ce restaurateur affligé va dans les ruines de Kaboul montrer les tours qu’il n’a appris que récemment afin d’entrer en contact avec les enfants certes mais aussi avec les adultes pour tenter de changer les réticences, les obsessions. Il prend le foulard d’une Afghane et l’utilise pour faire apparaître une fleur. 

Aussi, après des années de démarches, il a obtenu un terrain pour un parc commémoratif. L’architecte Kishô Kurokawa conçoit un centre multifonctions avec auditorium, clinique, bibliothèque, résidence et Shiratori se démène à faire des levées de fonds. 

Le documentaire est aussi l’histoire de plusieurs relations; celle d’un père et de son fils car, malgré le décès, le lien est maintenu dans le souvenir des rapports, qui comme toutes les relations, n’étaient pas toujours parfaits entre Harukoro et Atsushi, et dans le quotidien quand le père porte les vêtements de son fils unique disparu. 

Une relation s’est aussi développée entre Haruhiro Shiratori et un jeune Afghan, Ihsanullah, filmé de l’âge de 9 ans, quand il doit être opéré pour que soient retirés de sa jambe des débris de bombe, jusqu’à l’âge de 12 ans, quand il fait du commerce.  

Haruhiro Shiratori multiplie les démarches pour que soient plantés 911 cerisiers Sakura en Afghanistan. Il sait les ravages de la guerre car elle a encadré sa vie; en effet, il avait 4 ans quand, pour la 1e fois, il vit les dommages causés par les bombardements de Tokyo en 1945. Baylaucq insère des images d’archives en noir et blanc. Là encore, c’est d’abord avec une image d’enfant que le rappel est fait. 

Grâce au montage raffiné, des images d’enfants de plusieurs pays se succèdent dans la continuité des propos de Haruhiro Shiratori qui s’adressent à eux pour leur parler de son fils, de la guerre en 1945, de la situation actuelle en Afghanistan. À travers le monde, c’est le même idéal pacifiste qu’il partage. 

Mais, l’architecte Kurokawa qui déclarait : «L’hégémonie ne peut apporter la paix. On a besoin de symbiose» reproche à Haruhiro Shiratori de ne pas avancer assez rapidement avec le projet de construction du centre multifonctions dans la région la plus désolée de Kaboul. 

Les Afghans eux reprochent à Haruhiro Shiratori de vouloir construire le centre là où des martyrs sont morts ou ont été enterrés, donc de ne pas les respecter. 

Haruhiro Shiratori voudrait que la communication soit faite avec le cœur car les gens pourraient détruire les constructions. À la fin du film, son visage reflète l’accablement, il semble porter un poids toujours plus lourd sur ses épaules, lui qui a fait sourire tellement d’enfants ne sourit plus. 

Haruhiro Shiratori s’épuise-t-il en vain? Doit-on œuvrer auprès de gens qui critiquent l’aide? Est-ce qu’on doit se faire mourir à vivre pour aider les gens? Alors qu’à travers le monde on constate de plus en plus le détournement de denrées envoyées dans un but humanitaire, alors que des gens qui font des dons sont blâmés d’être devant leur poste de télé, alors que de plus en plus de travailleurs humanitaires sont kidnappés, «Aider le peuple afghan, rêve ou réalité?» devient la question à poser et le titre du débat qui suivra la projection du documentaire le lundi 17 novembre à 19h30 au Cinéma ONF. 

Documentaire présenté lors des RIDM :

Le magicien de Kaboul Recherche, scénario et réalisation Philippe Baylaucq Montage Dominique Sicotte Image Philippe Lavalette, Philippe Baylaucq et Dominic Morissette

Production d’InformAction et Office nationale du film

2008 anglais, dari et japonais avec sous-titres français. 81 min. 

Projections le vendredi 14 novembre à 18h45 à la cinémathèque

et le lundi 17 novembre à 19h30 suivie d’un débat au cinéma ONF. 

Les 11es RIDM se déroulent à plusieurs endroits : 

La Cinémathèque québécoise 335 de Maisonneuve est

Le cinéma ONF 1564 Saint-Denis

Le cœur des sciences de l’UQAM 200 Sherbrooke Ouest

La Grande Bibliothèque 475 Maisonneuve est

Le Cinéma du Parc 3575 du Parc

L’Université Concordia 1455 Maisonneuve Ouest

Le Musée de la Civilisation dans la ville de Québec 

Pour informations :

www.ridm.qc.ca 

Du 13 au 23 novembre 2008

Le Festival Rencontres internationales du documentaire de Montréal vu par Lucie Poirier

RIDM : L’importance de savoir

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Du 13 au 23 novembre se déroulera la 11e édition des RIDM, Rencontres internationales du documentaire de Montréal, permettant des entretiens avec des cinéastes d’ici et de partout dans le monde pour nous informer de réalités déterminantes bien que parfois sous-jacentes et non-officielles.

Depuis longtemps, l’absence des femmes dans les médias est remarquée; les RIDM consacrent le programme Femmes et cinéma à l’apport rare et important de réalisatrices qui ont innové en passant derrière la caméra. Des œuvres d’Agnès Varda, Coline Serreau, Sylvie Groulx, Francine Allaire et Dorthy Hénaut seront projetées. En écho au documentaire Mais qu’est-ce qu’elles veulent de Coline Serreau qui avait interviewé des travailleuses à la chaîne et leur patron méprisant, un atelier intitulé Femmes et cinéma : Mais qu’est-ce qu’elles veulent encore? permettra de questionner les conditions de travail et de création des réalisatrices.

C’est d’ailleurs un film de femme No London Today de la réalisatrice française Delphine Deloget qui ouvrira le festival en première nord-américaine et en présence de la cinéaste; elle a côtoyé des immigrants illégaux attendant à Calais la possibilité d’aller en Angleterre.

De plus, toujours pour développer le sujet de la place des femmes non seulement dans le milieu cinématographique mais pour témoigner de leurs conditions de vie, le documentaire Afghanistan le choix des femmes de la réalisatrice Hadja Lahbib sera projeté en présence de la cinéaste. Elle s’est rendue là-bas plus d’une dizaine de fois et a même appris le persan afghan pour filmer le parcours de deux femmes. la gouverneure de Bâmyân, Habiba Sorabi et Aicha Habibi, appelée la «commandante Kaftar». Quant au film Stone Silence de Krzysztof Kopczynski  rappelle la lapidation d’une Afghane.

Aussi, on rendra hommage à Roberto Rossellini, grand cinéaste italien, dont le dernier film Le Centre Georges Pompidou sera projeté. Jacques Grandclaude, réalisateur de deux films consacrés à Rossellini et Viva Paci spécialiste du cinéaste à l’Université de Montréal seront  présents lors de la projection

Parmi les œuvres des cinéastes d’ici seront présentées  Une mort insensée de Raymonde Provencher, Hier encore, je t’espérais toujours de Catherine Veaux-Logeat, Martha qui vient du froid de Marquise Lepage Vols de bébé, vols de vie de de Peter Svatek Le magicien de Kaboul de Philippe Baylaucq Tiger Spirit de Min Sook Lee et L’Encerclement de Richard Brouillette.

La 3e édition du volet ÉcoCaméra en collaboration avec le Cœur des sciences et l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM regroupera des documentaires de cinéastes québécois pour aborder entre autres,  la question des algues bleues, et de réalisateurs internationaux pour traiter de la médecine à deux vitesses, pour présenter les communautés aux prises avec des problèmes d’eau, pour constater les conséquences tragiques de la surpêche en Afrique.

Dans la section Rubans Canards, le public découvrira des documentaires formellement atypiques ou inusités par leurs sujets. On voyagera alors de la Palestine, avec son hip-hop, à Cuba, avec son Social Club Buena Vista, et on verra Elvis, Marylin et Superman sur le Hollywwod Boulevard, sans oublier Roubaix avec son commissariat central pour résoudre une affaire de meurtre.

Il importe de mentionner qu’une vingtaine de premières œuvres seront projetées à travers les quatre sections de la programmation.

En plus des projections de films, se tiendront deux tables rondes. Le 17 novembre sous le titre La liberté d’expression en garde à vue des avocats et des documentaristes discuteront le matin alors que l’après-midi sera consacré à l’exploration des possibilités documentaires hors du Québec et du Canada.

Le 18 novembre auront lieu des ateliers dont : Quand le Web s’empare du documentaire et Les droits d’auteur et la gestion de risques ou comment se protéger contre les poursuites judiciaires à l’ère de YouTube.

RIDM offre des occasions inestimables de découvertes et de connaissances ainsi que des possibilités prévilégiées d’entretiens et de discussions.

Les 11es RiDM se dérouleront à plusieurs endroits :

La Cinémathèque québécoise 335 de Maisonneuve est
Le cinéma ONF 1564 Saint-Denis
Le cœur des sciences de l’UQAM 200 Sherbrooke Ouest
La Grande Bibliothèque 475 Maisonneuve est
Le Cinéma du Parc 3575 du Parc
L’Université Concordia 1455 Maisonneuve Ouest
Le Musée de la Civilisation dans la ville de Québec

Pour informations :
www.ridm.qc.ca

Octobre 2008

Festival du Nouveau Cinéma vu par Lucie Poirier

Palermo Shooting de Wim Wenders

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

« C’est un film sur la seule chose que tous les hommes et toutes les femmes ont en commun mais je ne vais pas en dire plus. J’avais 63 ans quand j’ai fait ce film » déclarait Wim Wenders dans un français impressionnant et apprécié alors qu’il présentait son plus récent film Palermo Shooting lors de la première montréalaise pendant le Festival du Nouveau Cinéma à Montréal.

Dans ses films, Wenders a toujours entretenu un rapport au réel dans une réflexion sociologique et philosophique que le fantastique traverse avec une déterminante influence. Avec Palermo Shooting, il développe une sémiologie à partir de la dichotomie vie/mort qu’il actualise par des images de grossesse et de squelettes.

Il suscite un questionnement : Qu’est-ce que le réel? Le modifier, le transformer le rend-il moins inéluctable? Quand le cauchemar est-il éveillé, endormi? Qu’est-ce qui différencie l’imagination de l’illusion?

Pour Palermo Shooting, il a créé un personnage, Finn, qui a réussi dans la photographie, qui voyage en avion privé, se remet de ses ivresses dans des hôtels de luxe mais a peur de l’eau et de son sommeil qui le confronte à des rêves pénibles.

Campino, dont c’est le premier film, incarne Finn dans un jeu nuancé et entier. Par son interprétation, il confère une humanité à un personnage dont l’existence est superficielle, facile jusqu’à ce que des angoisses l’affectent.

Wenders a construit ses images avec un soin graphique, il cadre à droite le cube d’un immeuble et à gauche la sphère de la lune quand Finn se déplace en auto avant de risquer un accident, avec une évidence poétique, il a placé Finn et la photographe italienne en les transformant en ombres alors qu’un arc-en-ciel est entre eux.

Il a aussi emprunté les montres molles de Dali et les escaliers d’Escher. Il a personnifié la mort avec un personnage blanc et il a vêtu Finn d’habits toujours noirs. Il a aussi joué sur la polysémie du mot « shooting » quand Finn reproche à la Mort de l’avoir tiré avec une flèche, la Mort lui rétorque qu’il l’a tirée avec son appareil-photos. D’ailleurs, cette photo que Finn a prise de la Mort lui a sauvé la vie lorsqu’il a failli avoir un accident d’auto.

Wenders a poussé l’humour jusqu’à introduire des moutons avec Finn qui a des problèmes de sommeil mais il a, ainsi qu’il nous a habitué, immiscé des phrases qui nous habitent longtemps telles que : « Do you beleive in things you can’t see? », « You loose the essence. The fear of life is the fear of death. You didn’t honor your life ».

En accord avec le romantisme teinté de sensualité qui revient dans sa filmographie, il ajoute : « It’s good to share the night with you ». Et rappelant Damiel, l’ange du film Les Ailes du désir, la Mort déclare : « Show me the people ».

Wim Wenders est amoureux des êtres, de la vie. Après la projection, il déclarait : « Je suis un peu comme Finn, quand la mort appelle, il dit : Il y a encore trop de choses à faire. Finn va vivre sa vie d’une autre manière après sa rencontre avec la Mort. On ne parle pas assez de la mort. On peut tuer dans les films mais on ne parle pas de la mort. C’est le plus grand tabou. On ne vit plus au présent parce qu’on a trop de projets. Se rendre compte de notre mortalité pourrait nous aider à vivre. »

Comme il avait convié les Anges, il a convoqué la Mort pour, une fois de plus, célébrer une ode à l’Amour, un hymne à la Vie.

Palermo Shooting Réal Wim Wenders  Scén. Wim Wenders . Int. Campino, Giovanna Mezzogiorno, Dennis Hopper. Allemagne vo.o allemande avec sous-titres anglais. 2008 Couleurs 2h 4 min.

La 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma du 8 au 19 octobre 2008
Info-festival 1 866 844 2172  ou  le 514 844 2172
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Octobre 2008

Festival du Nouveau Cinéma vu par Lucie Poirier

Filth and Wisdom : la tendresse de Madonna

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

« Feeling good is just as contagious as feeling bad » conclut A.K. et il y a de quoi se sentir bien grâce au 1er film de Madonna qui a su amalgamer tendresse et humour, idéal et pragmatisme, affection et extravagance à travers des personnages qu’elle accompagne avec empathie et bienveillance.

Jamais elle ne présente ses personnages avec un humour cruel, dérisoire ou péremptoire; au contraire, elle a pour chacun un destin joyeux aussi intime qu’exubérant.

Madonna n’a jamais caché les années de misère qu’elle a traversées avant de connaître une gloire méritée par son travail constant. Ses plus récentes prestations sur scène témoignent de son dynamisme exceptionnel, son dévouement pour le peuple africain exprime sa conscience sociale, ses livres pour enfants révèle sa préoccupation de l’épanouissement des jeunes, sa mise en scène de la femme voilée et encagée qu’elle libère dans son spectacle montre sa conviction féministe.

Il n’est donc pas étonnant que toutes ces facettes qui la caractérisent se retrouvent dans sa 1e réalisation. À Londres, dans un édifice à appartements, A.K., un chanteur ukrainien, gagne sa vie en battant ses clients masochistes, travail qu’il prend très au sérieux tout comme Holly, ballerine qui se résigne à apprendre les rudiments du strip-tease et Juliet qui subtilise des médicaments dans la pharmacie où elle travaille parce qu’elle rêve de soigner des enfants sidéens africains avec aid4africa. Autour d’eux gravitent un poète devenu aveugle, un époux qui apprécie les séances de soumission, une épouse excédée et toujours amoureuse de son mari, le patron de Juliet qui fantasme sur sa jeune employée, une autre épouse déterminée à continuer son mariage. Ouf! Tout ce monde s’entraidera et contribuera à la nécessaire réalisation des rêves ardemment entretenus.

Madonna a filmé A.K. et ses efforts pour promouvoir son C.D. avec une grande compréhension de la persévérance indispensable à celles et ceux qui font des démarches pour obtenir une reconnaissance dans le monde artistique et qui sont humiliés à chaque tentative.

Pendant O Solitude de Purcell, elle a montré les larmes de l’écrivain aveugle qui embrasse les livres. Aussi, elle a superposé les images du père battant son fils, du chanteur sur scène et du chanteur dans son travail de prostitué qui frappe des hommes. De plus, elle a actualisé la réconciliation des couples en péril.

Elle a immiscé des répliques qui rares qui disent, mieux que de nombreux pamphlets sur la prostitution,  la détresse des êtres qu’elle concerne « The problem when you have a cash-box with your body is eventually you fill empty even when you’re full ».

Elle a varié la bande sonore, deux chansons viennent de son répertoire Erotica et Secret Garden mais toutes les autres permettent d’apprécier des musiques peu fréquemment entendues dont celles de Gogol Bordello, groupe gypsy punk new yorkais et les compositions de l'acteur principal, Eugène Hutz.
Elle a rendu hommage aux arts certes mais aussi aux artistes, aux travailleurs humanitaires et aux humanistes car elle a filmé une affiche dans une scène du film sur laquelle est écrit : « War torn families ».

Il n’y a pas plus de scène de nudité que dans son vidéo Justify my love qui avait quand même fait scandale à l’époque.

Madonna a réalisé un film qui lui ressemble, le film d’une femme qui est mère, artiste et consciente que la sexualité fascine tout le monde, une femme qui reste une grande romantique puisqu’elle finit son film par un baiser d’amour.

Filth and Wisdom  Réal. Madonna  Scén. Madonna et Dan Cadan. Int. Eugene Hutz Holly Weston, Vicky McClure et Richard E. Grant.  Royaume-Uni 2007  vo.anglaise Couleurs 81 min.

La 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma du 8 au 19 octobre 2008
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Octobre 2008

Festival du Nouveau Cinéma vu par Lucie Poirier

Chelsea on the rocks: hommage aux artistes

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

C’est un lieu. C’est un mythe. C’est un lieu mythique. C’est un musée, un souk, une mecque, un château hanté. Un vestige, un témoin. Un souvenir. Le Chesea Hotel de New-York, construit en 1883, a 11 étages, 250 chambres et tout un passé.

Il a été contrôlé par Stanley Bard à partir de 1940 qui lui a assuré sa vocation artistique. Il est devenu le refuge de la bohème et des hyppies qui y ont laissé leurs œuvres. Les murs sont couverts de toiles de Chagal, Robert Lamber et autres.

Abel Ferrara a choisi l’aspect anecdotique d’où filtre l’importance artistique. Donc, il demande à des acteurs de jouer Sid et Nancy dans la chambre 100. Bien qu’à l’époque, Sid fut inculpé, dans la version de Ferrara, la belle Nancy aurait été éventrée par Steve, un voleur et vendeur de drogues.

Il a aussi demandé à une actrice d’incarner Janis Joplin et il a intercalé des scènes d’époque tournées avec la vraie Janis. Des gens disent qu’elle était alcoolique, que la célébrité l’a tuée. Ce qui n’est pas mentionné, c’est qu’elle avait déjà une vie tragique : alors qu’elle était adolescente, elle avait été élue «l’homme le plus laid».

Ce qui n’est pas non plus mentionné dans le film c’est que Leonard Cohen a écrit une chanson Chelsea Hotel no.2 «for an American singer who died a while ago. She used to stay at the Chelsea too». Dans cette chanson, il déclare qu’elle lui aurait dit en parlant d’elle et de lui : «we are ugly but we have the music».

Plusieurs sont morts dans cet hôtel, de mort naturelle, de meurtre, de suicide, et … de noyade. Le cinéaste Milos Forman raconte qu’une dame âgée faisait  cuire son repas et s’était endormie. La fumée par la fenêtre a amené les pompiers qui ont arrosé l’appartement et la vieille dame est morte noyée.

Stanley Bard permettait à des artistes d’habiter en payant tardivement leur loyer (Harry Smith avait 30,000$ de loyer impayé), en donnant des tableaux. Il avait la conviction d’être au service des artistes.

Gaby Hoffman y a grandi avec sa mère Viva, une égérie de Warhol. Marilyn Monroe y a rejoint Arthur Miller. Harry Smith ne prenait son courrier qu’une fois par mois et le jetait à la poubelle aussitôt. Dylan Thomas y a vécu ainsi que Tennessee Williams, Grace Jones, Arthur C. Clark, René Ricard, Robert Crumb, Delta Dos, David Combs, Gregorio Corso.

Lors du tournage, des artistes y vivaient encore. Ils ont la particularité d’accumuler des fatras, tout est embourbé. Une artiste n’a de la place que pour une assiette sur sa table, le reste est occupé par des objets hétéroclites. Un artiste parle entouré de colonnes constituées de piles de disques.

Dans les corridors, des gens circulaient nus,  baisaient et des fantômes erraient.

Mais, comme le dit l’un d’eux, bientôt seul Tom Cruise pourra s’y payer une chambre. En effet, les nouveaux membres du conseil d’administration, fils des précédents, considèrent la gestion selon l’argument financier et non avec les idéaux artistiques de Stanley Bard.

Les administrateurs veulent faire un bar sur le toit, ils chargent, non plus au mois mais à la nuit, entre 225 et 900$.

Ethan Hawke y était lors du tournage. Il interprète sa composition Chelsea Lullaby en s’accompagnant au piano.

15 personnes y habitaient régulièrement, dont l’une depuis 30 ans. À la fin du film, on annonce qu’ils ont tous été expulsés.

Chelsea on the rocks Réal. Abel Ferrara. Sc. Christ Zoist Int. Stanley Bard, Milos Forman, Ethan Hawke. Etats-Unis.2007. v.o. ang. S-t. franç. 82 min.

La 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma du 8 au 19 octobre 2008
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Octobre 2008

Festival du Nouveau Cinéma vu par Lucie Poirier

Delta : l’amour interdit dans la beauté

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Un frère et une sœur qui ne se sont jamais connus se découvrent, s’apprécient, s’entraident et s’aiment à travers la construction de leur maison dans un delta aux abords du Danube.

Kornél Mundruczo a installé un rythme lent qui rend hommage aux sentiments, aux êtres, aux paysages. Ses procédés sont variés avec des plans d’ensemble et des gros plans qui contrastent, des travellings et des panoramas. Ses cadrages inattendus découpant ses sujets accentuent l’importance qu’il accorde aux personnages.

Dans une rareté et une brièveté de dialogues, les regards sont prolixes; ils expriment les jugements impitoyables, les intentions dangereuses, les espoirs amoureux.

Kornél Mundruczo a refusé de revendiquer ou d’expliquer la légitimité de la relation entre la sœur et le frère.

Il a filmé le frère de dos alors que la sœur se place devant lui. Ils se séparent, se rapprochent, on voit leurs pieds, ceux de la sœur se hissent. On déduit qu’ils s’embrassent. Alors que les réalisateurs habituellement n’hésitent pas à cumuler les scènes d’exhibitionnisme, une telle discrétion est originale, émouvante, impressionnante.

Pendant le violon de Death and the Maiden de Schubert, Kornél Mundruczo a cadré l’eau la nuit pendant longtemps. Puis les corps endormis des deux jeunes, scène  qu’il a fait suivre d’un long panoramique de l’eau du delta à l’aube.

Il a réalisé un poème sur la bonté, la simplicité, la nature.

Cet amour auquel le film Lone Star s’était aussi intéressé, attise la véhémence et la méchanceté. Naïf et généreux, l’heureux couple invite famille et villageois à une fête. Déjà, le beau-père avait violé la sœur dans une scène sans complaisance, filmée de très loin, pendant le repas où tous se bâfrent et se saoulent, la vindicte populaire est perpétrée.

Symbole du sauvetage qui n’a pas abouti quand le frère s’est approché des 4 garçons qui malmenaient sa sœur, au matin, sa veste de flottaison dérive.

 

Grand Prix de la FIPRESCI à Cannes

Delta  Réal.Kornél Mundruczo  Scén. Yvette Biro Kornél Mundruczo. Int. Félix Lajko, Orsi Toth , Lili Monori Hongrie Allemangen vo.o hongroise avec sous-titres français.2008 Couleurs 100 min.

La 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma du 8 au 19 octobre 2008
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Octobre 2008

Festival du Nouveau Cinéma vu par Lucie Poirier

Estômago: le salut par la nourriture

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Raimundo Nonnato est né parce que sa mère qui agonisait pendant l’accouchement a eu le ventre ouvert par le couteau d’un médecin qui en a sorti le bébé. Adulte, arrivant dans un petit bled du Brésil, réduit en esclavage par un restaurateur, il développe des talents de cuisinier qui le mèneront dans un restaurant plus prestigieux que dirige Giovanni et à rencontrer Iria, une prostituée gourmande.

Raimundo s’est trouvé une place, l’occasion d’exceller et des possibilités de changer sa vie pour le mieux.

Toutefois, on découvre rapidement qu’il y a eu un dérapage grave car dès le début, parallèlement, Marcos Jorge immisce une deuxième trame narrative alors que Raimundo est en prison où, là encore, il améliore son sort grâce à sa cuisine.

La nourriture est toujours présentée dans des scènes lyriques avec une musique douce chantée par une voix de femme. Les préparations de Raimundo sont détaillées jusqu’à ressembler à un cours de cuisine.

Naïf et pathétique Raimundo évolue avec candeur vers une débrouillardise étonnante. Les deux intrigues développées par Jorge se résolvent simultanément et s’expliquent l’une par l’autre.

Le scénario de Fabrizio Donvito et Marcos Jorge a su réussir la recette inusitée d’un mélange de suspense, de romance avec une pincée de sexe et beaucoup de mets, des plus banals aux plus raffinés.

Prix au Festival de Rio de Janeiro pour meilleur film, réalisateur et acteur.

 

Estomago : réal. Marcos Jorge Scén. Fabrizio Donvito ùinterp. Joâo Miguel Fabieula Nascimento Babu Santana vo. Portugaise avec sous-titres français. 2007 Couleurs 100 min.

La 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma du 8 au 19 octobre 2008
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Octobre 2008

Festival du Nouveau Cinéma vu par Lucie Poirier

Blind Loves : l’amour magnifique

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Ce documentaire réconcilie avec la vie en exprimant le goût de vivre, l’envie de continuer malgré les vicissitudes, les peurs, les obstacles.

Notre société sous le règne de l’apparence entretient l’exhibitionnisme et la célébrité comme des idéaux obligatoires. Mais il est possible d’exister, d’être heureux et même de rayonner en dehors de ces critères, il existe une vie à part le travail l’ambition, l’argent et le pouvoir, les participants du créatif documentaire Blind Loves de Juraj Lehotsky le prouvent; ils sont tous aveugles et pour tous l’amour est une réalité à laquelle ils ne renoncent pas.

Miro, aveugle, gitan, Noir, aime Monique. Il lui enregistre des messages qui sont de véritables poèmes exprimant sa sensibilité à travers une originalité accessible : «Tu dois être divine. Je vais me battre pour toi». Il le devra en effet car la famille de Monique et l’entourage du couple n’approuvent pas leur relation. L’amour triomphe et Monique est enceinte.

On rencontre Elena dont le conjoint Laco est lui aussi aveugle. Elle est enceinte et redoute : «J’ai peur qu’ils veuillent me l’enlever en me convainquant qu’elle sera mieux avec une famille normale».

Peter, professeur de musique dans une école pour aveugles, joue du clavier, vit avec sa conjointe, elle aussi aveugle et qui lui tricote des chandails. Une phrase à la télé les intrigue. Juraj Lehotsky enclenche alors une scène créative dans laquelle le couple se retrouve sous la mer.

Une jeune ado, Zuzana a un correspondant sur le Net et une amie qui vernit ses ongles et l’accompagne en la tenant par la main. Zuzana craint de faire savoir sa cécité à son correspondant. À la piscine, son amie lui dit qu’il y a de beaux garçons, quand Zuzana demande s’ils les regardent, l’amie répond «Oh! Toi oui, non sûrement pas moi». Elle suggère toute la ségrégation dont sont capable ceux qui voient.

On revoit Elena avec sa fille de 7 ans qui patine près de ses parents sur la glace.

La réussite d’une vie ne signifie pas obligatoirement le fait de constater que sa photo parait sur Internet quand on est saoule et à moitié nue. Selon d’autres critères, d’autres valeurs, d’autres idéaux, le bonheur est possible, il est une urgence, pour tous. Juraj Lehotsky l’a prouvé.

Blind Loves  Réal. Juraj Lehotsky Slovaque avec sous titres français. Scén. Juraj Lehotsky et Marek Lescak Participants : Iveta Koprodva, Peter Kolesar Miro Daniel 2008 couleurs, 77 min.

 

La 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma du 8 au 19 octobre 2008
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Octobre 2008

Festival du Nouveau Cinéma vu par Lucie Poirier

Tokyo Sonata : chômage et machisme

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Des plus remarqués à Cannes, le film Tokyo Sonata du réalisateur Kiyoshi Kurosawa nous présente le drame d’une famille dans le Japon contemporain de la rentabilité à outrance et du machisme qui perdure. Kurosawa a développé une narration filmique sobre, concentrée, précise, à peine deux flash-back.

D’abord, le vent bouleverse revues, rideaux, journaux, la mère ouvre la fenêtre sur la tempête.

«3 chinois pour le prix d’un japonais», ce tarif salarial amène l’employeur à renvoyer Sasaki le directeur administratif. Le lendemain, sans avoir communiqué sa situation à sa famille, il part le matin avec son complet-cravate.

Kenji, le fils cadet, va à l’école et Takashi, l’aîné, mène une vie erratique. Sasaki refuse que Kenji apprenne le piano. La mère vient d’obtenir son permis de conduire. Parmi les indigents à la distribution de riz gratuit, plus hommes en complet-cravate attendent. Sasaki y rencontre Kurozu, un autre chômeur qui programme son cellulaire pour qu’il sonne 5 fois par heure, ce lui permet de faire croire qu’il est toujours un homme d’affaires.

Kenji utilise l’argent de la cantine pour des cours de piano. Ses conversations avec sa professeure reflètent sa grande maturité. Il a un exceptionnel talent pour le piano. La mère magazine un nouveau véhicule et voit son mari à la distribution de riz. Takashi entre dans l’armée américaine. En effet, les États-Unis recrute des soldats en dehors de leur territoire pour poursuivre leur invasion au Moyen-Orient. Kurozu et son épouse  se sont suicidés. Sasaki accepte un emploi de nettoyeur dans un centre commercial. Les bureaucrates, qui travaillent aussi au nettoyage, se changent dans le corridor. Il importe à ces hommes de continuer à faire croire qu’ils ont leur précédent emploi. Découvrant les leçons de piano de Kenji, le père lui reproche d’être un lâche et de n’avoir pas dit la vérité; il se place lui-même dans une position de contradiction entre ce qu’il recommande et ce qu’il fait. La mère laisse le père battre son fils Kenji; le père et la mère tiennent à l’autorité du père.

Kenji doit être hospitalisé suite à la violence de son père. À la télé on annonce que 138 soldats japonais de l’armée américaine vont à la guerre. Kenji sort de l’hôpital. Takashi revient taciturne ne disant que «I killed too many people». Tout se précipite la mère est kidnappée par un voleur, Kenji aide un enfant battu qui fuyait son père qui hélas le rattrape. 

«How can I start over?» se demande la mère qui voudrait se réveiller de sa vie, être une autre personne. «How can I start over? » se demande le père. Kenji est arrêté par la police, au poste il vide ses poches qui contiennent des bonbons. Il est le seul enfant de la cellule remplie d’hommes.

Tous se retrouvent à la maison et 4 mois plus tard, après toutes ces péripéties, Kenji passe l’audition d’entrée dans une prestigieuse école de piano. Il joue en regardant d’abord autour de lui le fameux Clair de lune de Debussy. Déjà le film est impressionnant mais cette scène à elle-seule a de quoi subjuguer. Son interprétation est extraordinaire, nuancée et intense. Existe-t-il une trame sonore pour la réentendre? Il s’agit vraiment d’un rendu exceptionnel de cette pièce souvent interprétée, il faut donc un talent rare pour parvenir à la rendre d’une façon unique.

Rompant avec ses convictions machistes, le père écoute le fils en pleurant.

Tokyo Sonata   Réal. Kiyoshi Kurosawa  Sc. Kiyoshi Kurosawa, Max Mannix, Sachiko Tanaka Int. Teruyuki Kagawa, Jyoko Koizumi, Yu Koyanagi. Japon, Chine, Pays-Bas. 2008 v.o. japonaise s-t anglais 119 min.

 

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Festival du Nouveau Cinéma vu par Lucie Poirier

Wonderful Town: l’amour contrarié dans la sensualité

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Aditya Assarat a modulé des scènes sublimes de sensualité : la main de Na sur le drap, les volutes de l’encens filmées à travers les sinuosités du grillage, les hautes herbes qui ploient sous le vent, les draps couleur chair autour du couple.

Dans un film au rythme doux, incitant à l’appréciation, élaboré avec tendresse, Assarat a montré un petit bled de campagne, dans le sud de la Thaïlande, qui tente de se rétablir après le tsunami. La jeune Na tient un hôtel avec sa famille qui exprime un incessant contrôle sur ses mœurs. Un jeune architecte, Ton, s’y installe alors qu’il travaille à la construction d’une chaîne hôtelière à proximité.

Assarat accompagne avec délicatesse, l’amour naissant dans l’hésitation, la timidité et la tendresse entre Na et Ton. Tout est beau dans cette atmosphère exceptionnelle de respect et de pudeur, de douceur et d’amour sincère, romantique, grandissant.

Mais le danger plane : les commérages augmentent ainsi que  les menaces à travers l’hypocrisie.

Ton a déjà eu un problème d’alcoolisme suite aux conflits avec son père qui désapprouvait ses choix de vie. Ton lui téléphone, se réconcilie avec lui; c’est le père qui reste distant. Ton a composé une chanson pour exprimer son amour à Na et il s’apprête à la lui chanter. Mais, le frère de Na, un bandit, s’adjoint 4 acolytes pour tuer lâchement l’amoureux de sa sœur.

Le réalisateur a confié les rôles principaux à deux acteurs amateurs dont le talent est évident. L’interprète de Ton est un acteur extraordinaire, capable d’émotion juste, particulièrement dans la scène de réconciliation au téléphone avec le père.

On ne peut que ressortir bouleversé par autant de beauté contrastant avec tellement de méchanceté car Assarat émeut en opposant la cruauté et la sensualité.

 

Le film s’est mérité de nombreuses récompenses aux Festivals de Pusan, Berlin, Deauville et Rotterdam.

 

Wonderful Town Réal. Aditya Assarat Sc. Akitya Assarat. Int. Anchalee Saisoontorn, Supphasit Kansen Thaïlande 2008 v.o. thaï. s-t. franç. 92 min.

La 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma du 8 au 19 octobre 2008
Info-festival 1 866 844 2172  ou  le 514 844 2172
www.nouveaucinema.ca

Octobre 2008

Festival du Nouveau Cinéma vu par Lucie Poirier

Hunger : montrer l’intolérable

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

En 1981, dans la prison de Maze en Irlande du Nord, les conditions de détention des prisonniers de l’IRA sont planifiées pour les humilier, les torturer, les aliéner. Ce qui est inhumain fait partie de l’humain et même le caractérise. Les animaux n’organisent pas des lieux de tortures. Dans Maze, les sévices corporels ne sont pas infligés pour obtenir des renseignements, prétexte souvent déclaré pour justifier le sadisme. Amnistie Internationale affirme que les prisonniers les plus maltraités dans le monde sont les prisonniers d’opinion dont le crime est parfois uniquement celui d’écrire. Une voix de femme qui n’est ni montrée ni identifiée déclare qu’il n’y a pas de statut politique, il n’y a que des criminels. Pourtant ces hommes qui n’ont pas violé, volé ou tué de façon crapuleuse sont avilis, battus, enfermés dans des conditions qui les privent de dignité.

Le réalisateur Steve McQueen relate les faits survenus en 1981, nous sommes donc au 20e siècle, en Occident, pourtant ce qui se passe là rappelle les camps de concentration nazis, les goulags russes, les prisons d’Amérique Latine. L’ONU n’intervient pas pour mettre des limites aux Britanniques.

McQueen a bouleversé la chronologie de la narration, il montre des faits puis, plus tard, en montre la cause. Il a surtout procédé avec des gros plans et des plans fixes et il a placé sa caméra dans des endroits inusités, jamais grotesques, afin de saisir l’angle non-officiel de la réalité.

Au début du film, chez-lui, un gardien de prison (Raymond Lohan) se regarde dans le miroir. Quand il déjeune, gros plan sur les miettes tombant sur la serviette brodée; la caméra est à la hauteur de ses cuisses. Puis, la caméra est sous son auto, on voit ses pieds, ses genoux, son visage penché pour regarder sous son véhicule. Quand l’auto démarre sans exploser, sa femme est soulagée.

Dans la prison, encore devant un miroir, le gardien ferme les yeux, sa main saigne aux jointures. Dehors, sous la neige, il fume, gros plan de la neige qui fond sur sa main.

Un nouveau prisonnier arrive, est gêné de se déshabiller. Nu, il est conduit à sa cellule. Gros plan d’une blessure saignante parmi ses cheveux. Un compagnon partage la cellule. Long plan séquence des murs couverts d’excréments. Dans le film Confessions of an innocent man  dans la réalisation de David Paperny accompagnant le récit de William Sampson, d’un citoyen canado-britanique détenu au Moyen-Orient, on voyait que Sampson lui aussi s’adonnait à l’art rupestre avec ses excréments. (1)

Les prisonniers n’ont droit à aucun vêtement ni accessoires d’hygiène personnelle (2). La nuit, les asticots se promènent sur leur corps. Le prisonnier qui veut se masturber en pensant à sa bien-aimée dont il a réussi à préserver une photo froissée ne bénéficie guère d’intimité pour le faire.

Rappelons que les viols habituels entre prisonniers criminels ne sont pas perpétrés entre des prisonniers politiques. Ce fait les distingue. Dans le film Le baiser de la femme-araignée, (Hector Babenco 1985) le prisonnier politique Valentin ne viole pas son compagnon Molina, il développe une relation homosexuelle.

Pour les visites, ils sont lavés de force. On voit le gardien qui frappe le prisonnier avant de le pousser dans la baignoire. Répétition de la scène du gardien devant le miroir avec sa main aux jointures saignantes. Répétition de la scène où il fume sous la neige. La cellule est nettoyée au jet d’eau.

Gros plan : un gardien se suce le pouce jusqu’au sang. Une équipe avec des matraques et des boucliers est doublement alignée. Un par un, on sort les prisonniers. Chacun est jeté au sol entre les deux rangées de matraqueurs qui les frappent. McQueen cadre à droite de l’image un jeune matraqueur qui pleure, de l’autre coté du mur, à gauche de l’image, le matraquage continue.

Le gardien, avec des fleurs, va voir sa mère âgée, inerte, sans réaction quand un paramilitaire tire une balle dans la tête de son fils et que le sang gicle sur elle.

Jusqu’alors, McQueen s’est appuyé sur la force de l’image et une parcimonie de dialogues. Dans un long plan fixe, il filme la conversation du prisonnier Bobby Sands (Michael Fassbender) avec un prêtre (Liam Cunningham). Ils abordent des questions cachées, déterminantes, même cruciales : les hiérarchies dans l’Église, les prêtres hypocrites, privilégiés mais aussi leurs valeurs religieuses, leur foi acharnée, leurs convictions conscientes. Ils réfléchissent, il ne s’agit pas de fanatisme.

Bobby Sands planifie une grève de la faim qui sera enclenchée progressivement; tous ne seront pas affaiblis en même temps, les affamés qui mourront seront remplacés par des grévistes ayant encore des forces.

Est-ce suicidaire? Le suicide est contraire aux convictions catholiques. Est-ce du martyre? Sait-il encore ce que c’est être normal après quatre années de détention? Est-il encore un combattant pour la liberté? Que signifie la vie pour lui? Un exercice théologique? Ils ont besoin de l’idéal révolutionnaire. Qu’est-ce que le péché?

Bobby Sands choisit de mettre sa vie en péril pour son idéal. Cadré en gros plan, il raconte un souvenir, enfant, il s’est déjà sacrifié pour les autres.

McQueen prend toujours le temps d’accorder une attention aux détails. Il précise donc la dégénérescence de Bobby, montre ses plaies de lit purulentes, les os saillants de ses hanches qui fendent sa peau. Son agonie est lente, calme et propre, allongé dans un lit blanc, supervisé par un infirmier, recevant des visitées, lavé, porté comme le Christ de la Piéta.

Il imagine des oiseaux qui pour lui ont toujours symbolisé la liberté, pleure et meurt après 66 jours d’une grève de la faim, qui dans la prison de Maze dura 7 mois; 9 prisonniers sont morts, 16 gardiens ont été tués par des paramilitaires. Le gouvernement britannique continue à leur refuser le statut de prisonnier politique.

Pour le tournage, Fassbender a été suivi par une diététicienne car il devait devenir maigre, osseux.

McQueen a nuancé sa démonstration, il n’a pas diabolisé les gardes, il a présenté leur réalité humaine, banale, quotidienne et le fait que pour certains l’aisance n’est pas immédiate quand il s’agit de maltraiter ses semblables. On peut donc se demander : Qu’est-ce qui constitue la conscience humaine?

Caméra d’or à Cannes.

Hunger Réal. Steve McQueen. Scén. Enda Walsh, Steve McWueen. Int. Michael Fassbender, Stuart Graham, Helena Bereen, Liam Cunningham, Raymond Lohan. Royaume-Uni 2008 Couleurs 92 min.

La 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma du 8 au 19 octobre 2008
Info-festival 1 866 844 2172  ou  le 514 844 2172
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(1) Voir mon article Confessions of an innocent man : Dire la torture sur terranovamagazine.ca

(2) En détention, l’absence d’hygiène, déjà avilissante pour les hommes, est toujours vécue plus péniblement par des femmes ayant encore un cycle menstruel.

Octobre 2008

Festival du Nouveau Cinéma vu par Lucie Poirier

JCVD: drame humain

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Il y a une quinzaine d’années, Jean-Claude Van Damme, en pleine gloire, déployait, dans des films, ses prouesses physiques dont sa capacité d’exécuter des techniques de karaté et une figure appelée le «grand écart». Il accordait des entrevues où il relatait son arrivée aux États-Unis quand il vivait dans son auto. Il était plus mince et plus élancé qu’Arnold et il a tourné avec John Woo. On critiquait son jeu d’acteur un peu malhabile mais personne ne relevait qu’avec le temps il s’améliorait (peut-être par jalousie). Puis, sa vie en montagnes russes fut relatée dans des manchettes et on le vit de moins en moins au grand écran.

Or, le réalisateur Mabrouk el Mechri s’est intéressé à Van Damme et a élaboré un scénario qui montre les aspects cachés de sa vie en lui donnant l’occasion d’affirmer sa présence d’acteur. Avec JCVD, el Mechri a accompli des prouesses cinématographiques.

Le film commence avec les caractéristiques des films d’action dans lesquels il interprétait le super héros. Mais, rapidement, on découvre les conflits qui l’opposent au réalisateur. Il a 47 ans et sa carrière n’est pas solide. En plein divorce on lui reproche les films violents qu’il a tournés et sa fille déplore en cour que lorsqu’elle est à l’école les autres rient d’elle à cause de son père (peut-être que là encore c’est une question de jalousie).

Puis, tout bascule. Il se rend à la Poste en Belgique et il est pris en otage par des braqueurs qui font croire au commissaire Bruges que Van Damme est le chef des bandits. Le décor intérieur de la banque baigne dans une lumière glauque. Une scène où une mère dans la banque est séparée de son enfant est d’une rare gravité, Mabrouk el Mechri a su démontrer une grande force dans sa mise en scène.

À partir de cette trame événementielle qui entraîne rebondissements et cascades, Mabrouk el Mechri trace un portrait de JCVD et une critique du vedettariat. Il utilise un montage polychronique, des flash-back, emprunte la caméra mobile du documentaire, construit une imbrication des développements factuels et surtout, une révélation des implications et des conséquences du show-business dans sa vie professionnelle et personnelle.

Ainsi, Mabrouk el Mechri reprend une même scène selon deux points de vue : la 1e fois le spectateur est à la place de la caméra qui filme Van Damme, la 2e fois le spectateur voit l’action comme s’il était Van Damme.

Les tractations financières, l’exploitation de sa renommée, la ruine de sa crédibilité, ont affecté sa carrière et ses familles. Il a été exploité et il attise la compassion. Les films qu’on lui propose le découragent, il n’a pas le droit d’être fatigué et particulièrement dans la scène du taxi avec une musique de jazz, la tristesse s’accentue.

Pendant la prise d’otages, soudain, l’action est interrompue et Van Damme fait un monologue en s’adressant à nous; il déclare : «J’ai toujours cru en l’amour. J’ai aimé chacune de mes épouses. La drogue, j’étais déchiré mentalement et physiquement à un point ou j’en suis sorti. Quand on a 13 ans, on croit aux rêves. Qu’est-ce que j’ai fait pour cette terre? Rien. C’est con tuer des gens, ils sont tellement beaux. C’est très difficile pour les gens de ne pas me juger.»

À la fin du film, alors qu’il est en prison, sa mère lui amène sa fille. Je défie ceux qui verront la réaction de Van Damme de ne pas verser une larme et de ne pas ressortir du film avec l’impression d’avoir assisté à la démonstration d’un drame humain.

JCVD  réal. Mabrouk el Mechri Int. Jean-Claude Van Damme. 2008 France, Belgique, Luxembourg

 

La 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma du 8 au 19 octobre 2008
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Octobre 2008

Festival du Nouveau Cinéma vu par Lucie Poirier

La mémoire des anges: la valeur d’un peuple

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

En noir et blanc, des nuées s’étirent, des lettres dansent, des fumées d’usines gonflent et le quatuor des Commodores chante Joshua fit the Battle of Jericho. En couleurs, le tramway passe au coin de Union et Ste-Catherine. Retour au noir et blanc, débardeurs et marins conversent. 

Avec La mémoire des anges, Luc Bourdon et Michel Giroux ont élaboré une mosaïque déferlante grâce aux extraits de 120 films de l’ONF présentant ainsi un portrait éloquent de Montréal et de ses résidents dans les années 1950 et 60. 

Aucun commentaire n’a été ajouté, la bande sonore est parfois constituée de la captation sonore originale mais aussi elle amalgame la trame d’un film et l’image d’un autre. L’enchaînement révèle l’influence de la religion, l’importance de l’hiver, la croissance des communautés italienne, noire et juive. 

Les conversations d’époque mêlent le français et l’anglais. Les otaries et les cygnes plongent dans le lac du Parc Lafontaine. On marche dans la gadoue. On déglace les écluses. Un homme qui pousse une auto embourbée tombe dans la neige. On regarde les fameuses vitrines de Noël avec les automates. C’est la cohue chez Morgan. L’âne est vivant dans la crèche.  

Puis, l’été les cordes à linge se tendent au-dessus de la ruelle. Les enfants sont pressés de jouer. Dominique Michel chante Les trottoirs de Raymond Lévesque. Avec un cheval, c’est la livraison de la glace. Les frères Jones, boxeurs, s’entraînent en courrant sur la voie ferrée.  

Les familles pauvres sont francophones, entassées dans des quartiers ouvriers, avec de nombreux enfants et des vieux qui se souviennent du temps où il y avait encore des champs et des vaches à Montréal; ce sont ces gens qui ont fait le Québec. 

Les abattoirs, les usines, les écoles occupent le quotidien sous la supervision des soutanes redoutables et des religieuses, femmes voilées de l’époque. Visite dans le Red Light lors des fameuses nuits de Montréal avec l’extraordinaire, et dévêtue, Mlle Misha et les hommes ivres observés par les policiers. 

Aux scènes des pompiers, de l’alarme et de l’incendie se superpose la musique d’Igor Stravinsky. Un pompier est décédé. Les décombres fument et le repas est figé dans la glace. Dans le cimetière, les statues d’anges veillent les défunts. 

On ne peut évoquer le Québec sans un travelling en hélicoptère au-dessus des patinoires et la soirée du Hockey avec ses spectateurs concentrés et même passionnés.  

Raymond Lévesque apparaît pendant sa chanson Bozo les culottes : «quelqu’un lui avait dit qu’on l’exploitait dans son pays». 

La toute jeune Geneviève Bujold marche avec ses talons hauts dans la forêt du Mont-Royal et Paul Anka chante Put your head on my shoulder à une foule ébahie. Alors, un anglophone unilingue gagne plus qu’un francophone bilingue, on se précipite dans les cours d’anglais et on répète «They are going to the airport» quand se superpose une scène avec l’acteur français Charles Denner dans un avion. 

Des manifestations patriotiques et pacifistes prouvent que les Québécois sont un peuple auquel on a toujours voulu imposer la guerre. 

Monique Mercure interprète Qui bat la mesure du cœur, une chanson poétique de Georges Dor alors qu’on voit le travail domestique, cette existence méconnue et souvent méprisée des femmes. 

Le film s’achève dans un silence total qui rend encore plus choquante la misère des pauvres filmés là où ils survivent, dans les décombres et la saleté. 

Magnifique ode nostalgique, cette œuvre de patience et d’attention transforme le montage en principe narratif et la citation, en proclamation historique. Basée sur des extraits certes mais aussi sur des chutes de tournage, elle exalte la qualité des films réalisés au cours des ans pour témoigner d’un peuple mais aussi d’une cinématographie. Ainsi, quelques plans se partagent la force de l’anecdote et le pouvoir du symbole : un homme sort la tête de l’unique hublot d’un navire pris dans les glaces, les déchets sont charriés par l’eau jusqu’au puisard, le travelling des deux garçons qui courent, dans le noir un visage endormi ne reçoit qu’un rai de lumière sur l’œil qui s’ouvre. 

L’émotion le dispute à l’enseignement car La mémoire des anges nous apprend le courage des gens persévérants et vaillants qui ont travaillé et qui ont élevé des familles à Montréal avec une simplicité et une intensité qui incarnent la vraie beauté humaine captée par des cinéastes qui ont fait notre cinéma. 

La mémoire des anges réalisation Luc Bourdon montage Michel Giroux Conception sonore Sylvain Bellemare et Frédéric Cloutier Production ONF 80 min. 2008 

Première au cinéma Ex-Centris vendredi 10 octobre 08 en présence du réalisateur et de plusieurs personnalités lors du FNC.

Puis au Cinéma Parallèle à Montréal dès le 20 octobre

Au Cinéma Le Clap à Québec dès le 31 octobre.

Le court-métrage d’animation Rosa Rosa de Félix Dufour-Laperière précédera les projections. 

La 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma du 8 au 19 octobre 2008

Info-festival 1 866 844 2172  ou  le 514 844 2172

www.nouveaucinnema.ca 

Octobre 2008

Océan Sauvage et Destination Lune en Imax en 3D : informations et sensations

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Le cinéma Imax Telus du Centre des sciences de Montréal a programmé le documentaire Océan Sauvage où l’Afrique rencontre la mer et le film d’animation Destination Lune, la version française et raccourcie de Fly me to the moon.

Pour le cinéma Imax l’action doit être filmée par deux caméras ou par une caméra à deux lentilles. Ensuite, il faut donc deux projecteurs et porter des lunettes qui permettent de voir les images en 3D car notre cerveau combine les images. J’ai visité la salle de projection. La pellicule Imax est 10 fois plus grande qu’une pellicule habituelle, sa grande taille nécessite qu’elle soit placée à l’horizontale pour être projetée sur un écran aussi haut qu’un édifice de 7 étages. À ces dimensions s’ajoute le son de 6 haut-parleurs. Lorsqu’il faut changer les bobines pour une nouvelle projection, c’est aussi plus long.

Océan Sauvage

Les animaux deviennent prédateurs pour leur survie, l’homme devient prédateur pour son profit. Le film Océan Sauvage où l’Afrique rencontre la mer met en évidence les conséquences de la surpêche et du réchauffement climatique. Précisant les différences entre les humains et la faune aquatique, le film montre que chaque sardine participe à l’intelligence du groupe ce qui n’est pas nécessairement observable chez l’espèce humaine.

Grâce au film, nous voyageons dans les eaux de la Côte Sauvage de l’Afrique du Sud avec les baleines, les dauphins, les requins et les milliards de sardines qui chaque année remontent vers la Côte KwaZulu-Natal. Nous rencontrons les populations locales que cette migration approvisionne. Mais les ressources naturelles et toute l’écologie des mers sont de plus en plus en danger. 12% des espaces terrestres sont protégés, moins de 1% des réserves aquatiques le sont.

Le film demande comment nous disciplinerions-nous pour sauver les océans. Nous pourrions assurément apprendre des animaux que nous accablons, apprendre de l’infiniment petit, la sardine.  Ces minuscules poissons vivent en groupe et chaque individu base son comportement sur son voisin, leur adaptation mutuelle assure leur survie; chez les humains, les comportements du groupe menacent la qualité de vie. D’ailleurs à la fin du documentaire, des enfants sont couchés dans le sable en représentant les sardines alignées dans une boîte.

Avec Océan Sauvage 3D  Luc Cresswell et Steve Mc Nicholas ont remporté le Prix de la Meilleure musique originale alors que Mike Roberts et Brian Eimer ont mérité le Prix du Meilleur design de son.

Destination Lune

La version française de Fly me to the moon a été abrégée depuis ses précédentes projections sur écrans habituels; la durée originale de 84 min., et intitulée Les Mouchonautes, a été réduite à 49 min. (les passages concernant des insectes soviétiques ont été supprimés) afin de respecter le format d’un film Imax. Ce film d’animation nous ramène en juillet 1969 lorsque les astronautes Neil Amstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins se sont dirigés vers la lune dans la fusée Apollo 11. Extrapolant la réalité, le scénario fait intervenir trois mouches adolescentes très aventureuses qui s’immiscent dans l’expédition qu’elles parviennent à sauver lors d’un problème de débranchement.

La NASA a autorisé l’utilisation de séquences spatiales tournées à l’époque. Buzz Aldrin a participé en tant que conseiller et en s’adressant au public à la fin du film.
Certains aspects sont instructifs tout en étant attrayants pour les enfants. Le premier pas sur la Lune reste émouvant avec la citation «C’est un petit pas pour l’homme mais un grand pas pour l’humanité». L’évocation de cet événement historique est toujours importante et la rendre accessible aux jeunes s’avère nécessaire.

Mais, aucun sujet féminin, parmi les mouches et les humains qui se partagent l’action, n’incarne un rôle de scientifique. Aldrin récupère ce fait déplorable en disant que le film se veut un hommage aux hommes et aux femmes qui ont permis les voyages dans l’espace. Aussi, la qualité de la langue laisse à désirer : les mouches formulent  des phrases mal structurées (peut-être pour imiter le parlé des jeunes et rater l’occasion de leur fournir des outils langagiers dont ils ont tellement besoin pour s’exprimer) et par l’utilisation d’anglicismes tels que spray et non vaporisateur, pulvérisateur, atomiseur et doughnut au lieu de beigne. À l’instar des espèces marines, la langue française est en danger.

Le visionnement d’un film Imax est toujours expérientiel; lorsque s’ajoute le 3D il nous semble vraiment participer à l’action. En nous instruisant et en nous sensibilisant aux réalités passées et actuelles ces projections permettent aussi de nous intégrer à l’action en nous faisant vivre des sensations uniques.

Océan Sauvage 3D écrit et réalisé par Luc Cresswell et Steve McNicholas. Cinématographie Reed Smoot. Photographie sous-marine S.J. Roller. 40 min.

Destination Lune 3D  écrit par Dominic Paris réalisé par Ben Stassen. Animation pour enfants 49 min.

Depuis le 1er octobre 2008 au Cinéma IMAX du Centre des Sciences de Montréal au Vieux Port de Montréal.
Pour information ou achat de billets : 514 496 IMAX ou 1 800 349 IMAX
www.centredessciencesdemontreal.com

Octobre 2008

Une vie de mensonges: les vérités multiples

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Body of lies-Une vie de mensonges réunit Roger Ferris (Leonardo DiCaprio) qui travaille pour la CIA au Moyen-Orient sous les directives de Ed Hoffman (Russel Crowe) qui le supervise de son bureau en banlieue Washington et une série de personnages moyen-orientaux impliqués dans l’espionnage et le terrorisme.

La conflagration mondiale alors que les hommes du futur avec leur technologie affrontent ceux du passé avec leur religion est présentée à travers le montage polychronique des actions parallèles, parfois antérieures; ce montage émérite est l’œuvre de Pietro Scalla.

D’un scénario de William Monahan d’après le roman de David Ignatus.
L’histoire complexe, au-delà du manichéisme, démontre la désinvolture dans la violence jusqu’à l’arrogance pour affirmer son ego, prendre le contrôle et brouiller l’identité des partenaires et des ennemis;

La réalisation de Ridley Scott assure le rythme de l’action incessante, expliquée, commentée, annoncée, par des phrases ironiques en alternant les combats, les tirs, les déflagrations.

La critique des méthodes guerrières filtre dans des répliques exprimant que l’Occident, les Américains, et le Moyen-Orient, les Musulmans, se ressemblent jusqu’à se confondre : le héro, Ferris (Leonardo DiCaprio), est emprisonné par le terroriste Al Salim qui lui dit «Bienvenue à Guantanamo», 2 scènes de torture sont intercalées dans le film et chacune des 2 instances protagonistes en est responsable.

«Les bureaucrates ne voient la guerre que sur des photos». Ed fait partie de ceux qui ne se salissent jamais les mains et qui piquent leurs informations aux téméraires sur le terrain. Par ses décisions et son absence de scrupules il est le plus cruel car Ferris qui passe aux actes et qui tue ne le fait pas avec nonchalance. Il répugne à utiliser un homme de paille, Sadiki, et lorsque son chauffeur meurt dans une explosion qui projette des parties de son corps, il conserve l’éclat d’os de son ami qui s’était enfoncé dans son bras.

Ed avec son téléphone est en lien constant avec Ferris même lorsqu’il aide son fils aux toilettes ou qu’il conduit sa fille à l’école celle-ci sera à son tour ironique avec son père peu concentré sur sa vie familiale : quand elle l’entend dire «Peu importe» à Ferris et qu’ensuite il lui pose une question, sur le même ton que lui elle répète «Peu importe»

La réalité oscille entre de tels constats: «On ne connaîtra jamais une pénurie de martyrs» et «Il n’y a pas assez de bons arabes pour traquer les mauvais arabes». De plus, parmi les deux puissances qui se combattent se déroulent aussi des guerres intestines : à la CIA on s’entre-déchire autant que parmi les groupes arabes.

Dans un tel contexte, les rôles féminins sont rares pour des comédiennes : on discerne une figurante qui étend des vêtements, une prostituée blonde pour Hani le Cisjordanien cravaté (1) et une infirmière Aisha (Golshifter Farahani) qui exprime des réflexions telles que : «Le travail ne fait pas l’homme»; malheureusement, le pouvoir féminin ne s’exprime que pour confirmer les restrictions qui affligent les femmes et quand on voit un groupe de femmes elles surveillent si Aisha s’abstient de serrer la main de Ferris quand il la salue.

L’intelligence de ce film met en évidence à quel point Opération Swordfish était médiocre, sans subtilité, malgré sa tentative d’aborder de semblables sujets. Par ses révélations des saletés commises par les divers dirigeants, il ressemble à Syriana et par les cascades accomplies par DiCaprio lui-même, il rappelle le Jason Bourne de Matt Damon.

Ferris, le beau dur au cœur tendre démissionne mais reste dans cette région qu’il aime sincèrement; quand Ed lui dit qu’il n’y a rien à aimer dans ce coin, Ferris lui rétorque : «C’est peut-être ça notre problème».

Body of lies-Une vie de mensonges réal.Ridley Scott. Montage Pietro Scalla. Scénario  William Monahan d’après le roman de David Ignatus. Interp. Leonardo DiCaprio, Russell Crowe, Golshifteh Rarahani, Mark Strong. 2008,  2h 08min.

Sur les écrans du Québec.

 

(1) Hani tient à ses cravates comme Horatio tient à ses «shades» dans CSI  Miami; cette télésérie et le film Body of lies partagent une démonstration des pouvoirs technologiques américains. Les scènes de «scan» et de balayage abondent. Ne croyez plus qu’on est seul dans le désert, les satellites transmettent continuellement des images et si vous avez besoin d’un hélicoptère parce que des méchants vous poursuivent, il ne tardera pas à arriver. À chaque fois que les arabes se rendent conjointement dans les dunes en vélo et en VUS de luxe noir, ils sont observés.

Sortie : 17 octobre 2008

Battle in Seattle

Durée : 1h39
Distribution : André Benjamin, Woody Harrelson, Martin Henderson, Ray Liotta, Michelle Rodriguez, Charlize Theron, Connie Nielsen
Scénario et réalisation : Stuart Townsend
Production : Etats-Unis, Canada, Allemagne
Score : 3.5/5
Photo : www.vivafilm.com

Par Tina Armaselu

Batle in Seattle

Le jour de 30 novembre 1999, surnommé N30, était la date prévue pour le début d’une réunion de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), aux Etats Unis, à Seattle. Ce qui devait lancer une nouvelle phase de négociations de l’OMC, s’est transformée, sous la préssion d’un grand nombre de manifestants anti-globalisation, en un événement connu sous le nom de « la bataille de Seattle ». La manifestation, réunissant des représentants de groupes protestataires divers, organisations non-gouvernamentales, syndicats, étudiants, militants environnementaux, anarchistes, réussit à bloquer les principales intersections du centre-ville, en empéchant ainsi le déroulement de la conférence. L’intervention en force de la police pour disperser les manifestants, les attaques perpétrées par des groupes anarchistes isolés sur certaines unités commerciales de la ville, ainsi que l’attitude mitigée des médias constituent les points les plus controversés de l’événement.

« Battle in Seattle » essaie de reconstituer l’histoire des cinq jours du conflit. Selon le réalisateur et scénariste Stuart Townsend, le film, basé sur des faits réels, comporte pour la plupart des personnages fictionnels. L’intention du réalisateur était d’exprimer un certain point de vue par l’intermédiaire de chaque personnage. Le spectateur suit ainsi, de plus près, les protestataires Lou (Rodriguez), Django (Benjamin) et Jay (Henderson), le policier Dale (Harrelson) et sa femme enceinte Ella (Theron), le maire Jim Tobin (Liotta), la journaliste Jean Asbury (Connie Nielsen) et des participants à la conférence comme le délégué africain ou celui des « Médecins sans frontières ». Les scènes dans la rue sont un mélange d’images d’archive et de séquences spécialement conçues pour le film, qui laissent l’impression de mouvement continu et de tournage la caméra à la main. Si l’atmosphère créée réussit à capter, dans une certaine mesure, l’esprit de la manifestation et la tension du conflit, le développement des personnages reste plutôt schématique, leur statut de prétexte au service d’une idée étant un peu trop évident pour que le spectateur se sente vraiment concerné par leur sort, à l’exception peut-être de celui d’Ella.

Sortie : 19 septembre 2008

Igor

Durée : 1h27
Distribution : Avec les voix de John Cusack, Sean Hayes, Christian Slater, Steve Buscemi
Réalisation : Anthony Leondis
Scénario : Chris McKenna
Production : Etats-Unis, France
Score : 3/5
Photo : www.vivafilm.com
Igor

Par Tina Armaselu

Sous le règne de Malbert, le royaume de Malaria est chaque année le théâtre d’une compétition de grande envergure : le concours des inventions farfelues. Les savants, les citoyens les plus respectés du pays, viennent présenter ici les produits de leur imagination, avec l’espoir de remporter le grand prix. Après un épisode imprévu, Igor, l’assistant bossu du Dr. Glickentstein, a l’opportunité de présenter au concours Eva, le monstre qu’il a créé dans le laboratoire de son maître. Sauf que pour accomplir son rêve, il faut d’abord apprendre à Eva les règles du jeu, ainsi qu’affroter Dr. Schadenfreude, le plus influent des savants du roi …

En exploitant le filon ironique du genre l'académie de Lagado de Jonathan Swift et la fable de la création artificielle mise en scène par des réalisateurs tels James Whale dans Frankenstain (1931) ou Fritz Lang dans Metropolis (1927), Igor est un dessin animé qui essaye de combiner des éléments tenant de la tradition horror, science fiction et de la caricature, aux accents frisant parfois l’absurde ou le grotesque. Doué d’une certaine originalité, surtout sur le plan conceptuel et de la réalisation artistique, le film laisse cependant l’impression d’un assemblage pas entièrement harmonisé, d’après le modèle imparfait du « monstre » créé de morceaux disparates, et nécessitant peut-être encore un peu de d’ajustement au niveau des dialogues.

Sortie : 12 septembre 2008

Righteous Kill

Distribution : Robert DeNiro, Al Pacino, Carla Cugino, John Leguizamo, Donnie Wahlberg
Réalisation : Jon Avnet
Scénario : Russell Gewirtz
Production : Etats-Unis
Score : 3/5
Photo : www.vivafilm.com
Righteous Kill

Par Tina Armaselu

Après 30 ans d’activité, Turk (DeNiro) et Rooster (Pacino), deux policiers détectives du département de police de New York, se voient confrontés à un cas inhabituel de crimes en série. Les victimes sont tous des malfaiteurs ayant échapés, d’une façon ou d’une autre, aux rigueurs du système judiciaire. Les meurtres comportent une particularité qui fait penser à un tueur unique : les corps des victimes sont toujours accompagnés d’un poème expliquant la raison du crime. Apparemment, le cas laisse deviner le profile d’un psychopathe mais les pistes semblent cependant conduire à l’intérieur de l’institution même …

Commencé par un témoignage qui confère à l’histoire la structure d’un récit à rebours, le film s’organise autour de la répétition, à plusieurs reprises, du pattern témoignage – suite de flashbacks. Ce qui à la première vue apparaît comme un simple retour en arrière au fil des événements racontés par un narrateur, s’avère à la fin une devinette à résoudre par le spectateur. Bien que les prémisses d’une histoire intéressante ne manquent pas complètement, « Righteous Kill » semble jouer plus sur le prestige des deux acteurs protagonistes que sur le développement d’un suspense soutenu et d’une trame à vrai caractère psychologique comme l’on aurait pu attendre.

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