La danse classique de l’Inde enseigne la pureté, l’harmonie, l’équilibre, le respect pour la nature. La position des mains, l’usage des yeux et de la tête, le jeu rythmique des pieds sont à l’unisson de l’émotion du corps entier. Chaque chorégraphie est une sorte de prière avec musique, dédiée à une divinité. Le bonheur se trouve dans la simplicité, la sagesse dans l’équilibre –voici l’essence de la danse indienne. L’émotion prend sa source au plus profond de l'être et on redécouvre la beauté pure des éléments de la nature : la terre, l’air, l’eau, les fleurs, les arbres, les oiseaux…
Le langage gestuel, délicat et parfois acrobatique de cette danse spirituelle peut être déchiffré et enseigné à l’école Sattvika Danse à Montréal. Cette école a été fondée en 2005 par Ginette Dion-Ahmed, danseuse professionnelle et chorégraphe passionnée qui est reconnue tant sur la scène canadienne que sur la scène indienne. Elle enseigne le Bharata Natyam, l’un des huit styles de danse classique de l’Inde, originalement enseignés dans les temples. Au fil des ans, la professeure Ginette Dion-Ahmed a fait connaître son art à plusieurs générations d’étudiants. Elle a produit des spectacles de Bharata Natyam et a poursuivi sa recherche d’un nouveau code gestuel pour créer une danse personnelle.
Au cours des soirées du 13 et du 14 juin 2008, Ginette Dion-Ahmed, ainsi que les danseurs de Sattvika Danse - Julie Beaulieu, Lucie Berthiaume, Lance Deskar, Geneviève Dugré, Kim Girouard, Sylvie Mayer, Marie-Claire Oziel, Milton Tanaka, Manon Tjelios- ont présenté sur la scène du Théâtre D. B. Clarke de l’Université Concordia un spectacle intitulé « Bhumi Pranam, hommage à la Terre! » Les différentes chorégraphies de danse indienne ont été jumelées avec les compositions d’Antoine Ouellette, connu surtout pour ses recherches interdisciplinaires sur la musique des oiseaux. Il était accompagné sur scène par Patrick Graham aux percussions, Lavoie Alexandre à la flûte bansuri, Hugues D.Thériault au saxophone et tempura. Biologiste, compositeur et musicologue, Antoine Ouellette étudie depuis l’automne 2006 le Bharata Natyam auprès de Ginette Dion-Ahmed. Son intérêt pour les arts classiques de l’Inde l’a inspiré à composer deux œuvres: une méditative, « Magnolia », et l’autre plus dynamique, « Sattvika, : l’Oiseau danse ». De plus, en première, Ginette Dion-Ahmed a présenté sa nouvelle création, « L’oiseau de feu en Bharata Natyam », une chorégraphie inspirée du conte national russe du même nom, sur une musique originale d’Antoine Ouellette.
Dans la salle de spectacle on santal l’odeur qui parfumait l’air. Sur la scène trônait un arbre chargé de fruits et des fleurs, qui signifiait l’abondance de notre Mère Terre. Le spectacle « Bhumi Pranam, hommage à la Terre! » débuta par une incantation poignante : « Je demande à la terre et à l’univers la permission de frapper le sol. Mère terre plus précieuse que la prunelle de mes yeux, que mes pas puissent se poser sur toi avec respect. Bhumi, déesse de la terre, je t’offre ma danse, hommage à toi ! »
La musique s’intensifiait en suivant l’histoire racontée par le mouvement de la danse. Les divinités de l’hindouisme et les sentiments qu’ils évoquent étaient représentées par les ondulations des mains, la cadence des pieds, l’expressivité du visage et des yeux. L’éclairage toujours en accord avec l’état d’esprit suggéré et l’effet sonore des bracelets nous tenaient sous le charme. Les hastas -les gestes des mains-, la musique et la danse constituaient un langage éloquent, universel et vibrant. J’ai découvert Bharata Natyam comme un art dont la spiritualité et la joie sont toujours en résonance avec les éléments de la nature.
« Bhumi Pranam, hommage à la Terre! » est une représentation fraîche et innovatrice, où la tradition coexiste avec d’autres formes d’art contemporain. Danse classique indienne et principes panthéistes s’harmonisent à la musique d’Antoine Ouellette, qui traduit le chant des oiseaux en musique humaine*.
En voilà des témoignages recueillis après le spectacle :
« J’ai étudié beaucoup la danse japonaise contemporaine. J’aurais pu faire du ballet classique ou de la danse contemporaine; pourtant, cette danse qui a des origines très anciennes m’a beaucoup attirée. Pour moi c’était plutôt comme un cheminement spirituel. »
Milton Tanaka, danseur Sattvika Danse, consultant en développement organisationnel
« La Terre, il faut la respecter. Chaque pièce a son rythme, il fallait décorer la terre pour la rendre plus belle, prendre soin d’elle, la dessiner, l’habiller comme on habille un enfant ou quelqu’un qu’on aime. [..] C’est un hommage à la Terre, en fonction de ce qui se passe actuellement avec les problèmes au niveau planétaire. J’avais choisi pour ce soir spécialement une pièce sur la nourriture; quand j’ai fait cette danse, j’ai pensé à tous les gens qui ont faim et qui devraient être nourris. C’est sûr que ça peut toucher les gens, car la danse Bharata Natyam nous ramène à notre côté spirituel, dans le sens de respect de soi, de l’autre et de l’univers. C’est également un hommage au désir de paix qui est en chacun de nous. Il faut trouver la paix en soi pour être capable de la créer autour de soi. […] J’espère qu’on aura la chance de refaire ce spectacle, pour moi c’est tellement d’énergie! Je pense que c’est une richesse, une couleur, que c’est un spectacle qui peut inspirer la joie et la paix. »
Ginette Dion-Ahmed, danseuse professionnelle, chorégraphe, fondatrice et professeur Sattvika Danse
« Pour moi, d’abord c’est mon premier projet avec de la danse et c’est dans un style bien particulier. L’environnement, la nature, c’est quelque chose qui est très proche de moi, car je suis biologiste de première profession avant d’être musicien. Au début de cette année, j’ai publié un livre sur le chant des oiseaux, comment traduire le chant des oiseaux dans la musique. Je rencontre beaucoup de groupes d’adolescents, dans les camps de vacances. Je vais les sensibiliser; quand j’ai travaillé sur ce sujet-là, ça m’a moi-même sensibilisé beaucoup; parfois on ne l’entend pas ici à Montréal à cause du bruit, du trafic. »
Antoine Ouellette, Biologiste, compositeur et musicologue
*« Le chant des oiseaux. Comment la musique des oiseaux devient musique humaine «, Antoine Ouellette, 2008, Éditeur TRIPTYQUE
PHOTO : Les artistes qui ont participé au spectacle « Bhumi Pranam, hommage à la Terre! », par Otilia Tunaru



