Si vous aimez l’œuvre de Sarah Kane, vous aimerez Ravaler, le deuxième roman de Martyne Rondeau, publié aux éditions XYZ. Les deux auteures partagent une même violence, une même vision de l’écriture, qu’elles utilisent comme mode de libération.
Chez elles, les personnages vomissent leur mal-être. Marina, la protagoniste de Ravaler, affirme ainsi qu’elle écrit pour faire passer le morceau, pour s’arracher et s’abandonner : « J’écris en pleurant encore. L’écriture va avec les larmes. […] Je suis in vivo dans l’écriture du déchet. Je pèse des tonnes. Et j’avale les phrases empruntées, les paragraphes bien tassés, les pages volantes. Plagiat personnalisé. Bleu royal je suis camion d’ordures. Je rote à chaque bouchée, je sens le reflux d’égout. »
Comme l’auteure de Blasted, Martyne Rondeau provoque et dérange, entraînant le lecteur aux frontières du supportable. Son roman au féminin, portant sur la maternité, est tout sauf un roman à l’eau de rose qui enjolive cette étape de la vie. Dans ses propres mots, c’est un « testament maternel » où elle met en scène un côté sombre de la maternité, donnant la parole à une mère, Marina, qui expose « ses entrailles sur papier ».
Marina aime son fils à la folie, « sans protection », « à en trembler », d’un amour passionné mais malsain et destructeur. Elle affirme qu’elle n’aura été « qu’un ventre et une bouche ». Elle ira même jusqu’à se comparer, en tant que mère, à une « vache dans un pré à vendre ».
Pour son fils, elle quitte la ville et s’installe dans une banlieue qu’elle déteste. Avant d’avoir ce petit garçon, qu’elle prénomme Roman, elle avait fait quatre fausses couches et commençait à croire que son « utérus-refuge » n’était bon que pour six semaines et demie. À la naissance de son garçon, elle comprend que, en fait, son corps ne faisait que rejeter les filles. De plus, elle vit encore un deuil terrible au cours de sa grossesse, celle de son conjoint. Il faut dire que, pour Marina, « la vie n’est qu’une suite violente qu’on apprivoise sans crème solaire ».
L’univers de Martyne Rondeau, dans ce roman, en est un sombre. Au même titre que Sarah Kane, à qui elle fait référence, son œuvre n’épargne personne. Ravaler est troublant et porte bien son titre.
Martyne Rondeau, Ravaler, Montréal, XYZ, 2008, 130 p.








