Depuis 2001 • No 49 • Montréal • 15.09.2008
Octobre 2008

Festival du Nouveau Cinéma vu par Lucie Poirier

Hunger : montrer l’intolérable

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

En 1981, dans la prison de Maze en Irlande du Nord, les conditions de détention des prisonniers de l’IRA sont planifiées pour les humilier, les torturer, les aliéner. Ce qui est inhumain fait partie de l’humain et même le caractérise. Les animaux n’organisent pas des lieux de tortures. Dans Maze, les sévices corporels ne sont pas infligés pour obtenir des renseignements, prétexte souvent déclaré pour justifier le sadisme. Amnistie Internationale affirme que les prisonniers les plus maltraités dans le monde sont les prisonniers d’opinion dont le crime est parfois uniquement celui d’écrire. Une voix de femme qui n’est ni montrée ni identifiée déclare qu’il n’y a pas de statut politique, il n’y a que des criminels. Pourtant ces hommes qui n’ont pas violé, volé ou tué de façon crapuleuse sont avilis, battus, enfermés dans des conditions qui les privent de dignité.

Le réalisateur Steve McQueen relate les faits survenus en 1981, nous sommes donc au 20e siècle, en Occident, pourtant ce qui se passe là rappelle les camps de concentration nazis, les goulags russes, les prisons d’Amérique Latine. L’ONU n’intervient pas pour mettre des limites aux Britanniques.

McQueen a bouleversé la chronologie de la narration, il montre des faits puis, plus tard, en montre la cause. Il a surtout procédé avec des gros plans et des plans fixes et il a placé sa caméra dans des endroits inusités, jamais grotesques, afin de saisir l’angle non-officiel de la réalité.

Au début du film, chez-lui, un gardien de prison (Raymond Lohan) se regarde dans le miroir. Quand il déjeune, gros plan sur les miettes tombant sur la serviette brodée; la caméra est à la hauteur de ses cuisses. Puis, la caméra est sous son auto, on voit ses pieds, ses genoux, son visage penché pour regarder sous son véhicule. Quand l’auto démarre sans exploser, sa femme est soulagée.

Dans la prison, encore devant un miroir, le gardien ferme les yeux, sa main saigne aux jointures. Dehors, sous la neige, il fume, gros plan de la neige qui fond sur sa main.

Un nouveau prisonnier arrive, est gêné de se déshabiller. Nu, il est conduit à sa cellule. Gros plan d’une blessure saignante parmi ses cheveux. Un compagnon partage la cellule. Long plan séquence des murs couverts d’excréments. Dans le film Confessions of an innocent man  dans la réalisation de David Paperny accompagnant le récit de William Sampson, d’un citoyen canado-britanique détenu au Moyen-Orient, on voyait que Sampson lui aussi s’adonnait à l’art rupestre avec ses excréments. (1)

Les prisonniers n’ont droit à aucun vêtement ni accessoires d’hygiène personnelle (2). La nuit, les asticots se promènent sur leur corps. Le prisonnier qui veut se masturber en pensant à sa bien-aimée dont il a réussi à préserver une photo froissée ne bénéficie guère d’intimité pour le faire.

Rappelons que les viols habituels entre prisonniers criminels ne sont pas perpétrés entre des prisonniers politiques. Ce fait les distingue. Dans le film Le baiser de la femme-araignée, (Hector Babenco 1985) le prisonnier politique Valentin ne viole pas son compagnon Molina, il développe une relation homosexuelle.

Pour les visites, ils sont lavés de force. On voit le gardien qui frappe le prisonnier avant de le pousser dans la baignoire. Répétition de la scène du gardien devant le miroir avec sa main aux jointures saignantes. Répétition de la scène où il fume sous la neige. La cellule est nettoyée au jet d’eau.

Gros plan : un gardien se suce le pouce jusqu’au sang. Une équipe avec des matraques et des boucliers est doublement alignée. Un par un, on sort les prisonniers. Chacun est jeté au sol entre les deux rangées de matraqueurs qui les frappent. McQueen cadre à droite de l’image un jeune matraqueur qui pleure, de l’autre coté du mur, à gauche de l’image, le matraquage continue.

Le gardien, avec des fleurs, va voir sa mère âgée, inerte, sans réaction quand un paramilitaire tire une balle dans la tête de son fils et que le sang gicle sur elle.

Jusqu’alors, McQueen s’est appuyé sur la force de l’image et une parcimonie de dialogues. Dans un long plan fixe, il filme la conversation du prisonnier Bobby Sands (Michael Fassbender) avec un prêtre (Liam Cunningham). Ils abordent des questions cachées, déterminantes, même cruciales : les hiérarchies dans l’Église, les prêtres hypocrites, privilégiés mais aussi leurs valeurs religieuses, leur foi acharnée, leurs convictions conscientes. Ils réfléchissent, il ne s’agit pas de fanatisme.

Bobby Sands planifie une grève de la faim qui sera enclenchée progressivement; tous ne seront pas affaiblis en même temps, les affamés qui mourront seront remplacés par des grévistes ayant encore des forces.

Est-ce suicidaire? Le suicide est contraire aux convictions catholiques. Est-ce du martyre? Sait-il encore ce que c’est être normal après quatre années de détention? Est-il encore un combattant pour la liberté? Que signifie la vie pour lui? Un exercice théologique? Ils ont besoin de l’idéal révolutionnaire. Qu’est-ce que le péché?

Bobby Sands choisit de mettre sa vie en péril pour son idéal. Cadré en gros plan, il raconte un souvenir, enfant, il s’est déjà sacrifié pour les autres.

McQueen prend toujours le temps d’accorder une attention aux détails. Il précise donc la dégénérescence de Bobby, montre ses plaies de lit purulentes, les os saillants de ses hanches qui fendent sa peau. Son agonie est lente, calme et propre, allongé dans un lit blanc, supervisé par un infirmier, recevant des visitées, lavé, porté comme le Christ de la Piéta.

Il imagine des oiseaux qui pour lui ont toujours symbolisé la liberté, pleure et meurt après 66 jours d’une grève de la faim, qui dans la prison de Maze dura 7 mois; 9 prisonniers sont morts, 16 gardiens ont été tués par des paramilitaires. Le gouvernement britannique continue à leur refuser le statut de prisonnier politique.

Pour le tournage, Fassbender a été suivi par une diététicienne car il devait devenir maigre, osseux.

McQueen a nuancé sa démonstration, il n’a pas diabolisé les gardes, il a présenté leur réalité humaine, banale, quotidienne et le fait que pour certains l’aisance n’est pas immédiate quand il s’agit de maltraiter ses semblables. On peut donc se demander : Qu’est-ce qui constitue la conscience humaine?

Caméra d’or à Cannes.

Hunger Réal. Steve McQueen. Scén. Enda Walsh, Steve McWueen. Int. Michael Fassbender, Stuart Graham, Helena Bereen, Liam Cunningham, Raymond Lohan. Royaume-Uni 2008 Couleurs 92 min.

La 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma du 8 au 19 octobre 2008
Info-festival 1 866 844 2172  ou  le 514 844 2172
www.nouveaucinema.ca

(1) Voir mon article Confessions of an innocent man : Dire la torture sur terranovamagazine.ca

(2) En détention, l’absence d’hygiène, déjà avilissante pour les hommes, est toujours vécue plus péniblement par des femmes ayant encore un cycle menstruel.

Octobre 2008

Festival du Nouveau Cinéma vu par Lucie Poirier

JCVD: drame humain

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Il y a une quinzaine d’années, Jean-Claude Van Damme, en pleine gloire, déployait, dans des films, ses prouesses physiques dont sa capacité d’exécuter des techniques de karaté et une figure appelée le «grand écart». Il accordait des entrevues où il relatait son arrivée aux États-Unis quand il vivait dans son auto. Il était plus mince et plus élancé qu’Arnold et il a tourné avec John Woo. On critiquait son jeu d’acteur un peu malhabile mais personne ne relevait qu’avec le temps il s’améliorait (peut-être par jalousie). Puis, sa vie en montagnes russes fut relatée dans des manchettes et on le vit de moins en moins au grand écran.

Or, le réalisateur Mabrouk el Mechri s’est intéressé à Van Damme et a élaboré un scénario qui montre les aspects cachés de sa vie en lui donnant l’occasion d’affirmer sa présence d’acteur. Avec JCVD, el Mechri a accompli des prouesses cinématographiques.

Le film commence avec les caractéristiques des films d’action dans lesquels il interprétait le super héros. Mais, rapidement, on découvre les conflits qui l’opposent au réalisateur. Il a 47 ans et sa carrière n’est pas solide. En plein divorce on lui reproche les films violents qu’il a tournés et sa fille déplore en cour que lorsqu’elle est à l’école les autres rient d’elle à cause de son père (peut-être que là encore c’est une question de jalousie).

Puis, tout bascule. Il se rend à la Poste en Belgique et il est pris en otage par des braqueurs qui font croire au commissaire Bruges que Van Damme est le chef des bandits. Le décor intérieur de la banque baigne dans une lumière glauque. Une scène où une mère dans la banque est séparée de son enfant est d’une rare gravité, Mabrouk el Mechri a su démontrer une grande force dans sa mise en scène.

À partir de cette trame événementielle qui entraîne rebondissements et cascades, Mabrouk el Mechri trace un portrait de JCVD et une critique du vedettariat. Il utilise un montage polychronique, des flash-back, emprunte la caméra mobile du documentaire, construit une imbrication des développements factuels et surtout, une révélation des implications et des conséquences du show-business dans sa vie professionnelle et personnelle.

Ainsi, Mabrouk el Mechri reprend une même scène selon deux points de vue : la 1e fois le spectateur est à la place de la caméra qui filme Van Damme, la 2e fois le spectateur voit l’action comme s’il était Van Damme.

Les tractations financières, l’exploitation de sa renommée, la ruine de sa crédibilité, ont affecté sa carrière et ses familles. Il a été exploité et il attise la compassion. Les films qu’on lui propose le découragent, il n’a pas le droit d’être fatigué et particulièrement dans la scène du taxi avec une musique de jazz, la tristesse s’accentue.

Pendant la prise d’otages, soudain, l’action est interrompue et Van Damme fait un monologue en s’adressant à nous; il déclare : «J’ai toujours cru en l’amour. J’ai aimé chacune de mes épouses. La drogue, j’étais déchiré mentalement et physiquement à un point ou j’en suis sorti. Quand on a 13 ans, on croit aux rêves. Qu’est-ce que j’ai fait pour cette terre? Rien. C’est con tuer des gens, ils sont tellement beaux. C’est très difficile pour les gens de ne pas me juger.»

À la fin du film, alors qu’il est en prison, sa mère lui amène sa fille. Je défie ceux qui verront la réaction de Van Damme de ne pas verser une larme et de ne pas ressortir du film avec l’impression d’avoir assisté à la démonstration d’un drame humain.

JCVD  réal. Mabrouk el Mechri Int. Jean-Claude Van Damme. 2008 France, Belgique, Luxembourg

 

La 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma du 8 au 19 octobre 2008
Info-festival 1 866 844 2172  ou  le 514 844 2172
www.nouveaucinema.ca

Octobre 2008

Festival du Nouveau Cinéma vu par Lucie Poirier

La mémoire des anges: la valeur d’un peuple

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

En noir et blanc, des nuées s’étirent, des lettres dansent, des fumées d’usines gonflent et le quatuor des Commodores chante Joshua fit the Battle of Jericho. En couleurs, le tramway passe au coin de Union et Ste-Catherine. Retour au noir et blanc, débardeurs et marins conversent. 

Avec La mémoire des anges, Luc Bourdon et Michel Giroux ont élaboré une mosaïque déferlante grâce aux extraits de 120 films de l’ONF présentant ainsi un portrait éloquent de Montréal et de ses résidents dans les années 1950 et 60. 

Aucun commentaire n’a été ajouté, la bande sonore est parfois constituée de la captation sonore originale mais aussi elle amalgame la trame d’un film et l’image d’un autre. L’enchaînement révèle l’influence de la religion, l’importance de l’hiver, la croissance des communautés italienne, noire et juive. 

Les conversations d’époque mêlent le français et l’anglais. Les otaries et les cygnes plongent dans le lac du Parc Lafontaine. On marche dans la gadoue. On déglace les écluses. Un homme qui pousse une auto embourbée tombe dans la neige. On regarde les fameuses vitrines de Noël avec les automates. C’est la cohue chez Morgan. L’âne est vivant dans la crèche.  

Puis, l’été les cordes à linge se tendent au-dessus de la ruelle. Les enfants sont pressés de jouer. Dominique Michel chante Les trottoirs de Raymond Lévesque. Avec un cheval, c’est la livraison de la glace. Les frères Jones, boxeurs, s’entraînent en courrant sur la voie ferrée.  

Les familles pauvres sont francophones, entassées dans des quartiers ouvriers, avec de nombreux enfants et des vieux qui se souviennent du temps où il y avait encore des champs et des vaches à Montréal; ce sont ces gens qui ont fait le Québec. 

Les abattoirs, les usines, les écoles occupent le quotidien sous la supervision des soutanes redoutables et des religieuses, femmes voilées de l’époque. Visite dans le Red Light lors des fameuses nuits de Montréal avec l’extraordinaire, et dévêtue, Mlle Misha et les hommes ivres observés par les policiers. 

Aux scènes des pompiers, de l’alarme et de l’incendie se superpose la musique d’Igor Stravinsky. Un pompier est décédé. Les décombres fument et le repas est figé dans la glace. Dans le cimetière, les statues d’anges veillent les défunts. 

On ne peut évoquer le Québec sans un travelling en hélicoptère au-dessus des patinoires et la soirée du Hockey avec ses spectateurs concentrés et même passionnés.  

Raymond Lévesque apparaît pendant sa chanson Bozo les culottes : «quelqu’un lui avait dit qu’on l’exploitait dans son pays». 

La toute jeune Geneviève Bujold marche avec ses talons hauts dans la forêt du Mont-Royal et Paul Anka chante Put your head on my shoulder à une foule ébahie. Alors, un anglophone unilingue gagne plus qu’un francophone bilingue, on se précipite dans les cours d’anglais et on répète «They are going to the airport» quand se superpose une scène avec l’acteur français Charles Denner dans un avion. 

Des manifestations patriotiques et pacifistes prouvent que les Québécois sont un peuple auquel on a toujours voulu imposer la guerre. 

Monique Mercure interprète Qui bat la mesure du cœur, une chanson poétique de Georges Dor alors qu’on voit le travail domestique, cette existence méconnue et souvent méprisée des femmes. 

Le film s’achève dans un silence total qui rend encore plus choquante la misère des pauvres filmés là où ils survivent, dans les décombres et la saleté. 

Magnifique ode nostalgique, cette œuvre de patience et d’attention transforme le montage en principe narratif et la citation, en proclamation historique. Basée sur des extraits certes mais aussi sur des chutes de tournage, elle exalte la qualité des films réalisés au cours des ans pour témoigner d’un peuple mais aussi d’une cinématographie. Ainsi, quelques plans se partagent la force de l’anecdote et le pouvoir du symbole : un homme sort la tête de l’unique hublot d’un navire pris dans les glaces, les déchets sont charriés par l’eau jusqu’au puisard, le travelling des deux garçons qui courent, dans le noir un visage endormi ne reçoit qu’un rai de lumière sur l’œil qui s’ouvre. 

L’émotion le dispute à l’enseignement car La mémoire des anges nous apprend le courage des gens persévérants et vaillants qui ont travaillé et qui ont élevé des familles à Montréal avec une simplicité et une intensité qui incarnent la vraie beauté humaine captée par des cinéastes qui ont fait notre cinéma. 

La mémoire des anges réalisation Luc Bourdon montage Michel Giroux Conception sonore Sylvain Bellemare et Frédéric Cloutier Production ONF 80 min. 2008 

Première au cinéma Ex-Centris vendredi 10 octobre 08 en présence du réalisateur et de plusieurs personnalités lors du FNC.

Puis au Cinéma Parallèle à Montréal dès le 20 octobre

Au Cinéma Le Clap à Québec dès le 31 octobre.

Le court-métrage d’animation Rosa Rosa de Félix Dufour-Laperière précédera les projections. 

La 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma du 8 au 19 octobre 2008

Info-festival 1 866 844 2172  ou  le 514 844 2172

www.nouveaucinnema.ca 

Septembre 2008

Paris de Cédric Klapisch: de l’hommage à l’amour

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

« Tous ces gens (…) Vous pouvez penser qu’ils ne sont pas exceptionnels mais, pour chacun d’eux, leur vie est unique » Cédric Klapisch 

La diversité caractérise les personnages et les techniques de Cédric Klapisch  dans son plus récent film Paris qu’il ouvre avec un panoramique de la ville, des plans en surimpression des édifices et du métro et la succession rapide des personnages. Élise (Juliette Binoche) déclare « Il est partout l’univers » annonçant les nombreux rapports dichotomiques du film : Paris et l’universalité, l’actualité et l’Histoire, la naissance et les décès, la solitude et l’amour, les riches et les travailleurs, les Parisiens et les Immigrants. 

Un danseur du Moulin-Rouge, Pierre Bélanger (Romain Duris) consulte un médecin qui lui montre des échographies cardiaques; suivi d’une ellipse de dialogues, le docteur lui dit : « Mais ».  

La Gnosienne no 1 d’Érik Satie devient le thème musical de Pierre qui informe sa sœur Élise de ses problèmes de santé dans une suite de gros plans en contre-champ. Il ajoute : « Regarder par la fenêtre les autres vivre c’est le truc qui me fait tenir »; le cinéaste additionne donc les plongées, parfois vertigineuses. 

Klapisch a construit son film comme la ville de Paris, dans un rayonnement : étoile, éclatement et profusion particularisent les procédés et les événements. Il transmet l’unicité de l’existence à travers les préoccupations des personnages de façon parfois contrastée : la mort de Caroline et la naissance de l’enfant de Philippe et Mélanie, la peine d’amour de Roland et l’issue incertaine de l’opération de Pierre, le luxueux défilé de mode et l’embarcation précaire des clandestins. 

Deux personnages se démarquent de l’ensemble : Caroline la motarde (Julie Ferrier) fascinante par l’affirmation de son désir, de sa peine, de sa vitalité, et Roland le professeur d’histoire (Fabrice Luchini) son parcours développé et complexe le mène de la sobriété et la gravité à l’excentricité et la déception, sa danse pour sa jeune maîtresse est originale, il réagit à la mort de son père en pleurant avec 1 mois de retard. 

De plus, on retrouve brièvement la fameuse et pittoresque Madame Renée de Chacun cherche son chat.  

Habile avec les images, Klapisch s’est assuré de l’être aussi dans les dialogues : il joue sur les mots « Problème de cœur, cœur de Pierre » et il élabore des répliques telles que « En pleurant vous venez d’admettre que vous avez une souffrance », « Comme tous les gens qui font de l’humour, j’essaie de combler le vide, l’angoisse de la mort ». 

La composition des éclairages confère un traitement artistique à certaines scènes dont celle magnifique de l’annonce de la transplantation et celle picturale du voyage en taxi. 

Klapisch n’a pas été complaisant dans son amour pour Paris, il a su exprimer avec lucidité les écarts financiers, il déplore : « la faillite de l’action sociale en France. Paris c’est une ville qui devient de plus en plus pour les riches ». 

Par la numérisation, il a transformé le cauchemar de Philippe en une jolie séquence et même le générique final, où défilent tous les personnages, est attrayant et agréable. 

Dans le Paris de Klapisch se côtoient Baudelaire et le tai-chi, alternent le Père-Lachaise et les Catacombes, se succèdent la psychanalyse et les marchés. 

Paris de Klapisch n’est pas sans rappeler des passages de On connaît la chanson et Le fabuleux destin d’Amélie Poulin. Le réalisateur présente son hommage à la ville, son Histoire, ses monuments, ses édifices, ses habitants en humanisant le périple dans lequel il nous entraîne et en communiquant l’Amour de la Vie; Pierre, qui ignore si son opération va réussir, observe les gens, les lieux et considère : « Ils ne savent pas la chance qu’ils ont tous ceux-là ». 

Paris réalisation Cédric Klapisch Scénario Cédric Klapisch Producteur Bruno Levy Directeur de la photographie Christophe Beaucarne Musique Loïc Dury Montage Françine Sandberg Chef décoratrice Marie Cheminal 

Dès le 3 octobre 2008 au Québec.

Septembre 2008

La 37e édition du FNC: aussi par les femmes et les enfants

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Aucune salle ne porte son nom bien qu’elle ait vécu à Montréal, aucun festival ne lui rend hommage même si sa filmographie, établie par Francis Lacassin, comporte plus de 400 titres, aucun prix n’est nommé en son honneur alors qu’elle a inventé le film de fiction en 1896. Alice Guy (1873-1968) s’est dévouée pour le cinéma et aucune maison d’édition n’a voulu publier ses mémoires (1). Lors de la conférence de presse de la 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma, pour la photo officielle, une seule femme apparaissait derrière les organisateurs et réalisateurs rassemblés. La présence des femmes au cinéma (ainsi que dans de nombreuses autres sphères) reste à affirmer mais, les améliorations valent d’être notées : la programmation du FNC comporte des films réalisés par des femmes et même par des enfants. 

Du 8 au 19 octobre 2008, plus de 250 films en provenance de 60 pays seront présentés dans le cadre du FNC, dédié à Claude Forget, défenseur du cinéma indépendant. Aussi, seront données des classes de maître de John Boorman qui a tourné le mémorable Delivrance et qui présentera cette année The Tiger’s Tail et de Jacques Doillon réalisateur de l’édifiant Ponette qui nous visitera avec son film Le Premier Venu

Pour le prix Louve D’Or, 19 films seront en compétitions dont la co-réalisation de Myriam Verreault et Henry Bernadet, très attendue par Claude Chamberlan, co-directeur du Festival, À l’ouest de Pluton, une co-production Québec/Canada.  

Dans la catégorie Présentation Spéciale on retrouvera enfin la torontoise Deepa Mehta qui avait été remarquée jusqu’aux Oscars avec Water basé sur des faits réels : l’ostracisme des veuves en Inde. Récemment, son frère Dilip Mehta a consacré un documentaire à cette réalité qui perdure. (2). Le film Heaven on Earth, une adaptation de la pièce de la pièce Naga Mandala, elle-même basée sur une ancienne fable indienne, réunit une femme esseulée, ayant épousé un inconnu, et qui développe une amitié avec un cobra royal. Réunissant des séquences en noir et blanc et en couleurs, en version originale punjabi avec sous-titres en anglais, le film sera projeté en présence de la réalisatrice au FNC le jeudi 9 octobre au cinéma Impérial et sera à l’affiche dès le 7 novembre au cinéma AMC Forum. 

Connue en tant que chanteuse, danseuse, actrice, auteure de contes pour enfants Madonna a participé à de nombreux films en tant qu’actrice et productrice. Elle vient de réaliser Filth and Wisdom, production du Royaume-Uni. Madonna a toujours consacré sa présence scénique à un amalgame de chant et de danse, son énergie exceptionnelle l’amène à livrer des spectacles visuellement théâtraux, il n’est pas étonnant qu’un des personnages de son premier film soit une jeune ballerine faisant du strip-tease en espérant travailler dans ce qu’elle aime. Deux autres jeunes rêvent aussi de réaliser leurs rêves : une employée de pharmacie veut œuvrer en Afrique et un gigolo sado-maso souhaite être chanteur. 

Dans la catégorie Panorama International, 26 œuvres refléteront nos enjeux socio-politiques dont Nos enfants nous accuseront, de Jean-Paul Jaud, une production française qui veut nous interpeller sur les dangers de notre alimentation contaminée, un documentaire qui ne sera pas sans rappeler Le monde selon Monsanto (3). 

Dans la série Focus, présenté par Radio-Canada, le film All toghther now d’Adrian Wills nous amènera dans les coulisses du spectacle Love à Las Vegas et nous fera entendre les réflexions de Paul McCartney évaluant toute la différence entre les moments de création des chansons, avec des notes griffonnées sur une enveloppe, et l’envergure atteinte depuis par ses compositions. 

La mémoire des anges de Luc Bourdon, une co-production Québec/Canada permettra de découvrir ou de retrouver le Québec d’autrefois avec des séquences en noir et blanc montrant les enfants qui s’amusaient ensemble (non seuls devant un écran). Pendant la chanson de Raymond Lévesque, interprétée par Dominique Michel, les enfants « sur les trottoirs » font preuve d’énergie et d’imagination. Une belle nostalgie, un pur délice. 

La section Temps ∅ nous fera découvrir Nollywood Babylon, un documentaire de Ben Addelman et Samir Mallal, une co-production Québec/Canada, sur le phénoménal cinéma nigérien, le 3e plus important de la planète.  

Les adeptes de prouesses physiques retrouveront Jean-Claude Van Damme dans un film de Mabrouk el Mechri, JCVD, interprétant un personnage basé sur lui-même confronté à la solitude.  

La réalisatrice Nina Paley a adapté le classique de la littérature indienne Mahabarata avec les chansons d’Anette Harshaw, une chanteuse de jazz des années 20. Toute seule, dans une consécration du cinéma indépendant,  elle a aboutit son projet nécessitant plus de 5 ans. Sita sings the blues est un film d’animation qui connaît un succès croissant dans les festivals où il est projeté. 

Parmi les 128 cours métrages, on pourra voir Spare Change du regretté Ryan Larkin, un film co-réalisé avec Laurie Gordon. Le parcours de ce cinéaste, déjà évoqué par Chris Landreth, sera exprimé par l’artiste lui-même dont le destin triste et tragique l’avait amené à la mendicité. 

Le FNC rendra hommage à Danielle Huillet et Jean-Marie Straub réalisateurs de Itinéraire de Jean Bricard, et à Bruce Conner, réalisateur de 11 films projetés en présence de sa collaboratrice Michelle Silva.  

Le 15 octobre, Georges Schiwizgebel sera à la Cinémathèque Québécoise pour la projection d’un des films d’animation qu’il a réalisés et qui sera présenté lors de la rétrospective qui lui sera consacrée. 

Au mois d’août à l’occasion d’un camp d’été 40 enfants ont réalisé le court métrage Le Ballon Vert qui sera présenté dans le cadre de la série Les P’tits Loups. L’an dernier j’ai assisté à une projection pour Les P’tits Loups et je me souviens des enfants qui appelaient Kowaneko dans la salle. Cette année, ils pourront aussi voir La Reine Soleil de Philippe Leclerc, une co-production Belgique/France/Hongrie. Les projections auront lieu les matinées de fin de semaine. 

Dans un questionnement sans cesse traversé par la dichotomie art / industrie, par la multiplication des écrans, des ateliers permettront d’échanger et expérimenter.. Les volets Exploration, Écranosphère, Rencontres auront lieu à l’Agora Hydro-Québec du Cœur des Sciences de l’UQÀM rebaptisé La Tanière pour l’occasion. 

On fêtera aussi les 5 ans du Wapikoni mobile et la 10e édition de Court écrire ton court!.  

Donc, cette année encore le FNC sera diversifié, international et innovateur. 

La 37e édition du Festival du Nouveau Cinéma du 8 au 19 octobre 2008

Info-festival 1 866 844 2172  ou  le 514 844 2172

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(1) Elles n’ont paru qu’après son décès. Guy, Alice Autobiographie d’une pionnière du cinéma 1873-1968 Denoël Gonthier 1976. 

(2) voir mon analyse La femme oubliée : les veuves de l’Inde terranovamagazine.  

(3) voir mon analyse Le monde selon Monsanto : l’avenir dès maintenant et mon entrevue Marie-Monique Robin : une conscience pour notre santé sur terranovamagazine.

Septembre 2008

Le 2e Eurofest :
un festival de films méritoires venant de l’Europe de l’Est

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Pour sa 2e édition Eurofest, le festival de films de l’Europe de l’est s’accompagne de l’exposition de photographies Interférences Montréal : Art Nouveau en Roumanie. Le Cinéma du Parc et le Centre Segal des arts de la scène projetteront la quarantaine de films de fiction et de documentaires qui constituent la riche programmation comportant des films aux qualités reconnues par des Prix dans des festivals internationaux.  

Organisé par l’Association Rocade, Eurofest 2008, favorise la découverte de cinémas de plus en plus diffusés en Amérique et souvent récipiendaires de récompenses importantes.  

Les critères de qualité ont certes guidé Simona Hodos, directrice exécutive du Festival, Daniel Bucur, directeur artistique et Roland Smith propriétaire et programmateur du Cinéma du Parc. De plus, ainsi que me le disait Simona, «la programmation reflète la nouvelle manière cinématographique pour l’Europe de l’Est. Les films sont à la mesure de la qualité mais ils donnent une image de la société en transition, après le communisme, vers la liberté d’expression. C’est un cinéma en plein essor, qui a changé, qui nous offre des surprises, un air frais, avec de la nouveauté».  

Cette nouveauté est tributaire des changements politiques qui influent sur la vie culturelle et sociale et dont les films, qui profitent des récents outils, témoignent des implications et des conséquences vécues par les individus et par les groupes. 

J’ai regroupé l’énumération des films de la programmation d’après les pays d’où ils originent. J’ai remarqué lors de ma fréquentation de festivals de films que des membres du public assistent aux projections par nostalgie de leur pays de souche ou par intérêt pour une autre contrée. L’appréciation des qualités esthétiques s’ajoute aux découvertes ou aux retrouvailles.

République Tchèque

 

Il sera possible d’apprécier le cinéma de la République Tchèque grâce aux documentaires présentés en compétition officielle Expédition Les Juifs de Zidi z Litomysle et Jan Saudek-Trapped by his passions, no hope for rescue qui entremêle la participation du réalisateur Adof Zika et celle du photographe Jan Saudek. Du réalisateur Jan Sikl en version originale tchèque, See you in Denver s’est déjà mérité le Prix du Meilleur Documentaire –Jihlava IDFF 2006; le film retrace le parcours de deux frères marqués par la nationalisation de l’industrie du film.

Slovaquie

 

De la Slovaquie, on visionnera Genius Loci, une réalisation de Alois Ditrich et Sona and her family de la réalisatrice Daniela Rusnoková qui nous introduit à la réalité de Sona, son mari et leurs 15 enfants vivant tous dans la misère de la «Rome Slovaque». De 2004 à 2006, Daniela a su capter les confidences de Sona, gitane de l’est de la Slovaquie. Daniela s’est méritée 10 Prix dont le Prix pour le Meilleur Réalisateur (1) et le Prix du jury étudiant aux Rencontres Internationales Henri Langlois à Poitiers.

Slovénie

 

La Slovénie participe elle aussi à la compétition officielle avec le long-métrage de fiction Short Circuits de Janez Lapajne. Déjà gagnant de 9 prix au 9e Festival de Films de Slovénie, le film circonscrit en une nuit la découverte par un chauffeur de bus d’un bébé abandonné, la réunion d’un père et d’un fils et l’amitié d’une docteure avec un tétraplégique. De plus, la Slovénie présente Music is the art of time, LP fil Pankrti-no fun réalisé par Igor Zupe et résumant les incidents en Yougoslavie entre 1977 et 1980 avec la musique du groupe punk Pankrti.

Estonie

 

L’Estonie nous offre deux films en compétition officielle dans la catégorie long-métrage de fiction : The Knife réalisé par Marko Raat, une histoire de crime consacrée Meilleur long-métrage 2007 de la Fondation Culturelle Estonienne et Prix du Jury au 10e Festival Pures Rêves de Russie et The class de Ilmar Raag, qui nous démontre que l’acharnement dans l’humiliation d’un élève, ciblé à cause de ses qualités intellectuelles, mène au crime; The Class s’est déjà mérité 12  Prix dont le Prix spécial du jury, le Dauphin d’Or et une Mention spéciale au Festival International de Film Festroia 2008. En compétition officielle dans la catégorie Documentaire, Greetings form Soviet Estonia réalisé par Urmas E. Liiv aborde des questions cruciales, existentielles, périlleuses en allant à la rencontre de trois dissidents qui depuis l’effondrement de l’Union Soviétique et l’Estonie ne s’adaptent pas à la vie postcommuniste et qui se demandent comment ils peuvent évaluer le résultat de leur combat. (2)

Lettonie

 

Laila Pakalnina brouille les codes et les attentes en proposant aux spectateurs de devenir les co-scénaristes de son film The hostage. Elle déconstruit le genre thriller en plaçant dans un détournement d’avion un garçonnet qui volontairement devient un otage et réclame du chocolat. Elle a eu le Prix pour la meilleure réalisation artistique au Festival National de Film Letton. De Lettonie aussi on pourra visionner, en compétition officielle, Don’t talk about it de Una Celma qui nous plonge dans les méandres réflexifs de Béatrice, 30 ans, amoureuse illusionnée, déçue puis obligée d’apprendre à décider par elle-même.  

De la  Lettonie aussi, sera projeté John Dored’s island réalisé par Kzintra Geka qui relate le parcours fascinant de John Dored, un caméraman letton certes mais qui connut le cinéaste français Charles Pathé et fut même son élève. Vorace de tournages, il a sillonné les continents, captant pour ses contemporains, gardant pour ses successeurs, des images clandestines des funérailles de Lénine, des reportages risqués sur le front pendant de la 1e guerre et plein de tournages d’actualité pour la Paramount News. Le film s’appuie aussi sur la correspondance avec sa fiancée Elisabeth. (3) 

Aussi en compétition officielle dans la catégorie long-métrage de fiction, The dark deer, une co-production Lettonie/Autriche, écrite et réalisée par Viesturs Kairiss dans lequel l’amour naissant de Ria, 17 ans, contraste avec la cruauté récréative de chasseurs de cerfs. The dark deer a reçu le Prix pour la meilleure actrice et le Prix de la meilleure musique de film au Festival National du Film Letton.

Allemagne / Turquie

 

Particulièrement recommandée par Otilia Tunaru, assistante à la programmation de l’Eurofest, aussi en compétition officielle dans la catégorie long-métrage de fiction, Hidden Faces, une co-production Allemagne/Turquie, réalisée par Handan Ipekçi, dénonce les crimes d’honneur perpétrés par des familles turques. Une jeune paysanne abandonnée par son conjoint après la naissance de leur enfant est pourchassée par un oncle obsédé par son projet de tuer la mère et l’enfant. Le scénario, qui fusionne documentaire et fiction, a eu le Balkand Fund Award et le film s’est mérité 2 Prix au Festival International de Films des Femmes de Créteil et du Val de Marne.

Pologne

 

Du cinéma polonais, on verra en compétition officielle, le documentaire La Gare de Gdansk de Dworzec Gsanski. Aussi, The Clinic de Tomasz Wolski s’interroge sur la vieillesse en proposant la poésie et l’attitude positive de personnages proches de la mort dans un hôpital polonais. Nombreux Prix dont celui du Meilleur Documentaire au Festival Slamdance on the road. The first day de Marcin Sauter, documentaire en compétition officielle accompagne les enfants déracinés de la toundra et soumis à une «russification». Nombreuses récompenses  dont le Prix Johnnie Walker pour le Meilleur Court-métrage Documentaire au DOK de Leipzig.

Hongrie / Grande-Bretagne

 

Présentée en compétition officielle, la comédie Mrs Ratcliffe’s revolution, co-production Hongrie/Grande-Bretagne joue déjà sur les mots en annonçant que la famille Ratcliffe a quitté le Yorkshire en 1965 pour l’Allemagne de l’Est en passant de Marks & Spencer à Marx et Lénine. Le film a reçu des Prix dont le Prix du public au Festival International de Film de Wurzburg 2008 et le Prix Hartley-Merril de Cannes 2006. 

La Hongrie, avec le documentaire The sinking village de Marton Szirmai, nous révèle le désarroi des villageois de Medgyesbodzás dont les maisons s’enfoncent inexorablement dans le sol. Pendant qu’on interpelle en vain le gouvernement, qu’on blâme les compagnies pétrolières, la station hydraulique, les jeunes quittent les maisons précaires de leurs parents. Récipiendaire de plusieurs prix dont le Prix pour l’égalité des chances à la Semaine du Film Hongrois.

Lituanie

 

Réalisé par Ignas Miskinis, Diringas, de la Lituanie, propose dans une comédie noire une critique de l’influence de la publicité et du pouvoir de l’image. Le film est en compétition officielle pour le long-métrage de fiction. Grandpa and Grandma de la réalisatrice Giedre Beinoriute relate la période soviétique en Lituanie et les drames vécus par ses grands-parents. Elle varie son langage cinématographique en utilisant l’animation, les images d’archives et les photos de famille. Elle s’est méritée des prix dont le Premier Prix dans la Section des Droits de l’Homme au Stupeni International Film Festival.

Bosnie-Herzégonvine / Croatie / Serbie

 

Le docteur Serbo-Bosniaque Vladimir Jovic n’a jamais eu de demandes de la part des bourreaux; il traite les victimes. Ce sont elles qui pleurent comme le fait l’une des paysannes racontant qu’elle a été violée. David Homel a réalisé Is my story hurting you? Beaucoup de femmes, aussi des hommes, des êtres toujours dans la pauvreté, encore dans la précarité, sans cesse dans la peur, prouvent les conséquences qui ravagent impitoyablement les oubliés des Balkans, les affligés de l’ex-Yougoslavie. 

Co-production Bosnie-Herzégonvine/Croatie, du réalisateur Sergej Kreso, Graffiti street documente lui aussi l’impact des changements socio-politiques en se concentrant sur le groupe de rock progressif La Banda dont les plans d’enregistrement furent interrompus par la guerre en Bosnie. Exilés dans 5 pays différents, les membres du groupe se retrouvent 15 ans plus tard à Sarajevo. La guerre tue les gens mais aussi elle détruit des projets et broie des destins en plus de laisser des séquelles qui ne concernent pas ceux qui l’ont décidée. La guerre n’est jamais anodine. Il n’y aura jamais trop de films pour en témoigner. 

Pour immiscer une diversion dans les horreurs de la guerre, Joseph Arone a créé le cirque «Bread and Cheese», en tournée au Kosovo. Depuis 4 ans, il quitte San Francisco et il incarne le clown Joe Mama, qui, de juillet à septembre, en Serbie propose quelques moments de bonheur. Sonja Blangojevic a réalisé Joe goes to Serbia présenté en version originale serbe avec des sous-titres anglais.  

De la Bosnie on verra aussi Tomorrow morning réalisé par Oleg Novakovic qui lui aussi se base sur le thème des retrouvailles pour élaborer les questionnements. Les pays de l’Est ont connu des bouleversements extrêmes et les valeurs ont été transformées. Des cinéastes maintenant en saisissent la portée. Tomorrow morning s’est mérité plusieurs prix dont la Silver Palm de la Mostra de Valencia en 2007.

Russie

 

La Russie participe à la compétition des films de fiction avec Spinning inside the ring road de Ramil Salakhutdinov. Les médias, le terrorisme, les médicaments et la criminalité traversent son film pour lequel il a reçu le Prix du Meilleur Film au Festival d’Europe de Vyborg en 2006.

Roumanie

 

Eurofest célèbre le talent de Radu Gabrea, auteur, metteur en scène, cinéaste émérite et membre du jury pour la catégorie compétition officielle film de fiction lors de l’Eurofest 2008. Il a réalisé The chase en 1970, la 1e télésérie de Roumanie. Le Centre Segal va projeter Struma (2001) Mention spéciale au 18e Festival International de Jérusalem, Roumanie! Roumanie! (2006), Le coq décapité (2007) et Le périple de Gruber (2007). 

Il est indéniable que les nombreux prix attribués aux films projetés dans le cadre de l’Eurofest confèrent éloquence et prestige à la programmation. Toutefois, les thèmes abordés, développés, souvent repris d’un pays à l’autre, expriment des préoccupations humaines, semblables ou spécifiques, mais profondément vécues quand les êtres ont connu des atrocités répétées, des aspirations détruites, des traumatismes persistants.

Les cinémas de l’Europe de l’Est nous apprennent le coté caché, la version latente des changements souhaités ou regrettés, des barbaries affligeantes ou choquantes grâce à leur récent accès aux moyens du langage cinématographique dans une liberté qu’ils affirment.  

La 2e édition de l’Eurofest du 19 au 25 septembre 2008 au cinéma du Parc 3575 avenue du Parc 514 218-1900 et au Centre Segal 5170 Côte Ste-Catherine 514-739-7944. 

D’autres parts, l’Art Nouveau en Roumanie, tout en s’y apparentant, s’est distingué du courant moderniste. La force de son contexte spécifique a marqué l’architecture. L’exposition de photos Interférences Montréal : Art Nouveau en Roumanie en témoigne jusqu’au 25 septembre au Cinéma du Parc.  

www.cinemaduparc.com 

www.eurofest.ca 

 

(1) Madame Daniela Rusnoková a été désignée Meilleur réalisateur (réalisatrice), preuve qu’il reste beaucoup à faire pour que le langage tienne compte d’une réalité égalitaire et même suscite des améliorations au lieu de les nier.  

(2) Récemment, le Festival des Films du Monde projetait Weltstadt du cinéaste allemand Christian Klandt qui mettait en évidence une mosaïque des opinions exprimées par des allemands de l’Est qui ont connu les deux régimes. En définitive, le communisme et le capitalisme ne sont-ils que deux aspects d’une dictature intemporelle qui inflige aux individus des existences marquées par l’inégalité et l’injustice? Voir mon analyse sur terranova. 

(3) John Dored a déjà déclaré : «Je me suis toujours senti limité par les scénarios et les mises en scène. J’ai toujours voulu désespérément la liberté. Je suis devenu caméraman justement pour pouvoir filmer ces choses pour lesquelles le Père des cieux est le seul à écrire le scénario.»

Septembre 2008

Mrs Ratcliffe’s revolution : drôle et politique

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Let’s Get Lost

La comédie dramatique Mrs Ratcliffe’s revolution réalisée par Bille Eltringham est annoncée en jouant sur les mots pour décrire le périple de la famille Ratcliffe qui passe de Marks & Spencer à Marx & Lénine en quittant l’Angleterre pour l’Allemagne de l’Est. 

Le charme d’une musique gentille et nostalgique nous introduit à l’animation du générique qui donne le ton de l’approche : l’exagération humoristique. Les chants d’oiseaux s’ajoutent à la voix d’une fillette, Mary, qui nous raconte ses souvenirs. Sa famille et elle vivaient dans le Yorkshire en 1968; Alex sa sœur aînée est une artiste, son oncle Philip, un photographe timide, son père, Frank, un communiste convaincu et sa mère Dorothy est… une mère c’est-à-dire une personne que plusieurs bernent sans qu’elle cesse de faire preuve de bonne volonté et qui reçoit des appareils ménagers en cadeaux.  

Frank décide de déménager la famille en Allemagne de l’Est. Bille Eltringham nous surprend alors en immisçant une séquence d’animation pour illustrer le trajet du voyage en auto et par bateau. À la frontière, l’enthousiaste déclaration «We want to live like you» de Frank, pendant qu’Alex feint avoir été kidnappée, est ponctuée par les rires des gardes qui le prennent pour un fou.  

Rapidement, la famille découvre les rats, le marché noir, les irruptions de la Stasi, l’interdiction de certaines lectures, la suspicion de l’entourage et l’utilisation, par la concierge de leur immeuble, de la toilette qu’elle croyait réservée à son usage exclusif. Mary est embrigadée pour espionner les ennemis que Ingrid, la collègue de Frank à l’école où il enseigne l’anglais, dans sa paranoïa communiste, imagine partout. Tous doivent avoir un emploi et lorsque Ingrid demande à Frank qu’elle est celui de sa femme, Dorothy l’entend répondre : «I suppose she’s just a housewife».  

Dorothy rencontre Otto, un jeune homme qui tente de se suicider parce que son père le contraint à devenir soldat alors qu’il veut jouer de la trompette et qui insiste sur le fait qu’il n’est pas homosexuel mais un artiste. Les deux échangent des confidences sur leur détresse et Dorothy naïvement aide Otto à passer à l’Ouest. Parallèlement à la perte de diverses illusions, déboulent une multitude de péripéties aussi tristes qu’amusantes et que Bille Eltringham enchaîne avec une trame musicale rappelant les téléséries familiales des années 50 et en empruntant parfois aux caractéristiques de différents genres cinématographiques dont le suspense. 

Le personnage de Dorothy incarne la candeur et l’audace. Tout le film procède par cette imbrication de tendances opposées : la critique est cinglante à travers l’humour, la tristesse plane dans les scènes loufoques, l’inquiétude côtoie l’hilarité, les événements dramatiques succèdent aux situations farfelues et les larmes viennent autant du rire que de la peine. 

La drôlerie n’empêche pas le danger et certains personnages cachent toujours leur dissidence mais révèlent parfois leur appréciation de la musique qualifiée décadente par les communistes, de la photographie jugée choquante par la voisine; de la littérature considérée séditieuse par les autorités. Ces rebelles expriment leur besoin d’Art. 

Et Bille Eltringham a su transmettre par des moyens artistiques cette aspiration pour la liberté que l’Art sous ses formes cinématographiques, littéraires, musicales, photographiques, parvient à transmettre. 

Mrs Ratcliffe’s revolution Réalisateur: Bille Eltringham Interprètes : Catherine Tate, Iain Glen, Grittany Ashworth, Heike Makatasch, Jessica Barden, Christian Mrassington

Hongrie / Royaume-Uni, 2007,  1: 42min. 

Projeté le samedi 20 septembre à 21 heures et le lundi 22 septembre 08 à 21 heures. 

Dans le cadre de la 2e édition de l’Eurofest du 19 au 25 septembre 2008 au cinéma du Parc 3575 avenue du Parc 514 218-1900 et au Centre Segal 5170 Côte Ste-Catherine 514-739-7944. 

www.cinemaduparc.com 

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Septembre 2008

Roman Polanski wanted and desired : la justice des hommes

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Let’s Get Lost

Dans les années 30 en Allemagne, on annonçait la projection d’un documentaire dans lequel on examinait la morphologie juive pour proclamer son infériorité. 

En 1988, Bruce Weber a réalisé un documentaire dans lequel il montre le talent et la déchéance du chanteur et musicien Chet Baker. (1) 

Dans les deux cas le mot documentaire est utilisé; les premiers réalisateurs ont trahi le langage et le genre cinématographique alors que Bruce Weber a voulu témoigner sans parti pris, sans complaisance, sans indulgence; il a été observateur, objectif, impartial, il a présenté le mieux possible les différents aspects de la totalité des faits. Il a été honnête. 

La réalisatrice et productrice Marina Zenovich a prétendu faire un documentaire alors que son film Roman Polanski : wanted and desired est structuré avec une disproportion de la fréquence et de la durée des interventions et avec une utilisation des connotations pour orienter les opinions et les conclusions vers la banalisation et, même, le cautionnement de crimes à caractères sexuels. Elle a profité de moyens filmiques de façon arbitraire pour infliger une propagande pédophile et misogyne.(2) Elle avait le droit et la possibilité de le faire et personne ne la réprimandera. Cet article propose une observation de ses procédés. 

Dans ses prolégomènes, elle allègue une étude du sensationnalisme de la presse américaine et de son influence sur la justice. Dans son film, elle insère quelques séquences où on voit des reporters après l’arrestation et pendant le procès de Polanski; aucun commentaire critique n’est ajouté à ces images. Lorsque l’on mentionne qu’en Europe l’identité de la victime a été divulguée, aucune remarque relative à cet acharnement sur la victime et sur ce manque d’éthique n’est faite, l’occasion était pourtant évidente de blâmer les journalistes sans décence, Zenovich ne relève rien des implications de ce fait. 

Les entrevues sont majoritairement constituées d’amis de Roman Polanski qui s’extasient sur son talent et qui déplorent son manque de chance. Polanski est un réalisateur dont les qualités narratives et dramatiques au cinéma sont remarquables mais il s’agissait selon les prétentions de la pseudo-documentariste de faire une critique des médias et de leur influence sur la justice américaine; elle n’a jamais annoncé que plus de la moitié de son film serait constituée de flatteries et de dithyrambes amicales. Zenovich était tout à fait libre de faire l’éloge de Polanski mais elle identifie mal le résultat quand elle prétend qu’il s’agit d’un documentaire. 

Le genre documentaire inclus des caractéristiques impératives dont celles de la neutralité de propos et de l’exactitude des faits. Lorsqu’on annonce étudier les mouvances d’une influence (Zenovich voulait prouver celle des médias sur le système judiciaire), sujet abstrait, les spécialistes auxquels on se réfère doivent refléter la diversité des composantes, appartenir à la pluralité des aspects implicites et explicites. 

Le 11 mars 1977 Polanski était accusé de viol et de sodomie sur une enfant de 13 ans qu’il avait droguée lors d’une séance de photos commandées par Vogue pour Hommes et montrant des fillettes. Déjà le contexte était inadmissible, à tout le moins questionnable : Pourquoi une revue pour hommes veut-t-elle exhiber des fillettes et pourquoi un photographe accepte-t-il d’y participer? 

Lors de son arrestation Polanski déclare que dans son pays on fait ces choses-là et que personne ne s’en formalise. Zenovich ne relève pas l’énormité de la ségrégation ethnique ainsi exprimée : d’après le réalisateur polonais, ses compatriotes seraient allégrement des maniaques aux petites filles. La gravité et le racisme d’une telle déclaration ne font l’objet d’aucune remarque subséquente dans le film de Zenovich qui procède en contrapontiste, sans variante ni opposition. 

Elle a inclus quelques interventions récentes de la victime. Aucune autre scène du film ne s’accorde avec la déclaration de Madame Samantha Gailey Geimer : «The worst part was no one believed me». Alors que s’additionnent les corroborations sur le génie cinématographique de Polanski (rappelons que ce n’est pas supposé être le sujet du film) aucun spécialiste ne traite de la déficience psycho-sexuelle, du problème narcissique, de la déviance irrémédiable, de la carence dans la gestion des pulsions agressives, du trouble de santé mentale qui concernent le pédophile. Ça n’était pas le sujet du film. Sauf que lorsque Zenovich dévie de son sujet pour promouvoir la gloire cinématographique de Polanski, elle appuie ses prétentions par une pléthore de compliments mais quand elle frôle l’aspect sale de cette histoire d’abus sexuel d’enfant, elle est parcimonieuse. Tout est déséquilibré dans ce film et ce déséquilibre est significatif de complaisance, pire, de cautionnement.  

Les témoignages affluent pour s’inquiéter de Roman qui aurait pu être agressé par d’autres prisonniers puisqu’il a plaidé coupable au plus minime des faits reprochés. Déjà, avec cette entente, le système judiciaire montrait des signes de défaillance. Les torts empiraient quand les voyages lui étaient toujours autorisés. Accompagné de journalistes, Polanski se rendait à l’aéroport et quittait le pays. La présence de journalistes lors de la fuite officielle n’est pas analysée ce qui, une fois de plus, contredit les prémisses de Zenovich. 

Le laxisme du système judiciaire s’est manifesté de diverses façons : jamais il n’a été menotté, la liberté qu’il conservait, la réduction des charges, les appels qu’il avait les moyens d’entreprendre, la conservation de son passeport, la possibilité qu’il avait de voyager à l’extérieur du pays et dont il a profitée. 

Zenovich alterne des extraits d’archives montrant le juge Laurence J. Rittenband et une scène de film en noir et blanc dans laquelle Polanski, jeune acteur, bouge selon les coups de tambour martelés par un gros type qui fait ainsi du personnage interprété par Polanski une marionnette. Zenovic suggère que le juge Rittenband a fait de Polanski sa marionnette. Elle ajoute, par l’intermédiaire de déclarations d’avocats, que le juge a prononcé une sentence exemplairement sévère parce que Polanski était une vedette.  

D’abord le laxisme judiciaire était évident et il permet de supposer que c’est sa célébrité qui a valu à Polanski des faveurs aussi nombreuses que celles dont il a profitées. De plus, il faudrait approuver, et non vilipender infiniment, un juge qui, dans une cause impliquant une vedette, serait capable d’imposer une peine exemplairement sévère pour qu’enfin une sentence soit dissuasive suite à un crime sexuel. 

Jamais dans le film de Zenovich l’un des nombreux intervenants ne déclare que ce qui a déclenché toute l’affaire concernait des crimes à caractère sexuel infligés à une mineure. Jamais. Les silences sont lourds de sous-entendus et ceux-là suggèrent l’approbation du viol et de la sodomie d’une victime droguée. 

Le film se termine par la justification du titre incluant le mot «desired»; Zenovich blâme les États-Unis pour avoir fait de Polanski un criminel «wanted» et approuve la France qui l’a «desired» et qui l’a honoré. On voit Polanski festoyant avec du champagne et reçu par les membres de l’Académie des Beaux-Arts. Un plan panoramique nous montre les vieux messieurs heureux de l’accueillir parmi eux. 

Aux États-Unis, le cinéaste John Huston (4) et le photographe Man Ray avaient été impliqués dans des abus de fillettes sans faire de prison. Au Québec et au Canada, de nombreuses erreurs judiciaires concernent des crimes sexuels nous interpellant sur la volonté des systèmes policiers et judiciaires à traiter ces cas avec probité : Steven Truscott, David Milgaard et Michel Dumont savent les négligences inhérentes à une affaire criminelle qui implique un abus sexuel et ils en ont fait l’expérience en étant accusés à tort. Alors que Michel Dumont se démène toujours pour obtenir justice, Laurent Dugas, reconnu coupable d’abus sexuel sur un mineur, a bénéficié d’une absolution. Non, les États-Unis n’ont pas le monopole du déni et de la désinvolture quand il s’agit de prédation sexuelle. Au Québec, l’ADISQ avait hésité à reprendre le Félix Hommage remis à Guy Cloutier, cet homme avait profité de son pouvoir dans le monde du spectacle pour abuser d’au moins deux enfants; sous la pression du journaliste Michel Vastel, l’ADISQ s’était rétractée et volontairement Guy Cloutier avait rendu tous ses trophées.  

Notre société a échoué à assurer la sécurité de chacun de ses membres et quand un crime survient surtout s’il s’agit de prédation sexuelle, elle échoue dans la compréhension, la compassion et la réparation. Zenovich n’a pas dérogé de la généralité selon laquelle dans les affaires de viol, on supporte le violeur et on crucifie la  victime, qu’elle soit femme ou homme (5). En cadrant pour montrer que Madame Samantha Gailey Geimer a accordé une entrevue en présence de son avocat alors que tous les autres intervenants étaient seuls, involontairement Zenovich a prouvé que dans une affaire de crime sexuel, la sentence à vie est purgée par la victime. 

Roman Polanski : wanted and desired Réalisation et scénario : Marina Zenovich Contribution au scénario : Joe Bini, PG Morgan. Montage : Joe BiniÉtats-Unis 2007 couleurs 99 min. 

Au Cinéma du Parc. Pour l’horaire : www.cinemaduparc.com  
 

    1. Voir mon article sur Terranova.
    2. Dans les plantations, les gardiens les plus cruels étaient des Noirs, dans les camps de concentration les kapos les plus redoutables étaient des Juifs, dans nos sociétés les misogynes les plus perfides sont des femmes.
    3. Tous les hommes n’approuvent pas la prédation sexuelle. Le syntagme qui apparaît dans le titre de mon analyse La justice des hommes vient de mon père et la relecture de mon texte a été faite par mon amoureux. Aucun des deux ne cautionne le viol.
    4. Dans le film Chinatown, Roman Polanski a confié le rôle du père incestueux à John Huston qui n’a jamais été poursuivi pour son implication dans des abus sexuels de fillettes qui incluaient Man Ray et George Hodel. Ce dernier fut accusé d’inceste sur sa fille Tamar. Innocenté, il a par après violé Deborah, la fille de sa fille, sans que jamais il ne soit accusé. Des suites de ces événements, il ne reste que les traumatismes des deux femmes et les fantasmes exprimés sans retenue par des hommes approbateurs; aucune preuve que les systèmes policier et judiciaire aient voulu sévir. Cf. Steve Hodel L’affaire du Dahlia Noir Seuil 2004.
    5. On ne pardonne guère aux victimes masculines qui semblent avoir trahi l’image du macho invincible; un homme est supposé être «fait fort», l’intransigeance envers une victime, femme ou homme, s’accentue toujours quand il s’agit d’actes à caractère sexuel. Voir mon entrevue avec Michel Dorais sur Terranova.
Septembre 2008

Naissance des pieuvres :portrait de jeunes filles

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Let’s Get Lost

Dans son premier film, qu’elle a scénarisé, réalisé et intitulé Naissance des pieuvres, avec éminence, délicatesse, authenticité, vérité, pureté Céline Sciamma a montré la difficile étape de l’adolescence avec ses secrets, ses angoisses, ses larmes, ses sourires, et son entraide exceptionnelle. Cet âge est peut-être le seul où l’intensité est vécue avec autant d’abandon, de chavirement et de profusion. 

L’adolescence se caractérise par la fragilité de la confiance en soi et la suprématie de l’opinion des autres auxquels s’ajoutent les changements hormonaux et les premiers émois sexuels. 

Les seins qui augmentent, l’hymen qui préoccupe, la réputation qui angoisse, l’hésitation entre ce qui est préservé et ce qui est consenti, le contraste entre ce qui est choisi et ce qui est contraint, l’adolescence des filles, mystérieuse depuis le début de l’humanité est explorée par Sciamma à travers les personnages de Marie, taciturne mais déterminée, Anne, troublée mais audacieuse et Floriane, convoitée mais malheureuse. 

Pour elles, la nage synchronisée changera tout. Et pour la cinéaste, elle permettra de filmer sous l’eau les mouvements invisibles des nageuses, métaphore de cet univers qu’est celui des filles dans la différence entre ce qui paraît à la surface et ce qui s’agite en profondeur. 

Le retour à l’eau sera pour Marie et Anne la découverte de leur équilibre commun alors que Floriane restera seule et désirable. 

Les films qui nous apprennent des vérités cachées sont rares, avec Naissance des pieuvres, Céline Sciamma a fait un film unique, un constat délicat et sensible des confusions multiples et profondes de l’adolescence telle que vécue par les filles. 

À quand un film sur la sensibilité des garçons? Ils sont si mal représentés au cinéma, toujours réduits au stéréotype de l’abrutit sportif, buveur et obsédé par le sexe. Nous montre-t-on d’eux ce qu’ils sont ou ce qu’on veut qu’ils soient, des fêtards violents sans capacité sentimentale ni aptitude intellectuelle? Ce que l’on catégorise « film d’ado » oscille entre l’humour et l’horreur. Est-ce vraiment un résumé de l’adolescence, est-ce réellement un portrait de l’adolescent? 

Naissance des pieuvres, naissance sur grand écran de trois jeunes actrices capables d’assumer des scènes d’appréhensions, de troubles, de peines avec naturel, modération et sincérité; naissance aussi d’une scénariste et réalisatrice extraordinaire qui, sans vulgarité, sans brutalité, sans concupiscence, nous a fait entrer dans le vestiaire des filles. 

Naissance des pieuvres Scénario et Réalisation : Céline Sciamma Interprétation :. Pauline Acquart, Louise Blachère, Adèle Haenel. France 2006 85 min. 

Dès le 26 septembre au Cinéma du Parc

Pour l’horaire : www.cinemaduparc.com  

Septembre 2008

Chet Baker Let’s get lost: la déchéance d’un génie

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Let’s Get Lost

Elles ont été nombreuses à rêver qu’il chante à leur oreille dans un murmure troublant My funny Valentine; il n’est pas étonnant que Matt Damon ait choisi de reprendre cette chanson dans le film The talented Mr. Ripley. L’aura de la sensualité d’un homme à femmes émanait de lui et plane encore dans son sillage.

Le trompettiste et chanteur américain Chet Baker (1929-1988) avait un talent pour le jazz et une propension pour l’autodestruction; ces deux extrêmes ont déterminé sa vie. Ses succès s’accompagnaient de déboires; ses tendances extrémistes n’ont pas altéré la subtilité de sa musique mais l’ont entraîné dans des périls qui ont nuit à sa carrière. Ainsi, il avait une gueule de beau gosse irrésistible, il aimait les femmes, s’était engagé dans l’armée après une peine d’amour mais, agressé par des vendeurs de drogues en 1966, la mâchoire fracturée, il a consacré des années à réapprendre à jouer avec un dentier et est revenu sur scène en 1973. Le succès l’a mené en Europe avant qu’il connaisse une période creuse lors de laquelle, à l’instar d’autres musiciens de jazz, les contrats n’affluaient plus.

Sa dépendance aux drogues a ravagé son corps et l’a conduit plus d’une fois en prison. Phénix persévérant, il n’a cessé de jouer et d’enregistrer et, en 1987, était capté Chet Baker in Tokyo que certains classent parmi ses accomplissements les meilleurs.

En musique, il a su être nuancé, doux, délicat et sa virtuosité si spécifique venait de sa capacité rare à ciseler son chant et son interprétation. Sa rigueur professionnelle a contrasté avec ses dérives personnelles. Jamais il n’a utilisé la musique comme un exutoire; il s’est mis à son service avec un exceptionnel sens de la justesse, de la retenue, de la modulation. Ses qualités ressortent dans des pièces telles que My ideal, The thrill is gone et sa chanson fétiche My Funny Valentine que l’on retrouve surle disque Chet Baker Sings (1956) qui consacra sa renommée.

D’ailleurs en 1954, tous les magazines de jazz américains le désignaient : « Trompettiste de l’année ». Une peine résignée avec un dernier sursaut d’espoir magnifiait tout son travail d’interprétation même dans ses déclarations d’amour; Jeroen de Valk l’a qualifié de «lyrical trumpet player».

En 1988, son décès, à l’âge de 58 ans a contribué à son mystère; il est tombé d’un balcon d’hôtel à Amsterdam. Un an plus tard, le photographe Bruce Weber réunissait des extraits de ses prestations et des témoignages de ses proches dans un documentaire intitulé d’après une des chansons qu’il a popularisées : Let’s Get Lost.

Les scandales de sa vie ont souvent occulté la renommée de son talent et Weber commence le documentaire par le contraste énorme entre des travellings de la beauté juvénile de ses trois enfants sur la plage de Santa Monica en 1987 quand ils rient, tournoient, parlent de Dizzy Gillespie et le gros plans de Chet au visage détruit prématurément alors qu’il s’exprime difficilement sur la vie qu’il trouve parfois «boring».

William Claxton, photographe, ne pouvait que relever le fait que Chet Baker avait du charisme, «he loved the camera». Les photos qu’il a faites du jeune Chet nous montrent son éblouissante beauté.

Un superbe panoramique nous mène de son ombre jusqu’à lui, jouant sur un toit; qu’importe la laideur du visage vanné, la musique coule, puissante de maîtrise.

Participation au festival de San Remo en 1956 puis séance d’enregistrement à la fin de sa vie; sa voix est toujours aussi contrôlée, envoûtante et sa trompette, pondérée, imposante.

Dick Bock, directeur fondateur de Pacific Records, considère que l’avoir rencontré a changé sa vie. Chet ne pouvait pas être «a side man. He was always fresh and new».

Son apparence a beaucoup changé mais son talent a augmenté, mûri. Se succèdent sa prestation en 1968 au Steve Allen Show et les souvenirs de Jack Sheldon, trompettiste «he was a natural musician», de Joyce Nigth Tucke, chanteuse, et Diane Vavra, musicienne «I felt in love with him immediatly» mais il manipulait les gens pour obtenir l’argent nécessaire à sa toxicomanie.

Alternent les séquences de nuit, à l’arrière d’une décapotable, il embrasse deux femmes, les extraits du film Hell’s Horizon dans lequel il joue et les propos de sa mère Vera Baker qui admet qu’il l’a déçue en tant que fils malgré ses succès.

Chet lui-même évoque ses premiers engagements avec Charlie Parker, Stan Getz, Gerry Mulligan. Le scénariste Lawrence Trimble rappelle que le film All the fine young cannibals avec Robert Wagner était inspiré par le jeune Chet. Trimble connaissait tous les disques de Chet mais ne retrouvait pas dans les enregistrements ce qu’il ressentait quand il l’entendait en spectacle. Quand il l’écoutait au Chat qui pêche à Paris, une femme lui avait dit «Don’t talk to me I’m in love with Chet Baker» et Trimble avait répondu «So am I».

Alors qu’il regarde des photos de femmes nues prises par André de Dienes, on l’entend chanter She was too good to me et il parle de sa 2e épouse, Halima, une pakistanaise, ils ont eu un fils, Chesney Aftab, en 1957. Chet dira qu’à ce qu’il parait son fils aîné a une belle voix. Sa fibre paternelle n’a pas fortement vibré. Il a été marié trois fois.

Quand on lui demande quel fut le «funiest day of his life», il raconte le jour où il a acquis son Alfa Roméo. Il parle ensuite de l’attaque dont il fut victime et qui l’amena même à travailler comme pompiste car il ne pouvait plus jouer. Il a voulu recommencer car c’était l’alternative : «Do or Die».

Diane Vavra le récupère quand il dérive et endure sa violence. «It’s a no win situation with a junky» reconnait-elle. Ruth Young confie qu’elle a été fascinée par lui qui ne l’a guère encouragée dans sa carrière de chanteuse et elle contredit partiellement sa version de l’agression. Elle diffame les autres femmes de la vie de Chet.

Lucca, Italie, en 1966, il est arrêté. Il sera 16 mois en prison, triste fait qui suit sa participation quelques années auparavant, en 1959, à un film italien Urlatori alla sbarra. C’est aussi en Italie qu’il a connu sa 3e épouse Carol, ils fuyaient les paparazis, puis, elle l’a attendu pendant son incarcération. À l’instar de ses autres compagnes, elle confirme qu’il était imprévisible. Interdit de séjour dans plusieurs pays, il lui devenait difficile de travailler.

Quand un de ses fils, Dean, a été frappé par un automobiliste ivre, Chet n’a pas pris de ses nouvelles. Sa fille a tenté de le voir sans y parvenir. Chet ne connaissait pas beaucoup ses enfants dont Paul, Dean et Missy qu’il a eu avec Carol. Dans un long plan séquence, on voit Carol, les enfants et leur grand-mère Vera dans un silence auquel se superpose le chant de Chet Blame it on my youth.

Il a enregistré 900 pièces et ses «high» préférés lui viennent d’un mélange de cocaïne et d’héroïne.

En 1987, il est à Cannes, ajout d’images d’archives où rapidement déferlent Bardot, Welles, Belmondo, Delon, Cocteau. À la fin d’une nuit qui s’étire dans un club, il annonce qu’il va interpréter Almost Blue et réclame que le public soit attentif. Pour la musique, il est toujours exigeant. C’est un intéressant passage du film car sa prestation est entièrement captée, le son et l’image sont synchrones.

Enfin, il a 57 ans et il est assez mal en point quand il accorde une interview filmée. Le 13 mai 1988, à 58 ans, il sera retrouvé à 3 heures du matin par des policiers qui rapporteront avoir découvert le corps d’un homme de 30 ans avec une trompette.
Charlie Parker, un saxophoniste alto de jazz surnommé Bird, avait été retrouvé mort à 35 ans. Le médecin légiste l’avait identifié comme un homme décédé à 60 ans.
Certes, de tels faits participent à la légende des grands du jazz mais l’important reste leur musique.

Le film de Bruce Weber démontre sans complaisance la perdition d’un homme qui avait tout : talent, génie, beauté, jeunesse, succès, amour, mais qui restait épris d’extases opiacées. Ce portrait triste s’attarde sur la dépravation de l’artiste et les extraits de prestations n’abondent guère alors qu’ils sont toujours d’un grand intérêt. La musique traîne en sourdine pendant les propos parfois éthyliques. Le choix des pièces a toujours une forte connotation biographique. Le documentaire permet de connaître sa vie avec ce qu’elle a comporté de moins reluisant.

Son œuvre, elle, persiste avec le charme d’un talent intemporel qui mérite l’adulation.

Let’s Get Lost réalisation Bruce Weber. Avec Chet Baker. États-Unis. 1989. 120 min. Version originale anglaise et projection numérique.

Au Cinéma du Parc dès le 12 septembre 2008. Pour l’horaire : www.cinemaduparc.com

Sortie : 29 août 2008

Le Banquet

Durée : 1h36
Distribution : Alexis Martin, Benoît McGinnis, Catherine DeLéan, Frédéric Pierre, Raymond Bouchard, Pierre-Antoine Lasnier, Emile Proulx-Cloutier
Réalisation : Sébastien Rose
Scénario : Sébastien Rose et Hubert-Yves Rose
Production : Canada
Photo : www.vivafilm.com

source Vivafilm

Le Banquet

Synopsis : Est-ce que chacun peut trouver sa place au soleil dans notre société? Dans une ville où les valeurs se perdent, que transmet un père à sa fille, un professeur à ses étudiants, un leader étudiant à ses troupes? L'école est-elle toujours ce lieu où se trouvent les amis, la connaissance et l'espoir? Professeur aussi passionné que désabusé, Bertrand est projeté dans une situation qui confronte toutes ses craintes. Jean-Marc, le recteur, n'a qu'une idée en tête : étouffer la contestation étudiante et développer toujours plus son université. Louis-Ferdinand, leader étudiant, est tiraillé entre son cœur et sa tête, les aspirations des étudiants et les siennes. Natacha veut refaire sa vie, mais très vite, son passé la rattrape, et sa seule bouée est de confronter son père. Gilbert, âme perdue, fréquente l'université sans vraiment savoir pourquoi. Quand il trouvera, ce sera trop tard.

Sortie : 3 octobre 2008

Faubourg 36

Durée : 2h35
Distribution : Gérard Jugnot, Clovis Cornillac, Kad Merad, Nora Arnezeder, Bernard-Pierre Donadieu et Maxence Perrin
Réalisation : Christophe Barratier
Scénario : Christophe Barratier
Production : Franco - Allemande - Tchèque
Photo : www.vivafilm.com

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Faubourg 36

Synopsis : Dans un faubourg populaire du nord de Paris en 1936, l’élection printanière du gouvernement de Front Populaire fait naître les plus folles espérances et favorise la montée des extrêmes. C’est là que trois ouvriers du spectacle au chômage décident d’occuper de force le music-hall qui les employait il y a quelques mois encore, pour y monter un « spectacle à succès ». Le lieu sera le théâtre de la plus éphémère des belles entreprises.

Sortie : 15 août 2008

Le cas Roberge

Durée : 1h38
Distribution : Benoit Roberge, Jean-Michel Dufaux, Stéphane E.Roy, Sébastien Benoît
Réalisation : Raphaël Malo
Scénario : Benoit Roberge, Jean-Michel Dufaux, Stéphane E. Roy
Production : Canada
Photo : www.vivafilm.com

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Le cas Roberge

Synopsis : Sans l’ombre d’un doute Roberge est un cas, mais c’est aussi un éternel angoissé qui possède une vision du monde unique. Irrévérencieux, impulsif et maladroit, avec lui tout peut arriver. Sa tendance à dire tout haut ce qu’il pense l’amène plus souvent qu’à son tour à se mettre les pieds dans les plats. Dans l’univers du CAS ROBERGE LE FILM les belles filles gravitent et l’amour s’enflamme tout autant que les discussions. Avec le showbusiness québécois en toile de fond, ce film aborde avec humour et sensibilité une des grandes questions universelles : quelle est ma place dans le monde?
Benoit (Benoit Roberge), chroniqueur télé, entouré de ses amis Sébastien (Sébastien Benoit), une vedette du petit écran, et Jean-Michel (Jean-Michel Dufaux), ex-animateur télé pseudobouddhiste, rêve de se tailler une place de choix dans le showbusiness. Influencé par Stéphane (Stéphane E.Roy), un comédien qui aspire à la reconnaissance artistique, ils décident d’écrire un film, espérant ainsi atteindre la notoriété qu’ils méritent. Ils partiront sur les traces du cinéaste Jean-Luc Godard s’isoler à Rouyn-Noranda pour trouver l’inspiration. Et l’amour dans tout ça ?

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