Charles Bukowski est mort il y a près de quinze ans, en mars 1994. Toutefois, depuis sa disparition, il demeure actif et publie, grosso modo, une nouvelle œuvre par année. The People Look Like Flowers at Last compte parmi ses inédits publiés à titre posthume. Dans ce recueil, on retrouve la voix singulière du poète de Los Angeles qui fut un des écrivains les plus importants de sa génération, voire du siècle dernier.
Lire Bukowski, c’est s’asseoir avec lui et l’écouter; c’est se sentir chez soi, en confiance. Ce poète a littéralement changé le visage de la poésie en la rendant plus accessible, semblant s’adresser directement à chacun de ses lecteurs. Comme il le souligne lui-même : « The book will be sitting on a shelf waiting for you long after I am gone/ Think of that:/ In a sense I will be speaking again/ Just to you ».
La poésie de Bukowski se rapproche énormément de la prose, à l’instar de ce que l’on retrouve chez beaucoup d’auteurs américains tels Jack Kerouac et Lawrence Ferlinghetti. Ses poèmes nous racontent sa vie, épisode par épisode, jour après jour, une tranche à la fois. Il livre ainsi ses réflexions au lecteur, même lorsqu’il affirme ne plus vraiment savoir quoi écrire, comme c’est le cas dans le poème « Poor Night ».
Bukowski prend des risques et écrit sur tout ce qui l’entoure, peu importe le sujet. Il met en mots ce qu’il vit et observe : « While most people/ converse it all away/ [he] write it down ». De cette manière, il parle des chiens, des courses de chevaux, du téléphone et de son ordinateur; il met en scène certains de ses souvenirs; il livre ses réflexions sur l’écriture et la littérature; il nous parle de Camus et d’Hemingway ainsi que de ses amis; il répond à ses lecteurs ou encore à ses critiques; il réfléchit enfin à la mort qui rôde autour de lui et qu’il sent venir.
Le syndrome de la page blanche semble ne l’avoir jamais hanté, lui qui affirmait que « On a given night/ [he] will write between 5 and a dozen [poems]/ Feeling very good about/ all of/ them/ The next day/ in the cold morning/ light/ I face them/ again/ some have at best/ only a decent line or two ». De cet auteur prolifique, chaque poème publié est intéressant.
Comme le soulignait récemment le poète et éditeur Lawrence Ferlinghetti, si l’idée « First thought/ Best Thought », chère aux auteurs de la Beat Generation, duquel mouvement Charles Bukowski est un proche parent, a parfois produit de mauvais textes, ce n’est pas le cas chez celui qui se surnommait Hank Chinaski.
De plus, Paul Éluard écrivait dans Donner à voir : « La principale qualité [d’un poème] est non pas, je le répète, d’invoquer mais d’inspirer ». En ce sens, Charles Bukowski est un grand poète qui a eu raison de se comparer lui-même à William Shakespeare.
Charles Bukowski, The People Look Like Flowers at Last, Ecco Press, 2008, 300 p.















