Ce n’est pas moi qui le dis, mais Susan Pinker, psychologue et professeure à l’Université McGill. Dans son bestseller de 2007, The Sexual Paradox, qui a levé beaucoup de controverses, elle ne se venge pas contre trois mille ans de patriarcat et d’humiliations constantes en ce qui concerne l’intelligence des femmes; elle ne fait que donner des statistiques, compilées en partie par ses confrères, concernant le pouvoir et les capacités intellectuelles de l’être humain le plus adulé de l’histoire : l’homme. Et croyez-moi, mes chers, les choses se présentent plutôt mal.
Lorsqu’on est porté à juger le comportement de certains individus, il faut savoir que la biologie est parfois le seul coupable pour ce qui est considéré d’emblée comme des qualités ou des défauts individuels. Pinker essaie de démontrer que malgré le milieu et l’éducation, les êtres humains sont pour toujours prisonniers de leur biologie.
En voilà quelques données peu réjouissantes pour l’orgueil masculin.
La biologie joue en faveur des femmes
Du point de vue biologique, être femme offre une plus grande protection et ce, du berceau jusqu’au tombeau. Une femme est plus résistante aux maladies ainsi qu’aux dérèglements neurologiques, une vraie épidémie du monde moderne. Les problèmes neurologiques affectent plus les hommes, car les gènes reliés aux dommages du cerveau sont localisés dans le chromosome X : tant que les femmes ont deux chromosomes X, si un des deux se détériore, elles ont toujours un en réserve. Ensuite, plus le niveau de testostérone est grand, ce qui est le cas des hommes, moins résistant sont les individus aux infections postopératoires. Et beaucoup d’autres encore, mais ce n’est pas le but de cet article.
Le mythe du petit cerveau
Des études plus avancées sur le cerveau humain effectuées en 1995 montrent que même si le cerveau d’une femme est plus petit, son réseautage est meilleur. Le cerveau d’une femme possède plus de récepteurs. Par exemple, la plupart des fonctions reliées au langage sont localisées chez les hommes dans l’hémisphère gauche, alors que chez les femmes, elles le sont dans les deux hémisphères.
En même temps, les femmes sont plus douées pour lire et écrire. Des études menées dans des écoles à travers le monde montrent que les filles ont de meilleurs résultats scolaires dans tous les domaines. La conclusion se base sur la découverte que les résultats scolaires sont moins influencés par le IQ, mais en plus grande mesure sur l’autodiscipline, où les femmes excellent. Les garçons doivent lutter contre leur déficit d’attention et contre leur impulsivité. Quatre garçons pour une fille ont des problèmes de langage et une grande incapacité à lire. Les filles sont des lectrices plus rapides, elles parlent plus vite, utilisent plus de mots, font des phrases plus longues, avec moins de fautes. Les femmes sont plus à l’aise devant n’importe quel matériel de référence imprimé : c’est la raison pour laquelle il y a tant de femmes dans le domaine de la publication.
Alors, pourquoi ce paradoxe : les femmes ont de meilleurs résultats à l’école, mais les hommes ont de meilleurs métiers et sont mieux payés? L’explication est que les hommes ont ce qu’on appelle des qualités compensatoires. Généralement, ils travaillent à temps plein, et font beaucoup d’heures supplémentaires, alors que les femmes préfèrent travailler à temps partiel et elles prennent plus souvent des congés parentaux ou de maladie. Les hommes se concentrent dans une seule sphère et se passionnent pour un seul sujet, alors que les femmes se partagent entre plusieurs domaines. Les hommes préfèrent la spécialisation unique, ce que les femmes détestent. Les hommes pensent de manière linéaire : ce ne sont que les dyslexiques qui ont le don de penser de manière plus fractionnée.
Le mythe du scientifique
On a tant parlé des habiletés des hommes dans le domaine scientifique. On donne comme statistique le nombre encore non égalé d’ingénieurs, d’académiciens, d’inventeurs. Dernièrement, les études montrent toutefois que les femmes ne sont pas du tout moins douées pour les sciences. Depuis trente ans, les femmes ne peuvent plus se plaindre du manque d’opportunités ou de discrimination sexuelle. Pourtant, leur nombre n’est pas si grand dans les domaines ou on gagne plus d’argent. Pourquoi les femmes refusent-elles d’être mieux payées et d’avoir plus de prestige?
La réponse vous étonnera : parce qu’elles ne veulent pas de ces opportunités. Parmi les femmes interviewées, qui avaient renoncé aux emplois hautement en estime comme professeurs universitaires, ingénieurs, et même CEO de multinationales, elles n’ont accusé ni la discrimination ni le manque de compétence, mais le manque d’intérêt. Tout simplement, elles n’aimaient plus leur travail. Elles ont commencé à mettre de l’avant la famille, les enfants, les petits plaisirs de la vie. À quarante ans, après avoir fait leurs preuves, elles n’ont pas de difficultés à abandonner une carrière prometteuse, si elles commencent à croire que la vie est plus que de l’esclavage : travailler soixante heures par semaine c’est payant, mais la vie se résumerait alors à trop peu. Elles ont moins de problèmes à se réorienter vers l’enseignement dans une école secondaire, vers l’assistance sociale ou tout simplement à rester à la maison avec leurs enfants ou leurs parents malades.
Plus les pays sont riches, plus les femmes choisissent un plus large spectre de métiers. Ce qu’elles ont gagné depuis les trente dernières années, ce n’est pas d’égaler les hommes, mais de faire leur propre choix de carrière sans répondre à la pression de la famille ou du milieu. Les hommes sont-ils moins capables d’abandonner une carrière de prestige, ont-ils plus d’orgueil de renoncer à l’académie pour enseigner les mathématiques aux mômes? Vous souvenez-vous du film American Beauty? Il semble qu’il n’y ait pas beaucoup d’hommes qui quittent un bureau pour vendre des hotdogs.
Les acquis de la démocratie sont évidents non pas dans le nombre de femmes ingénieures ou de scientifiques, mais dans la différence de sexe sur le marché du travail. Les femmes répondent de plus en plus à leurs préférences : si elles sont malheureuses face à l’obsession de l’académisme, elles se tournent vers les métiers où elles se sentent plus utiles, ceux qui permettent plus de contacts avec les humains. Les femmes sont plus autonomes et connaissent mieux leurs désirs. De plus, elles ont aussi le courage de les suivre.
