Depuis 2001 • No 49 • Montréal • 15.09.2008
Septembre 2008

Trois poèmes

Jean-Sébastien Ménard

1
Je me souviens
Tout de même

Il chantait
Lentement

Comme un marin perdu

Des oies blanches
à la frontière du jour

volant

la peur

que je nommerai pas

la liberté en larmes

Les rues d’une ville

je cherche
de l’ombre

2
Je sais
je rêve
ma vie

laisse
des cendres
sur du papier
flottant au vent

sans terminer
mes errances

mon chemin

3
des gares
des foules

j’attends

constamment
comme une destination

sur le quai

la carte d’une ville

mon passé

j’ai soif

de petites ruelles
que je n’avais jamais vues avant

de terrasses
naissantes

où je lis

dans ma mémoire
ne transportant rien
d’autre
que ma jeunesse

rien d’autre à faire

que s’embrasse
Septembre 2008

Serpent mis à nu

Cristina Montescu

***

qui frappe
qui mord
qui me prend à la gorge
l’ombre
d’un pas chancelant
l’homme
derrière sa peau rugissante
mon corps
taches de sueur sur les pierres
arrêt
arrêtez-moi
je vomis des vagues de colère

 

***
dernière image
tu t’éloignes
à travers la pluie
de mon cœur
je te vois à peine
le brouillard de tes mains
l’abîme qui sourit
ton corps
sous l’étendue de mes doigts
des roches
frappées par l’oubli
salade assortie
quelques pièces
racheter le goût des nuits

***
du vent
sous les dents
une mer
dans la poitrine
personne
derrière les vitres
il faut
marcher nager s’ensoleiller
du tac à tac
turlututu chapeau pointu

 

***
je me tiens droit
entre les jambes de la solitude
j’halète
le sexe durci d’amertume
senteur de viande brûlée
senteur de chair consommée
vie en débris
puanteur
râle râle
gémissement d’angoisse
retire-toi
ne reviens plus
les jambes lézardées qui se serrent
le sexe gluant qui t’enserre
retire-toi de son lit

 

***
porte délabrée
construction d’avant-garde
lierre rouillée en haut des fenêtres
me voilà
mon cœur qui bat
derrière les fenêtres
pas pas pas
tout autour de moi
qui chancellent
qui mordent la terre
qui volent en clopinant
pas pas pas
qui ne s’arrêtent pas

 

 

***

tic-tac délabré
du silence
des nuages qui volent
sur ta langue
dans ton café tu mélanges
trois cuillères de fatigue
des pieds qui traversent
ton échine
le voilà
celui d’en haut et d’en bas
passe autour de son cou
le souris de la corde

 

***
paradis pluvieux
mes rêves courent nu-pieds
chuchotis
l’herbe alourdie de pluie
les épées qui sortent de la terre
orage rallongé
je prends mon cri en bandoulière
et je me couche sous l’asphalte

 

***
l’homme chasse la pluie
à travers les vitres
la lune s’accroche à mes dents
une flamme jaillit
le vent alourdit mon visage
je tourne l’autre joue
du silence qui crache
l’homme allume son désir
je m’éloigne
égratignures
qui flottent sur ma peau
les serres aux yeux de pluie

l’homme flamme qui jaillit
Septembre 2008

Sisif coborând dealul

si alte poeme

Ioana Gherman

Octombrie

Mă-mbată parfumul ăsta-automnal
furat din braţele-unui vânt
presarat cu şoapte
de frunză buimăcită,
mă-nvăluie blând,
ca pe-un dar nepreţuit,
topindu-mă-n miezu-i
încărcat de poveste

în amurg
norii străpung pletele copacilor
de care-atârnă gândurile
mele pârguite ca nişte
ciorchini aurii
agăţaţi în vii,
luminând în apus,
gata să pleznească-ntr-o armonie
bacanală, flămândă şi grea.

 

Drum zăbovit

Astăzi în coji de nuci
mă lupt
din tălpi
drumeţele să-mi şteargă
şi iţi adulmec
sufletul fecund
şi paşii toţi işi spun
să nu mai meargă.

Însă mă-ntreb aşa
olog
şi cu mirare
cum ai să poţi să schimbi
un inorog
în suplă şi-nrădăcinată floare.

 

Sisif coborând dealul

Păşea cu grijă, flexându-şi genunchii
Pentru a tempera coborârea,
Îşi privea gândurile
Adăpostite-n palmele aspre
Precum crestele munţilor
Sfâşiate-n furtuni,
Le contempla
Plimbându-le când în mâna dreaptă
Când în cea stângă
Minunându-se de ele
Pipăindu-le, amuşinându-le-n
Tăcere.
Erau acolo tot felul de idei
Furioase, laborioase
Unele mătăsoase
Altele scrâşneau din dinţi ca nişte
Mori neunse
Şi el se tot întreba ce s-aleagă
Coborând, atent la genunchi
Să-i îndoaie bine, să nu-i vatăme
Cumva din greşeală.

Preocupat de formele
gândurilor
îşi zise:
aş putea să-mi rup genunchii şi-atunci
s-ar termina povestea asta
şi eu ce-aş mai fi fără ea?
pe când aşa, în libertatea mea,
am să aleg
să fiu atent când cobor dealul
să-mi îngrijesc genunchii

sa fie puternici pentru următorul urcuş infinit.
Septembre 2008

Guerre de civilisations

Makhfi

Makhfi, artiste calligraphe, vit depuis quelques mois à Montréal afin de réaliser une collection de design de mode, dans le but de projeter ses dessins et ses calligraphies sur de nouvelles surfaces. Dès l'âge de 13 ans, ses créations d'arabesques sont remarquées et modélisées à Fès, sa ville natale, où elles sont utilisées dans la décoration de zelliges (faïence artisanale pour sol et mur), habillant ainsi maisons et médinas…

Depuis, son parcours l'a amené en Europe, puis en France pour suivre un enseignement aux beaux-arts. Actuellement, il expose et participe à de nombreuses rencontres autour du livre, festivals, salons…

 

Sur ce lit
qui devait nous satisfaire
nos deux civilisations
sont entrées..
en guerre.

 

La presse s’acharne
les visionnaires, les sorcières
les terroristes
trafiquants et faussaires
notre histoire occupe la terre
intéresse les ministères
des sommets s’annoncent,
des caméras, du bruit
du vent
écran de fumée
poussière..

 ***

Sur ce lit,
les médias nous indifférent
tu sonnes tes clairons, bats tes tambours
piques une colère
disposes tes seins, en ordre de marche
poses tes joues,
de façon bien particulière..
Ce matin, dans tes yeux
des éclairs

 

Tout L’Occident
se camoufle derrière
ton rouge à lèvre,
dévoile sa hanche,
et me promet d’une caresse.. un enfer
Sous les draps,
Le monde civilisé
bat ses cartes et me laisse voir,
à travers
sa stratégie militaire
un corps qui se libère !

***
En chevalier vert
je m’accroche derrière
mes barrières
j’avance austère
en catapulte,
comme à l’âge des pierres
un arabe sans pétrole,
sans dollar ni lumière
avec mes palmiers dans la peau,
mes marabouts, mon désert
les cris des barbares, des affamés,
les esclaves
et toute la misère

 

j’avance sans canons,
sans talismans ni prières
comme une offrande
pour une déesse sans mystère
un oiseau
sans repères
qui se réinvente,
chaque nuit sous la lune,
avec Jupiter
dans un conte littéraire..

 

***
Tu quittes ton monastère
et pars en croisade
je ferme les paupières
et pars en djihade 
et derrière
nos armés de poètes
Abou-Nawas
Beaudelaire
Al-Moutanabi
Appolinaire

Sur ce lit,
angulaire
nulle frontières
le moindre petit soupir
tête en l’air
est soupçon,
le moindre petit souffle
Imprudent ..
devient.. bouc émissaire
***
Tu prononce tes discours
tu me promets
très sévère
un châtiment exemplaire
et j’annonce d’une manière
bien claire
une victoire
éclatante dans des sphères
éphémères

 

Sur ce lit,
ce matin, rien ne doit nous distraire
nous sommes occupés
à rejouer cette histoire millénaire
la ‘’ guerre sainte ‘’..
ennemi que je préfère
colombe et panthère
écriture inachevée
étincelle solitaire
légèreté inconséquente ..

poudrière
Septembre 2008

L'Achigan

Oana-Maria Cajal

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