Depuis 2001 • No 43 • Montréal • 15.03.2008
Mars 2008

Voix et corps humain - nouveau mode d’emploi ?

Par Iulia-Anamaria Salagor

J’ai vécu ma première expérience en tant que spectateur d’opéra à l’âge de 5 ans, avec « Le Vaisseau fantôme » (Der fliegende Holländer ) de Wagner,  une mise en scène à Bucarest, de laquelle il ne me reste qu’un seul et fort souvenir : l’impressionnant décor. En  1995,  Andrei Serban (professeur à l'Université Columbia de New-York et en même temps metteur en scène des spectacles d'opéra à Paris, Londres, San Francisco)  a mis en scène le très controversé "Oedipe ", à l'Opéra National de Bucarest. C’était mon retour vers l’opéra. J’ai compris et apprécié davantage la tâche difficile d’un artiste d’opéra qui doit chanter et jouer son rôle en même temps. J’ai senti chez Andrei Serban, ce metteur en scène d’origine roumaine, la pulsation de la vie, même lorsqu'il monte une tragédie; il assume ses interprétations dans une communion de pensée et d'expression tout en renouvelant sans cesse son discours scénique. Un spectacle d’opéra sans ses éléments de jeux théâtraux ne peut pas m’enchanter. Je peux écouter Callas ou Pavarotti sur  CD, assise dans mon fauteuil, chez moi… C’est vrai que les spectacles d’opéra de Serban n’ont pas toujours eu de critiques élogieuses, mais c’est très intéressant pour moi de constater que les opinions sur son travail sont différentes en fonction du continent où il travaille. Les Européens seraient-ils plus conservateurs que les Américains, plus attachés aux valeurs de la musique classique? Peut-être.  Même si la voix  de la soprano française a eu ses éloges dans L’Express, du 5 octobre 2006 («La soprano a même gagné une puissance inouïe qui fait vibrer jusqu’au dernier siège de la salle. Autant de qualités vocales dans un corps si frêle, cela tient du miracle. D’autant que la performance théâtrale est tout aussi sidérante que les exploits musicaux : la mise en scène d’Andrei Serban, créée en 1995 avec June Anderson, semble pourtant avoir été taillée sur mesure pour Natalie Dessay.»), après la lecture des commentaires sur le spectacle « Lucia di Lammermoor » de Donizetti, présenté à l’Opéra de Bastille à Paris en 2006 (http://www.kozlika.org/kozeries/post/2006/09/23/585-lucia-di-lammermoor-la-representation-1 et www.forumopera.com/concerts/lucia_paris1006.html ) tu te demandes : Qui est ce fou qui transforme  les chanteurs d’opéra en acrobates ? 

Est-ce que vous êtes impressionnés par les commentaires sur « Lucia di Lammermoor » ? Vous pouvez découvrir cette quintessence de l’opéra romantique et chef d’œuvre de Donizetti, dans la mise en scène de David Gately qui renforce les thèmes tragiques du 19e siècle. La production du Dallas Opera sera à l’affiche à L’Opéra de Montréal, pour sa 29e saison 2008-2009. Présentement, l’Opéra de Montréal compte parmi les quinze plus importantes maisons d’opéra en Amérique du Nord et la saison prochaine vous pourrez aussi voir « La Fanciulla del West » de Puccini, « Les pêcheurs de perles » de Bizet  et « Macbeth » de Verdi. Pour les passionnés de Mozart, « Cosi fan tutte », une réalisation de l’Atelier lyrique, sera à l’affiche. Vous aimer plutôt le rock ? Que pensez-vous d’un opéra rock ? À l’affiche en mars 2009 sur la grande scène  de l’Opéra de Montréal, le légendaire opéra rock « Starmania » du tandem Luc Plamondon et Michel Berger  sera présenté dans sa version lyrique, en première mondiale, en mai 2008 à l’Opéra de Québec. Pour démocratiser l’opéra, l’Opéra de Montréal, les chanteurs de l’Atelier lyrique et la Société de transport de Montréal vous offrent, dans diverses stations de métro du réseau de la STM, des minirécitals présentant les meilleurs extraits des œuvres à l’affiche au cours de la saison

(www.operademontreal.com/pages/compagnie/education.php?page=metro&e=6&m=5&nav=edu). 
L’artiste multidisciplinaire, l’œuvre interdisciplinaire, l’utilisation du nouveau media  et la liste peut continue pour définir notre modernité… Une simple recherche sur Wikipedia en testant le mot « opéra » m’a amené aux définitions intéressantes.  Un genre musical lyrique spécifiquement anglais du XVIIIe siècle s’appelle « semi-opera »:«Les théâtres londoniens furent fermés entre 1642 et 1660 du fait de la guerre civile. La renaissance de l'activité théâtrale s'accompagna d'une mise en musique des pièces, dans un premier temps sous forme de ballets ou dans des scènes de genre, sans participation directe à l'intrigue. Le semi-opéra, […] est un hybride entre l'opéra et le théâtre, et résulte de l'augmentation de la participation musicale : la priorité est au drame parlé, mais des scènes vocales chantées apparaissent et la musique sert de divertissement là ou sa présence est justifiée par l'intrigue et compatible avec sa progression. L'origine en serait une volonté de réalisme, et que le public anglais n'aurait pu se satisfaire d'une œuvre entièrement chantée. C'est pourtant ce même public qui, quelques années plus tard, devait complètement se vouer à l'opéra italien : le semi-opéra disparut complètement. » Un autre terme : «  tragédie lyrique » - « un genre musical spécifiquement français, en usage au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, principalement représenté sur la scène de l'Académie royale de musique de Paris […]  L'opéra italien (en trois actes) tend à mettre en valeur la musique, et surtout le chant soliste (le « bel canto ») alors que la tragédie lyrique est conçue comme un spectacle complet qui veut mettre sur un pied d'égalité l'ensemble de ses composantes : le texte (en vers), les décors, les costumes, la musique, la danse, les « machines », les lumières, etc. » Voila que j’ai trouve en navigant sur mon « Mac-hine portable », dans mon bureau, à Montréal, début du XXIe siècle…..  

Deux spectacles inédits ont été présentés sur les scènes montréalaises dans ce début timide du printemps. La musique réchauffe toujours le cœur et l’art nous aide à garder l’espoir. 
 

Ravel et Wolf-Ferrari dans un seul spectacle…musical 

L’Atelier lyrique est créé en 1984 afin de former une relève nationale en offrant aux jeunes artistes canadiens (chanteurs, régisseurs, metteurs en scène, pianistes-chefs de chant et gestionnaires des arts) une formation accompagnée d’activités professionnelles qui leur permettent de s’initier à la pratique concrète des métiers reliés à l’opéra. 

La soprano Chantal Lambert, directrice de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal depuis 1990, a choisi Gilbert Turp pour monter deux comédies lyriques- « L’Heure espagnole » de Ravel et « Le Secret de Suzanne » de Wolf-Ferrari selon une conception unifiée. Pour Gilbert Turp, comédien, écrivain et metteur en scène, le spectacle présenté du 26 au 31 mars à la salle Ludger-Duvernay du Monument National représente son début à l’Opéra de Montréal. Le dénominateur commun pour les deux livrets : la condition féminine et le temps.  Même si l’œuvre de Wolf-Ferrari est plutôt du théâtre musical,  Gilber Turp a avoué dans une entrevue publiée dans Voir que  pour lui « la musique à un veto sur le texte à l’opéra ». Mais on peut  remarquer la contribution à la réussite du spectacle, du comédien Oriol Tomas, dans le rôle muet de Santa. Tomas a été aussi assistant de Gilbert Turp à la mise en scène. Il faut aussi souligner les efforts des diplômés 2007 et finissants 2008 de l’École Nationale de théâtre du Canada : Moika Sabourin, Cynthia St-Gelais, Judith Allen, Alexis Ouellete-Rivest et Renaud Pettigrew. 
 

L’Archange-oper’installation  

Créée  en avril 2005, la reprise en début d’avril 2008 de la production du Chant Libre- Compagnie lyrique de création, apporte beaucoup de joies à sa directrice générale et artistique, Pauline Vaillancourt, soprano, conceptrice et metteure en scène. La mise en scène présente un juge interagissant avec le public et trois témoins isolés dans des sculptures-installations qui diffusent, à l'aide d'une quarantaine d'écrans, une vidéo d'Alain Pelletier. Les trois solistes, la mezzo-soprano Fides Krucker, les sopranos Émilie Laforest et Frédéricka Petit-Homme et le comédien Paul Savoie ont eu une tâche difficile, celle d’impliquer aussi le public présent dans la salle L'Espace Dell'Arte à Montréal, dans le procès de l’Archange du mal. Je vous invite à en voir un extrait à l’adresse : www.chantslibres.org/presse/presse_fr.html.

Fondée en 1990, la compagnie lyrique de création se donne comme mission de « créer de nouvelles formes d’opéra. Offrant un répertoire adapté aux couleurs de la modernité, Chant Libre explore constamment de nouvelles techniques et approches de l’art vocal, et travaille en étroite collaboration avec des créateurs et des chercheurs de toutes les disciplines.»

 

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