Depuis 2001 • No 47 • Montréal • 15.07.2008
Juillet 2008

Le temps de Sejda

(fragment)

Camil Moisa

Un matin de printemps : aujourd’hui, de nouveau, je me suis réveillé trop tôt. La même image d’avant fait son apparition sous mes paupières fermées. Sans comprendre sa signification, elle me trouble comme une musique. (Pouvait-elle appartenir aux objets dont le sens nous entoure dans l’obscurité, comme la signification des vers déchiffrés à peine par la postérité? Or, qui jouerait ce rôle dans l’élucidation de mon image?) Si j’ouvre les yeux, tout s’évanouit et ce qui a accompagné l’image mouvante perd sa chaleur douce, pleine d’une promission. Je ne comprends ni la douleur sourde qui m’envahit lorsque j’essaye de fixer mentalement la figure d’un homme dans la chambre de mon imagination : il n’est ni jeune ni vieux.  Il occupe seul une chambre d’hôpital et son lit se trouve entre les fenêtres illuminées et le mur opposé. Je veux le décrire, mais je remarque que son visage n’est pas distinct; si j’essaye de lui en créer un, sa figure passe rapidement d’une expression faciale à une autre, sans être précise. Cette chose n’influence pas l’aspect des autres repères. Je sens plutôt l’atmosphère que les objets entraînées dans celle-ci : le mélange de souffrance et d’espérance, de mort et de naissance. Car ce qui retient en vie l'homme de mon image ravive ses passions endormies, et ce qui l'en éloigne, en le projetant un pas en arrière d'elle, annule en lui tout impulse vital, en lui montrant le signe du néant.

Je voudrais le sauver même sur le plan imaginaire, mais le balancement entre deux mondes spirituels me fascine. Sa maladie le vole à l’humain et il ne réussit guère à se clarifier dans l’entourage des proches : la famille, les amis.

À un moment donné, la porte de la petite salle d’hôpital s’ouvre et la créature qui aurait dû faire son apparition sur le seuil est retardée par une petite table à roues silencieuses. La petite table est argentée, à la différence de la blouse l’infirmière qui l’a fait introduit dans la chambre. L’infirmière est jeune est jolie. Tout comme le patient, son visage est absent, mais sa présence le remplace facilement, présence dont la blancheur de la blouse l’amplifie.

Seule une beauté féminine cachée pourrait déterminer l’homme qui la suit attentivement du regard, osciller entre le refus de ce monde (dont elle est la porte) et son acceptation (couvert par l’image de la femme). La femme habillée d’un blanc immaculé se dirige vers le patient qui négligerait, en fin de compte, les deux impulsions affectives : lorsque l’infirmière approchera suffisamment de son lit, il saisira sa main sans donner une suite à son geste. Dans un premier scénario imaginaire, la femme s’échapperait à la poignée de main désespérée de l’homme, tout en le regardant terrifiée comme si elle était en face à la mort même. Malgré l’instabilité de l’état du malade, son comportement passif d’auparavant a assuré le confort psychique au personnel soignant.  Soudain, par son geste inattendu, il a osé de rendre visible l’univers caché derrière le mot « maladie ». La réponse reçue sera également pareille à l’effet produit : le sentiment de répulsion et de condamnation injuste des gens et de la maladie qui a apparemment  passé de son côté.   

Il m’est difficile de décrire un autre type de réaction de la part de la femme parce que je m’en doute. Je crois qu’il occupe mon imagination pour compenser les données de la condition humaine, les données de la situation qui vient d’être présentée. Supposant que leurs gestes suivraient une fausse voie, il est très difficile pour moi d’imaginer leur enchaînement  dans mon esprit. La pitié ou plutôt une curiosité particulière susciterait la jeune femme de donner suite à son premier geste fait par un de ses patients. Si j’admets le fait qu’elle est le personnage pour lequel la mort constitue une obsession ancienne, précoce et fondamentale, alors le malade qu’elle soigne se joint à d’autres patients qui lui provoquent une émotion inexplicable. D’ailleurs, son métier dans l’hôpital ne représente pas seulement une modalité de gagner sa vie ; c’est une sorte d’évasion de la pression de sa propre fatigue, pression calme et supportable lorsqu’elle soignait les malades. Elle a senti au bon moment qu’un milieu pareil lui facilite le contact avec « l’au-delà » sans lequel elle ne peut trouver son équilibre. D'abord, elle a essayé un rapprochement suivant une approche religieuse. Aller à l’église, le dimanche et les jours les plus importants, devraient éveiller en elle une sensation cherchée. Néanmoins, elle ne réussissait jamais à le faire que dans la présence des malades, même si elle essayait de pousser à la surface ses sentiments les plus sensibles. Lors de ses promenades entre les lits des malades, elle s’imaginait un séismographe qui enregistrait le degré de vitalité chez les patients.  Par conséquent, chaque jour au travail accentuait le fardeau d’une conscience qui l’incitait à enregistrer l’intensité du souffle humain, dans son propre intérêt. Cette routine semblait à une ascension qui cachait une sensation qu’elle évitait systématiquement, sans se lâcher prise. Elle avait petit à petit remarqué que les matins quand elle partait au travail ne ressemblaient pas aux après-midi, le moment de la rentrée chez elle.  Elle ne s’était pas demandée dès le début pourquoi il y avait cette différence, parce que le sentiment agréable senti les après-midi avait toujours suivi tranquillement les matins sombres. Et peut-être n'aurait-il pas eu la curiosité d'en apprendre la différence si le vague sentiment qu'il avait eu au départ (et qui aurait facilement pu être justifié par la fin de ses obligations de travail) n'avait pas acquis petit à petit un air triomphant, incompréhensible.

Dès lors, elle n’est plus allée à l’église et, dans le même temps, elle a cessé d’espérer à un rapprochement au secret de l’au-delà…

En ce qui concerne son nouveau patient, je dois connaître quelque chose de son évolution pour le déchiffrer. Et ce n’est pas parce que ce que l’on pouvait voir chez lui à l’extérieur avait subi des méandres spectaculaires. Au contraire, on pourrait affirmer que ses pensées les plus simples représentaient un repère beaucoup plus significatif que tout mouvement extérieur (notamment, changer son métier). Une seule chose extérieure était valable pour l’intérieur, aussi : quitter le berceau à environ vingt ans, la décision essentielle au cours de l’existence de cet homme à l’âge incertain. Un moment pareil existe dans la vie des gens; souvent l’apparition subitement de l’horizon nouveau est projetée à travers les expériences anciennes.    
Il ne lui est pas arrivé cela.  Dès qu’il avait quitté son berceau pour aller dans une ville au sud du pays, il l’avait complètement oublié comme s’il avait habité dans un milieu inconnu et impassible. Sa situation l’avait surpris d’autant plus qu’il ait été impressionné, en tant qu’élève, par les histoires avec des gens qui s’étaient arrachées de leur patrie afin de s’installer dans les grandes villes. La relation intime qu’il avait découverte avec sa nouvelle ville le détermina à croire qu’il avait été programmé pour cette étape de son existence. Ainsi, il avait découvert des sédiments inconnus de sa structure latente.  Pour lui, ce nouveau manteau le protégeait contre le passé comme d’un froid insignifiant. Car il sentait le froid lorsqu’il regardait en arrière et voyait les figures immobiles des proches profondément gravées dans une mémoire charnelle, éternelle. C’était la ville même qui l’avait aidée à se régénérer. Graduellement, il avait compris qu’une rapide adaptation à la cité reposait sur une totale identification à celle-ci ; ainsi, ses rues devinrent les artères pressées de son sang qui, jusqu’à présent, avait coulait sans but. Une telle allée le rendait sensible et sentimental, une autre mélancolique et joyeuse. Les rues plus importantes disloquaient des éléments de son être qui restaient compacts dans les rues plus désertes. S’il voulait prolonger un certain état d’âme, il évitait les endroits qui lui rendaient faible la disposition en question. Il se sentit tellement comblé par les effets de cette dépendance, qu’il s’est créé une carte affective de la ville où il se promenait par une curiosité toujours différente. Cette curiosité était évidente après chaque balade sur une rue qui lui laissait une impression spécifique, distincte. Néanmoins, un seul endroit était différent. Il était situé un tout petit peu à l’extérieur de la ville et c’était l’endroit d’où il avait embrassé du regard la ville adoptive. Les lumières d’un quartier modeste lui provoquaient, le soir, le bonheur, lorsqu’il  les admirait de cet endroit, car elles suggéraient assez bien le mystère du nouveau monde. Il s’était demandé plus tard si les lumières avaient comme cause l’effet bénéfique d’un récent changement de milieu ou si elles n’étaient pas le correspondant d’un état pronominalement gravé en lui, état qu’il était en train de conscientiser le moment même et qui, petit à petit, s’était détérioré.   

Cette séquence biographique de mon personnage me préoccupait jusque tard dans la soirée,  lorsqu’une variante pareille était en train de la remplacer avant de m’endormir. À présent, le personnage ne m’apparaît plus comme  marqué par le passage d’un monde à un autre; il est plutôt trop statique, fait qui contraste avec ses mouvements extérieurs. Le personnage est tellement dépendent de la ville où il vit, que son architecture changeante peut lui provoquer des malaises. Régulièrement, il avait imaginé des univers tendant à compenser les transformations autour de lui. Car, incapable de se dresser contre le temps en ce qui concerne son propre corps, il chercha à conserver tout ce qui constitue son extérieur, dans lequel il pourrait se contempler, régulièrement, comme dans un miroir. De l’autre côté, sa vie est menacée par une force intérieure même, et, pour empêcher l’écoulement du temps, il a besoin de ses repères personnels au long du temps; il peut les identifier avec les lieux et les objets connus. De temps en temps, il les actualisait dans son être intime, obtenant ainsi l’impression d’une égalité avec lui-même dans un temps immémorial.

Il était surpris qu’il ait découvert un trait caractéristique chez d’autres personnes, sous l’impression d’un effet  banal. Le vice était toujours présent chez les autres tout en ayant une autre facette, semblant ridicule et insignifiant.  Aussi puéril que pût lui sembler tout défaut de caractère chez ses semblables, il le ressentait comme profondément motivé chez lui. Et, se promenant parmi tous ces proches, il se voyait lui-même comme une fontaine mouvante dans un désert peuplé. Il a passé quelques années de sa jeunesse ayant cette image dans son âme, explorant son être pour découvrir la richesse de son intérieur, richesse aussi présent dans les mots de ses semblables.

À ce point, l’enchaînement de mon image s’arrête. Dès le début, j’ai senti comment s’intensifie l’incompatibilité entre les phases omniscientes du moi, comme narrateur, et l’atmosphère de la salle d’hôpital, tel qu’apparu au début. Je devrais réconcilier la pureté de la première image avec les preuves, que je suis obligé de les éliminer. Je me promets de revenir à la nudité de mon image et d’avancer avec elle, tout en essayant de la garder intense dans mon cœur, comme un rêve nocturne face à son explication diurne.

Tout d’abord, je constate que le personnage féminin m’est apparu dans une seule séquence, préexistante à ma vision d’un instant. Au contraire, l’image masculine de la petite salle d’hôpital illuminée glissait d’une personnification à une autre. C’était comme une âme à la recherche de la paix après la mort, tout en errant sur la terre d’un endroit à un autre. 

Je me suis maintes fois réveillé au milieu de la nuit ayant la certitude que, pendant mon sommeil,  j’étais en train de découvrir le mystère de l’existence. C’est pourquoi je me demande si je veux peut-être compenser  l’effet désagréable des réveils mal inspirés lorsque je fais usage de ces biographies comme des scaphandres capable d’apporter à la surface la seule bibliographie révélatrice de mon personnage, comme d’un sommeil profond. Il m’est arrivé, assez souvent peut-être, de m’éloigner de ce qui m’apparaissait trop visible, c'est-à-dire dénué de l’importance que, seules, les choses cachées peuvent l’avoir. À cause d’un seul préjugé, j’abandonnais, ainsi, justement ce qui pouvait être significatif. Ainsi, je pourrais me trouver en face de cet homme inconnu,  éclairé par les rayons d’un printemps au début : pressé de chercher les moyens qui peuvent me porter vers lui dans un labyrinthe cré/, plutôt, par crainte de ne pas pouvoir le fixer dans une biographie…

Juillet 2008

Cei care mă enervează

Florin Oncescu

Cel care vorbeşte intruna la telefon

Acum zece ani, în excursiile la New York, aproape de fiecare dată cînd luam un taxi, obişnuiam să vorbesc cu şoferul. Conversaţia aceasta o vedeam ca pe un drept al meu, ca pe un serviciu acoperit de costul transportului, de care era musai să beneficiez, pentru a nu ieşi în pagubă. Şoferul, mai întotdeauna un imigrant, era cooperant. Îi ceream sfatul despre unde am fi putut noi găsi, în zona pe care ne propusesem s-o explorăm, o stradă cu multe restaurante, îl iscodeam despre cum îi merge business-ul, ne mărturiseam reciproc originile. Pe bancheta din spate, nevasta şi fiul se sufocau de rîs. Ceva în legătură cu accentul englezei mele, dar şi cu modul abrupt în care declanşam conversaţia. Uneori, auzindu-le chicotelile, şoferul devenea suspicios, bănuindu-mă că-mi bat joc de el. Dar îi trecea repede, pentru că era la fel dornic ca şi mine să vorbească.

În ultimii trei-patru ani, mersul cu taxiul în New York a devenit o altă mîncare de peşte. Turbanatul de la volan vorbeşte întruna la telefon, pe limba lui, eu stau alături, frustrat, cu întrebările nepuse alungîndu-mi-se una pe alta din cap, iar nevasta şi fiul ne privesc posaci, tot sperînd la o întoarcere a vremurilor bune, dinainte de răspîndirea telefoanelor mobile.

Cel care ştie tot ce vreau să-i spun, înainte de a-i spune

La Montreal, în vara lui 2008, vorbesc cu un bulgar. Îi spun că am ajuns o singură dată în Bulgaria, atunci cînd m-am dus la Istanbul, cîndva la începutul anilor ’90. (De fapt, dacă mă gîndesc bine, un dus-întors face două ajungeri). El ia un aer de atoateştiutor şi-mi spune: „Ştiu, ştiu, toţi se duceau la Istanbul pe-atunci, să facă ceva bani.”

Nu l-am mai contrazis. Mi-am zis: Ce mai contează şi părerea unui bulgar?

Bulgarul a reacţionat ca orice român care m-a auzit vorbind de o excursie la Istanbul, petrecută la începutul anilor ’90. La început, dădeam explicaţii detaliate, temător să nu se creadă că şi eu fusesem unul din ăia cu negoţul. Cum s-a făcut că am cunoscut un turc în România, cum ne-a invitat el să petrecem cîteva zile la Istanbul, cum am străbătut Bulgaria într-o zi cu Dacia noastră, cum ne-au găzduit turcul şi nevasta lui, cum se-nţelegea fiu-meu, pe-atunci preşcolar, cu băiatul lor, etc. Treptat, obosit de explicaţiile astea reiterate, am început să vorbesc din ce în ce mai rar despre excursia la Istanbul.

Cel care ia masa în oraş cu ecusonul de serviciu atîrnat la gît

Am alergie la această atitudine din vremea primilor doi ani petrecuţi de mine la Montreal, pe cînd aveam 35-36 de ani, eram lipsit de job şi urmam un program de master la Ecole Polytechnique. La două dintre cursuri aveam mereu aceiaşi colegi, puţini la număr, nu mai mult de zece. Printre ei, un alt român, un chinez cu doctorat, un quebechez cu job la Bell Helicopter. Ultimul venea la cursuri cu ecusonul de la Bell atîrnat de gît. Ecusonul acela era doar partea cea mai vizibilă a unei atitudini dispreţuitoare faţă de colegii lui imigranţi şi lipsiţi de joburi. Sau, cel puţin, aşa îl vedeam noi, cei doi români. Conaţionalul meu şi quebechezul erau cam de-aceeaşi vîrstă, puţin sub 30 de ani. Poate şi din acest motiv, antipatia dintre ei luase un caracter manifest.

„Ce faci cu chestia aia la gît?” - l-a întrebat într-o zi românul meu pe tipul de la Bell. Quebechezul s-a făcut mai întîi că nu-nţelege despre ce-i vorba, însă nu şi-a permis să insiste prea mult în direcţia asta, a nepriceperii, pentru că românul ameninţa să-i smulgă ecusonul de la gît. L-a luat în mînă şi l-a privit cu mirare. „Aaa, ăsta? L-am uitat, cînd am plecat de la job”. Apoi şi l-a scos de la gît şi l-a băgat în buzunarul cămăşii.

Poate va urma, pentru că pe mine mă enervează mulţi. Din ce în ce mai mulţi.
Florin Oncescu
foncescu@lycos.com

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