Monument impressionnant de créations savantes, la vaste œuvre de Philip Glass, séquences répétitives procédant d’analyses et de théorisations, constituée d’opéras, de symphonies, de musiques de films (Notes on a scandal, The Illusionnist, The Hours, Kundun…), d’adaptations de poèmes dont ceux de Leonard Cohen et du poète soufi du 18e siècle Jelaluddhin Rumi, est tributaire de ses études de mathématiques, de philosophie et de musique auxquelles il a ajouté l’influence de la musique indienne dont celle de Ravi Shankar.
Pour marquer le 70e anniversaire du compositeur, le réalisateur et admirateur, Scott Hicks l’a filmé pendant 18 mois lors de séances de création et de représentations de spectacles. Le cinéaste australien a intitulé le documentaire : Glass- A portrait of Philip in Twelve Parts.
Symbolisant les successions contrastées de ses compositions, le film nous montre d’abord Philip Glass dans une montagne russe et des images rapides de lumières foraines colorées; représentations fidèles des sensations brèves et fortes induites par la musique de Glass.
Puis, commence la première partie A day at the office avec Holy Glass, son épouse, révélant qu’il conserve tout dans un fatras entourant son piano. Le montage de Stephen Jess associe les courses enfantines de ses deux fils aux boucles blondes pendant qu’il crée en admettant qu’il ne planifie aucune direction pour ses œuvres.
Lors du segment Downtown les souvenirs fusent : Glass s’entretient avec Chuck Close, artiste et ami depuis 40 ans. JoAnne Akalaitis, rappelle les temps de pauvreté quand elle l’a épousé en 1965. Évocation des emplois divers désormais parties du mythe de Glass, chauffeur de taxi et plombier, mais aussi des concerts dans des salles sans chaises suivis de critiques au vitriol.
Dans Summer in Nova Scotia, cours de cuisine et rappel que, suite à un héritage, il s’est installé avec JoAnne et leurs enfants au Cap Breton en Nouvelle-Écosse. Glass a été inspiré par l’île canadienne. Les photos d’enfance montrées pendant Snapshots sont l’occasion pour Sheppie, la sœur de Philip et Marty, son frère, de parler de ses débuts de musicien. Riding to work on Mars, travail en studio, rencontre avec des réalisateurs dont Godfrey Reggio pour lequel Glass fit la trame sonore de Koyaanisqatsi en 1984 et qui dit apprécier la complexité de sa simplicité. Interventions de Martin Scorcese et Woody Allen.
En Australie, introduction dans les coulisses du spectacle Orion, œuvre interprétée par des solistes de chaque continent et composée pour les Olympiques de 2004 lors de la partie A door into the other world. Glass explique sa découverte des différences de rythmes, sa formation dans la terreur avec Nadia Boulanger et son apprentissage dans l’amour avec Ravi Shankar.
Einstein on the beach sélection du travail pour la scène avec le chorégraphe Bob Wilson est suivi par The foggy field alors qu’il révise, avec le chef d’orchestre Dennis Russel Davies, la partition de sa 8e symphonie.Il formule sa conviction selon laquelle il n’imagine pas la musique, elle est là, il l’écoute et il l’écrit.
Lors de la répétition, son respect des collaborateurs est évident. Ce qui permet à Hicks d’enclencher sur les préoccupations spirituelles de Glass dans The Spirit within et de filmer les guides spirituels Sat Hon et Gelek Rimpoche. Glass est empreint d’une humble émotion quand il relate sa rencontre avec le Dalaï Lama et avec Victor Sanchez qui lui a communiqué les préceptes de la tradition Toltec.
Rehearsing Barbarians nous prouve que Glass est d’un perfectionnisme patient et d’une fréquentation calme, agréable et fructueuse. Les extraits de l’opéra permettent de mesurer les apports originaux que sa musique suscite.
The underlying passion confirme l’incessante consécration qu’il voue à la musique. Holy admet alors que son mari et elle sont peu ensemble étant donné la place privilégiée qu’il accorde à ses créations. Ce segment est important car il montre ce qu’est la vie sacrifiée de celle qui vit dans l’ombre d’un grand artiste.
Le film s’achève avec Opening nigt et la fébrilité d’une première. Là encore d’autres extraits prouvent le talent imaginatif de ceux qu’il inspire.
Chaque partie annonce la suivante. Généralement, la caméra est sobre, il arrive, trop rarement, que les cadrages deviennent constructions discernables mais inusitées, surprises picturales.
À la fois, biographie, documentaire et reportage, le film aboutit un hommage à Philip Glass et aux artistes qu’il côtoie, élabore un portrait intimiste mais respectueux, accompagne le processus créateur du compositeur, témoigne de la filiation professeur-élève, des enjeux de la collaboration entre divers participants.
Avec Hicks, l’image et la musique s’amalgament, se suscitent, se rétorquent; le cinéaste a façonné un ensemble à partir des créations qui apparaissent dans le film, a établi une atmosphère à laquelle le montage de Jess ne cesse de greffer des interventions confidentielles et des œuvres artistiques.
Grâce à Hicks, nous fréquentons Glass, le connaissons, l’apprécions en tant que créateur et en tant qu’homme. Oubliez le caractère irascible du compositeur égoïste en transe trop souvent représenté et exagérément idéalisé, Glass est un père doux, un travailleur concentré, un homme dévoué à ses œuvres certes mais aussi aux êtres qui l’entourent.
Glass-A protrait of Philip in twelve parts réalisation Scott Hicks, avec Philip Glass, JoAnne Akalaitis, Holy Glass. Australie, États-Unis. 2007. durée 115 min. Projection numérique. Version originale anglaise.
Du 1er au 7 août au Cinéma du Parc à 21h20m.
Si vous aimez le cinéma consacré aux icônes de la musique, vous pouvez aussi voir le film I’m your man avec le poète, chansonnier, compositeur, auteur du livre Beautiful losers : Leonard Cohen. Dans sa série Classiques en rappel, le cinéma du Parc le présente dans la semaine du 1er août.












