Makhfi, artiste calligraphe, vit depuis quelques mois à Montréal afin de réaliser une collection de design de mode, dans le but de projeter ses dessins et ses calligraphies sur de nouvelles surfaces. Dès l'âge de 13 ans, ses créations d'arabesques sont remarquées et modélisées à Fès, sa ville natale, où elles sont utilisées dans la décoration de zelliges (faïence artisanale pour sol et mur), habillant ainsi maisons et médinas…
Depuis, son parcours l'a amené en Europe, puis en France pour suivre un enseignement aux beaux-arts. Actuellement, il expose et participe à de nombreuses rencontres autour du livre, festivals, salons…
Sur ce lit
qui devait nous satisfaire
nos deux civilisations
sont entrées..
en guerre.
La presse s’acharne
les visionnaires, les sorcières
les terroristes
trafiquants et faussaires
notre histoire occupe la terre
intéresse les ministères
des sommets s’annoncent,
des caméras, du bruit
du vent
écran de fumée
poussière..
***
Sur ce lit,
les médias nous indifférent
tu sonnes tes clairons, bats tes tambours
piques une colère
disposes tes seins, en ordre de marche
poses tes joues,
de façon bien particulière..
Ce matin, dans tes yeux
des éclairs
Tout L’Occident
se camoufle derrière
ton rouge à lèvre,
dévoile sa hanche,
et me promet d’une caresse.. un enfer
Sous les draps,
Le monde civilisé
bat ses cartes et me laisse voir,
à travers
sa stratégie militaire
un corps qui se libère !
***
En chevalier vert
je m’accroche derrière
mes barrières
j’avance austère
en catapulte,
comme à l’âge des pierres
un arabe sans pétrole,
sans dollar ni lumière
avec mes palmiers dans la peau,
mes marabouts, mon désert
les cris des barbares, des affamés,
les esclaves
et toute la misère
j’avance sans canons,
sans talismans ni prières
comme une offrande
pour une déesse sans mystère
un oiseau
sans repères
qui se réinvente,
chaque nuit sous la lune,
avec Jupiter
dans un conte littéraire..
***
Tu quittes ton monastère
et pars en croisade
je ferme les paupières
et pars en djihade
et derrière
nos armés de poètes
Abou-Nawas
Beaudelaire
Al-Moutanabi
Appolinaire
Sur ce lit,
angulaire
nulle frontières
le moindre petit soupir
tête en l’air
est soupçon,
le moindre petit souffle
Imprudent ..
devient.. bouc émissaire
***
Tu prononce tes discours
tu me promets
très sévère
un châtiment exemplaire
et j’annonce d’une manière
bien claire
une victoire
éclatante dans des sphères
éphémères
Sur ce lit,
ce matin, rien ne doit nous distraire
nous sommes occupés
à rejouer cette histoire millénaire
la ‘’ guerre sainte ‘’..
ennemi que je préfère
colombe et panthère
écriture inachevée
étincelle solitaire
légèreté inconséquente ..
poudrière