Depuis 2001 • No 47 • Montréal • 15.07.2008
Juillet 2008

Bhumi Pranam, hommage à la Terre!

www.sattvikadanse.org

Par Otilia Tunaru

Plants and Animals

La danse classique de l’Inde enseigne la pureté, l’harmonie, l’équilibre, le respect pour la nature. La position des mains, l’usage des yeux et de la tête, le jeu rythmique des pieds sont à l’unisson de l’émotion du corps entier. Chaque chorégraphie est une sorte de prière avec musique, dédiée à une divinité. Le bonheur se trouve dans la simplicité, la sagesse dans l’équilibre –voici l’essence de la danse indienne. L’émotion prend sa source au plus profond de l'être et on redécouvre la beauté pure des éléments de la nature : la terre, l’air, l’eau, les fleurs, les arbres, les oiseaux… 

Le langage gestuel, délicat et parfois acrobatique de cette danse spirituelle peut être déchiffré et enseigné à l’école Sattvika Danse à Montréal. Cette école a été fondée en 2005 par Ginette Dion-Ahmed, danseuse professionnelle et chorégraphe passionnée qui est reconnue tant sur la scène canadienne que sur la scène indienne. Elle enseigne le Bharata Natyam, l’un des huit styles de danse classique de l’Inde, originalement enseignés dans les temples. Au fil des ans, la professeure Ginette Dion-Ahmed a fait connaître son art à plusieurs générations d’étudiants. Elle a produit des spectacles de Bharata Natyam et a poursuivi sa recherche d’un nouveau code gestuel pour créer une danse personnelle.

Au cours des soirées du 13 et du 14 juin 2008, Ginette Dion-Ahmed, ainsi que les danseurs de Sattvika Danse - Julie Beaulieu, Lucie Berthiaume, Lance Deskar, Geneviève Dugré, Kim Girouard, Sylvie Mayer, Marie-Claire Oziel, Milton Tanaka, Manon Tjelios- ont présenté sur la scène du Théâtre D. B. Clarke de l’Université Concordia un spectacle intitulé « Bhumi Pranam, hommage à la Terre! » Les différentes chorégraphies de danse indienne ont été jumelées avec les compositions d’Antoine Ouellette, connu surtout pour ses recherches interdisciplinaires sur la musique des oiseaux. Il était accompagné sur scène par Patrick Graham aux percussions, Lavoie Alexandre à la flûte bansuri, Hugues D.Thériault au saxophone et tempura. Biologiste, compositeur et musicologue, Antoine Ouellette étudie depuis l’automne 2006 le Bharata Natyam auprès de Ginette Dion-Ahmed. Son intérêt pour les arts classiques de l’Inde l’a inspiré à composer deux œuvres: une méditative, « Magnolia », et l’autre plus dynamique, « Sattvika, : l’Oiseau danse ». De plus, en première, Ginette Dion-Ahmed a présenté sa nouvelle création, « L’oiseau de feu en Bharata Natyam », une chorégraphie inspirée du conte national russe du même nom, sur une musique originale d’Antoine Ouellette.

Dans la salle de spectacle on santal l’odeur qui parfumait l’air. Sur la scène trônait un arbre chargé de fruits et des fleurs, qui signifiait l’abondance de notre Mère Terre. Le spectacle « Bhumi Pranam, hommage à la Terre! » débuta par une incantation poignante : « Je demande à la terre et à l’univers la permission de frapper le sol. Mère terre plus précieuse que la prunelle de mes yeux, que mes pas puissent se poser sur toi avec respect. Bhumi, déesse de la terre, je t’offre ma danse, hommage à toi ! »

La musique s’intensifiait en suivant l’histoire racontée par le mouvement de la danse. Les divinités de l’hindouisme et les sentiments qu’ils évoquent étaient représentées par les ondulations des mains, la cadence des pieds, l’expressivité du visage et des yeux. L’éclairage toujours en accord avec l’état d’esprit suggéré et l’effet sonore des bracelets nous tenaient sous le charme. Les hastas -les gestes des mains-, la musique et la danse constituaient un langage éloquent, universel et vibrant. J’ai découvert Bharata Natyam comme un art dont la spiritualité et la joie sont toujours en résonance avec les éléments de la nature.

« Bhumi Pranam, hommage à la Terre! » est une représentation fraîche et innovatrice, où la tradition coexiste avec d’autres formes d’art contemporain. Danse classique indienne et  principes panthéistes s’harmonisent à la musique d’Antoine Ouellette, qui traduit le chant des oiseaux en musique humaine*.  

En voilà des témoignages recueillis après le spectacle :  

« J’ai étudié beaucoup la danse japonaise contemporaine. J’aurais pu faire du ballet classique ou de la danse contemporaine; pourtant, cette danse qui a des origines très anciennes m’a beaucoup attirée. Pour moi c’était plutôt comme un cheminement spirituel. »

Milton Tanaka, danseur Sattvika Danse, consultant en développement organisationnel 

« La Terre, il faut la respecter. Chaque pièce a son rythme, il fallait décorer la terre pour la rendre plus belle, prendre soin d’elle, la dessiner, l’habiller comme on habille un enfant ou quelqu’un qu’on aime. [..] C’est un hommage à la Terre, en fonction de ce qui se passe actuellement avec les problèmes au niveau planétaire. J’avais choisi pour ce soir spécialement une pièce sur la nourriture; quand j’ai fait cette danse, j’ai pensé à tous les gens qui ont faim et qui devraient être nourris. C’est sûr que ça peut toucher les gens, car la danse Bharata Natyam nous ramène à notre côté spirituel, dans le sens de respect de soi, de l’autre et de l’univers. C’est également un hommage au désir de paix qui est en chacun de nous. Il faut trouver la paix en soi pour être capable de la créer autour de soi. […] J’espère qu’on aura la chance de refaire ce spectacle, pour moi c’est tellement d’énergie! Je pense que c’est une richesse, une couleur,  que c’est un spectacle qui peut inspirer la joie et la paix. »

Ginette Dion-Ahmed, danseuse professionnelle, chorégraphe, fondatrice et professeur Sattvika Danse  

« Pour moi, d’abord c’est mon premier projet avec de la danse et c’est dans un style bien particulier. L’environnement, la nature, c’est quelque chose qui est très proche de moi, car je suis biologiste de première profession avant d’être musicien. Au début de cette année, j’ai publié un livre sur le chant des oiseaux, comment traduire le chant des oiseaux dans la musique. Je rencontre beaucoup de groupes d’adolescents, dans les camps de vacances. Je vais les sensibiliser; quand j’ai travaillé sur ce sujet-là, ça m’a moi-même sensibilisé beaucoup; parfois on ne l’entend pas ici à Montréal à cause du bruit, du trafic. »

Antoine Ouellette, Biologiste, compositeur et musicologue 
 

*« Le chant des oiseaux. Comment la musique des oiseaux devient musique humaine «, Antoine Ouellette, 2008, Éditeur TRIPTYQUE

PHOTO : Les artistes qui ont participé au spectacle « Bhumi Pranam, hommage à la Terre! », par Otilia Tunaru

Juillet 2008

Plants and Animals : des chansons entre les herbes

Par Jean-Sébastien Ménard

Plants and Animals

Plants and Animals est un groupe émergent de la scène musicale montréalaise, qui a récemment lancé l’album Parc Avenue sous l’étiquette Secret City Records. Ce microsillon reprend quelques plages de son E.P., With/Avec, paru en 2007, et contient aussi plusieurs nouveautés fort intéressantes. C’est la deuxième création du groupe, qui avait enregistré, en 2003, un album éponyme instrumental.

Formé au département de musique de l’Université Concordia, le groupe est composé de Warren C. Spicer et de Matthew Woodley, tous deux originaires de la Nouvelle-Écosse où ils jouèrent de la musique ensemble dès le secondaire,  ainsi que d’un québécois francophone, Nicolas Basque, rencontré entre les murs de l’Université. Au trio originel se joignent de temps en temps plusieurs autres collaborateurs rencontrés au fil des ans, dont Katie Moore.

Leur musique « planante » rappelle par moments Radiohead, Keane, Broken Social Scene ou même Pink Floyd. Certains la qualifient de postrock classique, d’autres de folk progressiste, mais eux affirment que ceux qui savent décrire leur style musical savent plutôt se taire… Une chose est sûre, c’est que leurs mélodies sont accrocheuses et leurs arrangements bien ficelés. Plants and Animals surprend et fait preuve d’une maturité étonnante pour un groupe encore à ses débuts.  Cependant, il faudra plusieurs écoutes pour apprivoiser totalement leur son, qui tout en sortant des sentiers battus vous charmera davantage de fois en fois.

Afin de bien comprendre la diversité de leurs influences et de mesurer la portée de leur talent, il faut écouter la longue et délirante plage intitulée Guru, teintée d’Orient, où on se croirait dans un ashram.

De passage le huit mai dernier à la station radiophonique montréalaise CISM, ils y ont fait une prestation qu’il est possible d’entendre en visitant le www.cism.umontreal.ca

Au cours de l’été, le groupe se produira en concert dans plusieurs villes, dont Montréal, le 3 août, puis Paris, Londres, Seattle, New York, Dublin, et Québec, le 29 août.

À voir et surtout à entendre !

www.plantsandanimals.ca

www.myspace.com/plantsandanimals

Juillet 2008

Libertà : un envoûtement irrésistible

Par Lucie Poirier
Journaliste-analiste

Libertà

Grâce à M.A.V.A, la Marche à l’Amour, à la Vie et à l’Amitié, sous l’égide du dévouement indéfectible d’Otilia-Sorina Tunaru, le quintette Libertà offre régulièrement des prestations dont les plus récentes ont eu lieu à la Maison de Sir-George-Étienne-Cartier (une reconstitution documentée et théâtralisée de la résidence d’un des fondateurs du Canada pendant des soirées dynamisées par le talent de comédienne d’Isabelle Chalifoux) et lors du Festival multiculturel d’été organisé par le Centre culturel et communautaire chinois de Montréal le 12 juillet.

Avec une diversité d’origines, d’instrumentations et d’influences Libertà exalte son potentiel musical dans le rayonnement des compositions de la chanteuse et musicienne italo-égyptienne Shola Doummar.

Enfant, elle écoutait les airs d’opéra et les contes de sa mère. Thématique riche et spécifiquement féminine, la maternité est abordée par Shola dans «Je ne connais que toi» où elle exprime l’inquiétude du fœtus blotti dans le ventre de sa maman. Puisqu’elle est elle-même la mère de Richard et Cristina qu’elle chérit, dans la chanson «Un enfant comprend tout», elle s’inquiète de l’impact de paroles graves infligées à un enfant; elle met en évidence les répercussions d’un tel danger pour un petit être en s’appuyant sur une narration à la 1e personne : «Je ne veux plus mourir Mais jamais je n’oublierai Ces paroles qui m’ont conduit À vouloir détruire ma vie».

Dans la chanson «Quand», c’est la mère aussi qui sait interpeller en vibrant avec les autres «Je ne veux plus voir pleurer toutes les mères qui ont perdu leurs enfants à la guerre J’aimerais tant voir grandir les enfants comme des milliers de diamants.» Le 12 juillet, elle ouvrait son spectacle avec une solennelle interprétation a cappella  en frappant sur un tambourin qu’elle a fabriqué dans un tepee sous la direction d’une shamane amérindienne.

Shola déploie son répertoire en français, en anglais et en italien. Elle apprécie l’univers aquatique et a illustré sa guitare avec des images de dauphins. Elle s’est aussi basée sur la légende amérindienne d’un pêcheur qui, trouvant un squelette de femme, lui redonne vie avec ses larmes dans la chanson «The river». La flûte, le tam-tam et le bâton de pluie confèrent un aspect dramatique poignant à cette histoire.

«Mountain Peak», un air de vacances, d’évasion, met en valeur sa voix finement ciselée alors que «Tzigane» un moment d’exubérance invite à danser. Dans ses paroles se succèdent les témoignages sincères de ses convictions «Love is my religion», de ses aspirations «Celui qui sera» et les personnages familiers «Danser avec mon père».

Dans la chanson «De l’enfer au paradis», elle exprime une solidarité féminine «Elle a pleuré pour toutes les femmes Elle a découvert sa vie». Car une force de vie traverse toutes les paroles de Shola. Le positif l’emporte sur le négatif.  Elle est animée par une grande spiritualité. Après les doutes et les malheurs, les sacrifices et les épreuves, l’amour triomphe avec sagesse et gratitude, espoir et vérité dans les couleurs scintillantes des mots et des images de son univers.

Elle chante comme si elle modelait habilement une porcelaine fine. À sa voix à la fois délicate et forte, ses collaborateurs ajoutent leur versatilité : Claudie Gagnon chante et joue de la flûte, Éric Thé contribue par ses arrangements musicaux, sa guitare, son djembe et ses percussions dont le xylophone, Jacques Fiore fait résonner l’accordéon et les percussions pendant que Richard Wyce est au violoncelle.

Shola se consacre à la transmission de ses compositions et ce n’est qu’exceptionnellement qu’elle interprète la célèbre chanson «Caruso» généralement rendue par des hommes qui intensifient le refrain. J’ai eu le réel privilège d’entendre l’interprétation de Shola qui la chante avec nuance et subtilité, tendresse et douceur d’une façon émouvante et captivante. Elle surpasse la comparaison. Une consécration!

Assister au spectacle de Libertà c’est se faire du bien, c’est accepter l’envoûtement. Il est possible de prolonger la sérénité et le plaisir de l’événement grâce au disque de Shola intitulé aussi Libertà, réalisé par Serge Laporte, produit par Michel Laverdière et illustré par un tableau de Shola.

Shola et Libertà seront à nouveau en spectacle le 19 octobre 2008 au Centre Leonardo Da Vinci 8350-8370 boulevard Lacordaire à St-Léonard.

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