Une voix. Le fond de l’air. Un orage. « La gorge du lac » qui avale ses rives, « des débris des astres ». L’enfance. Ce qui en reste. Ce dont on se souvient. L’horizon qui brûle « au cœur du monde »… Pierre-Yves Soucy écrit des poèmes entre le sommeil et l’éveil qui traversent les saisons; des archipels de mots dont la lame découpe « leur obscurité / les jets d’ombres pour basculer hors de soi ».
Ses poèmes sont traversés par une douleur, mais aussi par la nature et par un ciel « arqué au chagrin de la saison / pente pressentant le gouffre des astres ».
Le poète tente de capturer le « vide de l’instant qui n’est déjà plus ». Il s’intéresse à « la neige », à « l’enfance traînée avec soi » et au présent constamment investi par le passé. La nuit est présente dans sa poésie comme une ombre au-dessous des mots, comme une lune dans un paysage nocturne.
Le poète nous ouvre ses « corridors creusés dans l’air / sur des déserts de neige », il enfonce « les mots pour exister [renonçant] aux mots de l’enfance / qui pourriront lettre à lettre ».
Au fil des saisons, il erre parmi les « débris de mémoire », il creuse « un peu plus l’espace du fond » et retranscrit la chair du souvenir avec un alphabet qui s’enflamme.
Né en 1948, à Mont-Laurier, Pierre-Yves Soucy n’en est pas à son premier recueil avec Fragments de saisons, qu’il vient de publier aux éditions de l’Hexagone. Ses textes sont déjà traduits en douze langues. Docteur en sciences sociales, il est éditeur, professeur, essayiste et poète. Codirecteur des éditions La Lettre volée et directeur des éditions Le Cormier, il vit présentement en Belgique.
Composé d’une suite poétique divisée en quatre saisons et d’un texte en prose intitulé « D’un lieu, de partout… et de nulle part », son nouvel ouvrage surprend. Avec les mots, Soucy va au-delà du langage et rend poétique tout ce qu’il touche. Il sème un questionnement chez le lecteur qui reste « sur le pas de [sa] porte, immobile, [apprenant] à regarder. La vision diffuse de paysages aussi intenses [ouvre] l’espace, suscitant un sentiment d’éveil autant que d’abandon, comme [il ne pouvait] prévenir cette sensation de [s’absenter] de [soi-même] jusqu’à [se] perdre » dans sa poésie abstraite.
Pierre-Yves Soucy, Fragments de saisons, Montréal, l’Hexagone, 2008, 89 p.

















