Depuis 2001 • No 45 • Montréal • 15.05.2008
Mai 2008

Charles Bukowski, une fleur parmi les morts

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Charles Bukowski, une fleur parmi les morts

Charles Bukowski est mort il y a près de quinze ans, en mars 1994. Toutefois, depuis sa disparition, il demeure actif et publie, grosso modo, une nouvelle œuvre par année. The People Look Like Flowers at Last compte parmi ses inédits publiés à titre posthume. Dans ce recueil, on retrouve la voix singulière du poète de Los Angeles qui fut un des écrivains les plus importants de sa génération, voire du siècle dernier.

Lire Bukowski, c’est s’asseoir avec lui et l’écouter; c’est se sentir chez soi, en confiance. Ce poète a littéralement changé le visage de la poésie en la rendant plus accessible, semblant s’adresser directement à chacun de ses lecteurs. Comme il le souligne lui-même : « The book will be sitting on a shelf waiting for you long after I am gone/ Think of that:/ In a sense I will be speaking again/ Just to you ».

La poésie de Bukowski se rapproche énormément de la prose, à l’instar de ce que l’on retrouve chez beaucoup d’auteurs américains tels Jack Kerouac et Lawrence Ferlinghetti. Ses poèmes nous racontent sa vie, épisode par épisode, jour après jour, une tranche à la fois. Il livre ainsi ses réflexions au lecteur, même lorsqu’il affirme ne plus vraiment savoir quoi écrire, comme c’est le cas dans le poème « Poor Night ».

Bukowski prend des risques et écrit sur tout ce qui l’entoure, peu importe le sujet. Il met en mots ce qu’il vit et observe : « While most people/ converse it all away/ [he] write it down ». De cette manière, il parle des chiens, des courses de chevaux, du téléphone et de son ordinateur; il met en scène certains de ses souvenirs; il livre ses réflexions sur l’écriture et la littérature; il nous parle de Camus et d’Hemingway ainsi que de ses amis; il répond à ses lecteurs ou encore à ses critiques; il réfléchit enfin à la mort qui rôde autour de lui et qu’il sent venir.

Le syndrome de la page blanche semble ne l’avoir jamais hanté, lui qui affirmait que « On a given night/ [he] will write between 5 and a dozen [poems]/ Feeling very good about/ all of/ them/ The next day/ in the cold morning/ light/ I face them/ again/ some have at best/ only a decent line or two ». De cet auteur prolifique, chaque poème publié est intéressant.

Comme le soulignait récemment le poète et éditeur Lawrence Ferlinghetti, si l’idée « First thought/ Best Thought », chère aux auteurs de la Beat Generation, duquel mouvement Charles Bukowski est un proche parent, a parfois produit de mauvais textes, ce n’est pas le cas chez celui qui se surnommait Hank Chinaski.

De plus, Paul Éluard écrivait dans Donner à voir : « La principale qualité [d’un poème] est non pas, je le répète, d’invoquer mais d’inspirer ». En ce sens, Charles Bukowski est un grand poète qui a eu raison de se comparer lui-même à William Shakespeare.

Charles Bukowski, The People Look Like Flowers at Last, Ecco Press, 2008, 300 p.

Mai 2008

Tout le monde au ciel

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Tout le monde au ciel

Herménégilde Chiasson est le lieutenant gouverneur général du Nouveau-Brunswick, depuis 2003. Il est aussi un artiste multidisciplinaire qui a, entre autres, publié plusieurs recueils de poésie et réalisé de nombreux films. L’un d’eux s’intitule Le Grand Jack : une odyssée franco-américaine et porte sur l’enfance de Jack Kerouac, écrivain phare de la Beat Generation. Chiasson a aussi participé, en 1988, à la Rencontre internationale Jack Kerouac, à Québec, où il a lu un poème consacré à l’auteur de On the Road, lors d’une soirée de poésie réunissant plusieurs poètes, dont Denis Vanier, Lucien Francœur, Gérald Leblanc et Patrice Desbiens, ainsi que des membres de la Beat Generation tels Allen Ginsberg et Lawrence Ferlinghetti. Chiasson a également fait partie de la rencontre de Moncton quelques années plus tôt, en 1984, où avec plusieurs participants, il a réfléchi à la notion d’américanité. Auteur acadien emblématique, aux côtés de Gérald Leblanc, avec qui il a fondé les Éditions Perce-Neige, Chiasson s’est beaucoup intéressé à l’Amérique de Kerouac et de la Beat Generation.

Dans son nouveau recueil, Béatitudes, paru il y a quelques mois aux Éditions Prise de Parole, Chiasson s’intéresse toujours, d’une certaine manière, à ce courant. En s’interrogeant sur la notion de béatitude, la filiation entre lui et le mouvement américain devient incontournable. On se souvient que, selon Jack Kerouac, être beat signifie à la fois être battu et béat. Le beat passe ainsi souvent par les bas-fonds pour atteindre la béatitude.

Le poème de Chiasson s’inscrit dans cette même trajectoire. Observateur de la scène humaine, il la décrit et la commente en débutant toujours ses vers par « ceux qui » ou encore « celles qui ». Chiasson se demande qui ira au ciel, qui tend à la béatitude, qui l’atteindra. Sa réponse forme sa nouvelle œuvre.

Pour le poète acadien, tous ceux qui aspirent à se rendre au paradis y arriveront, qu’ils soient vertueux ou non. Y accéderont ceux qui ont mal, ceux qui souffrent, ceux qui écoutent « le bruit intime des choses », ceux qui sont attentifs aux détails de la beauté, ceux qui ont des déficiences de l’âme et du cœur, ceux qui sont honnêtes autant que ceux qui mentent; ceux qui « font fi des marchands d’espoir, propagandistes de bonne humeur et autres produits tout aussi toxiques », ceux qui se battent pour arriver à vivre, « ceux qui bégaient »… Chiasson se fait le porte-voix de cette philosophie voulant que les cruautés de ce monde mènent quelque part, que souffrir sur terre n’est pas vain.

Son long poème, sonore et répétitif comme une litanie, rappelle par sa forme Lèvres ouvertes, de Jean-Paul Daoust. C’est un poème « vaste comme le mouvement de la mer, semblable au temps qui s’amuse à faire dévier la courbe prévisible de nos déplacements, élégants et comparables au mouvement aveugle des nuages dans le bleu profond de l’univers ».

Béatitudes est un poème à entendre, à lire à voix haute. On pourrait pratiquement lui apposer l’étiquette slam tellement il est empreint de rythme et de musicalité. Il serait d’ailleurs intéressant de voir ce texte mis en musique.

Herménégilde Chiasson, Béatitudes, Sudbury, Prise de Parole, 135 p.

Mai 2008

Quand lire devient vivre

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Quand lire devient vivre

Un monde de papier, de François Désalliers, est un roman étonnant pour ne pas dire intriguant, surréaliste et drôle. On pourrait même le qualifier de roman d’aventures. Imaginez… un homme s’arrête dans un kiosque à journaux, y feuillette une revue féminine et devient prisonnier de ses pages.

La venue d’un intrus dans cet univers de papier bouleverse la vie des mannequins et des concepteurs de la revue, qui ne croient aucunement à la possibilité d’un monde à l’extérieur du leur, c’est-à-dire celui de leur magazine. Il s’agit en effet d’un univers totalitaire et façonné par la publicité, où règne en maître l’Ogre, qui a droit de vie et de mort sur ses sujets.

Le protagoniste, Henri Dupuis, se balade de page en page, rencontrant divers personnages, dont certains, comme Uma, Hugo, Audrey et Vichy, deviennent ses amis. Ces derniers, à l’instar de tous les habitants de leur monde, ne sortent pas souvent de leur page. Ils savent que « chaque chose a sa place » et qu’il ne faut pas en déranger l’ordre. Toutefois, avec Henri, ils osent et cessent de jouer leur rôle à la perfection; ils sortent littéralement du cadre. Face à l’Ogre, cela les met évidemment en danger puisqu’il ne tolère pas de tels écarts de comportement et qu’il voudra, pour cette raison, les éliminer.

Dans ce lieu régi par la consommation, on magasine afin d’acheter un cadeau pour plaire à l’autre, et chacun s’exprime grâce à des slogans publicitaires. Par exemple, Uma, alors qu’elle doit se procurer un tampon Tampax Pearl Plastic, affirme que c’est « un moyen révolutionnaire d’aider à prévenir les fuites […]. Un applicateur en plastique lisse pour une insertion en tout confort, une tresse absorbante unique pour une protection au cas où et un embout facile à saisir pour une utilisation facile. »

Si un exemplaire de la revue est acheté, si une main s’en empare pour le feuilleter, tous les occupants en sont secoués et bousculés sans vraiment comprendre ce qui leur arrive. Ils croient tout simplement qu’ils sont victimes d’un tremblement de terre. Si on jette l’exemplaire à la poubelle, le relent des ordures devient celui émanant du ciel.

Henri Dupuis, un acteur appartenant à notre univers, vivra dans ce monde de papier glacé une série d’aventures rocambolesques et visitera tant l’Égypte que Shanghai et la Grande bibliothèque de Montréal. Son but sera de s’évader de la revue et de libérer ses amis tout en échappant aux hommes de l’Ogre qui sont à leur poursuite.

Ce roman se veut une réécriture étrange de Faust, de Goethe, et la littérature, dont on questionne parfois l’utilité, y fait bonne figure. On croise ainsi les noms de plusieurs auteurs comme Sartre, Proust, Thériault et Kafka, dont certains aident le protagoniste à cheminer et à mieux comprendre ce qui lui arrive.

Un monde de papier est un roman ludique et bien écrit. François Désalliers a vraiment beaucoup d’imagination pour avoir créé un tel univers. Le lire est fascinant et donne envie de découvrir ou de redécouvrir les quatre autres romans de cet auteur.

François Désalliers, Un monde de papier, Montréal, Triptyque, 2007, 192 p.

Mai 2008

Échos d’une traduction

Par Jean-Sébastien Ménard

 
Échos d’une traduction

Michel Garneau est un des poètes et dramaturges les plus prolifiques de sa génération. Né en 1939 à Montréal, ses poésies complètes sont parues il y a 20 ans, en 1988, en un volume couvrant son parcours poétique de 1955 à 1987. À l’époque, sa bibliographie comptait déjà plus de vingt titres; il en est aujourd’hui à la publication de son 42e ouvrage de création.

Son nouveau recueil, intitulé Poèmes du Traducteur, Garneau l’a écrit à mesure qu’il traduisait Book of Longing, de Leonard Cohen. Dans « proème », il explique sa démarche d’auteur : « quand je traduis/ je ressens parfois de la mauvaise humeur/ parce que j’ai l’impression/ que ça me vole des poèmes/ alors en commençant à traduire Leonard Cohen/ je me suis fait un petit deal :/ pour chaque poème traduit/ je fais le mien tout de suite/ ainsi je mène de front les deux recueils/ le Livre du constant désir & le mien ».

Il faut savoir que Michel Garneau, en plus d’être un poète, est aussi un traducteur de grande renommée, le premier à avoir traduit ou, comme certains le diront, adapté en québécois le MacBeth de Shakespeare. Sous sa plume, par exemple, « DRUM WITHIN/ 3 WITCH – A drum, a drum!/ Macbeth doth come », de Shakespeare, devient « VIOLON/ TROISIÈME – Le vialon, le vialon, Macbeth s’en vient ’citte ! ». Il faut lire à cet égard ce que dit Annie Brisset du travail de Garneau dans Sociocritique de la traduction

Toutefois, entre cette traduction et celle des poèmes de Leonard Cohen, la langue qu’utilise Garneau change, à l’instar du français québécois, et se normalise, devenant un « québécois international ».

C’est à cette langue à laquelle le poète montréalais a recours pour écrire ses Poèmes du traducteur, eux-mêmes parsemés de souvenirs personnels ainsi que de réflexions sur son vécu et sur la vie quotidienne. En lisant le poète, on apprend à le connaître, à le fréquenter. On revit ainsi avec lui son voyage à Berkeley en 1969. On l’entend annoncer à son père qu’il n’ira plus à la messe. On l’écoute affirmer qu’il faut être « libre mais sans rien oublier parce que si on oublie on recommence » et que « lire Montaigne, c’est savourer un français fruité comme du québécois ».

Garneau chante la beauté des femmes, celles de la ville et du jazz; il crée des poèmes sur ces insectes « qu’on nommait patineurs qui glissaient sur l’eau »; il nous parle de ce qu’on perd lorsqu’on arrête de boire; il affirme que « la seule nostalgie/ dont [il] souffre/ c’est celle de l’avenir »; il s’interroge à savoir si « [nous avons] tenu/ une seule promesse/ qu’on se soit faite à soi-même »; et s’imagine « que d’une façon ou d’une autre, on gagne sa vie jusqu’à ce qu’elle soit toute dépensée ».

Sa poésie s’inscrit dans la même tradition que celle de Leonard Cohen, c’est-à-dire dans la lignée de Walt Whitman. Comme pour le poète américain, on lit, on écoute Garneau, et on se laisse envoûter par sa musique, par sa langue qui nous berce et nous charme.

Dans Poèmes du traducteur, Garneau met son univers en mots et s’exprime avec force dans une simplicité qui le grandit. Le lecteur est séduit par son œuvre de même que par celle de Leonard Cohen, qu’il est bon de lire simultanément.

Michel Garneau, Poèmes du traducteur, Montréal, L’Hexagone, 2008, 346 p.

Mai 2008

La vie dans le métro

Par Jean-Sébastien Ménard

 
La vie dans le métro

« Paris sent gris. Montréal sent vert et blanc. » Je me laisse emporter par le style de Katia Belkhodja dans La peau des doigts. Tourbillon de mots au travers desquels se tisse le destin de Magdalène, une fille d’immigrante possédant une philosophie « qui n’en est pas une » et affirmant en ce sens : « je me contente d’être, et de suivre. Avant quand je faisais des choses précises, et cette petite voix dans ma tête qui demande : qu’est-ce que je fous ici ? Mais qu’est-ce que je fous ici ? Mais qu’est-ce que je fous ici ? … et qui ne s’arrête jamais. Alors, j’ai arrêté de faire des choses, j’ai laissé tomber, je me suis contentée d’être, et de suivre les gens avec lesquels la petite voix ne me parlait plus ».

Autour d’elle, il y a un peintre qui met sur toile des insectes parce que « plus c’est impossible, plus c’est beau ». Il y a aussi le frère de ce peintre, autiste et amoureux de Marguerite Yourcenar. Et puis il y a sa propre grand-mère, une Kabyle ayant choisi de venir au Canada à cause de la sonorité du mot : « Elle avait trouvé une place ailleurs. Au Canada. Elle avait dit oui, à cause de la sonorité du mot : Canada. Et puis douceur des m : Montréal. » Tous ces personnages se rencontrent dans le métro, parce que « nous sommes le vingt et unième siècle », voyagent de Montréal à Paris et existent dans « la douceur des choses ».

Katia Belkhodja, laquelle en est à son premier roman, étudie présentement à l’Université de Montréal en littérature. Elle rappelle en un certain sens Marguerite Duras et l’univers d’Une voix pour Odile, de France Théoret. Son écriture est féminine et impose un rythme fait de répétitions et d’allers-retours, de tendresse et de sensualité qui finissent par hypnotiser le lecteur. 

Poétique, ce roman parle de la vie, de la présence et de l’absence des êtres aimés avec passion : « La majorité des absences se taisent. Elles ne font que suivre, à petits pas, volontairement muettes, rêveuses, quelquefois cruelles. Mais ce n’est jamais leur faute. La majorité des absences sont cruelles. Et il y a les gens qui marchent autour et qui ne voient pas cette absence flagrante qui marche devant eux ».

Belkhodja écrit d’une manière touchante et personnelle. Elle fait dire à un de ses personnages : « je voudrais commencer mes phrases par des minuscules juste pour emmerder l’Académie ». Son roman contient des passages dont la beauté et la force sont à couper le souffle, comme cette scène où l’auteure décrit la première relation amoureuse d’une jeune femme. Roman urbain, où le métro est un personnage en soit, La peau des doigts vous étonnera, vous surprendra et à coup sûr vous charmera. Katia Belkhodja, retenez bien ce nom… et elle n’a que 21 ans !

Katia Belkhodja, La peau des doigts, Montréal, XYZ éditeur, 2008.

Mai 2008

Le front de l’Est en images

Par Felicia Mihali

 
Le front de l’Est en images

Peu savent que la campagne déclenchée par Hitler et l’armée allemande sur le front de l’Europe de l’Est, pendant la Deuxième Guerre mondiale fut aussi une guerre raciale. Selon l’idéologie de Mein Kampf, les Slaves n’étaient que des sauvages, des sous-hommes. Pour cela la violence et les atrocités commises par les soldats allemands dans les villages des pays baltiques, l’Ukraine ou la Biélorussie, sont inimaginables. Alors qu’à l’Ouest, Hitler avait ordonné une guerre civilisée, dans le respect des lois de la guerre, rien de tout cela n’a prévalu contre les Russes. Peu savent aussi que dans les camps d’Auschwitz les premiers à être gazés ont été les Russes, en commençant par les intellectuels et les communistes. À travers des images jamais publiées encore, tirées des archives russes, le journaliste britannique, Will Fowles, spécialisé dans l’histoire militaire, révèle les détails de cette campagne particulièrement féroce. Les légendes des photos sont aussi une source d’information inestimable, traitant de l’équipement des deux camps, des vêtements des soldats, de leur nourriture et de leur train-train quotidien. En revanche, lorsque les Russes se sont emparés de Berlin, ils firent la même chose avec les civils, car les viols et les crimes ordonnés par les commandants russes étaient destinés à laver dans le cœur des combattants la honte et le chagrin infligés durant le siège de Stalingrad. En plus, les photos dévoilent aussi des choses peu connues sur la participation des partisans ainsi que la nature hétéroclite des petits commandos qui s’activaient derrière les lignes allemandes et le sabotage des chemins de fer, ce qui affecta particulièrement le ravitaillement des troupes allemandes.  
L’Enfer du front de l’est est un album à lire et à regarder attentivement.   

L’Enfer du front de l’Est. Chantecler, 2008
Mai 2008

Je veux cette routine

Par Felicia Mihali

 
Je veux cette guitare

Pierre Gagnon a déjà publié deux livres à succès, 5-FU et C’est la faute à Bono. À présent, son dernier recueil de nouvelles confirme son talent ainsi que son sens d’observation hors pair. Je veux cette guitare est un livre qu’on parcourt aisément jusqu’à la fin avec le désir de découvrir le paradoxe et l’ironie qui se cache derrière presque chaque phrase. Car, malgré le fait que l’auteur ne parle que de la tragédie qui se cache dans un fait plus que banal, comme l’accident d’un chat renversé par une auto, la fuite d’une épouse, l’envie d’une guitare trop chère, le point commun de tous ces événements est qu’on peut en rire malgré tout. Pierre Gagnon est un vrai maitre dans l’art de découvrir l’insignifiant dans tout ce qui fait la routine criminelle de chaque citoyen et, surtout, de l’artiste en panne d’inspiration ou, tout simplement, en proie de l’ennui : l’arrivée du facteur alors qu’il sirote tranquillement son café au bout de l’escalier, la course pour sauver un chat, la vente de sa bagnole à un Polonais et son gang de famille d’immigrants. Son cynisme n’a rien de méchant. Il constate tout simplement, avec humour, que cette vie est un spectacle palpitant même les jours où on se propose de ne rien faire. Et dans le paysage littéraire québécois, où on exagère bien souvent la noirceur de la routine, le livre de Gagnon est vraiment un événement rafraichissant.

Je veux cette guitare. Nouvelles. Hurtubise, América, 2008

Mai 2008

Aimititau! Parlons-nous

Le charme de la correspondance

Felicia Mihali

 
Aimititau! Parlons-nous

On peut bien douter de la sincérité de la littérature épistolaire, surtout celle écrite sur commande, mais le livre Aimititau! Parlons-nous!, publié par Mémoire d’encrier, est un projet qui dépasse ce schéma. Ce projet de Laure Morali, de demander à des auteurs québécois de rencontrer à travers la correspondance des auteurs Autochtones et Inuits, a une candeur qui nous fait oublier la mise en scène : les seuls points communs des participants sont l’usage du français et l’amour de la littérature. La valeur du livre réside dans ses qualités doublement initiatiques : l’identité et la culture de l’autre. La manière dont chaque auteur se révèle à sa contrepartie, son tâtonnement pour deviner les intérêts de l’autre, pour y répondre, ses doutes concernant la réception de ses messages, font de ce livre une lecture captivante. À quand un livre sur la correspondance entre des auteurs québécois et des auteurs immigrants? Je me porte volontaire pour un tel projet.

Nouveautés éditoriales
Mai 2008

Blanchie

Brigitte Haentjens

Blanchie

Les Éditions Prise de parole annoncent la parution de Blanchie, un « récit troué » de Brigitte Haentjens. Figure marquante du théâtre québécois et canadien, Brigitte Haentjens publie un deuxième ouvrage solo, un livre visuellement et formellement intrigant. La mise en page découpe comme de la poésie un texte qui se lit pourtant comme de la prose. Une série de photos d’Angelo Barsetti accompagne le texte. Le récit est réduit à l’essentiel : un regard en surface qui fait ressentir un désarroi en profondeur.

J’ai une tige dans le dos elle me fait tenir droite
Et marcher d’un pas saccadé jusqu’à écroulement
Sur un grand lit blanc de sel.

Une femme, photographe à Paris, est atterrée par la mort accidentelle de son jeune frère. Comme pour ne plus être consciente de cette perte, elle entreprend de se perdre elle-même. Elle se noie dans l'alcool, se livre à des inconnus, se lie avec un homme d'affaires allemand en une relation sexuelle intense mais dégradante. L’absence de son frère est une ombre qui la suit, l’enveloppe, la vide puis l’habite.

« Récit troué » : c’est le genre que donne l’auteure à ce portrait dénudé, qui s’interdit l’introspection, s’en tient à la surface des actes et des êtres. Son tour de
force : faire sentir une intense présence au coeur d’une intense absence.

BRIGITTE HAENTJENS est lauréate du prestigieux prix Siminovitch Théâtre (mise en
scène) 2007. À Montréal, elle dirige la Nouvelle Compagnie Théâtrale et signe de remarquables spectacles à l’Espace Go, au Théâtre du Nouveau Monde et au Théâtre
du Trident. En 1997, elle fonde la compagnie Sibyllines, au sein de laquelle elle approfondit, depuis, sa démarche artistique marquée par des choix dramaturgiques exigeants et une écriture scénique originale et puissante. En théâtre, elle a publié plusieurs pièces en collaboration notamment avec Jean Marc Dalpé. En poésie, elle signe le recueil d’éclats de peine.

« Récit troué » • 263 pages • 29,95 $ • ISBN 978-2-89423-224-8

 

«Dans le monde de Mme Haentjens, les idées saignent, les corps pensent et l'espace vibre.  Son écriture [scénique] dépasse toute classification; elle dépeint une tension à couper le souffle entre méticulosité et brutalité, et pousse les gens, même s'ils sont absorbés par le spectacle en luimême, à se questionner sur les raisons profondes de leur existence, de leur identité, et ce, sans échappatoire possible.» Leonard McHardy, président du jury du prix Siminovitch

Mai 2008

Le bonheur est dans le Fjord

Danielle Dubé et Yvon Paré

Le bonheur est dans le Fjord

Excursion au pays du Saguenay
(récits de voyage)

Le Saguenay : Terre promise ?
Est-ce qu’il y a des lieux qui sont bénis des dieux ? Des paysages qui incitent au dépassement ?

Quant on lit Le bonheur est dans le Fjord, ce récit d’une tournée autour du Saguenay
faite par Danielle Dubé et Yvon Paré, on en vient à croire que c’est là que le monde a commencé. Quelque chose comme le sentiment que, dans ce décor grandiose, on peut se dépasser, on peut même refaire le monde. Quelle belle équipée ! Artistes, serveuses, aubergistes, inventeurs, décrocheurs, conteurs et rêveurs vous attendent à chaque tournant. Et vous tombez sous le charme. Laissez-vous dérouter en suivant les lacets de ce livre. Des lieux aux noms évocateurs : Chicoutimi, Tadoussac, Rivière-Éternité, Sainte-Rose-du-Nord. Laissez-vous porter par un superbe capteur de rêves mu par le soleil, le vent, les mouvements secrets de la terre, des baleines et des bélugas. On dirait une utopie que l’on suit des yeux, ravis, les bras ouverts.
Et si après, vous ne voulez pas visiter le plus grand fjord d’Amérique, alors c’est
que la poésie vous a fui. Tout autant, du reste, que la croyance en la vie et l’amitié.
Le bonheur est dans le Fjord, un récit à deux voix, unique et festif, réinvente le
récit de voyage. Une fresque qui séduit par sa qualité d’écriture.

Les auteurs

Danielle Dubé et Yvon Paré en sont à leur troisième récit de voyage depuis la parution de Un été en Provence. Auteurs de plusieurs romans, Yvon Paré a notamment publié Les plus belles années (XYZ, 2000) et Danielle Dubé, Le Carnet de Léo (XYZ, 2002), des ouvrages remarqués par la critique.
Mai 2008

La vie d’Elvis

Alain Ulysse Tremblay

La vie d’Elvis

Les baby-boomers ont tout pris et n’ont rien laissé aux générations suivantes!… Pourtant, pourtant…
Elvis Prégent est né est 1948 à La Malbaie, dans Charlevoix. Il est donc, techniquement, un baby-boomer. Sa vie ressemble à une vaste entreprise de recherche du bonheur. Dans l’argent facile, la gloire médiatique et les hommages rendus par ses pairs ? Dans la fierté d’habiter un château de
banlieue ? Non, pas vraiment.
Tout ce qu’Elvis a toujours cherché, c’est de vivre en paix, avec lui-même et avec les autres. Il a donc choisi les emplois qui lui offraient un maximum de liberté : marin, cuisinier, concierge, roadie dans un groupe de hardrock, ouvrier d’usine… Ses seuls désirs : la paix, la tranquillité, la confiance de ses
amis. Ainsi, le croit-il vraiment, il pourra mourir en paix, avec le sentiment d’avoir vécu la vie qui lui convenait.

La vie d’Elvis, c’est la vie d’un boomer sans caisse de retraite, sans REER, sans fortune personnelle accumulée par le prestige, la politique ou le monde des affaires. La vie d’Elvis, c’est un peu le miroir de la vie de milliers de jeunes de cette époque qui, s’ils sont toujours vivants, se demandent aujourd’hui pourquoi on semble tant les haïr. La vie d’Elvis, c’est le reflet dans l’eau trouble d’une jeunesse d’aujourd’hui qui, à l’image de plusieurs Québécois, peut-être, ne voit bien que ce qu’elle veut voir!

Avec La vie d’Elvis, le neuvième Coups de tête, la maison célèbre son premier anniversaire.

L’auteur
Alain Ulysse Tremblay est né en 1954, à Saint-Siméon, dans Charlevoix. En plus d’écrire, de peindre et d’avoir été journaliste, il a aussi été graphiste, travailleur de rue, marin, bûcheron et musicien. La vie
d’Elvis est son deuxième livre aux éditions Coups de tête, après La valse des bâtards, paru en septembre dernier. Avant, il avait publié neuf romans pour la jeunesse et trois romans pour adultes.

Avril 2008 - 104 pages - 10,95 $ - ISBN : 978-2-923603-08-7
Mai 2008

Le prophète

Khalil Gibran

Le prophète

L’art de la sagesse

Véritable hymne à la vie et à l'épanouissement de soi, Le Prophète est à la fois imprégné d'un mysticisme oriental et d'une culture occidentale. Cet ouvrage par le biais d'images évocatrices et fortes, vulgarise quelques leçons de vie quotidienne. Superbement illustrés, les propos de Khalil Gibran prennent vie dans ce beau livre que l’on voudra offrir ou garder pour soi. Dans cette version de 272 pages de grande et belle qualité, le format devient une forme d’art au même titre que le texte.
Al-Mustafa, prophète, quitte Orphalèse douze ans après son arrivée. Le jour de son départ, sur le port, Almitra, prophétesse elle aussi, lui demande de leur faire part de sa sagesse avant qu'il ne quitte le peuple. Chaque habitant pose une question sur les « choses de la vie » comme les enfants, le mariage, le bien et le mal, le plaisir, les lois... Long poème en prose, Le Prophète nous livre une conception de la religion qui est une conception de la vie. Étonnamment moderne, le panthéisme de Khalil Gibran conduit le divin vers des régions accessibles à tous. Nul besoin d'être chrétien du Liban, comme son auteur, pour se laisser bercer par le doux balancement des phrases. D'une grande indulgence envers les faiblesses de l'homme, mais aussi d'une grande confiance dans ses possibilités, ce classique, publié en 1925, est sans doute le texte auquel Gibran a consacré le plus d'efforts.

Taschen International
Evergreen
Pages : 272

Prix : 34,95 $

Mai 2008

Sylvie Deraime

Les Indiens

Les Indiens

Illustrations : INKLINK

 

Qui sont les Amérindiens? Dans cet ouvrage, superbement illustré, les jeunes lecteurs trouveront les réponses à leurs questions, que ce soit sur la tribu et la famille, les différentes habitations, les campements nomades, l’agriculture, les arts et l’artisanat ou les croyances des différents peuples d’Amérique du Nord.

Cette collection est une encyclopédie pour les enfants. Elle privilégie des dessins réalistes et des textes courts mais précis, afin d'être accessibles aux jeunes lecteurs. Ils pourront ainsi approfondir leurs connaissances sur un thème et découvrir de nouveaux sujets qui les passionnent.

Un livre qui permet de mieux comprendre les Premières Nations !

Éditions Fleurus
Collection « La grande imagerie »
Pages : 32

Prix : 10,95 $
Avril 2008

Thomas Wharton

Logogryphe

Logogryphe

Traduit de l’anglais (Canada) par Sophie Voillot

Les Éditions Alto sont heureuses de clore un printemps littéraire exceptionnel (L’ange de pierre et Une brève histoire du tracteur en Ukraine) avec la parution d'un nouvel ouvrage de l’écrivain canadien Thomas Wharton (Un jardin de papier, Prix littéraire du Gouverneur général 2006 – catégorie traduction et L'Ombre de Malabron, qui paraît ces-jours-ci chez Trécarré Jeunesse). Il s'agit d'un livre atypique, à la fois labyrinthique et étrangement cohérent grâce aux liens multiples qui se tissent entre les récits. Ode au pouvoir de l’écriture et de la lecture, Logogryphe défie les définitions et évite les pièges du classement hâtif. Il demeure une énigme délicieuse,
lyrique et savante à la fois, dont tout le plaisir réside justement dans l’impossibilité de sa résolution.

Quand le lecteur lit, le livre rêve.
Et le rêve du lecteur, c’est de rencontrer le livre idéal, à la fois universel et intime. Une somme d’émotions, d’imagination et de savoir qui le comblerait entièrement. Une telle chimère existe, peut-être. Logogryphe s’en approche grâce à sa finesse et à son érudition ludique. Imaginez un croisement entre l’anthologie de récits et de légendes, le carnet de notes d’un bibliophile insomniaque, le roman et l’essai : vous obtenez un livre enchanteur dont les pages dégagent un enivrant parfum de mystère. Imaginez la réunion, sous une même couverture, d’oeuvres fabuleuses nées du désir des hommes, d’ouvrages dont quelques pages disparaissent pour migrer vers d’autres bouquins. Imaginez un livre envahissant votre domicile, un infortuné personnage projeté jusque dans notre monde, des livres en forme d’îles, un exposé lumineux sur l’importance de l’écriture chez les Atlantes... Glissez entre ses pages magiques et suivez en filigrane l’histoire d’un jeune homme à qui on a, un jour, ouvert les portes d’une vaste demeure aux pièces tapissées de livres. Imaginez bien ce livre. C’est peut-être celui qui se trouve devant vos yeux.

L’auteur d’Un jardin de papier, une fresque inventive saluée par les lecteurs et la critique, signe avec Logogryphe une bibliographie de livres imaginaires unique dont les échos évoquent les plus belles pages de Borges ou Calvino.

 

Enseignant et écrivain, Thomas Wharton est né en 1963 à Grand Prairie, dans le nord de l’Alberta. Il est l’auteur de trois romans, Le Champ de glace (Rivages), Un jardin de papier (finaliste au Prix littéraire du Gouverneur général en 2001 en version originale et lauréat en 2006 pour sa traduction signée Sophie Voillot, parue chez Alto) et L’Ombre de Malabron (Trécarré Jeunesse). La version originale de Logogryphe a remporté le Howard O’Hagan Award for Short Fiction et a été finaliste au prestigieux IMPAC Dublin Award.

« Un livre qui vous propulsera dans des rêveries délicieuses de désir et de nostalgie. Le genre d’ouvrage dont vous direz à vos parents et amis : “ Il faut que tu lises ça! Tu dois lire ce livre! ” » Edmonton Journal

198 pages, 20,95$

ISBN : 978-2-923550-13-8

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