Le refuge global est un recueil de poésie engagé parlant du Québec dans le contexte des accommodements raisonnables. On y retrouve des réflexions sur l’actualité, des notes, un état des lieux poétiques du Québec, des poèmes, des maximes du genre « au Canada, les gens ne meurent pas de froid mais plutôt d’isolement » ou encore « au Québec, ce sont nos défaites qui nous rapprochent le plus ». Avec cette œuvre, Blaise veut « laisser une empreinte de [son] époque qui passe du noir au gris. Témoin de ce refus et reflux des institutions anciennes, à l’acceptation globale des idées convergentes, dans ces grandes villes du monde qui sont maintenant le refuge de l’humanité ».
Dans une langue du quotidien, le poète fait des prises de sang du réel et revisite la littérature québécoise d’Octave Crémazie à Juan Garcia. Sous sa plume, par exemple, le Refus global, de Borduas, devient le « refuge global »; l’homme « rapaillé », de Miron, devient « l’homme raccommodé »; le « vaisseau d’or », de Nelligan, devient « le vaisseau dort ». D’autres jeux de mots ponctuent le recueil tels « me, myself and high » au lieu de « me, myself and I », « or jeux » pour « hors jeu », « derniers maux » pour « dernier mot », ou encore « jet sexe » au lieu de « jet set ».
Roger Stéphane Blaise sort dans la rue et va sur la place publique pour déclamer une poésie inégale, par moment originale, se rapprochant par contre souvent de lieux communs comme « la démocratie : c’est le droit de parler dans le vide » ou encore « rien ne bouge quand tout est en changement ». Son écriture n’a pas encore atteint toute sa maturité, mais témoigne d’une certaine poésie que l’on entend souvent dans des soirées comme celles organisées par Éric Roger, intitulées Solovox. Maladroite, elle est toutefois aussi vivante qu’intéressante et vaut la peine d’être lue.
Il faut souligner la partie « Éléments de poésie », glossaire poétique qui pourrait plaire aux étudiants qui s’intéressent à ce genre littéraire. Blaise y livre ses définitions personnelles des figures de style et de certaines formes poétiques. Brèves, claires et concises, on les lit avec amusement.
Roger Stéphane Blaise, Le refuge global : dyslexie poétique et mots de tête, Montréal, Zone Grise éditions, 2007, 152 p.























