Depuis 2001 • No 46 • Montréal • 15.06.2008
Juin 2008

Le vide de l’instant qui n’est déjà plus

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Le vide de l’instant qui n’est déjà plus

Une voix. Le fond de l’air. Un orage. « La gorge du lac » qui avale ses rives, « des débris des astres ». L’enfance. Ce qui en reste. Ce dont on se souvient. L’horizon qui brûle « au cœur du monde »… Pierre-Yves Soucy écrit des poèmes entre le sommeil et l’éveil qui traversent les saisons; des archipels de mots dont la lame découpe « leur obscurité / les jets d’ombres pour basculer hors de soi ».

Ses poèmes sont traversés par une douleur, mais aussi par la nature et par un ciel « arqué au chagrin de la saison / pente pressentant le gouffre des astres ».

Le poète tente de capturer le « vide de l’instant qui n’est déjà plus ». Il s’intéresse à « la neige », à « l’enfance traînée avec soi » et au présent constamment investi par le passé. La nuit est présente dans sa poésie comme une ombre au-dessous des mots, comme une lune dans un paysage nocturne.

Le poète nous ouvre ses « corridors creusés dans l’air / sur des déserts de neige », il enfonce « les mots pour exister [renonçant] aux mots de l’enfance / qui pourriront lettre à lettre ».

Au fil des saisons, il erre parmi les « débris de mémoire », il creuse « un peu plus l’espace du fond » et retranscrit la chair du souvenir avec un alphabet qui s’enflamme.

Né en 1948, à Mont-Laurier, Pierre-Yves Soucy n’en est pas à son premier recueil avec Fragments de saisons, qu’il vient de publier aux éditions de l’Hexagone. Ses textes sont déjà traduits en douze langues. Docteur en sciences sociales, il est éditeur, professeur, essayiste et poète. Codirecteur des éditions La Lettre volée et directeur des éditions Le Cormier, il vit présentement en Belgique.

Composé d’une suite poétique divisée en quatre saisons et d’un texte en prose intitulé « D’un lieu, de partout… et de nulle part », son nouvel ouvrage surprend. Avec les mots, Soucy va au-delà du langage et rend poétique tout ce qu’il touche. Il sème un questionnement chez le lecteur qui reste « sur le pas de [sa] porte, immobile, [apprenant] à regarder. La vision diffuse de paysages aussi intenses [ouvre] l’espace, suscitant un sentiment d’éveil autant que d’abandon, comme [il ne pouvait] prévenir cette sensation de [s’absenter] de [soi-même] jusqu’à [se] perdre » dans sa poésie abstraite.

Pierre-Yves Soucy, Fragments de saisons, Montréal, l’Hexagone, 2008, 89 p.
Juin 2008

La poésie des rosiers

Par Jean-Sébastien Ménard

 
La poésie des rosiers

J’ai eu la chance, il y a plusieurs années, d’assister à une conférence donnée par Joël Des Rosiers dans le cadre d’un cours de sociologie de la littérature à l’Université du Québec à Montréal. Notre professeur avait invité ce psychiatre poète à nous faire part de son parcours tant biographique que poétique. Je me souviens avoir été suspendu à ses lèvres du début à la fin de la rencontre. Aussitôt le cours terminé, j’ai couru à la librairie la plus proche acheter les trois livres qu’il avait alors écrits et publiés soit, Métropolis Opéra, Tribu et Savanes, que j’ai lus et relus plusieurs fois au fil des ans, tout en continuant à m’intéresser aux nouvelles parutions de l’auteur.

Son langage, son regard sur le monde et sa sensibilité m’ont toujours fait penser aux œuvres de Saint-John Perse et de Dereck Walcott. J’aime me laisser bercer par ses poèmes, même si je les comprends rarement à la première lecture. Ce sont des poèmes mystères, des poèmes que l’on lit en suivant la méthode proposée par Michael Riffaterre dans Sémiotique de la poésie, des poèmes qu’on découvre et redécouvre en creusant le sens à chaque lecture. L’écriture de Joël Des Rosiers est évocatrice et finit par envelopper le lecteur, par le pénétrer et se creuser un nid en lui.

Le lire, c’est à chaque occasion me souvenir de sa voix et de l’espoir qui en émane. Des Rosiers apaise le tumulte des jours, transmet une sérénité et répand le calme dans l’atmosphère comme un magicien.

Son nouveau recueil, Caïques, ne fait pas exception à l’immense qualité de son œuvre. Des Rosiers y évoque l’exil ainsi que les îles de son enfance. Il parle aussi de la guerre d’indépendance de son pays d’origine, de Saint-Domingue, et de son histoire, dans un genre de chant général des Caraïbes, lui qui entend « son passé/ se briser sous [sa] peau/ les ossements très anciens sortent/ de [son] corps étranger/ il [lui] fait maintenant choisir la banquise/ il [lui] faut maintenant remonter vers le Nord ». L’exil traverse son recueil, tout comme les femmes, l’amour, le froid et le fleuve. Grâce aux mots, le poète peint des tableaux où la mémoire s’expose entre souvenirs et sentiments.

Des Rosiers nous fait embarquer avec lui dans une caïque, « une petite embarcation légère à voiles ou à rames. Un archipel désertique au nord de la Caraïbe, porte le nom de Turcs et Caïques ». Sur l’eau du langage, nous nous baladons avec lui, observant les « rêves étendus dans l’herbe », « les averses de rhum dans les ramures », « l’ombre qui remonte de la peau noire », etc.

Divisé en trois parties, Signes, Spires et Souffles, Caïques vous emportera dans un tourbillon de parfums livresques. Comme le poète le souligne, « Avec le nom [qu’il] porte/ [il] n’a de compte à rendre qu’aux fleurs. » Sa poésie est sublime. C’est un jardin poétique, un pur délice, à lire et à relire tranquillement.

Joël Des Rosiers, Caïques, Montréal, Triptyques, 2007, 136 p.
Mai 2008

Le théâtre, l’amour et la vie

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Le théâtre, l’amour et la vie

Parce que chanter c’est trop dur est une fable contemporaine de Michèle Vinet, portant sur l’art de grandir et de s’émerveiller sans « tuer » l’enfant en soi. Avec cette œuvre, l’auteure nous fait visiter un univers poétique qui met en scène Mirabelle, une adolescente aimant les jeux de mots ainsi que les traits d’union. À l’aube de la vie adulte, elle souhaite « dégrandir » et « se moque de ce qui est pour inventer un monde qui lui plaît ». Pour tout dire, Mirabelle rappelle un peu un personnage de Réjean Ducharme, la révolte en moins.

Vivant dans un petit village, auprès d’une mère belge, Mirabelle est toujours accompagnée de son amie Chantale, qui aime les chiffres et qui, pour sa part, a une maman française. Les deux amies sont inséparables et le resteront tout au long de leur existence.

Avec elles, le lecteur part à la découverte du monde et les observe vieillir, elles qui refusent « de trop grandir, de mal grandir. Qui [acceptent] de grandir, mais à condition. À condition qu’on ne [leur] enlève rien, qu’on ne froisse pas ce qui se prépare en [elles], ce qui voltige et volette, imprécis, comme une mousseline portée sur un souffle estival. »

À l’école, rien ne va pour Mirabelle. L’écolière vogue de retenue en retenue jusqu’au jour où, au secondaire, elle découvre « Chéquespire », comme elle dit, et le théâtre, aussitôt devenu le plus grand centre d’intérêt de sa vie.

Mirabelle et ses amis « sont des mordus de théâtre. Ils en mangent et en respirent. Quand ils dorment, ils en rêvent. Même quand c’est trop, ce n’est pas encore assez. Leur folie n’est pas une maladie, elle est une bénédiction, une vocation. L’envers sensible et palpable de l’ordinaire. »

Grâce à l’art de la scène, Mirabelle goûte, pour ne pas dire mord dans l’existence. Pour elle, la vie est un jeu, une partie de plaisir, et elle nous transmet sa joie en nous faisant voir cette beauté, cette magie qu’elle perçoit si bien.

Au fil des pages, on observe les deux amies devenir des femmes, découvrir les garçons, rencontrer ceux qu’elles vont marier et avec qui elles auront des enfants. On suit leur jeunesse à la vitesse de l’éclair.

Dans ce monde où les enfants à naître attendent dans les cieux le moment de leur naissance, et où les traits d’union font le pont entre le magique et le réel, il est de bon ton de dire que « chanter c’est trop dur ». Les protagonistes font donc autre chose, ils ne chantent pas, parce que « c’est difficile, c’est dur. On s’y cogne. On dérape. Ce n’est pas juste. Pour la chanson. Pour les notes. Alors réciter. Avec des traits d’union. Ainsi : Il é-tait-un-pe-tit-na-vi-re, il é-tait-un-pe-tit-na-vi-re, qui n’a-vait-ja-ja, comme un train à vapeur dans les films noir et blanc, ja-mais-na-vi-gué, qui-n’a-vait-ja-ja, comme un train qui fait des nuages noirs et blancs, ja-mais-na-vi-gué-, oé-oé sans h, oé-oé tout ronds, comme deux œufs collés pour se réchauffer. »

Avec ce petit roman qui sort des sentiers battus, Michèle Vinet étonne. La lecture de sa fable est rafraîchissante, voire apaisante, et nous fait sourire.

Michèle Vinet, Parce que chanter c’est trop dur, Sudbury, Prise de Parole, 2007, 111 p.
Juin 2008

Lumière, éveil et poésie

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Lumière, éveil et poésie

Lire Paul Chamberland, c’est lire un poète qui a traversé et marqué, au Québec, la dernière moitié du 20e siècle. Auteur de plusieurs livres dont Terre Québec, L’afficheur hurle et Demain les dieux naîtront, il a récemment remporté le prix Athanase David, décerné chaque année à un écrivain québécois qui s’est illustré pour l’ensemble de son œuvre. Dans les années 1970, il était un des poètes phares de la contre-culture québécoise. Il est aussi un professeur associé à l’Université du Québec à Montréal et un des fondateurs de la revue Parti Pris. Cœur creuset, son 33e ouvrage, un carnet de notes couvrant les années 1997 à 2004, vient de paraître aux éditions de l’Hexagone. On y lit dans le désordre ses pensées, ses réflexions autant que ses états d’âme. Le poète veut ainsi « surprendre [sa] pensée au plus près des mouvements sinueux, imprévisibles que lui communique le cours de la vie. Penser dans la proximité de tout ce qui arrive au fur et à mesure. [Il veut] surprendre les plus fines inflexions de la pensée telles qu’elles surviennent en un cours imprévu. [Il n’en a] pas moins contre la manière du journal : le décousu, voire le débraillé. [Il ne s’interdira] pas de lui être infidèle. Et [il] n’ignore pas que le dessein de surprendre la pensée telle qu’elle se fait est, en fin de compte, illusoire. [Il transcrit] à mesure dans un carnet les fragments obtenus à la manière du journal. Comme [s’il écrivait] un petit livre destiné à [lui] seul, néanmoins accordé à l’écoute d’un interlocuteur secret. »

D’abord destiné à un usage privé, ces notes nous parviennent dans toute leur profondeur. Elles sont constituées de réflexions à propos de Dieu et de pensées sur la mort. On y retrouve également un écho de la crise du verglas qui a frappé Montréal en 1998. Chamberland réfléchit de plus à la poésie, à l’égoïsme sexuel, aux suicidés du métro ainsi qu’au cosmos, tout en posant un regard sur le processus créatif et en racontant certains de ses rêves.

Par ailleurs, il se demande si nous savons sur « quelle Terre nous vivons », cette Terre, qu’il écoute et qui se confie à lui, où nous venons « depuis une matrice cosmique », et qui est « présentement un dépotoir, celui de la putréfaction de milliards d’âmes et de corps ».

Adepte de l’ici, maintenant, il écrit qu’il sent « de moins en moins de passé derrière [lui; qu’il] existe de moins en moins dans ces passés-là. Et de plus en plus dans un présent dégagé de miasmes. » Il affirme aussi que « vivre dévore » et qu’il est « heureux d’être en vie » tout en faisant le « deuil de sa vie ».

Les notes de Chamberland ressemblent à des prières. Elles sont, à ce titre, marquées par la philosophie bouddhiste. À la recherche de la lumière et de l’éveil, le poète communie avec la nature et son environnement grâce à la poésie. On remarque dans son écriture la présence de la figure de l’enfant, signe de recommencement chez ce poète qui annonce qu’une « nouvelle lignée d’êtres a commencé. Porteuse d’une neuve configuration du savoir d’éveil. » De multiples citations accompagnent aussi les mots du poète. On retrouve en effet dans l’ouvrage des renvois à Roberto Juarroz,  Gilles Hénault, Michel Surya, Hans Blumenberg, Peter Sloterdijk, Heinrich Zimmer, Georges Steiner, Max Loreau, Nelly Sachs, Adorno, Rimbaud, Baudelaire, Artaud, Paul Quignard, Walter Benjamin, Paul Celan et Juan Garcia, entre autres.

La douceur de ses contemplations émane de ses phrases. On le dirait en constant recueillement. Chamberland se veut introspectif tout en posant son regard sur le monde, sur l’humanité « en danger », « tous ces hommes qui "contribuent" à l’affaissement de l’humanité ».

Paul Chamberland, Cœur creuset : carnets 1997-2004, Montréal, l’Hexagone, 2008, 160 p.
Mai 2008

Voyager, arriver à soi

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Voyager, arriver à soi

Dans A Sheltering Sky, Paul Bowles s’interrogeait à savoir quelle était la différence entre un touriste et un voyageur. Il fait ainsi dire à un de ses personnages qu’il « ne se considérait pas comme un touriste, mais comme un voyageur. La différence tenait, entre autres, au facteur temps, explique-t-il. Alors que le touriste se hâte, en général de rentrer chez lui au bout de quelques semaines ou quelques mois, le voyageur, toujours étranger à ses lieux de séjours successifs, se déplace lentement […] le touriste accepte sa civilisation sans objection, alors que le voyageur, lui, la compare avec les autres et en rejette les éléments qu’il désapprouve. »

Soixante ans plus tard, Alain Olivier se demande, quant à lui, s’il est encore « possible de voyager ». Il fait le pari que oui, « car si l’on peut aujourd’hui se rendre aisément jusqu’aux confins du globe, si l’on peut prendre en photo le plus inaccessible des paysages, on est loin d’en avoir fini avec le périple le plus ardu, mais aussi le plus gratifiant qui soit, qui nous ballotte sans cesse entre le connu et l’inconnu et nous apporte les plus belles réminiscences comme les découvertes les plus inattendues : l’interminable voyage au cœur de l’être humain ».

Dans Voyage au Viêt Nam avec un voyou, Olivier raconte, sous la forme de lettres à sa mère, le périple de 100 jours qu’il effectue dans ce pays avec sa conjointe Anna et leur jeune fils David, qui n’a rien d’un voyou, bien au contraire. S’il le surnomme de cette façon, c’est par jeu. Lui, il est un « vioc », un vieux, et sa conjointe, une « vamp », une femme fatale. Voyageant en dehors des sentiers battus, il pose un regard personnel sur leurs expériences humaines, sur les lieux qu’ils visitent ou encore sur les gens qu’ils côtoient. Il nous fait ainsi voir « son » Viêt Nam, qui n’a rien à voir avec celui des circuits touristiques organisés par des agences spécialisées.

Le voyage qu’il effectue permet, certes, de visiter et de découvrir de nouveaux endroits, pourtant, cela lui donne surtout l’occasion de se revisiter lui-même. Comme il l’écrit à sa mère : « Le Viêt Nam me ramène constamment à toi, à mon enfance, mais aussi à ma vie présente, à mon fils et à mes illusions. »

Olivier réfléchit effectivement à son existence. Dans le désordre, il se remémore certains événements de son passé; il s’émerveille de la beauté du regard de son fils, David, sur le monde, lui qui se sent partout chez lui; il s’interroge à propos de l’héritage qu’il a reçu de son père et de celui qu’il lègue à son fils; il se demande comment voir l’autre, comment vivre, comment aborder l’existence; il constate qu’entre l’époque où il était jeune et aujourd’hui, bien des choses ont changé, parmi lesquelles l’éducation des enfants. Il se souvient aussi de son père, puis se demande quels seront les reproches que lui adressera David, une fois devenu adulte. Cet enfant, Alain Olivier ne tarit pas d’éloges à son propos. Son ouvrage peut même se lire comme une ode à son fils, qu’il « remercie pour [sa] belle ouverture qui fait si chaud au cœur de tant de gens sans même [qu’il s’en rende] compte. C’est un fils comme [lui qu’il espérait], sans vraiment y compter, dans [ses] rêves les plus fous, et [il est] encore mille fois plus beau [qu’il] ne l’aurait pu [l’imaginer] ».

L’écriture d’Olivier se déguste. Elle suscite l’envie de partir à la recherche de soi-même et de l’autre, l’envie de voyager, même s’il n’y a plus d’espace sauvage à explorer, de terre vierge à défricher et à cartographier. Olivier donne le goût de faire l’expérience concrète du monde et non de le connaître d’une manière uniquement virtuelle. Le voyage ouvre les horizons, brise les frontières.

Alain Olivier, Voyage au Viêt Nam avec un voyou, Montréal, XYZ éditeur, 2008, 222 p.

Juin 2008

La vieillesse du Prophète

Par Felicia Mihali

 
La vieillesse du Prophète

Khalil Gibran est l’écrivain arabe le plus lu au monde et, en même temps, l’un des auteurs occidentaux le plus souvent cités dans la littérature moderne : son livre Le Prophète, paru en 1930, fut le livre le plus vendu du XXe siècle, après la Bible.                                                          

Né au Liban en 1883, dans un petit village, il a vécu une grande partie de sa vie à New York ainsi qu’en France, où il a fait des études à l’Académie de Beaux-arts. À part sa carrière littéraire, Gibran est aussi connu pour son activisme politique et social, car dès son jeune âge, il condamne le fondamentalisme religieux, la misogynie et l’inégalité qui sévissent dans son ancien pays, duquel il ne se départit jamais. Tout  comme dans le cas de Salman Rushdie, ses livres sont réputés hérétiques et sont brulés en public à Beyrouth.

Khalil Gibran est un des rares cas d’auteurs célèbres dans deux langues et deux cultures différentes. À l’âge où la différence entre Orient et Occident n’était pas encore aussi poignante, il fait le lien entre deux sensibilités qui ont véritablement hâte de fusionner. Son œuvre jette un pont entre deux systèmes qui, au premier abord, n’ont rien en commun, mais entre lesquels il y a une attraction fondamentale. Son œuvre met, bizarrement, en correspondance la bohème new-yorkaise du Greenwich Village et les lecteurs des Upanishad ou de l’Épopée de Gilgamesh, les enseignements soufis et la sagesse des prophètes hébreux, le christianisme et l’islamisme. La presse occidentale parle souvent de son allure de Charlot et de sa robe de derviche éclaboussée de peinture qu’il affiche dans les rues et dans les salons new-yorkais. Toutefois, malgré l’admiration que lui valent ses œuvres, il n’est pas à l’abri du sentiment d’aliénation qui le hante parfois.

Malgré sa concision, Le Prophète est considéré comme l’aboutissement de sa carrière littéraire. Al-Mustafa, le prophète, est intercepté par une prophétesse, Al-Mitra (incarnation de sa protectrice, Mary Haskell) au moment où il veut embarquer pour quitter la ville d’Orphalèse (New York). Son départ pour son île natale est un départ symbolique non pas vers une terre natale, mais plutôt vers une nouvelle incarnation. Dans ces derniers moments, à la demande de la foule, il livre sa sagesse sous la forme de vingt-six sermons poétiques, consacrés à un large éventail de sujets : l’amour, la mort, la joie, le chagrin, la liberté, le bien, le mal, la religion, la prière, etc.

Dans les années ‘20 et ‘30, Gibran avait conscience d’écrire pour un monde assoiffé de beauté et de vérité. À l’époque de la Grande Dépression, l’œuvre de Gibran a vraiment l’allure d’une oasis de pureté,  les contes de Mille et une Nuits lus dans les rues sordides et dangereuses de la grande métropole américaine.

Malgré son succès de longue date, Le Prophète reste encore difficile à classifier et la critique n’a pas cessé depuis de se poser des questions. Ce livre est-il une version romancée de la philosophie orientale ou une oeuvre authentiquement empreinte de compassion ? C’est la deuxième lecture que j’en fais et le livre de Khalil Gibran me  semble pas mal vieilli. L’allure du Prophète au bord de la mer, adulé et supplié par la foule, me semble anachronique dans le contexte de la nouvelle culture où, malgré le culte de la célébrité, la modestie reste toujours de norme. Ensuite, la transmission de la sagesse à travers des fables et des paraboles qui tirent leur substance d’une civilisation agricole et paysanne me semble inactuelle par rapport à la culture majoritairement citadine de notre temps. Pour cela, je doute que la génération de nos enfants, élevée dans des écoles et maisons étanches, comprenne quelque chose des symboles végétaux et animaux utilisés par cet enfant de la terre. Toutefois, on peut considérer l’œuvre de Gibran comme une tentative de réconciliation de la chrétienté avec l’Islam, d’autant plus actuelle depuis le 11 Septembre. La naissance d’un nouveau Gibran serait impérieuse de nos jours alors que les conflits entre les deux mondes se sont tellement exacerbés.

Ce qui est à remarquer dans cette dernière édition publiée par Taschen est le fait que les poèmes de Gibran sont illustrés par des images d’objets d’art en provenance d’Orient qui font un magnifique pendant aux textes. Avec sa couverture de soie mauve, cette édition fait la fierté de toute bibliothèque.
Juin 2008

Pe mine comunismul m-a făcut orăşeancă!

Par Florin Oncescu

La vieillesse du Prophète

 La o privire grăbită, noua carte a lui Dan Lungu (1) pare scrisă anume pentru a satisface curiozitatea unui cititor occidental despre un amestec spaţio-temporal exotic, numit România comunistă. Abundă bancurile cu Tovarăşul (alias nea Nicu, Ceaşcă, Marele Bărbat, Cel mai iubit fiu al poporului, etc) şi Tovarăşa (Leana), unele scurte (gen întrebări şi răspunsuri la Radio Erevan), altele lungi (Nea Nicu, transformat într-o muscă, bîntuie prin Bucureşti, dornic să afle ce gîndesc cu adevărat oamenii despre el). Pregătirea pentru o vizită de lucru a lui Ceauşescu este descrisă în detaliu, cu lustruitul de rigoare al podelelor, cu schimbarea salopetelor pe unele închiriate, cu angajările neaşteptate (muncitori cu fizic de bodigarzi şi muncitoare cu feţe de... televiziune), şi chiar cu pictatul arbuştilor într-un verde mai strălucitor decît cel pe care natura ar fi capabilă să-l producă.

Cartea este însă şi povestea foarte credibilă a unei femei pensionare care regretă comunismul. Emilia (Mica, pentru cei apropiaţi) este căsătorită cu Ţucu, tot pensionar, unul care a (re)descoperit plăcerile muncilor agricole şi îţi petrece majoritatea zilelor săptămînii la ţară. Fata lor, pe nume Alice (dovadă de salt social în familie), e ingineră emigrată în Canada. Incitată de convorbirile telefonice cu fata ei, dar şi de întrebările unui tînăr jurnalist, femeia îşi trece în revistă amintirile, pentru a se lămuri dacă ar avea motive să-i voteze pe liberali. După un maraton al aducerilor aminte, la finalul cărţii, femeia se decide să nu se ducă la vot. Altfel spus, ajunge să-şi spună, ca Socrate: “Ştiu că nu ştiu”. Un mare salt personal înainte, pe calea înţelegerii istoriei şi a propriei vieţi.

Prin Emilia Apostoae, cartea aduce literaturii române un personaj de care aceasta avea o mare nevoie, pentru că e reprezentativ pentru mulţi. Femei ca ea şi bărbaţi ca soţul ei, Ţucu, oameni plecaţi de la ţară, populează toate cartierele de blocuri înălţate în anii comunismului. Ei toţi ar putea declara, ca Emilia: „În primul şi în primul rînd, pe mine comunismul m-a făcut orăşeancă” (p. 63). Personaje asemănătoare au existat şi în cărţi scrise înainte de decembrie ’89, dar Emilia Apostoae... le întrece, pentru că memoria ei se întinde dincolo şi dincoace de căderea regimului care le-a dat multora, gratis, apartamente şi butelii.

Pentru Emilia, plecarea de la ţară la oraş, împotriva voinţei părinţilor, la o vîrstă care o făcea candidată la măritiş, a însemnat o imensă eliberare. Pentru ea, oraşul era locul acela miraculos din care veneau în vizită, cu maşina, fratele tatălui şi parfumata lui nevastă, pe cînd satul ajunsese să însemne obligaţia participării la activitatea anuală de produs tezicul, un combustibil pe bază de balegă. Ajunsă la oraş, Emilia a absolvit o şcoală profesională de confecţii metalice, a intrat în cîmpul muncii socialiste şi s-a mutat din cămin în garsoniera ei. L-a întîlnit apoi pe Ţucu, s-au căsătorit, au făcut un copil şi s-au mutat într-un apartament. Mai departe, Emilia şi-a găsit un loc bine plătit într-o secţie care producea pentru export, a devenit pe negîndite o femeie descurcăreaţă, care ştia cum să-şi facă aprovizionarea casei chiar şi în anii ’80, iar la începutul lui ’89 a fost băgată şi în partid. La drept vorbind, decizia finală a Emiliei, de a nu vota, surprinde. Pare determinată numai de tachinările fetei ei şi de confesiunile unei vecine croitorese cu un parcurs biografic, sub comunişti, aducînd cu unul de “fost” din romanele anilor ’60-’70.

Talentul de scriitor al lui Dan Lungu este evident în construcţia cărţii – un puzzle de amintiri - şi, mai ales, în umorul nebun al judecăţilor Emiliei, care nu pare să mai distingă corect binele de rău, cinstea de necinste.

(1) Dan Lungu, „Sînt o babă comunistă”, roman, Ed. Polirom, Iaşi, 2007.

Nouveautés éditoriales
Juin 2008

Les oreilles du loup

Antonio Ungar

Là où vous ne serez pas

Du haut de ses arbres et de ses cinq ans, un garçon farouchement libre, crinière rousse au vent et ses chaussettes jaunes bien remontées sur son pantalon rouge, guette les ombres du monde des adultes et le fantôme fou de son père. Bringuebalés dans la tourmente de la séparation de leurs parents, sa petite sœur et lui entament avec leur mère une errance entre la savane et la ville, la jungle et les plateaux de la cordillère des Andes, en quête de survie, d’une éclaircie. Les sensations et images isolées qu’il perçoit avec ses yeux de tigre, la force de la violence et du malheur, mais surtout celle de l’amour et de la beauté, composent le portrait impressionniste d’une Colombie sensuelle et meurtrie. 

« Les oreilles du loup se démarque encore par la qualité de l’écriture, à la fois dense et légère, résolument moderne, sorte d’alliance imprévisible du jeu formel, de la folie, de la poésie et de l’humour. » Suzanne Giguère | Le Devoir 

Écrivain et journaliste, antonio ungar figure dans la liste « Bogotá 39 » réunissant les trente-neuf meilleurs auteurs latino-américains de moins de trente-neuf ans. Né en 1974 dans la capitale colombienne, aujourd’hui il habite en Palestine d’où il travaille comme correspondant pour des revues latino-américaines. 

Extrait :

Je suis un loup et à l’intérieur je suis un enfant dont le coeur bat, et lorsque enfin je commence à danser pour que les grands continuent à rire, je suis aussi un tigre. Un tigre vivant, total, qui a décidé de ne manger personne. Qui a décidé de tous les manger dans une grande danse de rires.

Juin 2008

Les chiens de l’obscurité

Mario Gonzalez Suarez

Là où vous ne serez pas

Ce roman d’apprentissage raconte une enfance fantastique, celle de Francisco Niebla, délinquant malgré lui dès son plus jeune âge, enrôlé par son père dans sa bande de malfrats ratés et malchanceux. C’est aussi le récit d’une suite de manifestations surnaturelles dans la maison où la famille Niebla vient d’emménager pour fuir les conséquences des mauvais coups du père : une voix surgie de nulle part, lointaine bien qu’étrangement familière ; une présence irascible. Malgré tout, l’enfant découvrira l’amitié en partageant une bouteille de vodka avec un fils de communiste dans un abri nucléaire et, au chevet d’un lion souffrant d’une rage de dents dans un improbable cirque, il sentira naître en lui l’amour. 

Né en 1964 à Mexico, mario gonzález suárez est l’auteur de nombreux romans. Les chiens de l’obscurité, le premier d’entre eux à être traduit en français, devrait être bientôt porté à l’écran par Carlos Carrera. 

Ce que la presse en a dit :

Avec ce roman, l’auteur introduit le réalisme magique de la littérature latino-américaine dans le xxie siècle. (extrait du Süddeutsche Zeitung

Extrait :

« Les morts avancent comme un brouillard. Voilà la mère de ton père : obscure et froide ; assourdissant le rugissement de son cœur sec. Elle se bat à coups de dents contre les chiens de la pourriture et de la vieillesse. »

Juin 2008

Perdu dans un supermarché

Svetislav Basara

Là où vous ne serez pas

Après la Mongolie*, Svetislav Basara, grand voyageur en « Absurdie » nous emmène à Pékin (où le narrateur revoit son évanescent ami Fin***), à Paris (où il nous livre ses pensées pendant qu'il est en train de tomber de la tour Eiffel), à Susengerd (où il va racheter sa mère enlevée par des marchands d'esclaves) etc. Dans la cosmogonie bassarienne, on l'aura compris, ces Mongolies, Chines, Chypres et autres Serbies sont des lieux sinon totalement imaginaires du moins outrageusement inauthentiques, pays de pacotille, entités absurdes. Comme est absurde tout ce qui s'y passe, autrement dit l'ensemble des activités humaines. La seule chose dont l'authenticité et la réalité quasi palpable ne peuvent être mises en doute c'est le sentiment omniprésent du néant.

     Ainsi, dans la nouvelle Perdu dans un supermarché, le narrateur est enfermé dans un temple de la consommation où il est entré pour acheter des lames à rasoir (pour se raser, à moins que ce soit pour se taillader les veines, dit-il), et lorsque le téléphone retentit dans la nuit, et qu'il décroche, qui d'autre pourrait le savoir là, perdu, qui d'autre pourrait être à l'autre bout du fil sinon Dieu ? 

svetislav basara, né en 1953 en Serbie, est écrivain, éditorialiste, diplomate, spécialiste de l'absurde et grand empêcheur de tourner en rond de la littérature serbe. 

Extrait :

« Pour ce qui est de la prose, je puis dire ceci : tous les autres je, y compris le mien, rappellent les supermarchés soviétiques ; dans tous, il n’y a que quelques articles inutiles : vanité, orgueil, amour-propre, inconsistance, désespoir — qui nous poussent à sortir de la boutique de notre moi et à entrer dans une boutique tout aussi indigente, extérieure à nous, pour y acheter des lames de rasoir et nous ouvrir les veines. » 

Ce que la presse a dit de Guide de Mongolie : 

Un hôtel perdu en Mongolie. Idéal pour abriter des vies cabossées. [...] Basara est à la littérature ce que Kusturica est au cinéma : un fou, un génie, un libertaire, un amuseur, un effronté, un sentimental. Un électron libre dans la fournaise qui nous sert d'humanité.

Martine Laval | Télérama 

Avec son sens du burlesque féroce et sa fulgurante autodérision, Barasa l'irrécupérable, que l'on compare souvent à Ionesco ou à Jarry en plus noir, provoque le lecteur, souffle le chaud et le froid et le met souvent en porte-à-faux entre le rire et l'accablement.

Véronique Rossignol | Livres Hebdo 

Virtuose de l’ironie noire, Basara aime choquer […] Sa philosophie anarchiste est certes pessimiste, mais aussi hilarante.

Elsa Pépin | Ici 

Pour le voyage en absurdie, suivez le guide ! Svetislav BASARA avec ce conte philosophique euphorisant, l’enfant terrible des lettres serbes s’attaque à toutes les certitudes…

Clémence Boulouque | Le Figaro Littéraire 

Ne pas se frotter au moins une fois à ce génie serait une grossière erreur.

Anne-Marie Genest | Le Libraire

Contact presse : info@lesallusifs.com

Juin 2008

Là où vous ne serez pas

Horacio CASTELLANOS MOYA

Là où vous ne serez pas

Traducteur André Gabastou

 le sixième roman traduit en français de Horacio Castellanos Moya qui a déjà conquis un large cercle de fidèles lecteurs..

une intrigue captivante qui révèle les dessous de la guerre civile salvadorienne.

D’où est venu le coup de grâce qui a achevé Alberto Aragón ? Pourquoi l’ex-ambassadeur salvadorien a-t-il fui son pays un matin de juin 1994 pour aller s’égarer dans le labyrinthe de Mexico, vivre ses derniers jours, rongé par l’alcool et abandonné de tous ? Personnage ambigu, impliqué dans d’obscures tractations politiques, homme de confiance de la guérilla salvadorienne et diplomate éphémère au service du gouvernement de la junte militaire, il a longtemps œuvré dans les coulisses d’une guerre civile longue et meurtrière. Pepe Pindonga, un détective salvadorien fou de femmes et d’alcool mais abstème volontaire dont l’incontinence verbale est aussi irrésistible qu’inépuisable, est chargé par un mystérieux ami du défunt, d’equêter sur cette disparition : une mission providentielle pour le privé qui a justement besoin de s’extraire du marasme éthylique d’une peine d’amour comme il n’en a jamais connu.

À propos
Castellanos Moya est un prince de la distanciation. Il épouse la conscience de ses créatures; leur parole, lue à plat, révèle en creux leur inconscience et l’horrible grimace du monde. On rit froid. Philippe Lançon | Libération
Seul maître à bord, Horacio Castellanos Moya se permet toutes les audaces. Le lecteur, lui, se croit dans un film de Quentin Tarantino et redemande du pop-corn. Alexandre Fillon – Madame Figaro
C'est sans aucun doute un roman engagé politiquement et moralement, mais c'est aussi une source infaillible de jouissance littéraire. Ernesto Ayala - El Pais

Auteur

horacio castellanos moya, écrivain et journaliste, est né à Tegucigalpa au Honduras en 1957 mais a vécu la majeure partie de sa vie au Salvador. Il vit aujourd’hui à Pittsburg aux Etats-Unis. Entre autres occupations, il fut directeur du premier hebdomadaire d’après-guerre au Salvador, Primera Plana, coordinateur de l’information au journal Milenio Diaro au Mexique et rédacteur de dossiers spéciaux au journal el Periodico au Guatemala. Après Le dégoût, La mort d’Olga Maria, L’homme en arme, Déraison et Le bal des vipères, Là où vous ne serez pas est le sixième roman traduit en français et publié aux éditions Les Allusifs. Date de parution 9 septembre 2008
Juin 2008

Tant que je serai noire

Maya ANGELOU

Tant que je serai noire

Traducteurs Lori Saint-Martin et Paul Gagné

une traversée féminine du vingtième siècle où l’on croise Billie Holiday, Malcolm X et Martin Luther King.
une autobiographie dont l’ensemble des six volumes a dépassé les deux millions d’exemplaires vendus.
en 1997, Tant que je serai noire a inauguré le club de lecture de Oprah Winfrey.

Présentation
Après Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage (Belfond, 1990 et 10/18, 1994), Tant que je serai noire poursuit le récit de la vie de Maya Angelou à partir de 1957 lorsqu’elle décide de quitter la Californie pour partir avec son fils Guy s’installer à New York et y devenir écrivaine. Très vite, sa témérité, sa détermination et son talent en font rapidement une figure notoire du Harlem littéraire. Puis, Maya Angelou raconte les débuts de son expérience africaine, lorsqu’elle décide de suivre un héros de la lutte des droits des Noirs d’Afrique du Sud. Après une longue étape au Caire à l’époque où les mouvements anticolonialiste y convergeaient, c’est le voyage au Ghana et le retour vers les terres d’où ont été arrachés ses ancêtres.

Ce récit autobiographique raconte la vie d’une femme qui a été un témoin privilégié des importants événements de l’histoire des Noirs au début des années soixante, alors qu’aux États-Unis, ils se soulevaient contre le racisme établi et qu’en Afrique, ils se libéraient du joug colonialiste. S’y dessine l’autoportrait d’une femme exceptionelle qui parvient à intégrer jusque dans les plus profonds replis de sa vie intime une véritable révolution mondiale, culturelle et politique.

À propos
Depuis mon enfance, à l’époque où les personnages des livres étaient plus réels que les gens que je voyais tous les jours, je n’ai jamais été aussi bouleversé. James Baldwin
Maya Angelou observe le monde et se regarde elle-même avec intelligence et finesse d’esprit. Elle consigne les événements de sa vie avec style et grâce.
William MacPherson | The Washington Post Book World

Auteur
Née le 4 avril 1928 à St-Louis, dans le Missouri, maya angelou a vu défiler le vingtième siècle américain et s’y est engagée corps et âme. Elle a dû faire face à ce que lui imposait sa condition de femme noire.
Depuis, Maya Angelou a été nominée pour le prix Pulitzer et le National Book Award, elle est lauréate d’une longue liste de prix littéraires et autres mentions. À quatre-vingts ans, elle parcourt le monde pour monter sur scène et parler, réciter et chanter ; des événements qui rassemblent des foules de fidèles admirateurs. Oprah Winfrey, lui voue une admiration sans bornes et dissémine l’œuvre de celle qu’elle appelle sa mère-sœur-amie-mentor.

Date de parution 2 septembre 2008

Juin 2008

Honte et dignité

Dag SOLSTAD

Honte et dignité

Jean-Baptiste Coursaud

un auteur pressenti pour le prix Nobel

une première traduction en français d’un roman déjà traduit en quinze langues, par un auteurs norvégien qui est une véritable célébrité dans son pays.

Un professeur dans la cinquantaine, Elias Rukla est en butte à une jeunesse indifférente et hostile qui n’en a rien à faire de l’enseignement du norvégien en général et d’Ibsen en particulier. C’est toute la solitude du professeur que Solstad nous livre ici, toute la difficulté, ancestrale, universelle, à intéresser des adolescents à une œuvre non seulement incontournable des lettres nationales, mais d’une étonnante modernité. C’est aussi l’ironie de Solstad qui sait se moquer de son personnage, frustré dans sa vie personnelle, incapable de se mettre au niveau de ses interlocuteurs, perdu dans les méandres de sa pensée somme toute alcoolisée.
Dag Solstad s’inscrit dans ce courant d’écrivains norvégiens et scandinaves qui ont repris le stream of consciouness cher à Joyce de la fin des années 1980 jusqu’au milieu des années 1990. De même pour Thomas Bernhard dont on retrouve chez Solstad la pensée en mouvement jusque dans la construction narrative qui suit les réflexions des personnages, mais aussi la rage propre à ces mêmes personnages, qui va voir Elias Rukla s’acharner contre son… parapluie.

À propos
Avec une sublime retenue et des modulations subtiles, c’est toute une époque de peine et de perte que traduit Solstad.
Publishers’ Weekly
Le dernier roman de Solstad rayonne (…) Surtout grâce au brio du style par lequel il révèle son protagoniste (…) Les premières cinquante pages sont tout simplement géniales, une lecture qui donne des frissons.
Dagens Nyheter (Suède)

 Auteur
dag solstad est né en juillet 1941 à Sandefjord en Norvège. Il est connu entre autres pour le talent avec lequel il analyse la conscience moderne. Il a aujourd’hui publié près d’une trentaine de livres traduits en anglais, en arabe, en turc ou encore en espagnol. Il est le seul auteur norvégien à avoir obtenu trois fois le Prix de la Critique Littéraire Norvégienne. Il est également récipendiaire du Prix de littérature du Conseil Nordique en 1989 pour Roman 1987, puis encore du Prix de la Critique en 1999 pour T. Singer, et du Brageprisen en 2006 pour Armand V. Fotnoter til en uutgravd roman.

Date de parution 25 septembre 2008
Juin 2008

Esprit de sel

Maurice Henrie

Esprit de sel

Les Éditions Prise de parole annoncent la  parution d’Esprit de sel de Maurice Henrie.

L’ouvrage réunit une collection de courts textes – quelques lignes, quelques paragraphes, parfois deux pages tout au plus – qui portent un titre en un seul
mot, comme s’il agissait d’une entrée dans un lexique personnel.

Avez-vous un ami grand jaseur, que vous aimez fréquenter parce que ses propos, bien que sans prétention, ne sont jamais superficiels ? Vous aurez un ami de ce genre en parcourant Esprit de sel. Ce douzième ouvrage de Maurice Henrie se présente comme un carnet de réflexions détendues portées par l’humeur du moment et l’esprit d’un homme de lettres.

Les thèmes y sont des plus divers – souvenirs de voyage, d’enfance ou de lectures, réflexions sur les travers de la société ou encore sur sa pratique de l’écriture. Mais cette diversité est traversée par l’aspiration de cerner une sagesse personnelle que les années et l’expérience ont apportée.

Parfois il vous éblouira d’une pensée originale. Parfois il dira ce que vous pensez déjà et confortera votre opinion. Parfois il se plaindra d’être qui il est et de ses aspirations inatteignables. Mais l’essentiel est plutôt que vous aimez bien l’écouter, comme un bon ami de longue date.

Maurice Henrie a déjà signé des recueils de textes courts, mi-nouvelles, mi-essais, qui ont connu du succès. Celui-ci, cependant, pourra sembler encore plus personnel et authentique que les autres. On a l’impression d’y feuilleter un carnet, un journal intime.

MAURICE HENRIE a publié une douzaine de livres dont des recueils de nouvelles, des
essais, deux ouvrages satiriques sur la fonction publique et trois romans, pour lesquels il a reçu de nombreux prix et distinctions. Ses écrits sont traduits et utilisés en pédagogie un peu partout dans le monde.

Carnet littéraire • 228 pages • 21,95 $ • ISBN 978-2-89423-223-1

Juin 2008

Thierry Leguay

Casse-toi pauv’ con !

Casse-toi pauv’ con

Le vrai-faux journal de Nicolas

Voici le journal intime de Nicolas Sarkozy, le Président français, au jour le jour qui balise les évènements importants qui ont suivi la rencontre avec Carla Bruni, en novembre, et jusqu’à fin février. Il fait ressortir sous un angle ironique la complexité du personnage. Reviennent dans une sorte de refrain les thèmes suivants : Sarko et l’argent, Sarko et les femmes, Sarko et le pouvoir, Sarko et la religion, Sarko et les copains…

Il a eu envie de se mettre en empathie avec Nicolas Sarkozy, en se fondant sur une
documentation sérieuse, et en essayant d’imaginer quels pouvaient être ses pensées, ses sentiments, ses ressentiments, ses agacements par rapport à son entourage et aux médias, et ses colères dont le point culminant a été son altercation au Salon de l’Agriculture : « Touche moi pas, tu m’salis – Casse-toi pauv’ con ». Tous les faits et propos rapportés sont authentiques, parfois peu mentionnés jusqu’alors, comme la déclaration d’amour d’une chanteuse et mannequin chinoise (Namu), ou ses propos
philosophiques dans un entretien avec Michel Onfray. L’auteur met en scène la mise en scène médiatique d’un personnage qui se met en scène lui-même. Le résultat final allie humour et authenticité.

L’auteur
Thierry Leguay, professeur de lettres dans un lycée du Mans, est l’auteur de plusieurs ouvrages remarqués, dont Petite fabrique de littérature, Magnard, 1984; L’Obsolète : dictionnaire des mots perdus, Larousse, 1988; Les poules du couvent couvent : les curiosités du français, Mots et Cie, 1999.

Éditions Alphée . Jean-Paul Bertrand
Pages : 154

Prix : 19,95 $

Juin 2008

Thibault Gardereau

Boris Stepanovitch, antiquaire

Boris Stepanovitch

Objets et sentiments, antiquités et nouveautés, trop-plein et juste-assez sont les antithèses qui s’affrontent dans le quatrième roman de Thibault Gardereau. Vivre ou posséder, telle est la maxime qui pourrait le résumer. Boris Stepanovitch est un antiquaire d’origine russe, pour qui les objets sont indispensables. Ils meublent son appartement, mais peuplent aussi ses rêves, ses désirs et sa solitude. Boris croit mener une vie heureuse, mais c’est sans compter sur l’intervention d’une vieille bohémienne, diseuse de bonne aventure, qui bouleversera son existence... Entre désespoir et regret, Boris se rendra compte que sa vie n’a pas de sens. Commencera alors sa quête, quête qui le mènera jusqu’à Fleur, image fugitive du bonheur. Peu à peu, et non sans heurts, cette femme ébranlera les certitudes de Boris et du lecteur, et leur fera découvrir une vie où les objets ne sont plus le point de convergence de tous les regards.

Au-delà de l’histoire d’amour, le romancier confronte deux modes de vie de la société occidentale, entre désir de posséder et désir d’être aimé. Le roman, ponctué de microrécits, comme celui du destin de la famille de Boris, fuyant en 1917 la mère patrie devenue soviétique, est divisé en sept tableaux qui racontent les sept étapes par lesquelles Boris Stepanovitch passera. La force de ce romancier est de savoir renouveler le thème du couple impossible, et de dépeindre avec justesse deux personnalités opposées et pourtant complémentaires, deux êtres qui ne peuvent que s’aimer et se déchirer à l’image des amants maudits. Boris Stepanovitch, antiquaire est un roman initiatique, sensible et réflexif, qui comblera toutes vos attentes.

Né à Cannes en 1975, Thibault Gardereau est titulaire d'une maîtrise en lettres de l’Université de Nice. Après avoir rêvé de devenir acteur ou journaliste, il se réalise par le biais de l’écriture. Thibault Gardereau vit au Québec depuis 1997. En 2007, il quitte la direction des communications du Théâtre du Rideau Vert pour retourner à ses premières amours et devenir professeur de littérature au collège Gérald-Godin. Ses autres romans ont été bien accueillis par le public et la critique.

« Le plus grand mérite de l'homme était d’avoir créé l’objet, qu’il fût utile ou futile. Boris se plaisait d’ailleurs à rappeler que l’inventeur du presse-purée avait plus aidé l’humanité que n’importe quel philosophe. »

Juin 2008

Marie-Monique Robin

Le monde selon Monsanto

Le monde selon Monsanto

Avec 17 500 salariés, un chiffre d’affaires de 7,5 milliards de dollars en 2006 et une implantation dans 46 pays, Monsanto est le leader mondial en matière d’OGM, mais aussi l’une des entreprises les plus controversées de l’histoire industrielle. Production de BPC, de polystyrène, d’herbicides dévastateurs (comme l’agent orange pendant la guerre du Viêt-nam) et d’hormones de croissance bovine (interdites en Europe) : depuis sa création en 1901, la firme a accumulé les procès en raison de la toxicité de ces produits. Pourtant, aujourd’hui, Monsanto se présente comme une entreprise des « sciences de la vie », récemment convertie aux vertus du développement durable. Grâce à la commercialisation de semences transgéniques, conçues notamment pour résister aux épandages de Roundup, l’herbicide le plus vendu au monde, elle prétend vouloir faire reculer les limites des écosystèmes pour le bien de l’humanité.

Quels sont les objectifs de cette entreprise qui, après avoir longtemps négligé les impacts écologiques et humains de ses activités, s’intéresse tout à coup au problème de la faim dans le monde au point de se donner des allures d’organisation humanitaire ?

S’appuyant sur des documents inédits et des témoignages de victimes, de scientifiques ou de politiciens, ce livre reconstitue la genèse d’un empire industriel qui, à grand renfort de rapports mensongers, de collusions avec l’administration américaine, de pressions et de tentatives de corruption, est devenu le premier semencier du monde. Et il révèle notamment le rôle joué par Monsanto dans le formidable tour de passe-passe qui a permis l’extension planétaire des cultures OGM sans aucun contrôle sérieux de leurs effets sur la nature et la santé humaine.

Préface de Nicolas Hulot, postface de Louise Vandelac

 

Née en 1960, Marie-Monique Robin est lauréate du prix Albert-Londres (1995). Journaliste et réalisatrice, elle a réalisé de nombreux documentaires – couronnés par une vingtaine de prix internationaux – et reportages tournés en Amérique latine, en Afrique, en Europe et en Asie. Elle est aussi l’auteure de plusieurs essais.

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2007. Tous droits réservés