Depuis 2001 • No 48 • Montréal • 15.08.2008
Juillet 2008

Interview et film de Jean-Claude Labrecque

Infiniment Québec : Lumière de ma ville

Par Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Jean-Claude Labrecque

Dès le 25 juillet, le Cinéma du Parc présente un programme double signé Jean-Claude Labrecque : 60 cycles (1965) et Infiniment Québec (2008). À cette occasion, Monsieur Labrecque m’a accordé un entretien (fort agréable) lors duquel nous avons discuté de ces deux œuvres.

C’est le choix de Labrecque d’associer ces deux films qui seront projetés trois fois par soir. 60 cycles est d’une beauté émouvante, envahissante, bouleversante. Ainsi, il s’ouvre sur un extraordinaire long plan fixe qui montre les cyclistes lors de la 11e édition du « Tour du St-Laurent ».

Lucie Poirier : Ce film a fait école, il a contribué à des changements.

Jean-Claude Labrecque : En effet, il a été projeté au Festival de Moscou, à l’école du documentaire. Là-bas la téléphoto était interdite. On ne faisait pas ça. Dans 60 cycles on a utilisé beaucoup d’objectifs. On a tourné avec des 400, 800. Au début on voit les cyclistes à 7 milles de distance car on avait une lentille de 1,000 millimètres. Donc on a montré qu’on pouvait faire ça, on a défoncé les critères de définition.

L.P. Les prises de vues sont éblouissantes. Gros plans des mollets qui pédalent, travelling avec le cycliste qui sourit à la caméra, et, stupéfiante, une contre-plongée des roues de vélo. Bernard Gosselin, comme vous, était à la caméra. Vous deviez être allongés sur l’asphalte.

J.-C. L. Oui j’avais fait construire une structure, nous étions sous un verre dépoli et les cyclistes passaient au-dessus pour qu’on puisse les filmer. C’était une extrême contre-plongée.

L.P. Certes on peut dater car il y a la guitare électrique de Tony Roman et le haut du bas Nylon d’une spectatrice assise dans l’herbe. Je remarque des détails même filmés de loin, nous y reviendrons. On sait qu’il s’agit des années 60. Mais on peut dater aussi à cause des innovations de ce film. La trame sonore est uniquement musicale.

J.-C. L. Oui. L’image parle à elle-seule. Il n’y a pas de commentaires. C’était nouveau à l’ONF. Là encore le film a changé des choses. Des façons de faire.

L.P. Ce film a eu beaucoup de prix, très mérités. Et il a été projeté à travers le monde.

J.-C. L. 18 Prix. C’est ce film qui m’a aidé à démarrer. Il a connu un grand succès international.

 

La République Tchèque, l’Irlande, le Canada, les États-Unis, la Russie, l’Espagne, l’Uruguay, l’Argentine, l’Italie ont décernés des Prix à ce film qui, pour plusieurs raisons est un document d’époque certes mais, aussi un document qui a fait époque. À cette myriade de prix s’est ajouté plus récemment le Jutra-Hommage 2008. Nous avons aussi parlé de son plus récent film Infiniment Québec qui débute par les glaces du St-Laurent et la délicatesse magistrale du Concerto de Québec d’André Mathieu dans une interprétation finement ciselée par Alain Lefevre. Certes, le film est un hommage à Québec, au Québec, mais aussi à l’hiver. Labrecque rappelle les paroles de Sœur Gabrielle « qui savait tout » et qui lui a appris que Québec est la ville qui reçoit le plus de neige au monde. Alors, avec la neige sur la lentille parfois, il a filmé les équipes qui, poussant, traînant, hissant un canot, traversent « la mouvance des glaces sur le fleuve » exprime t-il dans le commentaire du film qu’il a écrit.

Il cite la devise du Québec « Je me souviens » et il retourne à ce «  regard amoureux de mes dix ans » et au  «  bonheur à conquérir » en évoquant l’éboulis de 1841 sur la basse-ville, le grave incendie du quartier St-Roch en 1845, l’incendie du Château Frontenac en 1926. Il déplore la décision de Louis XV « il nous a bazardé pour des îles des Antilles ».

Il termine avec le pur romantisme des amoureux qui s’embrassent et la charmante concentration des enfants qui chantent avec le groupe, incluant quelques adultes, La Maîtrise des Petits Chanteurs de Québec, à proximité de ce « fleuve qui a porté tous nos découvreurs et tous nos conquérants ».

Tout le déroulement du film s’appuie sur l’évocation d’une amitié au Pensionnat des Sœurs Grises de Québec, entre Labrecque, âgé de 10 ans à la fin des années 40 et un petit garçon, prince en exil, Sixte-Henri de Bourbon Parme, prétendant à la Couronne de France,  qui fuyait la guerre en Europe. Labrecque établit un parallèle entre cette occupation à Québec des Anglais après la victoire de Woolf contre Montcalm et l’occupation nazie. Mais « les Français savent durer » dans « une recherche éternelle de la joie ». Et, malgré des décennies, Labrecque garde un souvenir ému et tendre de cet enfant de 8 ans avec lequel il regardait les bobines chipées « dans la cinémathèque des sœurs ».

L.P. Pourquoi vous être basé sur cette relation qui accompagne toute la progression du film?

J.-C. L. C’est pendant le montage qu’on a eu l’idée de faire intervenir l’amitié. C’est avec Yves Chaput qui s’occupait du montage qu’on a choisi de faire de cette amitié l’angle du commentaire.

L.P. Un commentaire que vous avec écrit et dont vous avez confié la narration à Gilbert Sicotte; cet acteur a joué un personnage basé sur vos expériences de vie.

J.-C. L. Sicotte est mon alter-égo. Il me jouait dans les films Les vautours et Les années de rêve. Alors je lui ai confié la narration. Il est tellement meilleur que moi.

L.P. On a l’impression que la lumière et les ombres changeantes sont des personnages dans le film.

J.-C. L. Je me suis dit qu’on faisait la lumière sur Québec dès le début. Québec, je l’ai marchée. Le peintre et cinéaste Paul Vézina m’a montré la lumière de Québec, la lumière à Québec. La lumière qui touche la rue Buade pendant une saison, la lumière qui touche la rue Laval à un autre moment. J’ai appris pendant de nombreuses années à regarder la lumière.

L.P. Je remarque aussi les scènes brèves. En haut d’un des nombreux escaliers qui particularisent Québec, on vous aperçoit rapidement dans le film. Vous êtes-vous inspiré d’Hitchcock?

J.-C. L. Mais oui. Le 1er plan de I confess (1953) c’est Hitchcock en haut d’un escalier. Et il était venu tourner ce film à Québec. Je me suis dit si c’est bon pour Hitchcock, c’est bon pour moi.

Dans le film de Labrecque, découvertes pour des jeunes et de nouveaux arrivants, réminiscences pour d’autres, l’Histoire est amalgamée à l’actualité.  De plus, dans cette œuvre, les faits établis se mêlent à une vison personnelle. Et, surtout, sont convoqués les sentiments toujours vifs d’une amitié enfantine et formatrice à travers la naissance d’une passion artistique devenue le parcours d’un homme.

Un film essentiel d’un cinéaste émérite qui teinte d’affection sa célébration de la ville de Québec avec ses peintres, ses architectes, ses touristes, ses photographes, ses cinéastes et son peuple, qui au cours des siècles, a été récalcitrant, obstiné, acharné à ne pas disparaître et à constituer un patrimoine marqué Infiniment Québec.

Infiniment Québec. Réalisé par Jean-Claude Labrecque. Québec. 2008. 35 mm. 52 min.
Précédé du court-métrage 60 cycles Réalisé par Jean-Claude Labrecque Québec 1965 16 min.
Le vendredi 25 juillet à 20h. la première montréalaise aura lieu en présence de Jena-Claude Labrecque et Gilbert Sicotte.
Dès le 25 juillet 08 au cinéma du Parc 3 projections chaque soir.

Pour l’horaire veuillez consulter le site : www.cinemaduparc.com

Juillet 2008

«Le monde de DASIL est imprégné d’un surréalisme tantôt fantastique, tantôt sacré, allégorique ou classique comme les grands maîtres de la peinture symboliste (Gustave Doré, Gustave Moreau ou les grands peintres pré-raphaélistes)»

DASIL : «Artiste qui a su imprégner dans sa toile un univers magique et onirique»

Luz Garcia de Zielinski

Le mois dernier, je vous ai présenté l’une des artistes qui font partie du groupe « Artistas Mexicanos en Montreal », Elsa Gallegos.  Aujourd’hui, j’aimerais vous introduire à l’univers d’un autre grand artiste qui fait partie du même groupe:  DASIL.

La première fois que j’ai vu l’œuvre de cet artiste d’origine mexicaine,  je suis restée agréablement surprise : tellement de créativité et d’énergie qui se dégagent de ses toiles, des symboles, des couleurs font de lui quelqu’un d’original et d’unique.

Ce qui est le plus surprenant, c’est qu’il est autodidacte. En plus, DASIL est actif depuis plus de vingt ans et il s’est installé à Montréal en 2002. En regardant ses toiles, nous pouvons constater sa fascination pour la peinture qui nous amène de l’allégorie au fantastique, du classicisme au sacré.

Dans son travail,  il y a un mélange de cultures, d’influences et une richesse dans sa technique qui captivent et qui ne laissent personne indifférente! Ses couleurs, ainsi que la précision dans sa technique, complètent avec finesse son œuvre.  Sa touche est originale et personnelle et il consacre toute son énergie à son art et au développement de son œuvre. Il est un fort admirateur de l’art classique et nous le sentons en regardant ces personnages qui nous font voyager aux différents coins de l’Italie ou de la Grèce antique, à des endroits fantastiques, à d’autres dimensions ou à d’autres époques! 

De plus, il a développé sa propre technique, comme la plus part de grands peintres, mais il utilise surtout l’acrylique.  

Comme pour la plus part de peintres qui utilisent le symbolisme, DASIL montre un travail surréaliste remplit d’objets très uniques chargés de signification:   des oiseaux, des œufs, de l’eau, des fleurs, des bateaux…

Le monde de DASIL est imprégné d’un univers tantôt fantastique, tantôt sacré, allégorique ou classique comme les grands maîtres de la peinture classique et symboliste (à titre d’exemple : Gustave Doré, Gustave Moreau ou les grands peintres pré-raphaélistes). À travers son travail, il partage avec nous son affection par la mythologie, l’histoire, la musique et le classicisme.  Son œuvre est empreinte de légèreté et il nous fait le cadeau de découvrir dans chacune de ses peintures des personnages cachés, il faut être très attentif pour tout VOIR et saisir dans chaque toile.   C’est là que réside l’une de ses grandes forces.

Ses œuvres sont dispersées dans tous les coins de la planète: Mexique, États-Unis, Canada, France, Argentine, Espagne, Ukraine ou Allemagne, pour ne citer que quelques-uns.

Ses voyages en Europe ont inspiré quelques-unes de ses œuvres comme par exemple :  «La Perla » (la perle).  DASIL nous raconte ce que cette œuvre représente pour lui: Tout au cours des Temps, la perle a possédé pour plusieurs une valeur très estimée.  Pour cette raison je l’utilise ici afin de symboliser un message à la fois simple et complexe.

La perle que porte dans sa main cette Créature marine est le Monde, notre monde.  Chacun d’entre nous avons le pouvoir de tenir dans nos mains l’avenir du monde – pour en prendre soin ou pour le détruire ; c’est notre décision, notre volonté, notre destin.  La Nature a pris grand soin de le façonner patiemment, lui donnant une grande résistance – il est toutefois bien petit; à nous de choisir si nous le faisons disparaître ou le mettons en valeur.
 
C’est fascinant de regarder le travail de DASIL, chaque symbole, chaque objet y est pour quelque chose, RIEN n’est laissé au hasard! Pour lui, tout a une raison et un pourquoi dans sa toile….à nous de VOIR tout l’ensemble de son œuvre et de découvrir ou de trouver chaque personnage!

Il nous confie: « Peindre c’est d’abord lancer une ode à la vie,  tout en esquissant un reflet de nous-mêmes, de nos passions, de nos désirs et de notre spiritualité ».

Il s’inspire de tout ce qui l’entoure et qui se mêle avec son imaginaire.  C’est comme une réalité mélangée avec un rêve.  Beaucoup de choses l’inspirent: une personne, un lieu, la nature ou la musique….il aime bien nous proposer son interprétation d’une réalité…. « sa réalité », comme il nous le dit.

Comme je l’ai mentionné auparavant, ses œuvres doivent être regardées attentivement puisque il nous propose « une lecture au premier dégrée » mais si nous observons avec détail nous allons découvrir et donner une « deuxième interprétation».  

« Souvent mes images se feront complices pour en créer une autre, cherchant à confondre l’œil et à transcender l’apparence première. Ainsi l’idée originelle se verra-t-elle renforcée ou complétée d’un second concept, et l’observateur guidé vers mon monde ».

Étant d’origine mexicaine, la couleur est un élément essentiel de son travail. « La recherche, le choix et la composition des tonalités me permettent de générer atmosphères et ambiances, pour ainsi parvenir à mon propre équilibre émotionnel. »

DASIL va exposer en collectif prochainement à « El Espacio México », galerie du Consulat du Mexique à Montréal.  Cette une exposition qui va accueillir 7 autres artistes : Jorge Aguilar, Hugo Barajas,  Elsa Gallegos, LUZ Garcia, Eloy Martínez, Alejandro Maya, Lyzy Yoselevitz.  Elle se poursuivra jusqu’au 29 août.

Vous êtes cordialement invité à faire partie de ce monde de créativité, de talent et de techniques!  Le vernissage aura lieu le 17 juillet à partir de 17h00 à « El Espacio México » situé au 2055, rue Peel à Montréal et l’exposition se poursuivra jusqu’au 29 août.  Pour connaître plus sur DASIL :  http:/www.dasil.ca

Je vous invite à apprécier de l’univers symbolique et le talent de DASIL et des autres artistes de l’exposition.

Photos de DASIL

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